‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 26 sur 32 · Comète de · texte numérisé non relu

Comète de

2ô4 LES MERVEILLES CÉLESTES.

qu'en fin de tîompte les comètes finiraient par se rapprocher tellement du Soleil, qu'elles ne pourraient plusse soustraire à la prépondérance de son attraction, et qu'elles tomberaient les unes après les autres dans cet astre flamboyant, servant ainsi à l'alimentation de la chaleur qu'il verse perpétuellement dans l'espace. C'est cette fin déplorable assignée aux comètes par l'auteur du livre des Principes, qui à fait dire en riant à Rétif de la Bretonne : « Une puissante comète, déjà plus grosse que Jupiter, s'est encore augmentée dans s a route en s'amalgamant six aéutres comètes languissantes. Ainsi dérangée de sa route ordinaire par ces petits chocs, elle n'enfila pas juste son orbite elliptique, de sorte que cette infortunée vint se précipiter dans le centre dévorant du Soleil.... On prétend, ajoutait-il, que lapau<^rp comète, brûlée vive, poussait des cris épouvantat)lesl» Il sera donc intéressant, à double titre, de suivre une comète à ses différents passages en vue de la Terre. Prenons la plus importante dans l'histoire de l'astronomie, celle dont l'orbite fut calculée par l'astronome Edmond Halley et qui fut baptisée de son nom C'est en 1682 qu'elle parut dans son grand éclat, accompagnée d'une queue qui ne mesurait pas moins de 13 à 14 millions de lieues. Par Fobservationde la ligne qu'elle décrivait dans le ciel et du temps qu'elle employait à la décrire, cet astronome calcula son orbite, et reconnut que cette comète était la même que celle que l'on avait admirée en 1531 et en 1607, et qu*elle devait reparaître en I7b9^. Jamais prédiction scientifique n'excita un

plus vîf intérêt. La comète revint à l'époque assignée, et le 12 mars 1759 elle passa à son périhélie. Depuis Tan 12 avant Tère chrétienne, elle s'était déjà présentée vingt-quatre fois en vue de la Terre ; c'est surtout par les annales astronomiques de la Chine que l'on a pu la suivre jusqu'à cette époque et constater en même temps qu'elle devait être chargée d'une bonne part des terreurs superstitieuses de l'humanité. Sa première apparition mémorable dans l'histoire de France est celle de 837, sous le règne de Louis I"le Débonnaire. Un chroniqueur anonyme du temps, surnommé l'Astronome, a donné de cette apparition les détails suivants; relatifs à l'influence de la comète sur l'imagination impériale : «Au milieu des saints jours de la solennité de Pâques, un phénomène toujours funeste et d'un triste présage parut au ciel. Dès que l'empereur, très-attentif à de tels phénomènes, eut le premier aperçu celui-ci, il ne se donna plus aucun repos qu'il n'eût fait appeler devant lui un certain savant et moi-même. Dès que j^ fus en sa présence, il s'empressa de me demander ce que je pensais d'un tel signe. Et, comme je lui demandai du temps pour considérer l'aspect des étoiles, et rechercher, par leur moyen, la vérité, promettant de la lui faire connaître le lendemain, l'empereur, persuadé que je voulais gagner du temps, ce qui était vrai, pour n'être point forcé à lui annoncer quelque chose de funeste : « Va, me « dit-il, sur la terrasse du palais, et reviens aussi- « tôt me -dire ce que tu auras remarqué, car je n'ai

< point vu cette étoile hier au soir, ettu neme

< l'as point montrée; mais je sais que ce signe est. « une comète; dis-moi ce que tu crois qu'il m*an- « nonce.» Puis, me laissante peine rèpondre'quelques mots, il reprit : « Il est une chose encore que « tu tiens en silence, c'est qu'un changement de

< règne et la mort d'un prince sont annoncés parce « signe.» Et comme j'attestais le témoignage du prophète, qui a dit: «Ne craignez point les signes du « ciel comme les nations les craignent, » ce prince, ^vec sa grandeur d'âme et sa sagesse ordinaires me dit: « Nous ne devons craindre que celui qui a créé

