‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 7 sur 32 · J. J. AMPÈRE · texte numérisé non relu

J. J. AMPÈRE

Au sein de l'espace illimité dont nous avons essayé de concevoir Tinsondable étendue, planent d'opulentes agglomérations d'étoiles, séparées entre elles par des vides immenses. Nous montrerons bientôt que toutes les étoiles sont des soleils comme le nôtre, brillant de leur propre lumière, foyers d'autant de systèmes de mondes. Or les étoiles ne

sont pas disséminées au hasard en tous les points de l'espace : elles sont groupées comme les membres de plusieurs familles.

' Si nous comparions Tocéan des cieux aux océans de la terre, nous dirions que les lies qui parsèment cet océan ne s'élèvent pas isolément en tous les endroits de la mer, mais qu'elles sont réunies çà et là en archipels plus* ou moins riches. Une puissance aussi ancienne que l'existence de la matière a présidé à l'éclosion de ces îles dont chaque archipel compte un grand nombre; nulle d'entre elles ne s'est élevée spontanément en une région isolée; elles sont toutes agglomérées par tribus, dont la plupart comptent leurs membres par millions.

Ces riches groupements d'étoiles ont reçu le nom de nébuleuses. Cette dénomination vient de ce qu'à l'invention des lunettes astronomiques on ne distinguait ces tribus étoilées que sous un aspect diffus, nuageux, qui ne permettait pas au regard de remarquer les étoiles composantes. Cette apparence n'éveillant en aucune façon l'idée de rassemblements solaires, on pensait qu'il y avait seulement là des vapeurs cosmiques phosphorescentes, des tourbillons de substance lumineuse, peut-être des fluides primitifs dont la condensation progressive amènerait dans l'avenir la formation d'astre^ nouveaux. On croyait assister à la création de mondes lointains, et parfois en remarquant ces aspects parvenus à des degrés divers de luminosité on crut pouvoir en inférer leurs âges relatifs, comme dans une forêt on peut reconnaître par approximation

l'âge des arbres de la même espèce selon leur grosseur ou selon les cercles concentriques qjii se forment chaque année sous Técorce. Ainsi, la première nébuleuse observée à Taîde d'un télescope et signalée comme un objet d'une nature particulière, la nébuleuse d'Andromède, fut considérée pendant trois siècles et demi comme entièrement dépourvue d'étoiles. Simon Marins, de Pranconie, qui de.musicien était devenu astronome — goûts très-compatibles du reste, — décrivant cette apparence ovale et blanchâtre, qui, plus brillante au centre, s'affaiblissait sur les bords, disait qu'elle ressemblait « à la lumière d'une chandelle {candela) vue de loin à travers une feuille de corne. » Il y a quelques années seulement, un astronome de Cambridge a compté dans les limites de cette nébuleuse 1500 petites étoiles, et pourtant lé centre garde encore malgré les meilleurs instruments l'aspect d'une clarté diffuse. Plus tard, l'astronome Halley ne songeait pas davantage à des agglomérations d'étoiles. < En réalité, disait-il, ces taches ne sont rien autre chose que la lumière venant d'un espace immense situé dans les régions de Téther, rempli d'un milieu diffus et lumineux par lui-même.» On en vit d'autres encore penser que c'était là la clarté du ciel empyréfe, vue à travers une ouverture du firmament. C'est ce que disait Derham , l'auteur de l'Astro'iheology.

Mais lorsque les instruments d'optique furent perfectionnés, cette apparence d'une clarté diffuse se transforma en un pointillé brillant; à mesure

que la puissance du télescope devint plus perçante, le nombr^e des nébuleuses apparentes diminua, et aujourd'hui, toutes celles qui du temps de Galilée étaient regardées comme des nuages cosmiques sont résolues en étoiles. Pour être juste, il faut ajouter qu'en révélant la composition stellaire des premières nébuleuses, le télescope en a découvert d'autres dont il n'a pas encore dévoilé la nature ; mais l'analogie nous porte à croire que, semblables aux premières, ces nébuleuses ne restent à l'état indistinctqueparsuitedeleuréloignementprodigieux, que les instruments les plus puissants ne sont pas encore parvenus à vaincre ; et que le jour viendra où cette distance étant franchie nous montrera là aussi d'immenses rassemblements d'étoiles.

