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nombre (quatre a cinq mille) que l'on distingue à l'œil nu. Ou ignore l'e'poque de la formation des constellations, mais •On sait qu'elles ont été établies successivement. Le centaure Cbiron, précepteur de Jason, a la réputation d'avoir le premier partagé le ciel sur la spbère des Argonautes; mais Job vivait avant l'époque où Ton place le précédent, et ce prophète parlait déjà d'Orion, des Pléiades, des Hyades, il y a trois mille trois cents ans. Homère parle également de ces constellations en décrivant le bouclier de Vulcain. « Sur la surface, dit-il, Vulcain, avec une divine intelligence, trace mille tableaux variés. Il y représente la terre, les cieux, la mer, le soleil infatigable, la lune dans son plein, et tous les astres dont se couronne le ciel; les Pléiades, les Ilyades, le brillant Orion, l'Ourse, qu'on appelle aussi le Cbariot, et tourne autour du pôle : c'est la seule constellation qui ne se plonge point dans les flots de l'Océan. » (Iliade, cli. XYIII.)
C'est toujours la même division mythologique qui est en usage aujourd'hui. Depuis rétablissement du christianisme, il y eut plusieurs essais destinés à réformer ce système païen et à le remplacer par des dénominations chrétiennes, et l'on voit par exemple sur certaines cartes anciennes saint Pierre remplacer le Bélier, saint André le Taureau, etc. De ces tentatives aucun nom n'est resté; car le Chariot de David, le sceau de Salomon, les trois Rois mages, ou « le Bâton de Jacob », etc., datent de plus haut. Plus tard encore un Allemand proposa de donner aux douze signes du Zodiaque le blason des douze plus illustres maisons de la noblesse européenne. Ces essais particuliers restèrent stériles, et le règne de la mythologie s'est perpétué jusqu'à nos jours.
Comme on observe une grande diversité dans Y éclat des étoiles, pour en faciliter l'indication on a classé ces astres par ordre de grandeur. Ce mot de grandeur est impropre, attendu qu'il n'a aucun rapport avec les dimensions des astres, puisque ces dimensions nous sont encore inconnues ; il date d'une époque oii l'on croyait que les étoiles les plus bril-
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lantes étalent les plus grosses, et c'est là l'origine de cette ilénomination ; mais il importo de savoir que ce n'est j)oint là son sens réel. Il correspond simplement à ï éclat apparent des étoiles. Ainsi les étoiles de première grandeur sont celles qui brillent avec le plus de vivacité dans la nuit obscure ; celles de secDnde grandeur sont celles qui brillent moins, etc. Or cet éclat apparent tient à la fois de la grosseur réelle de l'étoile, de sa lumière intrmsèque et de sa distance à la terre; il ne possède par conséquent qu'un sens essentiellement relatif. On peut dire cependant qu'en général les étoiles les plus brillantes sont les plus rapprochées, tandis que celles dont la lueur paie laisse à peine distinguer dans le champ du télescope sont les plus lointaines.
Ainsi, lorsque nous parlerons de la grandeur des élodes, il est convenu qu'il s'agira simplement de leur éclat apparent; cet éclat facilite beaucoup les moyens de les reconnaître parmi ks constellations. 11 y a maintenant un autre fait qu'il n'importe pas moins de considérer comme relatif, et non comme absolu : c'est la disposition des étoiles, ou la forme des constellations. Nous savons déjà que le ciel n'est pas une sphère concave sous laquelle des clous brillants seraient attachés, mais qu'il n'y a aucune espèce de voûte, que le vide immense, infini, enveloppe la terre de toutes parts, dans toutes les directions. Nous savons aussi que les étoiles, soleils de l'espace, sont disséminées à toutes les distances dans la vaste immensité. Lors donc que nous remarquons dans le ciel deux étoiles voisines, leur proximité apparente ne prouve en aucune façon leur proximité réelle : elles peuvent être éloignées l'une de l'autre, dans le sens de la profondeur, à une distance égale ou supérieure à celle qui nous sépare de la plus rapprochée. De même, lorsqu'on réunit dans un même groupe quatre ou cinq étoiles, ou davantage, cela n'implique pas que ces étoiles, formant une même constellation, se trouvent sur un même plan et à une égale distance de la terre. Nullement. Disséminées à toutes les profondeurs de l'espace,
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tout autour de l'atome terrestre, l'arrangcmeHt qu'elles pré sentent à nos yeux. n'est qu'une apparence causée par la position de la terre vis-à-vis ilelles. C'est là une pure affaire de perspective. Quand nous nous trouvons pendant la nuit, au milieu d'une vaste place publique (soit, par exemple, sur la place de la Concorde, à Paris), dans laquelle un grand nombre de becs de gaz sont dispersés, il nous est difficile de distinguer, à une certaine distance, les lumières les plus éloignées de celles qui le sont moins : elles jiaraissent toutes se .projeter sur le fond plus obscur; de plus, leur disposition apparente, vue du point où nous sommes, dépend purement de ce point, et varie selon que nous marclions nous-mènies en long ou en large. Cette comparaison vulgaire peut nous sçrvir à comprendre comment les étoiles, lumières de l'espace obscur, ne nous révèlent pas les distances qui peuvent les séparer en profondeur, et comment la disposition qu'elles affectent sur la voûte apparente du ciel dépend uniquement du poijit où nous nous plaçons pour Its considérer. En quittant la terre et en nous transportant en un lieu de l'espace suffisamment éloigné de celui-ci, nous serions témoins, dans la disposition apparente des astres, d'une variation d'autant plus grande que notre station d'observation serait plus éloignée de celle où nous sommes. Mais il faudrait pour cela nous transporter, non seiyement sur les dernières planètes de notre système, mais encore quitter entièrement ce système, et nous en éloigner à des distances au moins égales à celles des étoiles voisines. En effet, delà dernière planète de notre système, de Neptune, on voit les étoiles dans la. même disposition qu'ici. Le changement ne s'opère qu'en se transportant d'une étoile à une autre. Un instant de réflexion suffit pour convaincre de ce fait et pour nous dispenser d'insister davantage à son égard.