' « et nous-mêmes et cet astre ; mais comme ce phé- « nomène peut se rapporter à nous, reconnaissons « le comme un avertissement du ciel. » Louis le Débonnaire se livra, lui et sa cour, au jeûne et i la prière, et b&tit églises et monastères. Il mourut trois ans plus tard, en 840» et des historiens ont profité de cette légère coïncidence pour trouver dans l'apparition de la comète un présage de cette mort. Le chroniqueur Raoul Glaber ajoutait plus tard : « Ces phénomènes ne se manifestent jamais, aux hommes dans l'univers sans annoncer sûrement quelque événement merveilleux et terrible. > La comète <te Halley apparut de nouveau en avril 1066, au moment où Guillaume le Conquérant envahissait l'Angleterre. On a prétendu qu'elle avait eu la plus grande influence sur le sort de la bataille de Hastings, qui livra ce pays aux Normands. Un versificateur du temps, faisant probablement allusion au diadème d'Angleterre dont Guillaume s'était

couronné, avait proclamé dans un distique « que la comète avait été plus favorable à Guillaume que la nature à César : celui-ci n'avait pas de chevelure, Guillaume en reçut une de la comète. •• Un moine de Malmesbury avait apostrophé la comète en ces termes : « Te voilà donc, te voilà, source des larmes de plusieurs mères ! Il y a longtemps que je ne t'ai vue, mais je te vois maintenant plus terrible, tu menaces ma patrie d'une ruine entière ! »

En 1455, la même comète fit une apparition plus mémorable encore. Les Turcs et les chrétiens étaient en guerre, Tûccident et l'Orient semblaient, armés de pied en cap , sur le point de s'anéantir l'un l'autre. La croisade entreprise par le pape Calixte III contre les Sarrasins envahisseurs sentit son ardeur tourmentée par l'apparition subite de l'astre à la flamboyante chevelure. Mahomet II prit d'assaut Gonstantinople et mit le siège sous Belgrade. Mais le pape ayant conjuré à la fois les maléfices de la comète et les desseins abominables des musulmans, les chrétiens gagnèrent la bataille et anéantirent leurs ennemis dans une sanglante boucherie.— La prière de l'Angelus de midi au son des cloches date de ces ordonnances de Galixte III à propos de la comète.

Dans son poëmesur l'Astronomie j Daru,dé l'Académie française, retrace cet épisode en termes éloquents :

Un autre Mahomet a-t-il d'trn bras puissant Aux murs de Constantin arboré le croissant?

Le Danube étonné se trouble au brait des armes, La Grèce est dans les fers, l'Europe est en alarmes ; Et pour comble d'horreur, Pastre au visage ardent De ses ailes de fer va couvrir TOccident .

Au pied de ses autels, qu'il ne saurait défendre, Caliste, l'œil en pleurs, le front couvert de cendre, Conjure la comète, objet de tant d'effroi :

' Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi I L'astre poursuit sa course, et le fer d'Huniade Arrête le vainqueur, qui tombe sous Belgrade. Dans les cieux cependant le globe suspendu.

Par la loi générale à jamais retenu, Ignore les terreurs, l'existence de Rome, Et la Terre peut-être, et jusqu'au nom de l'homme. De l'homme, être crédule, atome ambitieux, Qui tremble sous un prêtre et qui lit dans les cieux.

Cette comète à longue période fut témoin de biea des révolutions dans Thistoire humaine, à chacune de ses^ apparitions, même en ses dernières : 1682^ 1759, 18à5; elle s'offrit aussi à la Terre sous les aspects les plus divers, passant par une grande variété de formes, depuis l'apparence d'un sabre recourbé, comme en 1456, jusqu'à celle d'une tète confuse, comme dans sa dernière visite. Du reste , elle ne fait pas exception à la règle générale, car ces astres à l'aspect mystérieux ont eu le don d'exercer sur l'imagination une puissance qui la plongeait dans l'extase ou dans l'effroi. Êpées de feu^ croix sanglantes^ poignards enflammés ^ lances, dragons ^ gmuleSy et autres dénominations du même genre ^ leur sont données au moyen âge et à la Renaissance. Des comètes comme celles de 1577 paraissent du reste justifier par leur forme étrange les titres dont