Ainsi l'on doit se représenter l'espace infini comme un vide immense au sein duquel sont suspendus des archipels d'étoiles. Ces archipels sont peut-être eux-mêmes en nombre infini ; ils comptent par millions les étoiles qui les constituent, et de l'un à l'autre la distance est incalculable. Ils sont distribués dans l'étendue à toutes les directions, dans tous les sens, suivant toutes les directions imaginables , et revêtent eux - mêmes toutes les formes possibles, comme nous allons en être té* moins.

L'une des nébuleuses les plus remarquables et les plus régulières, celle qui peut en même temps servir le mieux à l'illustration des raisonnements qui précèdent, c'est la nébuleuse du Centaure. — Nous étudierons plus loin l'aspect des constella-

tiens, et la méthode là plus simple pour trouver les' objets célestes les plus dignes de notre attention. — Cette ijébuleuse se présente sous l'aspect ci-desr sous dans les champs d'un bon télescope.

Fig. 2. Nébuleuse ou amas du Centaure.

A l'œil nu, on la distingue à peine, comme un point d'une faible clarté; dans le télescope on voit briller sous ses yeux une multitude prodigieuse d'étoiles fortement condensées vers le centre. Cette condensation est une preuve manifeste que l'amas d'étoiles n'est pas seulement circulaire, mais encore sphérique. Un instant d'attention suffit , en effet, pour montrer que si l'on regarde de loin une sphère d'étoiles, le rayon visuel traversera une Ion-

gueur moindre s'il regarde les bords de la sphère que s'il regarde le centre, et rencontrera moins d'étoiles sur son chemin vers les bords que vers le centre. A mesure que ce rayon visuel se rapprochera du centre, sa partie comprise dans la sphère deviendra plus longue et le nombre d'étoiles qu'il rencontrera ira en augmentant. Le maximum sera au centre même. C'est cet effet d'optique qui avait fait croire à une 'condensation de la matière nébuleuse. Halley la trouva, en 1679, pendant qu'il travaillait au catalogue des détails du ciel austral ; elle est le recueil des six nébuleuses connues de son temps.

Les limites de Cette nébuleuse ne sont pas aussi nettement définies que dans celles qui ont particulièrement reçu la désignation de globulaires. La figure 3 représente quelques types choisis parmi ces dernières.

De ces amas d'étoiles les premiers sont certainement sphériques ; les autres , allongés, dont nous voyons l'épaisseur diminuer de plus en plus, sont probablement encore circulaires, mais aplatis sous la forme de lentilles ; au lieu de se présenter à nous de face, ils se présentent par la tranche.

A la vuei de ces amas globulaires on peut se demander avec Arago quel est le nombre des étoiles contenues dans certaines de ces nébuleuses. L'astronome a répondu lui-même à sa question. Il serait impossible de compter en détail et avec exactitude le nombre total d'étoiles dont certaines nébuleuses globulaires se composent; mais on a pu arriver à des limites. En appréciant l'espace-

ment angulaire des étoiles situées près dés bords, c'est-à-dire dans la région où elles ne se projettent

Fig. 3. Nébuleuses globulaires.

pas les unes sur les autres, et le comparant avec le diamètre total du groupe, on s'est assuré qu'une nébuleuse dont l'étendue superficielle apparente

est à peine égale au dixième de celle du disque lu-

naire, ne renferme pas moins de 20 000 étoiles

c'est là le minimum. Les conditions dynamiques propres à assurer la conservation indéfinie d'une

Fig. 5. Nébuleuses annulaires.

semblable fourmilière d'étoiles, ne semblent pas faciles à imaginer, ajoute le célèbre astronome. Suppose-t-on le système en repos, les étoiles à la

34 JLES MERVEILLES CÉLESTES.

longue tomberont les unes sur les autres. Lui donne- t-on un mouvement de rotation autour d'un

Fïg. 6. Nébuleuse du Lion.

seul axe, des chocs deviendront inévitables. Au surplus, est-îl prouvé à priori que les systèmes globulaires d'étoiles doivent se conserver indéfini-

ment dans Tétat où nous les voyons aujourd'hui?] .

L'examen des changements survenus dans d*au* très systèmes induirait à croire au contraire qu'il n'y a là rien d'indéfiniment stable, et que le mouvement gouverne ces agglomérations de soleils aussi bien qu'il gouverne chacun des soleils et chacun des petits*mondes qui les composent.

Les nébuleuses les plus régulières ne sont pas les plus curieuses; pourtant il en est quelques-unes dont Taspect laisse un certain étonnement dans Tesprit : ce sont des amas d'étoiles qui au lieu d'être condensées en un globe immense sont distribuées en couronne i offrant l'apparence d'une nébuleuse circulaire ou ovale, mais percée à son centre. Deux types de ce genre sont représentés aux figures 5 et 6..