Une fois ces illusions appréciées à leur juste valeur, on peut commencer sans crainte la description des figm^s dont .}a...Kable antique a constelle' la sphère. La connaissance de.s
constellations est nt'cessairc pour l'observation du ciel, et pour les reclierchcs que l'amour des sciences et la curiosité peuvent inspirer ; sans elle on se trouve dans un pays inconnu , dont la géographie ne serait pas faite, où il serait complètement impossible de se reconnaître. Faisons donc la géographie du ciel. Les innombrables figures d'animaux, d'honmies, ou d'objets dont on a orné la sphère, ne seront cependant pas dessinées ici, attendu qu'elles ne peuvent servir qu'à Yhistoire du ciel, et non à l'astronomie pratique. Dans le temps, on gravait des atlas célestes, où les figures étaient représentées avec un soin exquis, avec tant de soin même, qu'on avait fini par oublier les étoiles et que le ciel n'était plus qu'une ménagerie. Malgré l'intérêt des images, je ne veux pas suivre cet exemple. Je donnerai seulement plus loin, sur une carte spéciale, le tracé des constellations qui dominent sur notre hémisphère. A présent, voyons comment on s'oriente pour lire couramment dans le grand livie du ciel.
Il y a une constellation que tout le monde connaît ; pour plus de simplicité nous commencerons par elle : elle voudra bien nous servir de point de départ pour aller vers les autres et de point de repère pour trouver ses compagnes. Cette constellation, c'est la Grande Ourse, que l'on a surnommée aussi le Chariot de David, que les Latins nommaient Septem triones (d'où est venu le mot septentrion), ou encore Hélix y Plaustrum, que les Grecs ont saluée sous le nom d'"A,oy.TOî y-iyâlr,, ïlUc, etc., que les Arabes appellent iWe^6 alAkhar, et que les Chinois ont honorée, il y a trois mille ans, dans le, Tcheou-peij, comme la divinité du Nord. Ainsi elle peut se vanter d'être célèbre. Si pourtant, malgré son universelle notoriété, quelques-uns n'avaient pas encore eu l'occasion de lier connaissance avec elle, voici le signalement auquel on pourra toujours la reconnaître.
Tournez-vous vers le nord, c'est-à-dire à l'opposé du point où le soleil se trouve à midi. Quels que soient la saison do lannéej le jour du mois ou l'iieure de la nuit, vous verre»
toujours là une grande constellation ornée de sept belles étoiles, dont quatre en quadrilatère et trois à l'angle d'un côté; le tout distribué comme on le voit sur cette figure.
Vous l'avez tous vue, n'est-ce pas? Elle ne se couclie jamais;. Nuit et jour elle veille au-dessus de l'borizon du nord, tournant lentement, en vingt-quatre lieures, autour d'une étoile dont nous allons parler tout à l'iieure. Dans la figure de la Grande Ourse (fig. 16), les trois étoiles de l'extrémité forment la queue, et les quatre en quadrilatère se trouvent dans le corps. Dans le Chariot^ les quatre étoiles forment les roues, et les trois le timon. Au-dessus de la seconde d'entre ces dernières, les bonnnes vues distinguent une toute petite étoile
Fig. 16. — Les sept étoiles principales^de la Grande Ourse.
nommée Alcor, que l'on appelle aussi le Cavalier. Les Arabes l'appellent Saïdak, c'est-à-dire l'épreuve, parce qu'ils s'en servent pour éprouver la portée de la vue. Les lettres grecques servent à désigner cbaque étoile ; ce sont les^premières de l'alpliabet : a et |3 marquent les deux premières étoiles, y et 0 les deux autres, e, Ç, vj les trois du timon ; on leur a également donné des noms arabes, que je passerai sous silence, parce qu'ils sont généralement inusités.
Cette brillante constellation septentrionale, composée (à l'exception de §) d'étoiles de seconde grandeur, a reçu depuis les temps antiques le don de captiver l'attention des contemplateurs et de personnifier les étoiles du nord. Plusieurs
poètes l'ont rliaiitee ; nous n'on rappellerons qu'un, dont les paroles sont clignes de la majesté du ciel : c'est rAmcricain Ware.
