La taille de Boudaroy, ^^omand« o&r
gens maigres, solitaires et resveurs, qui en se promenant regardent la terre ; 11 signifie aussi les
vieillards courbez, les juifs et les mendiants, les servans, faitnéantz, gens méchaniques et de basse
condition , et fait la cherté , la glace et répidémie : bref, il n'a aucune clarté , sinon celle que les autres lui départent. • Yoilà pour les conditions ; mais ceci n'e§t rien à câté de l'influence de eette malheureuse planète sur les maladies.
« Saturne, dit la Martinière , est une planète pe^ santé, diurne , sèche, nocturnale et malveillante, à qui l'on attribue ' les fièvres longues , quartes et quotidiennes, les incommodités de la langue , des bras et de la vessie , la paralysie universelle , les gouttes, les tubes , les abcès, apostumes , obstractions de foye et de la rate, la jaunisse noire , les cancers, polipes , les maladies des intestins, comme sont les coliques venteuses , pituiteuses , les hémoroides douloureuses, les hernies, les varices > cors aux pieds, crachement de sang pulmonin , appétit canin, difficulté de respirer, sourdites, pierres tant aux reins qu*à la vessie, Tépilepsie, alopécie, opiasie, cachexie, hydropisie, mélancholie, lèpres, et autres maladies provenant des humeurs sales et pourries.... (je ne veux pas tout citer). Ceux qui sont nés sous sa saison sont mélancholiques et pituiteux . »
Le bon Saturne ne se doute guère d'avoir causé de pareilles infortunes aux habitants de la Terre. Espérons, pcmr notre réputation là-bas, que les astrologues de Saturne n'auront pas usé de représailles , t:ar alors, de quels maléfices ne nous aceuserait-on pas ? Mais nous avons une bonne raison de croire que nous ne sommes pas mal vus des Saturniens ; cette raison ( qui ne nous fait pas grand
honneur du reste), c'est que. de Saturne on ne voit pas la Terre parce que notre globe est trop petit , et qu'il est caché dans le soleil.
D'après un auteur plus singulier encore, on peut faire venir le... diable chez soi» en l'appelant un samedi, le jour du sabbat, consacré à Saturne, par une formule cabalistique extrêmement longue et extrêmement difOcile à prononcer, et en offrante Saturne un parfum composé par la préparation suivante : « Mélangez de la graine de pavot, de la graine de jusquiame, de racine de mandragore, de poudre d'aimant et de bonne myrrhe ; pulvérisez toutes ces drogues , et les incorporez avec du sang de chauve-souris et de la cervelle de chat noir, etc.» Je ne veux pas tout dire , je craindrais que vous n'essayassiez la recette.
Chaque planète influait sur la destinée des hommes selon la date de leur naissance. Aussi dans le premier signe du zodiaque, < Jupiter faisait les évêques , les prélats , les nobles , les puissants , les juges , les philosophes, les sages , les marchands , les banquiers. Mars signifiait les guerriers, les boute- feu, les meurtriers , les médecins , les barbiers, les bouchers, les orfèvres, les cuisiniers, les boulangers et tous les métiers qui se font par le feu. Vénus faisait les reines et les belles dames, les apothicaires ( comme cela se suit bien I ) , les tailleurs d'habit, les faiseurs de joyaux et d'ornements, les marchands de draps, les joueurs, ceux qui hantent les cabarets, ceux qui jouent aux dés, les libertins et les brigands. Mercure les clercs, les
philosophes, lés astrologues, les géomètres, les arithméticiens, les auteurs latins, les peintres, les ouvriers ingénieux et subtils , tant hommes que femmes , et leurs arts. »
Mars peut être comparé à Saturne pour la mauvaise réputation que lui ont faite les astrologues ; là phrase suivante suffit pour édifier à son égard : c Les gens auxquels Mars préside sont aspres et rudes, invincibles, et qui par nulles raisons ne se peuvent gaigner, entiers, noisèux, téméraires, hasardeux, violents, et qui ont accoustumé d'estre trompés par rapport; gourmans, digérants aisément beaucoup de viandes, forts, robustes, impérieux, avec yeux sanglants, cheveux rouges, n'ayant guères bonne affection envers leurs amis, exerçants les arts de feu et de fer ardent : bref, il fait ordinairement des hommes furieux, ricteux, paillards, suffisques et colériques. »
Quant il Vénus, nul astre n'eut jamais une influence plus favorable que la sienne ; il est inutile de dire en quoi consistait principalement son action; mais il paraît que ceux auxquels elle présidait étaient de fort heureux mortels.