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on les salue généralement. Lesécrivainslesplus sérieux ne s'affranchissent pas de cette terreur. C'est ainsi que dans un chapitre sur les Monstres célestes ^ le célèbre chirurgien Ambroise Paré décrit sous les couleurs les plus vives et les plus affreuses la comète de 1528:

« Cette comète étoit si horrible et si espouvantable qu*elle engendroit si grand terreur au vulgaire , qu'il en mourut aucuns de peur; les autres tombèrent malades.

Elle apparoissoit estre de longueur excessive, et si estoit de couleur de sang; à la sommité d'icelle , on voyoit la figure d*un bras courbé, tenant une grande espée en la main, comme s'il eust voulu frapper. Au [•bout de la pointe , il y avoit trois estoilles. Aux deux costés des rayons de cette comète, il se voyoit grand nombre de Haches, Gousteaux , Espées colorés de sang, parmi lesquels il y avoit grand nombre

Fig. 37. Comète de 1577 «

de Faces humaines hideuses, avec les barbes et les cheveux hérissez. »

On voit que l'imagination a de bons yeux, quand elle s'y met. Lagrande etétrange variété des aspects cométaires est' retracée avec exactitude par le P. Souciet dans son poëme latin sur les comètes ; les plus remarquiEtbles sont passées en revue : « La

Fig. 38. Comète de 1769.

plupart, dît-il, brillent de feux entrelacés comme une épaisse chevelure , et c'est de là qu'elles ont pris le nom de comètes. L'une traîne après soi les replis tortueux d'une longue queue ; l'autre parait avoir une barbe blanche et touffue ; celle-ci jette une lueur semblable à celle d'une lampe qui brûle pendant la nuit ; celle-là, ô Titan ! représente ton

visage resplendissant; et cette autre, ô Phèbél la forme de tes cornes naissantes. Il en est qui sont hérissées de serpents entortillés. Parlerai-jede ces armées qui ont quelquefois paru dans les airs, de ces nuages qui traçaient un long cercle ou qui ressemblaient à des têtes de Méduse? N'y a-t-on pas vu souvent des figures d'hommes ou d'animaux sauvages? Souvent dans les ténèbres de la nuit , éclairée par ces tristes feux, on entendit le son horrible des armes, le cliquetis des épées qui se choquaient dans les nues,rétheren fureur retentir de mugissements extraordinaires qui abattaient les peuples sous le poids de la terreur. Toutes les comètes ont une lumière triste; mais elles n'ont pas toutes la mèuie couleur. Les unes ont la couleur du plomb ; les autres, celles de la flamme ou de l'airain. Il y en a dont les feux ont la rougeur du sang ; d'autres imitent l'éclat de l'argent. Celles-ci ressemblent à Tazur : celles-là ont la couleur son^bre et pâle du fer. Cette diflTérence vient de la diversité des vapeurs qui les environnent ou de la différente manière dont elles reçoivent les rayons du Soleil. Ne voyez-vous pas comme dans nos foyers les diverses espèces de bois donnent des couleurs différentes? Les pins et les sapins rendent une flamme mêlée d'une fumée épaisse, et qui jette peu d'éclat. Celle qui sort du soufre et de l'épais bitume est azurée. La paille enflammée donne des, étincelles d'une couleur rougeâtre ; le gros olivier, le laurier, l'ornement du Parnasse, et tous les arbres qui conservent toujours leur sève ,

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jettent une lumière blanchâtre assez semblable à celle d'une lampe. Ainsi, les comètes, dont les feux sont formés de matières différentes, prennent et conservent chacune une couleur qui leur est propre. »

Au lieu d'être une cause de crainte et de terreur, la variété et la variabilité de l'aspect des comètes doivent plutôt nous éclairer sur Tinnocuité de leur nature, comme nous allons en être convaincus par l'observation de ces astres, plus terribles de loin que de près.