« Avec quels pas grandioses et majestueux, dit-il, cette glorieuse Constellation du nord s'avance dans son cercle clcrnel, suivant parmi les étoiles sa voie royale dans une clarté lente et silencieuse ! Création puissante, je te salue ! J'aime te voir, errant dans les brillants sentiers, comme un
- i ' Fig. 17. — Les Ourses.
géant superbe à la forte ceinture, — sévère, infatigable, résolu, dont les pieds ne s'arrêtent jamais devant le chemin qui les attend. Les autres tribus abandonnent leur course nocturne et reposent sous les vagues leurs orbes fatigués ; mais toi, tu ne fermes jamais ton œil brûlant et ne suspends jamais ton pas déterminé. En avant, toujours en avant ! tandis que les systèmes changent, que les soleils se retirent, que les mondes s'endorment et se réveillent, tu poursuis la
marche sans fin. L'horizon prochain essaye de l'arrêter, mais en vain. Sentinelle vigilante, tu ne quittes jamais ta laction séculaire ; mais, sans te laisser surprendre par le sommeil, tu gardes la lumière fixe de l'univers, empêchant le nord de jamais oublier sa place
« Sept étoiles habitent dans cette brillante tribu ; la vue les embrasse toutes ensemble ; leurs distances respectives ne sont pas inférieures à leur éloignement de la terre. Et c'est encore là l'éloignement réciproque des foyers célestes. Des profondeurs du ciel, inexplorées par la pensée, les rayons perçants dardent à travers le vide, révélant aux sens les systèmes et les mondes sans nombre. Que notre vue s'arme du télescope et qu'elle explore les cieux. Les cieux s'ouvrent, une pluie de feux étincelants tombe sur nos têtes, les étoiles se resserrent, se condensent dans des régions si éloignées, que leurs rayons rapides (plus rapides que toute chose) ont voyagé pendant des siècles avant d'atteindre la terre. Terre, soleils et constellations plus voisines, qu'ètes-vous parmi cette immensité infinie ? ))
Ces pensées, inspirées par la vérité scientifique, sont bien supérieures à celles que l'antique mythologie avait répandues. Sans parler du nom iX Ourse donné à cette constellation et à la suivante, non seulement par les Grecs et les Latins, mais encore par d'autres peuples qui ne paraissent pas avoir eu de communication avec ceux-ci, comme les h'oquois qui la désignaient sous le même mot S nous dirons que, chez
* C'est un fait remarquable, et qui peut servir à l'iiisloirc de l'astronomie antique en particulier comme à celle de l'origine des peuples en irénéral, que certains groupes d'étoiles aient été nommés du mcuic noui par les ])cuples les })lus divers. La constellation du nord a reçu le nom d'Ourse chez les peuples de la haute Asie, les Phéniciens, les Arabes, les Grecs, les Iroquois, quoique le carré et la queue dessinés par leur disposition ne rappellent guère cet animal. En Amérique, on donne le nom de « Mâchoire de Bœuf » aux llyades placées sur la tète du Taureau, (^hez les Arabes, la constellation d'Androuièdc est une femme enchaînée ; chez les Perses, Cassiopée est sur une chaise et Hercule à genoux, les
les Grecs, lu Grande et la Petite Ourse étaient considérées comme Callisto et son chien. Jupiter avait eu de cette nymphe un lîls, le Bouvier, dont nous parlerons plus tard; il les avait placés l'un et l'autre dans le ciel. Mais l'épouse officielle du roi des dieux, madame Junon (comme disait Virgile travesti), en avait été courroucée et avait obtenu de Téthvs, la souveraine des ondes, que ces constellations perfides ne se baigneraient jamais dans l'Océan. — C'est ainsi qu'on expliquait leur présence perpétuelle au-dessus de l'horizon.
Callisto, dont le char craint, le flot de Tétliys, Vers les glaces du nord brille auprès de son lils ; Le Dragon les embrasse ainsi qu'un fleuve immense.
Selon d'autres poètes, les deux Ourses étaient des nymphes qui ont nourri Jupiter sur le mont Ida; selon d'autres encore, elles représentaient les bœufs d'Icare ; mais ces fantaisies de la Fable ne nous intéressent pas plus qu'elles ne doivent le faire, et, maintenant que nous connaissons la Grande Ourso, il faut savoir en tirer le meilleur parti possible, afin qu'elle serve à nos voyages célestes et à nos recherches uranographiques .