Ces idées bizarres et erronées sur une prétendue influence des planètes, et toutes celles qui constituent le vaste domaine astrologique, avaient pour cause la superstition de Thomme, qui est toujours entraîné vers le merveilleux, et son orgueil qui lui représentait l'univers comme formé tout e?près pour lui. Tant que régna Tanciën système du monde, fondé sur les apparences, l'homme fut en
proie à cette erreur malsaine. Le flambeajU-de, la vraie science, de la science fondée sur robservation ' raisonnée et sur le calcul, était seiil capable d'apporter quelque lumière au sein de ces ténèbres, et de les dissiper à. mesure que rhomme s-élèverait davantage dans la. connaissance véritable. Ce s^ra le plus grand titre de gloire pour les siècles, qui vienne^t de briller, d'avoir délivré Tesprit humain de ces illusions et d'en avoir à jamais triomphé, Souvent, à ces époques où la vie de rhomme était si facilement sacrifiée, astrologues,, alchimistes, sorciers, furent brûlés vifs, pendus, rpués„ décapités, écartelés ou suppliciés par de longues tortures, pour avoir fait une prédiction mal reçue. Je pourr rais aligner ici quelques centaines.de sorcières brûlées pour de prétendus maléfices ou pour des profanations qui avaient bien, plutôt pour cause leur crédulité que leur méchanceté, d'astrologues pendus ou noyés selon le bon plaisir des princes, de chercheurs de pierre philosophale exécutés pour avoir fait pacte avec le diable ; mais ce n^estpas ici le lieu, et en parlant d'astrologie au chapitre de Saturne, j'ai seulement voulu profiter de la circonstance pour montrer une fois de plus quelles actions de grâce on doit à la science^ et dans quelle profondeur on pourrait craindre que l'homme ne tombât un jour, si jamais le flambeau des sciences venait à s'éteindre.
Le monde dé Saturne mérite mieux de notre part. Non-seulement nous faisons main basse sur les influences sinistres dont il se trouvait l'innocent
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auteur, mais encore nous admirons en lui un ma- > gniOque séjour de vie, au sein duquel les forces de la nature agissent sous des aspects qui nous restent inconnus. Au milieu de ses anneaux splendides et de son riche système de huit mondes secondaires, il trône pacîGquement dans les cieuz, et nous aimons à contempler sa vénérable figure, dans ces lointaines régions, comme, le type d'une création avancée déjà dans cette ère de perfection à laquelle tous les êtres aspirent.
Cet inquiétant Saturne n'a pas toujours été cependant traité par les modernes avec plus d'égards que par les anciens; aurait-il donc à son tour une mauvaise étoile lui-même? Quelques-uns le régardent encore d'un bien mauvais œil, — par exemple l'auteur des Contemplations, qui en fait le lieu de chAtiment des âmes méchantes^ tandis que lésâmes heureuses s'élèvent de sphère en sphère :
• « Ghacon ferait ce voyage des âmes
Pourvu qu'il ait souffert, pourvu qu'il ait pleuré. Tous, hormis les méchants, dont les esprits infâmes Sont comme un livre déchiré.
« Geux-làj Saturne, un globe horrible et solitaire, Les prendra pour un temps où Dieu voudra punir, Châtiés à la fois par le ciel et la terre.
Par l'aspiration et par le souvenir I c Saturne I sphère énorme ! astre aux aspects funèbres ! Bagne du ciel, prison dont le soupirail luit ! Monde en proie à la brume, aux souffles, aux ténèbres, Enfer fait d'hiver et de nuit I »
Ce serait bien laid ! Espérons qu'il y a dans ce
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tableau quelque réminiscence des opinions antiques sur Saturne, et que ce globe est moins affreux qu'il n'en a Tair aux yeux mal prévenus. Il ne manque pas de richesses, ce monde étrange! et s'il nous était donné de lui faire visite un jour, sans doute que nous le trouverions beaucoup plus beau que la Terre, et que nous formerions le vœu de recevoir désormais pour résidence ce royal et majestueux domaine.
Saturne gardait, aux yeux des anciens,Ia frontière de l'empire solaire dont les Sept composants ne pouvaient voir augmenter leur nombre. La science, téméraire et indépendante, qui se joue des opinions et des préjugés, a franchi cette barrière sans aucun scrupule, et voilà qu'elle découvrit deux nouveaux mondés qui reculèrent plus de trois fois au delà de leur position antique les remparts de la cité solaire.