La première est la nébuleuse perforée de la Lyre; la seconde est celle d'Andromède. Dans l'une, le magnifique télescope de Lord Ross montre des bordures étincelantes d'étoiles rapprochées, et des franges lumineuses dentelant le bord extérieur; dans l'autre deux soleils symétriquement placés de part et d'autre de l'ellipse semblent destinés au gouvernement de ce système dans sa marche à travers l'espace. Les nébuleuses perforées, dit A. de Humboldt, sont une des curiosités les plus rares. Celle de la Lyre est la plus célèbre ; elle a été découverte en 1779, à Toulouse, par d'Arquier, au moment où la comète signalée par Bode s'approcha de la région qu'elle occupe. Elle a environ la gran-

deur apparente du disque de Jupiter, et forme une ellipse dont les deux diamètres sont dans le rapport de 4 à 5. L'intérieur de l'anneau n'est pas noir, mais faiblement éclairé. Cette partie vide est au contraire d'un noir très-foncé dans les belles nébuleuses perforées de Thémisphère austral. Toutes sont vraisemblablement des amas d'étoiles en forme d'anneau.

La nébuleuse intéressante des3inée à la page précédente nous servira de transition entre les nébuleuses régulières et les nébuleuses irrégùlières : c'est l'amas annulaire elliptique de la constellation du Lion. Il semble qu'elle possède un noyau central de plus forte condensation, que ce noyau soit enveloppé de sphères concentriques plus ou moins chargées d'étoiles, séparées entre elles par des vides relatifs, et que ces enveloppes se succédant suivant un grand axe, s'éloignent également du centre de part et d'autre en diminuant d'étendue jusqu'au point où elles s'éteignent en cône.

« Quand la nuit aux aiUs noires et parsemées d'étoiles obscurcit la terre et ieciel) semblable an bel oiseau dont le sombre plnma^ étincelle d*yeux innombrables; cette sainte obscurité, ces feux divins, imposants, infinis, émanent de toi^ 6 Créateur ! »

TnOMAS MOOBE.

A mesure que s'accroît le pouvoir ampliGcateur des télescopes, les contours de ces amas d'étoiles, comme leur aspect intérieur, se présentent sous une forme de plus en plus irrégulière. Tels de ces objets qui semblaient autrefois purement circulaires ou pureipent elliptiques, ont offert depuis une grande irrégularité dans leurs formes aussi bien que dans le degré de luminosité qui leur appartient. Là où des nuages pâles et blanchâtres offraient un éclat calme et uniforme, Vœil géant du télescope a vu s'ouvrir des régions alternativement sombres et lumineuses. Les Ggures que nous ve-

nons d'observer viennent toutes à l'appui de cette remarque ; d'autres la confirment d'une manière

Fig. 7. Nébuleuse du Taireau.

plus éclatante encore. Il y a par exemple, dans la constellation zodiacale du Taureau, une nébuleuse uniforme et ovale qui n'offre pas le moindre ca-

ractère de singularité dans les instruments de faible puissance. Or, qjand pour la première fois Lord koss dirigea sur elle son grand télescope> il ne put s'empêcher de lui donner immédiatement le nom singulier de Nébuleuse de VEcrevisse (Crab-Nebula), que sa forme lui décernait d'elle-même. L'ellipse s'était transformée en poisson ; les antennes, les pattes, la queue étaient figurées sui( le ciel noir par la silhouette blanche que dessinaient de longues traînées d'étoiles.

Il y a des nébuleuses irrégulières de toutes les formes possibles, et sur les millions que l'on a"

Fig. 8. Le Navire.

déjà observées, décrites et dessinées, on ne saurait en trouver deux qui se ressemblent. Elles ont re-

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accompagne dune «u""

longue traînée lumineuse : telles sont celles à-une j^jgorne, du neuve Éridan, de la Grande A® ^* - telle est surtout celle du Navire, dans la- Ours« '

quelle on retrouve le type classique des comètes les plus régulières. D'autres, comme celles d'Orion, l'une des plus célèbres par les études qui l'ont illustrée, ou comme celle des nuées de Magellan et du Navire (yi), semblent d'immenses nuages vaporeux tourmentés jadis par quelque vent tumultueux, percés de déchirures profondes, et brisés par places en lambeaux. Celle-ci (constellation- du Henard), ressemble à ces boulets doubles que les gymnasiarqùes anglais soulèvent pour exercer la force de leurs bras; celle-là (Ëcu de Sobieski), écrit au milieu d'une page du ciel la dernière majuscule de l'alphabet grec : Q.