Reportons-nous à la ligure tracée plus haut. Si l'on mène une ligne droite par les deux étoiles, marquées ce ci p qui forment l'extrémité du carré, et qu'on la prolonge au delà de a d'une quantité égale à cinq fois la distance de |3 à a,
Indiens nomment « Petits de la Poule » les Pléiades, que nous nommons Poussinière; dans l'Inde et dans la Perse, Persée porte une tète, les brahmcs ont sensiblement le mcmc zodiaque que nous ; la Voie lactée des Grecs est pour les Chinois le Fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le Chemin de chaume, pour les sauvages de l'Amérique septentrionale le Chemin des âmes, et pour les liabilanls de nos provinces le Chemin de saint Jacques. A part les rares rapports qui, à la rigueur, pouri'aient expliquer ces désignations, ces coïnciilenccs restent l'objet d'un grand mystère. Elles seraient en laveur de l'unité d'une souche humaine prindlivc.
ou, si Ton veut, d'une quantité égale à la distance de a à l'extrémité de la queue, r,, on trouve une étoile un peu moins brillante que les précédentes, qui forme l'extrémité d'une figure pareille à la Grande Ourse, mais plus petite et dirigée en sens contraire. C'est la Petite Ourse ou le Petit Chariot, formée également de sept astres. L'étoile à laquelle notre ligne nous mène, celle qui est à l'extrémité de la queue de la Petite Ourse ou au bout du timon du Petit Cbariot, c'est rétoile polaire.
L'étoile polaire jouit d'une certaine renommée comme tous les personnages qui se distinguent du commun, parce que, seule parmi tous les astres qui scintillent dans nos nuits étoilées, elle reste immobile dans les cicux. A quelque moment de l'année, du jour ou de la nuit, que vous observiez le ciel au lieu permanent qu'elle occupe, vous la rencontrerez toujours. Toutes les étoiles, au contraire, tournent en vingt-quatre heures autour d'elle, prise pour centre de cette immense rotation. La Polaire demeure immobile sur un pôle du monde, d'où elle sert de point fixe aux navigateurs de l'Océan sans routes, comme aux voyageurs du désert inexploré.
Sur mille faits que je pourrais citer pour montrer combien l'étoile polaire et sa constellation, toujours visibles au nord, ont sauvé de fois la vie de voyageurs égarés dans les ténèbres, je me contenterai du suivant :
Le 4 avril 1799, le général anglais Baird, lors de la guerre contre Tippoo-Saïb, reçut ordre de marcher durant la nuit, pour reconnaître une hauteur sur laquelle on supposait que l'ennemi avait placé un poste avancé; le capitaine Lambton l'accompagnait comme aide de camp. Après avoir traversé à plusieurs reprises cette hauteur sans y rencontrer personne, le général résolut de retourner au camp. Cependant, comme la nuit était claire et que la constellation de la Grande Ourse était près du méridien, le capitaine Lambton remarqua qu'au lieu de retourner au sud, comme il le fallait pour revenir au
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camp, la division s'avançait vers le nord, c osl-à-dire vers le gros de l'arnie'e ennemie; et il avertit immédiatement le général de cette méprise. Mais cet oflicier, qui s'inquiétait fort peu de l'astronomie, répliqua qu'il savait très bien ce qu'il faisait sans consulter les étoiles. A l'instant même, le détachement tomba dans un avant-poste ennemi. Cette surprise ayant trop bien confirmé l'observation du capitaine, on se hâta d'abord de disperser les soldats de l'avant-posle, puis» de rebrousser chemin. On se procura de la lumière, on consulta une boussole, et on trouva, comme le disait en riant l'officier astronome, que les étoiles avaient raison.
L'immobilité de l'étoile polaire au nord, et le mouvement du ciel entier autour d'elle, sont des apparences causées par le mouvement de la terre autour de son axe. Nous en donnerons plus tard la démonstration; mais, pendant que nous sommes à visiter le pays des étoiles, il ne faut pas quitter un aussi beau spectacle pour redescendre sur la terre. Continuons donc notre méthode d'arpentage et faisons plus ample connaissance avec la population du ciel étoile.
Aux lieux où rayonnant des clartés éternelles
Les cieux sont toujours purs et les nuits toujours lielles.
Où l'Euphrate, roulant au loin ses ilôts couverts
De l'ombrage fleuri des palmiers toujoin-s verts,
Voit de feux plus puissants la nature animée
Prodij^uer le cinname et la myrrhe eml)anmée,
Le pasteur de Babel en gardant ses troupeaux
Observa le premier les célestes flambeaux,
Et, la nuit, promenant ses lentes égarées,
Osa du liraïament diviser les contrées.
CllÊXEDOLLÉ.
En regardant rutoile polaire, ininiobile, coninie iioiib l'avons vu, au milieu tle la iTgion septentrionale tlu ciel, on a le sud derrière soi, l'est à droite, l'ouest à gauche. Toutes les étoiles tournant autour de la polaire doivent être reconnues selon leurs rapports mutuels plutôt que rajiportées aux points cardinaux.
De l'autre coié de la Polaire, ])ar rapport à la Grande Ourse, se trouve une autre constellation facile à reconnaître. Si de l'étoile du milieu (S) on mène une ligne au pôle, en prolongeant celte ligne d'une égale quantité (lig. iS), on
traverse la figure de Cassiopée, formée de 5 étoiles principales, disposées un peu comme les jambages écartés de la lettre M. La petite étoile •/., qui termine le carré, lui donne aussi la forme d'une chaise. Ce groupe prend toutes les situations possibles en tournant autour du pôle, se trouvant tantôt au-dessus, tantôt au-dessous, tantôt à gauche, tantôt à droite ; mais il est toujours facile à trouver, attendu que, comme les précédents, il ne se couche jamais, et qu'il est toujours à l'opposé de la Grande Ourse. L'étoile polaire est l'essieu autour duquel tournent ces deux constellations.
