‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 3 sur 32 · L'ENSEMBLE · texte numérisé non relu

L'ENSEMBLE

naît 1 que ton langage est sublime pour moi, Lorsque, seul et pensif, aussi ealme que toi, Contemplant les soleils dont ta robe est parée. J'erre et médite en paix sous toii ombre sacrée 1 De Fontanes.

nuit, que ton langage est sublime pour moi!... Quelles sont les âmes pour lesquelles le spectacle des nuits étoilées n'est pas un éloquent discours? Quelles sont celles qui ne se sont pas arrêtées quelquefois en présence des mondes rayonnants qui planent sur nos tètes et qui n'ont pas cherché le mot de la grande énigme de la création ? Les heures solitaires de la nuit sont véritablement les plus belles d'entre toutes nos heures, celles où nous avons la faculté de nous mettre en com« munication intime avec la grande et sainte nature. Loin de répandre des voiles sur l'univers, comme on le dit quelquefois, elles effacent celles

que le soleil répand dans Tatmosphère. L'astre du jour nous dérobe les splendeurs du firmament : c'est pendant la nuit que les panoramas du ciel nous sont ouverts. < k l'heure de minuit, disait lord Byron, la voûte des deux est parsemée d'étoiles semblables à des lies de lumière au milieu d*un océan suspendu sur nos têtes. Qui peut les contempler et ramener ses regards sur la terre sans éprouver un triste regret, et sans désirer des ailes pour prendre l'essor et se confondre parmi leurs clartés immortelles? »

Au sein des ténèbres, nos regards s'élèvent librement dans le ciel, perçant l'azur foncé de la voûte apparente, au-dessus de laquelle les astres resplendissent. Ils traversent les blanches régions constellées, visitant les contrées lointaines de l'espace où les étoiles les plus brillantes perdent leur éclat par la distance ; ils franchissent cette étendue inexplorée et gravissent plus haut encore, jusqu'à ces nébuleuses pâlissantes dont la clarté diffuse semble marquer les bornes du visible. Dans cet immense trajet du regard, la pensée aux ailes rapides accompagne le rayon visuel avant-coureur, jsé laissant porter par son essor et contemplant avec étonnement ces lointaines splendeurs. La pureté des regards célestes réveille cette éternelle prédisposition à la mélancolie qui réside au fond de nos âmes, et bientôt le spectacle de la nature nous absorbe dans une rêverie vague et indéfinissable. C'est alors que mille questions naissent dans notre esprit, et que mille points d'interrogation se

dressent devant notre regard. Le problème de la création est un grand problème I La science des étoiles est une science immense; sa mission est d'embrasser l'universalité des choses créées! Au souvenir de ceis impressions ne semble-t-il pas que rhomme qui ne ressent aucun sentiment d'admiration devant le tableau des splendeurs étoilées, n'est pas encore digne de recevoir sur son front la couronne de rinteïligence?

La nuit est véritablement l'heure de la solitude, (OÙ l'âme contemplative se régénère dans la paix universelle. On redevient soi-même, on s'isole de la vie factice du monde, on se met en communication plus intime avec la nature, avec la vérité. Une femme poète, Mme de Girardin, a décrit ces impressions avec une grande délicatesse :

Voici l'hjBure où tombe le voile Qui, le jour, cache mes ennuis : .

Mon cœur à la première étoile S'ouvre comme une fleur de nuit.

On nage, on plane dans l'espace, Par l'esprit du soir emporté ; On n'est plus qu'une ombre qui passe, Une âme dans l'immensité.

D'un monde trompeur rien ne reste :

Ni chaîne, ni loi, ni douleur ; Et Târae, papillon céleste.

Sans crime peut choisir sa fleur.

nuit! pour moi brillante et sombre, Je trouve tout dans ta beauté ; Tu réunis l'étoile et l'ombre.

Le mystère et la vérité.