D'autres nébuleuses se sont offertes en groupe, comme si deux ou plusieurs de ces vastes systèmes avaient associé leurs destinées. Plusieurs sont doubles ;. on voit deux amas sphériques réunis par la couronne diffuse qui les enveloppe, ou séparés par une faible distance angulaire, ou quelquefois môme enveloppés dans des couches concentriques lumineuses comme deux œufs de neige au milieu d'un nid de lumière. Ailleurs encore, dans les nuées de Magellan, sous l'hémisphère austral, on voit quatre nébuleuses circulaires disposées aux quatre angles d'un losange illuminé lui-même d'une fine poussière d'étoiles ; à l'un des angles eitrémes, la nébuleuse se divise elle-même en quatre globes, de sorte qu'en réalité on a sous les yeux une immense agglomération d'étoiles, dont les limites extrêmes présentent sept condensations principales.

Mais ce n'est pas tout. Non-seulement ces lointains sjstèmes stellaires peuplés de myriades de soleils revêtent les formes les plus variées, non-

te

seulement ils offrent une diversité d'aspect supérieure à celle que l'imagination peut construire ; mais encore^quelques-uns d'entre eux dévoilent à

l'œil étonné qui les contemple, des nuances variées et de véritables couleurs. L'une est colorée d*un beau bleu indigo ; une autre est rose à son centre et bordée de blanc; une autre encore émet de magnifiques rayons bleu de ciel. Cette coloration est produite par la couleur même des étoiles qui la composent. On en a vu d'autres dont l'intensité lumineuse a sensiblement varié ; l'éclat de Tune d'entre elles s'est même aflaibli jusqu'au point de la rendre complètement invisible.

Il est difficile de rendre l'impression que l'aspect de ces lointains univers fait naître dans Tâme lorsqu'on les contemple à travers ces merveilleux télescopes qui rapprochent les distances. Les rayons de lumière qui nous arrivent de si loin nous mettent teipporairement en communication avec ces créations étrangères, et le sentiment de la vie terrestre assoupi dans le silenr-e des nuits profondes , semble dominé par l'ascendant que la contemplatipn céleste exerce si facilement sur Pâme captivée. Les choses de la terre perdent leur prestige, et l'on s'écrie volontiers avec le poète des Mélodies, Irlandaises : « Il n'est rien de brillant que le ciel. L'éclat des ailes de la gloire est faux et passager comme les teintes pâlissantes des rois ; les fleurs de l'amour, de l'espérance, de la beauté s'épanouissent pour la tombe : il n'est rien de brillant que le ciel. » On sent que, malgré l'éloignement insondable qui sépare notre séjour de ces lointaines demeures, il y a là des foyers lumineux et des centres de mouvement ; ce n'est pas le vide,

ce n'est pas le désert, c'est « quelque chose, » et ce quelque chose sufOt pour attacher notre attention et pour éveiller notre rêverie. Une impression indéfinissable nous est communiquée par les rayons stellaires qui descendent silencieusement des abîmes inexplorés, on la subit sans l'analyser , et les traces en restent ineffaçables, comme celles que le voyageur ressent lo^rsquMl aborde de nouvelles terres et voit de nouveaux cieuxse lever sur sa tête. C'est ce que décrit l'illustre auteur du Cosmos , lorsqu'il présente les nuées de Magellan, vastes nébuleuses avoisinant le pôle austral, comme un objet unique dans le monde des phénomènes célestes, c Les magnifiques zones du ciel austral comprises entre les parallèles du 50» et du 80« degré, dit-il, sont les plus riches en étoiles nébuleuses et en amas de nébulosités irréductiles. Des deux nuages magellaniques qui tournent autour du pôle austral, de ce pôle si pauvre en étoiles, qu'on dirait une contrée dévastée , le plus grand surtout paraît être, d'après des recherches récentes, une étonnante agglomération d'amas sphériques, d'étoiles plus ou moins grandes et de nébuleuses irréductiles, dont Téclat général illumine le champ de la vision et forme comme le fond du tableau. L'aspect de ces nuages , la brillante constellation du Navire Argo, la Voie Lactée, qui s'étend entre le Scorpion , le Centaure et la Croix, et, j'ose le dire , l'aspect si pittoresque de tout le ciel austral, ont produit sur mon âme une impression ineffaçable. »

Fig. 11. Nébuleuse des Chiens de chasse.