Si nous tirons maintenant, des étoiles a et 5 de la Grande Ourse, deux lignes se joignant au pôle, et que nous prolon-
Fig. 18. — Grande Ourse, Petite Ourse, Étoile polaire, Cas.siopée.
gions ces lignes au delà de Cassiopée, elles aboutiront au carré de Pégase (fig. 19), qui se termine d'un côté par un prolongement de trois étoiles assez semblables à celle de la Grande Ourse. Ces trois étoiles appartiennent à Andromède^ et aboutissent elles-mêmes à une autre constellation, à Persée, La dernière étoile du. carré de Pégase est, comme on le voit, la première, a, d'Andromède ; les trois autres se nomment : y, Algenib ; a, Markab, et |5, Sclieat. Au nord de |3 d'Andromède se trouve, près d'une petite étoile, v, la nébuleuse oblongue que l'on comparait à la lumière d'une chandelle vue à travers une feuille de corne, la première nébuleuse dont il suit l'ait mention dans les annales de l'astronomie.
Dans Persée, a, lu brillante, sur le prolongement des trois principales d'Andromède, se trouve entre deux autres moins éclatantes, qui forment avec elle un arc concave très facile à
Fig. 19. — Cassiopée, Andromède, Pégase.
distinguer. Cet arc va nous servir pour une nouvelle orientation. En le prolongeant du côté de d (fig. 20), on trouve une
étoile très brillante de première grandeur : c'est la Chèvre. En formant un angle droit à cette prolongation du côté du midi, on arrive aux Fléia-' des, brillant amas d'étoiles. A côté est une étoile changeante, Algol ou la Tête de Méduse,
Cette étoile Algol, ou |3 de Persée, que l'on voit non loin de a, appartient à une classe d'étoiles variables dont Fig. 20 .-Chèvre. Pléiades, nous observerons plus loin le singulier caractère. Au lieu de garder un éclat fixe, comme les autres astres, elle est tantôt très brillante et tantôt très pâle : elle passe de la seconde grandeur à
la quatrième. C'est à h fin du dix-septième siècle que l'on s'est aperçu de cette variabilité pour la première fois. Les
Fig. 21. — Le Cygne, la Lyre, l'Aigle.
observations faites depuis cette époque ont montré qu'elle est périodique et régulière, et que cette période est d'une
Fig. 22. — Arcturus, le Bouvier, la Couronne boréale.
étonnante rapidité. Ainsi, pour s'élever de son minimum d'éclat à son maximum, il ne lui faut qu'une heure trois quarts,
(le sorte qu'on trois heures et demie elle a accompli son cycle entier, a passé par tous les éclats intermédiaires de la quatrième à la seconde grandeur et de la seconde à la quatrième. L'étoile i; de Persée est double. L'étoile y d'Andromède est l'une des plus belles étoiles doubles (elle est même triple).
En prolongeant au delà du carré de Pégase la ligne courbe d'Andromède, on atteint la Voie lactée et on rencontre dans ces parages : le Cygne, pareil à une croix, la Lyre, où brille Yéga, l'Aigle (Altaïr avec deux satellites) (fig. 21) et Hercule, constellation vers laquelle le mouvement du Soleil dans l'espace nous emporte tous.
Tels sont les principaux personnages qui habitent les régions circompolaires, d'un côté ; tout à l'heure nous ferons ■plus ample connaissance avec eux. Pendant que nous sommes à tracer des lignes de repère, gardons encore un peu de patience, et terminons notre révision sommaire de cette partie du ciel.
Voici maintenant le côté opposé à celui dont nous venons de parler, toujours auprès du pôle. Revenons à la Grande Ourse. Prolongeant la queue dans sa courbe (fig. 22), nous trouverons à quelque distance de là une étoile de première grandeur, Arctiirus ou a du Bouvier. Un petit cercle d'étoiles que l'on voit à gauche du Bouvier, constitue la Couronne boréale. Au mois de mai 186G on a vu briller là une petite étoile dont l'éclat n'a duré que quinze jours.
La constellation du Bouvier est tracée en forme de pentagone. Les étoiles qui la composent sont de troisième grandeur, à l'exception de a, Arctiirus, qui est de première. Celle-ci est l'une des plus proches de la Terre, car elle fait partie du petit nombre de celles dont la distance a pu être mesurée. Elle est à 61 trillions 712 milliards de lieues d'ici. Elle brille d'une belle couleur jaune d'or. L'étoile s, que l'on voit audessus d'elle, est double , c'est-à-dire que le télescope la décompose en deux astres distincts : l'un de ces astres est garnie, l'autre bleu.