Ces astres, après ayoir été si longtemps la terreur du monde, sont tombés toat à ooup dans nn tel discrédit, qu'on ne les croit plus capables de causer que des rhumes.

MATJPERTDI8.

Ainsi s'exprime le géomètre à qui Ton doit une partie des premières mesures relatives à la figure de la Terre. Et voici, en effet, quelques-unes de^ idées émises dans ses Lettres sur la comète de 1742.

On n'est pas d'humeur aujourd'hui à croire que des corps aussi éloignés que les comètes puissent avoir des influences sur les choses d'ici-bas, dit-il, ni qu'ils soient des signes de ce qui doit arriver. Quel rapport ces astres auraient-ils avec ce qui se passe dans les conseils et dans les armées des rois? Pour savoir à quoi s'en tenir, il faudrait que leur influence fût connue ou par la révélation , ou pai' la raison, ou par l'expérience; et l'on [peut dire

que nous ne la trouvons dans aucune de ces sources de nos connaissances. Il est bien vrai qu'il • y a une connexion universelle entre tout ce qui est dans la nature, tant dans le physique que dans le moral : chaque événement, lié à ce qui le précède et à celui qu'il suit, n'est qu'un des anneaux de la chaîne qui forme l'ordre et la succession des choses ; s'il n'étStit pas placé conmie il est, la chaîne serait différente et appartiendrait à un autre univers.

En raisonnant ainsi , l'astronome doute de la non-influence des comètes aussi bien qu'il doute de leur influence; pour asseoir ses idées, il rapporte celle des autres, et bientôt il en vient à croire que les comètes causentde bien autres événements que de simples rhumes.

Kepler, à qui d'ailleurs l'astronomie a de si grandes obligations, trouvait raisonnable que, comme la mer a ses baleines et ses monstres, l'air eût aussi les siens. Ces monstres étaient les comètes, et il explique comment elles sont engendrées deTexcrément de l'air par une faculté animale.

Quelques-uns ont cru que les comètes étaient créées exprès toutes les fois qu'il était nécessaire, pour annoncer aux hommes les desseins de Dieu , et que les anges en avaient la conduite. Us ajoutent que cette explication résout toutes les difficultés qu'on peut faire sur cette matière.

Enfin, pour que toutes les absurdités fussent dites à leur égard, il y en a qui ont nié que les comètes existassent, et qui ne les ont prises que pour de fausses apparences causées par la réflexion ou ré-

fraction de k lumière. Eux seuls comprenaent comment se fait cette réflexion ou réfraction, sans qu'il y ait de corps qui les causent.

Sous Âristote, les comètes étaient des météores formés des exhalaisons àe la terre et de la mer, et ce futlà> comme on peut le croire, le sentiment de la foule des philosophes qui n'ont cru ni pensé que d'après lui. Plus anciennement, on avaiteu des idées plus justes des comètes. Les Ghaldéens savaient qu'elles étaient des astres durables et des espèces de planètes dont on a dit qu'ils étaient parvenus à calculer le cours. Sénèque avait embrassé cette opinion; il nous parle des comètes d'une nianiière si conforme à tout ce qu'on en sait aujourd'hui, qu'on peut dire qu'il avait deviné ce que l'expérience et les observations des mçdeines ont découvert.)

C'est après avoir parlé des opinions des anciens que Maupertuis exprime la sienne. « Le cours réglé des comètes ne permet plus de les considérer comme des présages, ni comme des flambeaux aU^ lûmes pour menacer' la Terre. Mais quoiqu'une connaissance plus parfaite que celle qu'en avaient les anciens nous empêche de les regarder comme des présages surnaturels, elle nous apprend qu'elles pourraient être les causes physiques de grands événements. »

Et en eflfet, il redoute pour la Terre l'approche des astres chevelus. Dans la variété de leurs mouvements, il voit la possibilité d'une rencontre avec quelques planètes, et parconséquent avec la Terre,

