‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 24 sur 32 · URANUS · texte numérisé non relu

URANUS

C'est ainsi qu'à l'époque où la société européenne ressentait les premiers malaises de la révolution qui s'approchait, la science, aux pacifiques conquéteSy voyait s'augmenter sa gloire et visitait de nouveaux cieux.

D'ici la vue est profonde.

Elle flotte entre le monde Et les profondeurs da ciel. Oœthe, Faust,

Le monde qui marque présentement les fh)ntières du système, est situé à une telle distance du Soleil, que la lumière et la chaleur qu'il en reçoit sont treize cents fois moindres que celles dont la Terre est enrichie, de telle sorte qu'entre le jour et la nuit de cette planète lointaine nous ne remarquerions pas grande différence, et que pour elle le disque solaire est presque réduit à l'exiguïté des étoiles. Il suit de là qu'à sa surface les étoiles du ciel restent visibles le jour comme la nuit, et que le Soleil n'est qu'une étoile plus brillante que les autres. De Neptune donc , l'œil situé entre le . monde planétaire et le ciel étoile, se trouve dans

une région où il doit être beaucoup plus sensible et doué de propriétés particulières qui lui permettent de mieux apprécier le monde sidéral et son opulence.

C'est une distance de 1 milliard 147 millions de lieues qui sépare ce monde du Soleil. Jusqu'à l'époque de sa découverte, le système planétaire, déjà agrandi par radjonction d'Uranus, voyait ses frontières se fermer sur une orbite de quatre mil^ liards de lieues de circonférence. Depuis sa découverte, ces frontières ont été reculées de près du double et ont été portées à sept milliards. Est-ce à dire que ce soient là des limites infranchissables^ et que l'analyse ne puisse un jour percer plus loin et ajouter de nouveaux membres à la famille toujours grandissante du Soleil? Non. Lorsque deiS observations, échelonnées sur une assez longue suite d'années et comparables entre elles, auront été faites, la loi universelle de la gravitation, par laquelle l'existence de cette planète fut connue avant d'avoir jamais été aperçue dans les champs du télescope, cette admirable loi démontrera l'existence de nouveaux astres, s'il en eiiste d'autres, comme il est probable; et les progrès de l'optique, suivant pour leur part les progrès de l'astronomie, permettront à la puissance visuelle encore amplifiée de découvrir cette lointaine planète qui sera sans doute de 16* ou 17* grandeur.

Représentez-vous un astre cent fois plus gros que la Terre, porté dans les déserts ténébreux du vide à cette distance de l'orbite neptuïiienne. Il

2m LES Merveilles célestes.

vogue, isolé, dans robscurité deTespace, suivant une courbe immense, purement idéale, et qui n'existe qu'en théorie dans le décret des lois éternelles, n suit cette courbe, il marche en roulant sur lui-même, sans jamais dévier de son chemin.... Pour terminer sa route démesurée et revenir à son point de départ, il lui faudra cent soixante-quatre ans.... Il y reviendra et repassera par ce point mystérieux de l'espace où il passa près de deux siècles auparavant. Quelle est la puissance qui le meut? Quelle est la main qui conduit cet aveugle dans la nuit des régions lointaines et qui lui fait décrire cette courbe harmonieuse? .

C'est l'attraction universelle.

Au lieu de suivre une ellipse régulière autour du Soleil, la planète Uranus subissait, de la part d'une cause inconnue, une perturbation qui retardait sa marche théorique et enflait vers un certain point sa courbe circulaire, comme si une cause attractive eût séduit le voyageur dans sa marche, et lui eût fait dévier de son chemin tracé. On calcula que pour produire en cet endroit une attraction de telle intensité, il fallait qu'il y eût de ce côté du système, plus loin qu'Uranus, une planète de telle masse pour telle distance. Deux astronomes, l'un français, l'autre anglais, s'occupaient en même temps de cette recherche. On trouva théoriquement la cause perturbatrice, et des observateurs dirigèrent leurs lunettes vers le ciel, à l'endroit indiqué par la théorie. On ne tarda pas à découvrir effectivement l'astre vers le point indiqué

et l'on put annoncer au monde la plus brillante confirmation de la gravitation universelle. ^

La distance de cette planète avait été théori^ue*ment basée sur une loi empirique bien connue, nommée la loi de BodCy mais qui fut émise pour la première fois par Titiui^. Cette loi, c'est celle-ci. A partir de écrivez le nombre 3, et doublez succesr sivement :

Augmentez de quatre chacun de ces nombres .