LES CONSTELLATIONS DL' NORD. IJû
En menant une ligne de l'oloile polaire à Arctunis, et en élevant une perpendiculaire sur. le milieu de cette ligne, Ti l'opposé de la Grande Ourse, on retrouve l'une des plus brillantes étoiles du ciel, Véga, ou « de la Lyre, voisine de la Voie lactée. Elle forme avec les deux que je viens de nommer un triangle équilaféral. La ligne d'Arcturus à Véga coupe la constellation d'Hercule. Entre la Grande Ourse et la Petite Ourse, on remarque une longue suite de petites étoiles s'enroulant en anneaux et se dirigeant vers Véga : ce sont les étoiles du Dragon.
Les étoiles qui avoisinent le pôle, et qui ont reçu pour cela le nom de circompolaires, sont distribuées dans les groupes qui viennent d'être indiqués. J'engage fort mes jeunes lecteurs à profiter de quelques belles soirées pour s'exercer à trouver eux-mêmes ces constellations dans le ciel. Le meilleur moyen est de s'aider des leçons précédentes et de la carte placée à la fin du volume (1).
Maintenant que nous savons où elles se trouvent, nous pouvons parler un peu de leur illustre renommée antique. Il y a dans ce groupe l'un des plus grands drames de la mythologie hellénique. Pour retracer en deux mots cet épisode fameux, je rappellerai que Cassiopée, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, eut un jour la vanité de se croire plus belle que les Néréides, malgré la couleur africaine de son teint. Ces nymphes sensibles, piquées au vif par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d'un affront aussi colossal ; le dieu permit que d'épouvantables ravages fussent exercés par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée enchahia sa fille Andromède sur un rocher, et l'offrit en sacrifice au terrible monstre. Mais le jeune Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tête de Méduse
* Pour plus de délails, consulter notre ouvrnçre les Étoiles. Supplément et Atlas de V Astronomie populaire, où ion trouvera la description complète du ciel étoile par étoile;
80 LES MEliVEILLES CÉLESTES.
qui glaçait d'effi'oi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturelleniLînt tout juste au moment oîi le monstre allait dévorer sa proie; aussi n eut-il rien de plus empressé que de pétrifier le monstre en question en lui présentant la tète hideuse de Méduse, et de délivrer Andromède évanouie. C'est un effet de scène dont la peinture a tiré parti dans tous les sens; il y a peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce qui devient incalculable. Il faut avouer aussi que les peintres n'ont pas souvent de sujets aussi dramatiques et aussi touchants. Le combat de Persée contre le monstre est sans égal dans l'histoire :
Le héros fond sur lui sans se laisser atteindre. S'élève, redescend, frappe encor, mais en vain. L'écaillé impénétrable a repoussé l'airain. Le monstre est en fureur; Andromède éperdue De cet affreux combat veut détourner la vue, l'ousse un cri lamentable et, levant ses beaux yeux, lietrouve son vengeur qui plane dans les cicux. La fille de Céphée, en sa douleur mortelle, rieure, frémit de crainte, et ce n'est plus pour elle. Mais enlin le héros vers le monstre abhorré Précipite son vol, et d'un bras assuré Dans sa gueule béante enfonce cette épée Du sang de la Gorgone encor toute trempée. C'en est fait; à ses pieds revoyant son vengeur, Andromède a senti redoubler sa rougeur ; Les dieux sont satisfaits; et, prés de lui placée, Jusqu'au brillant Olympe elle a suivi Persée. Par quols plus b3aix exploits monte-t-oa dans les cieux ?
Daru.
En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège, toute la famille fut installée au ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures conventionnelles qui se partagent notre allas céleste, on peut voir sous le dôme étoile : Céphée trônant, couronne sur la tète et sceptre en main, à côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes; un peu plus loin, Andromède enchaînée sur un roc au milieu de l'abîme;
un gros poisson la mord aux flancs ; Pégase volant dans les airs, un peu en avant; et enfin le héros de la pièce, Persée, tenant de la main droite un glaive recourbé, et de la main gauche la tète aux serpents hideux. — Voilà ce que l'œil mythologique peut encore contempler au milieu de la nuit pendant la belle saison d'été.
Le Bouvier se voit au-dessus de la Vierge sur lu carte zodiacale. Il se nommait Arcas, était fils de Jupiter et de Callisto. 11 était encore Allas qui porte le monde, parce qu'autrefois sa tète était voisins du polo. Comme les Pléiades se lèvent quand le Bouvier se couche, on avait dit aussi qu'elles étaient ses filles. Dans son voisinage brille, comme une poudre d'or, hi Chevelure de Bérénice. On se rappelle que 24(3 ans avant Jésuï-Christ, la reine Bérénice, qui avait fait vœu de se couper la chevelure si Ptolémée Évergèle, son époux, revenait vain(pieur, la ccneccra aux dieux, dans le temple de Vénus, après la victoire du prince. Son mari fut très méccntent de cette malencontreuse idée, et l'on pense qu'il n'aurait pas su calmer ses emportements (d'autant plus que les cheveux de la reine furent volés dans la nuit suivante), si l'astronome Conon ne lui avait assui'é que sa regrettée chevelure avait été emportée dans le ciel par ordre de Vénus et brillait actuellement 'à l'état de constellation.