On tie peut douter, dit-il, qu'il n'arrivât alors de terribles accidents. A la simple approche de ces^ deux corps, il se ferait de grands changements dans leurs mouvements, soit que ces changements fussent causés par l'attraction qu'ils exerceraient l'un sur rautre, soit qu'ils fussent causés par quelque fluide resserré entre eux. Le moindre de ces mouvements n'irait à rien moins qu'à changer la situation de l'axe et des pôles de la Terre. Telle partie du. globe qui auparavant était vers l'équateur se trouverait après un tel événement vers les pôles , et telle qui était vers les pôles se trouverait vers l'équateur. L'approche d'une comète, ajoute-t-on ,• pourrait avoir d'autres suites encore plus funestes. Je pe vous ai point encore parlé des queues des comètei^. Il y a sur ces queues , aussi bien que sur les comètes , d'étranges opinions ; mais la plus probable est que ce sont des torrents immenses d'exhalaisons et de vapeurs que l'ardeur du Soleil fait sortir de leur corps. Une comète accompagnée d*une queue peut passer si près de la Terre que nous nous trouverions noyés dans ce torrent qu'elle traîne avec elle....

Telle est la perspective où nous conduit petit à petit notre physicien ; mais il nous donne une singulière consolation. Comme le genre humain périrait tout entier dans cette catastrophe , englouti sous l'eau bouillante ou empoisonné par les gaz méphitiques, et qu'il ne resterait plus personne poni' pleurer sur l'agonie de la Terre , il nous dit qu'il est facile de nous en consoler. < Un malheur

commun n'est presque pas un malheur.... Ce serait celui qu'un tempérament mal à propos trop robuste ferait survivre seul à un accident qui aurait détruit iout le genre humain, qui serait à plaitidr0^1 Roi delà Terre entière, possesseur de tous ses trésors , il périrait de tristesse et d'ennui : toute sa vie ne vaU'drait pas le dernier moment de celui qui meurt avec ce qu'il aime. »

C'est ainsi qu'au siècle dernier on croyait encore au terrible pouvoir de ces astres de malheur. Aujourd'hui, et surtout depuis la fameuse comète de 1811, les habitants de nos campagnes s*imagi* lient plutôt qu'elles annoncent d'excellentes vendanges. Ces idées sont aussi gratuites que les premières. Quoique les astres chevelus aient beaucoup perdu de leur prestige, ils n'en sont pas entière* ment dépouillés pour cela , surtout dans Timagi* nation des esprits. Qui pourrait^ du reste, effacer l'impression produite' par certains de leurs aspects étranges? Souvent ils furent considérés comme des signes de malédiction , planant sur les hommes et sur les empires. Telle est la plainte de lord Byron dans Manfred^ auquel le septième esprit adresse les paroles suivantes; « L'astre qui préside k ta destinée était dirigé par moi avant que la Terre fût créée. Jamais planète plus belle n'avait erré autour du Soleil. Son cours était libre et régulier ] et nul astre plus beau n'avait été bercé dans le sein de l'espace. L'heure fatale arriva. Cet astre devint une masse errante de flamme informe, une cûmète vagabonde^ malédiction et menace de l'univers, rou-

lant toujours par sa force innée , mais ayant perdu son titre de monde et son cours harmonieux. Hor-

Fig. 39. Comète de 1811.

reur brillante des régions du ciel! monstre difforme parmi les constellations! »

Cependant rien ne prouve que les comètes soient

douées d'une influence quelconque, je ne dis pas

Fig. 40. Tête de la comète de 1861.

sur le moral des hommes , cela va de soi , mais sur laphyisique du monde. Leur légèreté, Textrôme

diffusion de leur substance nous invitent plutôt à croire qu'elles ne possèdent aucune espèce d'action

Fig. 41. Comète de 1862. Aspect de la tête.