Cependant Taspect le plus magnifique et le plus éloquent des nébuleuses ne s'est pas encore révélé dans celles qui précèdent. Pour se former une idée de l'importance de ces amas d'étoiles et pour apprécier un peu leur valeur au point de vue de l'espace qu'ils occupent comme au point de vue du temps qui a présidé à leur formation , il faut avoir sous les yeux les splendides nébuleuses en spirales que le puissant télescope de Parsontown nous a dévoilées là où les instruments ordinaires ne montraient que des apparences semblables à celles que nous avons passées en revue.

Lord Ross, en effet, a reconnu le premier que de vastes systèmes de soleils étaient agglomérés, non plus simplement autour d'un centre de condensation , non plus en amas plus ou moins réguliers , mais suivant une distribution qui révèle l'existence de forces gigantesques en action par eux. 11 obr serva d'immenses agglomérations dont les étoiles composantes sont distribuées en longues courbes dans un système général de lignes spirales.

Du centre principal naissent une multitude de spires lumineuses, formées d'une' innombrable quantité de soleils, contournant le noyau resplendissant d'où elles sontissues, pour se perdre au loin en affaiblissant insensiblement leur éclat et en s'éteignant conune des traînées de vapeurs phosphorescentes. Un noyau secondaire rallie d'un côté les extrémités du plus lo'ng rayonnement. Ce sont de splendides rubans de lumière constellés, terminés pardeux nœuds arrondis. Cette riche nébuleuse spi-

raleappartientàlaconstellationdesChiensdechasse. Avant la découverte due au puissant télescope quia fait disparaître le voile dont elle restait encore enveloppée, les meilleurs instruments ne la montraient que sous la forme d'un anneau dédoublé sur la moitié de son contour, enroulant une nébuleuse globulaire très-brillante à son centre. En dehors de l'anneau on remarquait une seconde nébuleuse plus petite, de forme ronde. Jamais changement de forme ne fut plus manifeste entre les aspects révélés par les télescopes de différentes puissances.

Imaginer les myriades de siècles qui furent nécessaires à la formation de ces immenses systèmes serait une vaine entreprise. C'est avec lenteur que s'accomplissent les.actions les plus formidables de la nature. Pour que Ja matière cosmique ou le prodigieux assemblage de tant d'étoiles ait pu se dis- 'trîbuer suivant les lignes révélées par le télescope et s'enrouler en de gigantesques spirales sous l'action dominante de l'attraction combinée de toutes les parties qui composent Cet univers, il a fallu l'incalculable série des siècles amoncelés sur sa tête. C'est ici surtout qu'il est vrai de dire que les rayons lumineux qui descendent de ces créations lointaines sont pour nous le témoignage le plus ancien de l'existence de la matière.

La nébuleuse en spirale des Chiens de chasse n'est pas la seule.de cette forme. Dans la constellation de la Vierge, du Lion et de Pégase, on admire aussi de semblables systèmes. Celle de la Vierge, située dans l'aile centrale de cette figure , s'offre

SOUS Taspect de ces fusôes tournantes que Ton voit aux feux d'artifice : du centre lumineux s'élèvent tout autour de blanches traînées de lumière, se di-

Fig. 12. La Vierge.

rigeant et se courbant toutes dans le même sens ; des vides obscurs les séparent et donnent plus de netteté au dessin de leur direction. Celle du Lion

présente une suite de zones concentriques ovales enveloppant le centre, également plus lumineux ; une multitude d'étoiles resplendissent en ce centre. La nébuleuse en spirale de Pégase, marquée d'une belle étoile à sa partie centrale, est circulaire et composée de cercles successivement lumineux et obscurs; d'un côté la circonférence est coupée par une tangente, ligne de lumière large et plus longue qtie la nébuleuse elle-même , à laquelle celle-ci semble attachée comme ces petits nids soyeux d'insectes au flanc des branches.