■^^ Le mortel qui, des deux écnrfant tous les voiles, Calcula le lever, le coucher des étoiles, Conon, me fit voler, par la faveur des dieux, Du front de Bérénice à la voûle des cieux. Humide encor des pleurs de ma reine lidèle. Je montai, nouveau sig:ne, à la voûle éternelle. Admise entre la Vierge et le cruel Lion, Je guide à l'occident, en sa route incertaine, Le Bouvier qui vers l'aube ù pas pesants se traîne.
Catulle.
Les Chiens de chasse, ou Lévriers, ne se distinguent par
aucune étoile remarquable, mais ils possèdent la plus belle
lîcbiilcuse du ciel, celle que j'ai décrite et figurée plus haut (\). 08); elle est située dans l'oreille gauche d'Astérion, chien de chasse septentrional. Comme cette oreille gauche touche la queue de la Grande Ourse, pour trouver la nébuleuse il est plus facile de la chercher sous la dernière étoile de la queue. Pour discerner sa forme, il faut une excellente lunette. C'est
l'ii;. "IZ. — La >|)liùre céic.->(t' et le mouveiiiciil tliiiriic.
cette nél)uleuse qui rossemhle à la Voie lactée vue de htin, et qu'on a longtemps considérée comme un amas globulaire entouré d'un anneau, jusqu'au jour où le grand télescope de lord liosse vint montrer en elle la plus magnilique des nébuleuses en spirale.
Toutes CCS constellations tournent autour de l'étoile du nord, ou plutôt autour de l'axe du monde, dont l'inclinaison sur l'horizon d'un lieu domié est invariabld
Il résulte de celle invariabilité qU(î ce sont toujours les
SU
mûmes étoiles qui s'élèvent im-dessus de l'horizon d'un même lieu, quelle que soit l'époque de l'année. Seulement, parmi celles qui se lèvent et se couchent, les unes sont au-dessus de
Fig. 54. Lunette méridienne de l'Observatoire de P.iris.
l'horizon pendant la nuit, et alors elles sont visihles, tandis que les autres se lèvent et se couchent pendant la journée et l'éclat du jour ne permet i)as de les apercevoir.
Les étoiles circompolaires, au contraire, ne s'abaissant jamais au-dessous de l'horizon, restent en vue pendant toutes les nuits de l'anne'e.
Enfin d'autres étoiles, décrivant leurs circonférences diurnes au-dessous de l'horizon, ne sont jamais visibles dans le lieu considéré.
On voit donc que la sphère céleste peut se diviser en trois zones (fig. 25) : l*' la zone des étoiles circompolaires et des étoiles perpétuellement visibles; 2° celle des étoiles qui se lèvent et se couchent, et dont la visibilité pendant la nuit dépend de l'époque de l'année où Ton se trouve; 5° enfin la zone des étoiles qui ne s'élèvent jamais au-dessus de l'horizon. Ces trois zones sont séparées les unes des autres par deux cercles tangents à l'horizon; l'un, au nord, se nomme le cercle de perpétuelle apparition; l'autre, au midi, est le cercle de perpétuelle occultation.
Le ciel entier tournant en vingt-quatre heures autour de l'axe du monde, toutes les étoiles passent une fois par jour au méridien. Les observatoires ont été fondés principalement pour observer ces passages quotidiens et déterminer avec })récision la mesure des mouvements célestes. La figure suivante représente la lunette méridienne de l'Observatoire de Paris. La fenêtre que l'on voit dans la direction de la lunette est taillée dans le méridien. Le toit est ouvert dans le même plan, et une fenêtre analogue à la première est ouverte à l'opposite. La lunette tournant autour de son axe immobile peut être dirigée vers un point quelconque du méridien, du nord au sud, et prendre au passage toutes les étoiles, qui y arrivent inévitablement dans la période de rotation de la Terre, excepté seulement celles qui, se trouvant au-dessous de l'horizon, ne peuvent pas être visibles.
Cela posé, voyons ce qui doit arriver lorsque l'observateur change d'horizon en se déplaçant dans la direction de la méridienne, soit du nord au midi, soit du midi au nord.
Si la Terre était plate, rien évidemment ne serait changé
dans l'aspocl du ciol, le déplacement de l'observateur étant nul relativement à l'immense distance oîi sont les astres même les plus rapprochés de la Terre : les mêmes étoiles seraient en vue, et les mêmes étoiles resteraient cachées au-dessous du plan de l'horizon.
La Terre étant sphérique, il n'en peut plus être de même. Dans ce cas, en passant d'un horizon à l'autre, en s'avançant vers le sud, par exemple, le voyageur plonge sous le plan de l'horizon, et sa vue découvre du côté du midi des étoiles de la zone primitivement invisible. En arrivant à l'équateur, il n'a plus de cercle de perpétuelle apparition ni de perpétuelle occultation : les pôles sont à son horizon au nord et au sud, et les étoiles décrivent des cercles droits.
Nous étudierons ce sujet en détail dans notre chapitre sur la sphéricité de la Terre. Quant à présent, continuons notre revision du ciel étoile.
