‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 25 sur 32 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

Ce propos de Trissotia à Philaminte, gui commence la parodie des craintes causées par l'appa» rition dés comètes, n'eût pas été une parodie il y a quatre ou cinq siècles. Ces astres chevelus, qui venaient subitement flamboyer dans les cieux, furent longtemps regardés avec terreur comme autant de signes avant-coureurs* de la colère divine. Les hommes se sont toujours crus beaucoup plus importants qu'ils ne le sont au point de vue de l'ordre universel ; ils ont eu la vanité de prétendre que la création tout entière jetait faite pour eux, tandis qu'en réalité la création tout entière ne se doute

pas de leur existence. La Terre que nous habitons n'est qu'un des mondes les plus petits ; aussi n'est-ce point à son intention que furent créées toutes les merveilles du ciel ; Timmense majorité lui reste cachée. Dans cette disposition de l'homme à voir en soi le centre et le but de toute chose, il lui était facile, en effet, de considérer la marche de la na*ture comme déployée en sa faveur, et si quelque phénomène insolite se présentait, nul doute que ce' ne fût un avertissement du ciel. Si ces illusions n'avaient eu d'autres résultats que de rendre meilleure la société craintive, on pourrait regretter ces âges d'ignorance; mais non-seulement ces préten-^ dus avertissements étaient stériles, attendu qu'une fois le danger passé, l'homme revient tel qu'il était auparavant, mais encore elles entretenaient dans les familles humaines des terreurs chimè-^ riques et renouvelaient les résolutions funestes causées par la crainte de la fin du monde.

Lorsqu'on croit le monde près de finir, — et c'est ce que l'on a cru pendant plus de mille ans, — on n'est en aucune façon sollicité au travail de l'amé-* lioration de ce monde, et, par l'indifférence ou le dédain où l'on tombe, on prépare les périodes de famine et de malaise général qui, à certaines épo-^ ques, ont fondu sur notre société. A quoi serviraient les biens d'un monde qui va périr! A quoi bon travailler, s'instruire, s'élever dans le progrès des sciences ou des arts ? Mieux vaut oublier le monde et s'absorber dans la contemplation stérile d'une vie inconnue. C'est ainsi que les périodes

d'ignorance pèsent sur Thomme et renfoncent de plus en plus dans les ténèbres^ et c'est ainsi que la science fait reconnaître par son influence sur la société entière sa puissante valeur et la grandeur de sa destinée.'

L'histoire d'une comète serait un épisode instructif de la grande histoire du ciel : on peut concentrer en elle la description du mouvement progressif de la pensée humaine, aussi bien que la théorie astronomique de ces astres extraordinaires. Prenons pour exemple l'une des comètes les plus mémorables et les mieux connues, et donnons en qiielques traits l'esquisse de ses passages successifs près de la Terre.

Gomme les mondes planétaires, les comètes appartiennent au système solaire et sont soumises à la domination de l'astre-roi. C'est la loi universelle de la gravitation qui régit leur marche, c'est l'attraction solaire qui les gouverne, aussi bien qu'elle gouverne le mouvement des planètes et des modestes satellites. La remarque essentielle à faire pour les distinguer des planètes, c'est que leurs orbites sont très-allongées, et qu'au lieu d'être à peu près circulaire comme celles des sphères célestes, elles revêtent la forme elliptique ; par suite de la nature de ces orbites, la même comète peut , s'approcher très-près du Soleil et s'en éloigner ensuite à d'effrayantes distances. Ainsi, la comète de. 1680, dont la période a été évaluée à 3000 ans, se rappt*oche du Soleil à 57 500 lieues seulement (environ 38 000 lieues de moins que la distance de la

I uDe à la Terre), tandis qu'elle s'en éloigne à une

distance de 32 500 millions de lieues, c'est-à-dire à 853 fois la distance de la Terre au Soleil. Le 17 décembre 1680, elle se trouvait à son périhélie, à son plus grand rapprochement ; elle continue maintenant sa marche dans les déserts extra-neptuniens.

Sa vitesse varie suivant sa distance à Tastre solaire.

À son périhélie, elle parcourt des milliers de lieues^ par minute; à son aphélie, elle ne parcourt plus que quelques mètres, ta proximité où elle se trouve du Soleil en son passage près de cet astre* avait fait penser à Nevrton qu'elle recevait une chaleur 28 000 fois plus grande que celle que nous éprouvons au solstice d'été, et que cette chaleur étant 2000 fois, plus grande que celle d'un fer rouge, un globe de fer de même dimension serait 5b 000 ans à perdre entièrement! sa chaleur. Newton ajoutait

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