Celui Cfui chanta les Nuits, dans la langue de Newton, Edouard Young, s'est quelquefois élevé dans ses hymnes à de magnifiques pensées. « nuit majestueuse, s'écriait-il, auguste ancêtre de l'univers, toi qui née avant l'astre des jours dois lui survivre encore, toi que les mortels et les immortels ne contemplent qu'avec respect, où commencerai-je, où dois-je finir t^ louange? Ton front ténébreux est couronné d'étoiles : les nuages nuancés par les ombres et repliés en milles contours divers composent l'immense draperie de ta robe éclatante ; elle flotte sur tes pas et se déploie le long des cieux azurés. nuit! ta sombre grandeur est ce que la nature a de plus touchant et de plus auguste. Ma muse reconnaissante te doit des vers. Eh! quel sujet est plus digne d'être chanté par l'homme ? En quel autre essai pouvons-nous mieux préparer nos sens à soutenir les ravissements de la félicité céleste? L'Éternel, destinant l'homme à contempler la majesté de sa face éblouissante, expose ici-bas à ses regards cette scène de merveilles pour accoutumer ses yeux à l'étude des grands objets.... J*élance ma pensée au-dessus de la terre.... Quel fastueux appareil I quelle profusion de merveilles ! quel luxe et quelle pompe le Créateur a déployés sur ce théâtre 1 Quel œil peut en embrasser l'étendue? Quel est cet art inconnu qui enchante l'âme, l'attache à ce spectacle par un charme inépuisable et la force de contempler sans cesse î Le jour n'a qu'un soleil; la nuit en a des milliers, dont la clarté conduit nois regards jusqu'au sein de l'Éter-

nel, au travers des routes illimitées où sont empreints Jes magnifiques vestiges de sa puissance. Quels torrents de feu versés de ces urnes innombrables tombent ensemble des hauteurs du firmament I Transporté et confondu, je me sens à la fois terrassé dans la poussière et ravi dans les cieox. Oh I laissez-moi .voir. . . . laissez-moi promener mes pensées.... Mais ma vue ne peut trouver de terme, et ma pensée s'égare dans un désert. Au milieu de son vol, mon imagination succombe. Elle veut encore se ranimer. Elle ne peut ni résister à l'attrait qui l'entraîne, ni atteindre au terme qui la fuit ; tant son bonheur est grand, tant son voyage est immense.... Ambition, vante maintenant l'étendue de tes conquêtes sur cet atome où nous sommes cachés!»

De toutes les sciences, l'astronomie est celle qui peut le mieux nous éclairer sur notre valeur relative et nous faire le mieux connaître les rapports qui relient la Terre au reste de la création. Sans elle, comme l'histoire des siècles passés en garde le témoignage, il nous est impossible de savoir où nous sommes ni qui nous sommes, ni d'établir une comparaison instructive entre le lieu que nous occupons dans l'espace et la totalité de l'univers; sans elle nous ignorons à la fois, et l'étendue réelle de notre patrie, et sa nature^ et l'ordire auquel elle appartient. Enfermés dans les langes ténébreux de l'ignorance, nous ne pouvons nous former la moindre idée de la disposition générale du monde; un brouillard épais couvre l'horizon étroit qui

nous enserre, et notre pensée demeure incapable de s'élever au-dessus du spectacle journalier de la vie, et de franchir la sphère étroite tracée par les limites de l'action 'de nos sens. Au contraire, lorsque le flambeau de la science du monde nous illu* mine, la scène change, les vapeurs qui obscurcissaient l'horizon s'évanouissent, nos yeux dessillés contemplent dans la sérénité d*un ciel pur l'œuvre immense du Créateur. La Terre apparaît comme un globe se balançant sous nos pas ; mille globes semblables jsont bercés dans l'éther, le monde s'agrandit à mesure que s'accroit la puissance de notre regard, et dès lors la création universelle se développe devant nous dans sa réalité, établissant à la fois notre rang et notre relation avec la multitude de mondes semblables qui constituent l'univers.

C'est à la nuit qu'il faut demander ce spectacle, c'est la nuit qu'il faut invoquer de concert avec les bardes sacrés dont la lyre est digne de chanter ses grandeurs.

nuit ! déroulez en silence Les pages du livre des deux ; Astres, gravitez en cadence Dans vos sentiers harmonieux ; Durant ces heures solennelles, Aquilons, repliez vos ailes; Terre, assoupissez vos échos ; Étend tes vagues sur les plages, mer! et berce les images Du Dieu qui t'a donné tes flots '.

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