Or, il arrive que ces chiffres représentent les distances successives des planètes au soleil, vçièm^ les petites planètes, qui n'étaient pas connues à l'époque où cette loi fut promulguée pour la première fois. L'orbite de Mercure est marquée par le nombre 4, celle de Yénus par 7, la Terre par 10, Margpar 16. Le chiffre 28 désigne l'orbite moyenne des aster roîdes. Jupiter est marqué par 52, Saturne par 100 et Uranus par 196. On paraissait donc avoir, par cet accord, un droit légitime de placer la nouvelle planète à la distance de 388. Or, la distance réelle de Neptune n'est que de 300; et c'est à cette irré-r gularité de la série à partir d'Uranus que l'on doit le désaccord qui existe en réalité entre les' élé^ ments de la prédiction théorique de Neptune ek ceux donnés par soi^ observation ultéirieujre>. . r r > C'est que cette formule in'ert pas, comme çeHe

de l'attraction, l'expression de la force intime qui gouverné les sphères. Après que Kepler eut reconnu les trois lois fondamentales que nous avons énon* cées plus haut; Newton trouva le mode d'action de cette force universelle, à laquelle on doit la stabilité du monde : « Les corps s*attirent en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances. > Dans l'immensité des vastes cieux, les soleils gigantesques de l'espace obéissent à cette formule, et dans l'humilité des actions qui s'opèrent à la surface de la Terre» la fonction mécanique des petits êtres n'est pas soustraite à son empire, Elle est la loi de la création, soutenant la vie de l'édiGce dans l'invisible comme dans l'immense. « I/attraction, disait Fauteur dé Paul et Virginiey est une lyre harmonieuse qui résonne sous des doigts divins. »

Lorsqu'on a contemplé ces mouvements harmonieux des sphères sur leurs orbites, dans le système confié à la garde de notre soleil, lorsqu'on a vu que ces lois formidables régissent les mouvements des systèmes stellaires avec la même souveraineté qu'elles dirigent ceux qui s'exécutent autour de nous, et lorsqu'à cette grandeur merveilleuse des lois de la nature on compare la faiblesse humaine et notre insignifiance au sein de cette création sublime, on admire avec sincérité le génie des hommes qui s'élevèrent à la notion de ces causes : il semble que leur puissance se répande sur les autres hommes, et l'on se sent plus fier d^appartânir à l'humanité.

Ils sont dignes de Newton ces beaux vers de De* lille :

Pénétrez de Newton Pauguste sanctuaire ;

Loin d'un monde frivole et de son vain fracas,

De tous les vils penseurs qui rampent ici-bas,

Dans cette vaste mer de feux étincelants

Devant qui notre esprit recule d'épouvante,

Newton plonge; il poursuit, il atteint ces grands corps,

Qui, jusqu'à lui, sans lois, sans règle et sans accords,

Roulaient désordonnés sous les voûtes profondes.

De ce brillant chaos, Newton a fait des mondes.

Atlas de tous ces yeux qui reposent sur lui.

Il se fait l'un de l'autre et la règle et l'appui:

Il fixe leurs grandeurs, leurs masses, leurs distances.

C'est en vain qu'égarée en ces déserts immenses

La comète espérait échapper à ses yeux :

Fixes ou vagabonds, il poursuit tous ses feux.

Qui suivent dé leur cours l'incroyable vitesse.

Sans cesse s'attirant, se repoussant sans cesse.

Et par deux mouvements, mais par la môme loi.

Roulent tous l'un sur l'autre, et chacun d'eux sur soi.

pouvoir du génie et d'une âme divine !

Ce que Dieu seul a fait, Newton seuH'imagine ;

Et chaque astre répète en proclamant leur nom :

Gloire à Dieu qui créa les mondes et Newton !

Je viens vous annoncer une grande Donvelle:

Nous Tavons, en dormant, madame, échappé belle. Un monde près de nous a passé tout du long.

Est chu tout au travers de notre tourbillon; Et s*ir eût en chemin rencontré notre terre, Elle eût été brisée en morceau» comme verre.

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