En écrivant ces lignes, je me souviens de l'année 1 702, dans laquelle un faiseur de systèmes composa un gros volume pour démontrer que l'univers est une grande spirale. Selon lui, Dieu serait placé au centre des Mondes; de ce centre il communiquerait avec tous les êtres créés par une infinité de lignes "spirales se dirigeant vers la circonférence. Soleils et mondes, corps et esprits, tout serait mû en spirale. Si cet-auteur singulier renaissait de nos jours, av.ec quel empressement il saisirait nos nébuleuses en spirales pour illustrer sa thèse I

Les nébuleuses ne sont pas uniformément répandues dans toutes les régions du ciel. Sur la sphère étoilée on observe de vastes localités où nulle nébuleuse n'est visible, tandis qu'en d'autres points elles paraissent véritablement entassées. La région du ciel la plus riohe se trouve dans le groupe suivant de constellations, que l'on apprendra bientôt à reconnaître : la Grande Ourse, Cassiopée, la Chevelure de Bérénice, la Vierge. Dans la région zodia-

cale voisine de la Vierge, on peut .voir passer, en une heure^plus de 300 nébuleuses, tandis que dans les régions opposées on n'en rencontrerait pas une centaine. Les espaces qui précèdent ou qui suivent les nébuleuses renferment généralement peu, d'étoiles. Herschel trouvait cette règle constante. Aussi, il paraît que toutes les fois que, pendant UU; certain temps, aucune étoile n'était venue, par le mouvement du ciel, se ranger dans le champ de. son télescope immobile, il avait l'habitude de dire au secrétaire qui l'assistait : c Préparez-vous à écrire, des nébuleuses vont arriver. »

De ce fait que les espaces les plus pauvres en étoiles sont voisins des nébuleuses les plus riches, et de cet autre que les étoiles sont généralement plus condensées vers le centre des nébuleuses, résulte une confirmation dé ce que nous disions plus haut sur le travail incessant du grand nombre de siècles qu'il a fallu pour établir ces systèmes. Il ji'est rien* d'étonnant à ce que ces réunions puissantes se soient formées, soit aux dépens de la ma- ' tière cosmiqu environnante, destinée à secondenser en étoiles, soit aux dépens des étoiles ellesmêmes, et à ce que les espaces qui les entourent ressemblent à de vastes déserts, à des régions ravagées.

A la vue des nébuleuses pâlissantes qui constellent l'étendue, l'âme se sent attirée comme au bord de ces abtmes dont la profondeur inconnue donne le vertige. A la grandeur du spectacle succède un sentiment plus cher, un sentiment d'affec-

tion pour ces beautés mystérieuses, et Ton comprend bientôt combien elles surpassent les plus précieuses richesses de la terre.

« Étoiles! poésie du ciel! s'écriait Lord Byron, si nous cherchons à lire dans vos pages étincelantes la destinée des hommes et des empires, nous sommes pardonnables, alors que dans notre désir de grandeur nous osons franchir notre sphère mortelle et aspirer à nous unir à vous; car vous êtes une beauté et un mystère, et vous nous inspirez de loin tant d'amour et de respect, que nous avons donné une étoile pour emblème à la fortune, à la gloire, à la puissance, à la vie.

« Le ciel et la terre se taisent. Ils ne doraient pas, mais leur haleine reste suspendue comme il arrive pour nous dans un moment d*émotion vive; ils sont silencieux comme nous quand une pensée nous préoccupe trop profondément. Le ciel et la terre se taisent *. du cortège lointain des étoiles jusqu'au lac assoupi et à la rive montagneuse, tout est. concentré dans une vie intense, en laquelle il n'est pas un rayon, pas un souffle, pas une feuille qui n'ait sa part d'existence, et n^ sente la présence de l'Être créateur et conservateur de toute cliose.

« Alors s'éveille ce sentiment de l'infini que nous éprouvons dans la solitude, là où nous sommes le moins seuls ; c'est la vérité qui s'infuse dans notre être et le purifie du moi personnel ; c'est une vibration, âme et source de la musique, qui nous initie à l'éternelle harmonie, répand autour de nous un charme pareil à la ceinture fabuleuse de Gythé-

rée, unissant toutes choses dans les liens de la beauté, et qui désarmerait jusqu'au spectre de la Mort, si sa fatale puissance était matérielle.

« Ils eurent raison, les anciens Persans, de lui donner pour autels les hauts lieux et le sommet des monts sourcilleux, et de ne point emprisonner dans des murailles le culte de l'esprit qui n'est honoré qu'imparfaitement dans des sanctuaires élevés parla main des hommes. Venez donc comparer vos colonnes, vos temples grecs ou gothiques, destinés à abriter des idoles, avec l'air et la terre, ces temples delà nature, etgardez-vous de circonscrire la prière

dans une étroite enceinte ^ »

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