sur les planètes. Croyons qu'elles sont très-inoffensives. Comme, ces nuées atmosphériques dont la grandeur, la forme et la nuance varient au caprice

des vents et selon le jeu fortuit des rayons solaires, les agglomérations vaporeuses qui constituent les comètes prennent toutes les formes possibles sous l'impulsion des forces cosmiques plus ou moins intenses. A leur approche de l'astre brûlant, leur substance se distend, prend une extension mer-, veilleuse etsedéveloppesuruneétendue de plusieurs millions de lieues. Elles sont d'une telle légèreté, d'une telle souplesse , qu'un rayon de chaleur peut à sa fantaisie leur faire prendre toutes les figures : vous avez l'image de cette légèreté dans la comète récemment observée en 1862; la forme et la position des aigrettes lumineuses changeaient d'un jour à l'autre, et l'on aurait pu croire qu'une partie de la substance même du noyau coulait dans l'espace comme une goutte d'huile.

Réciproquement, leur ténuité est telle, que sans la queue de certaines comètes on pourrait couper un morceau de la grosseur de Notre-Dame et le respirer en forme d'aspiration homœopathique. On a vu des comètes de plusieurs millions de lieues de taille, el dont le poids était néanmoins si léger, qu'on aurait pu, sans fatigue, le porter sur l'épaule. Ainsi l'extrême variabilité des formes cométaires doit au contraire proclamer inoffensifs les astres de terreur, et l'on peut dire avec l'ami de la marquise du Ghâtelet ces paroles qui représentent en même temps la nature du mouvement de ces astres :

Comètes, que l'on craint à l'égal da tonnerre, Cessez d'épouvanter les peuples de la Terre :

Dans une ellipse immense achevez votre cours ; Remontez, descendez près de Pastre des jours; Lancez vos feux, volez, et revenant sans cesse, Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Eten effet, ces corps célestes ne sont pas des phénomènes exceptionnels ; ils sont soumis comme les autres aux lois inexorables de la nature. Il y a deux mille ans Sénèque avait écrit : «Un jour viendra où le cours de ces astres sera connu et assujetti à des règles comme celui des planètes. » La prophétie du philosophe est réalisée. On sait aujourd'hui que , comme les planètes , les comètes gravitent autour du Soleil, et dépendent également de son attraction centrale. .Seulement, au lieu de suivre des courbes circulaires ou voisines de cette forme , elles suivent des courbes ovales , des ellipses très-allongées. C'est là la grande distinction à établir entre leurs mouvements réciproques. Ensuite, au lieu d'être des corps opaques, lourds et importants comme nos planètes , elles sont d'une grande légèreté et d'une extrême ténuité. Unjour, une comète emportée par sa marche rapide traversa le système de Jupiter ; les satellites et la planète se trouvèrent pendant]quelques heures enveloppés par la comète, et lorsque l'astre chevelu les eut quittés, ils n'avaient pas subi la plus légère déviation dans leur cours. Lorsque Maupertuis , voulant expliquer l'origine de l'anneau de Saturne, crut trouver une idée ingénieuse en attribuant cet appendice à la queue d*une comète qui serait enroulée autour de la

planète, il ne songeait pas à Textréme ténuité de ces vapeurs impuissantes.

Fig. 42 : Comète de Donati.

Le caractère original des comètes réside] sui tout dans l'étendue de leur cours, dans l'immense durée de leurs voyages à travers les régions célestes, dans cette destinée d'astres cosmopolites qui en fait une exception au milieu du système planétaire. C'est là surtout ce qui distingue ces mondes étran-

ges et c'est par là qu'ils sont remarquables : «Mystérieux vîsîieur^ s'écriait le poëte angUis Couder, mystérieux visiteur! dont la lumière splendide brille si étrangement parmi les étoiles étojinées , comme un fier étencfard dans la marche de la nuit» pavillon flottant de la divinité ! L'infini est écrit dans tes rayons. En vain, la pensée essayerait de suivre ton cours secret parmi les cieux sans routes; ton cercle parait trop vaste poifr que le temps puisse l'embrasser. Est-il possible que l'œil qui dénombre des armées d^astres semblables puisse remarquer l'atome terrestre! »

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