‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 31 sur 32 · Klopstock, par J. J. Ampère · texte numérisé non relu

Klopstock, par J. J. Ampère

de Dations se partagent, le fer ,et la flamme à la main ! Voilà les mortels avec leurs risibles fron- .tiëres I Si Ton donnait aux fourmis Tintelligence de l'homme, ne partageraient-elles pas aussi un carré de jardin en plusieurs provinces? Quand tu te seras élevé aux objets vraiment grands dont je parle, chaque fois que tu verras des armées marcher enseignes levées» et comme si tout cela était chose sérieuse, des cavaliers tantôt voler à la découverte, tantôt se développer sur les ailes, tu seras tenté de dire : < Ce sont des évolutions de fourmis , grands mouvements sur peu d'espace. » — Oh 1 que rhomme' est petit s'il ne s*élève pas au-dessus des choses humaines! Il est là-haut des régions sans bornes, que notre âme est admise à posséder, pourvu qu'elle n'emporte avec elle que le moins possible de ce qui est matière, et que, puriûée de toute souillure, libre d'entraves, elle soit digne de voler jusque-là. Dès qu'elle y touche, elle s'y nourrit et s'y développe : elle est comme délivrée de ses fers et rendue à son origine; elle se reconnaît fille du ciel au charme qu'elle trouve dans les choses célestes ; elle y entre, non comme étrangère, mais comme chez elle. Avide spectatrice, il n'est rien qu'elle ne sonde et n'interroge. £h ! qui l'en empêcherait? Ne sait-elle pas que tout cela est son domaine?»

L'homme ne vit pas seulement de l'élément matériel ; il lui faut la pensée. C'est en s'élevant à ces nobles contemplations qu'il est digne de son rang ; c'est en occupant son esprit de ces beaux et féconds

sujets d'étude, que son front gardera l'empreinte divine de sa destinée et s'éclairera/^de plus en plus. N'oublions pas les enseignements de la nuit et venons quelquefois méditer sous son ombre silencieuse. Au lieu d'une rêverie flottante, maintenant que nous avons levé une partie du voile qui nous cachait les mystères célestes, notre pensée aura pour objet un spectacle mieux compris ; nous connaîtrons ce que nous admirons, et nous apprécierons mieux ces créations lointaines. Les heures nocturnes auront un double prix à nos yeux, puisqu'elles nous mettront désormais en communication avec des mondes dont la nature ne nous est plus inconnue. Et c'est avec une effusion plus intime encore que nous adresserons à la Nuit cette salutation, par laquelle nous avons ouvert notre entrevue avec le ciel :

c Nuit ! que ton langage est sublime pour moi, Lorsque seul et pensif, aussi calme que toi, Contemplant les soleils dont ta robe est parée, J'erre et médite en paix sous ton ombre sacrée I >

Écrit à Paris (bois de Boulogne), au mois de juillet 1865.

Page 1