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Lo Ciol (lovinl un livro où In Tt>rn> l'ionn.'e Lui cil lollivs (le foiiK I lii>loiir' de l'aïuif e.
liûSSET.
On sait qiio, dans sa mardio npparonlo au-dossus do nos tètes, le Soleil suit une voie réfiiilière et permanente, que chaque année, aux mêmes ('po({ues, il passe à la même hauteur dans le ciel, et que, s'il est moins élevé au mois de déeemhre qu'au mois de juin, la route (ju'il suit n'en est pas moins régulière pour cela, puisque cette variation dépend simplement des saisons terrestres, et qu'aux mêmes époipies il revient toujours aux mêmes points du ciel. On sait aussi que les étoiles restent perpétuellement autour de la Terre, et que, si elles disparaissent le matin pour se rallumer le soir, c'est uniquement parce qu'elles sont effacées par la lumière du jour. Or on a donné le nom de Zodiaque à la zone d'étoiles que le Soleil traverse pendant le cours entier de l'année. Ce mot vient de 'CûSiov, animal, étymologie que l'on doit au genre de figures tracées sur cette bande d'étoiles.
Ce. sont, on olTot, les animaux qui dominant dans ops fiunros. On adivist' la cinMnfi'roncr» ontièro du c'uA en douze parties, que l'on a nommées les d )uze signes du Zodiaque, et nospères les appelaient « les maisons du Soleil », ou eneorc .(les résidences mensuelles d'Apollon » , parce que le Soleil on visite une chaque mois et revient à cha(pie printemps à l'orii-ine de la cité zjdiacale. Deux mémorables vers latins nous présentent les douze signes dans l'ordre où le Soleil les parcourt.
Sunt : Aiie?, Taiirus, Gemini, Cancer, Léo, Virgo, L'braque, Scorpins, Arcitenens, Caper, Ampliora, Pisces.
Ou bien en français : le Bélier Y , le Taureau "Xf , les Gémeaux \i , l'Ecrevisse 0, le Lion <Qj, la Vierge ii]^, la Balance ^, le Scorpion IT^, le Sagittaire », le Capricorne % , le Verseau tr:; et les poissons ){ . Les signes placés à coté de ces noms sont les indications primitives qui les rappellent : T représente les cornes du Bélier; \5' la tète thi taureau ; srs est un courant d'eau, etc.
Si nous connaissons maintenant notre ciel boréal, si ses étoiles les plus importantes sont suffisamment marquées dans notre esprit avec les rapports réciproques qu'elles gardent entre elles, nous n'avons plus de confusion à craindre, et il nous sera facile de reconnaître les constellations zodiacales. Avant tout il faut savoir qu'elles appartiennent toutes Ti une même zone, à une même bande du ciel, qui peut nous servir de ligne de partage entre le nord et le sud. Un moyen focile de trouver cette zone par une belle nuit étoilée, et d'éviter des recherches inutiles, c'est de prendre l'étoile polaire pour centre d'un grand cercle et de décrire ce cercle en prenant un rayon égal à la moitié du ciel. La ligne ainsi décrite dépassera le zénith au sud, et descendra sous Thorizon au nord; elle marquera l'équateur céleste. Or Fécliptique, ou la ligne médiane du Zodiaque, est un peu inclinée sur l'équateur, mais ne s'en écarte jamais d'une grande quantité, de sorte
que notre circonférence nous donnera, avec une exactitude suffisante, la zone vers laquelle nous devons chercher nos constellations.
Ces indications sommaires une fois données, les premiers signes seront très faciles à trouver. Pour faire avec eux une connaissance complète et durable, il est nécessaire de suivie sur la carte ci-contre les descriptions que je vais donner, et ensuite de s'exercer le soir à reconnaître directement dans le ciel les originaux dont ces cartes ne sont que des copies. Ces mêmes cartes nous serviront encore, dans le chapitre suivant, à étudier les constellations australes visibles en France.
Le Bélier est situé entre Andromède et les Pléiades, que nous connaissons déjà. En tirant la ligne d'Andromède à ce groupe d'étoiles, on traverse la tète du Bélier, formée par deux étoiles de troisième grandeur. Le Bélier est le premier signe du Zodiaque, parce qu'à l'époque où cette partie principale de la sphère céleste fut établie, le Soleil entrait dans ce signe à l'équinoxe du printemps et Téquateur y croisait l'écliptique. Dans la Fable, il représente le Bélier à toison d'or de l'expédition des Argonautes, parce qu'au moment où le Soleil se lève dans ce signe, gardé par un monstre (la Baleine) et par un taureau qui vomit des flammes, la constellation d'Ophiuchus, ou Jason, sort le soir du même point, et subjugue ainsi le Bélier disparu. Le Bélier était encore le symbole du printemps et de l'ouverture de l'année.
Le Taureau vient ensuite. — Nous marchons de l'ouest à l'est. Vous le reconnaîtrez facilement par le groupe des Pléiades qui scintillent sur son épaule, par celui des Hyades qui tremblent sur son front, et par l'étoile magnifique qui marque son œil droit, l'étoile Aldébaran, a, de première grandeur. 11 est du reste situé tout au-dessus de la splendide constellation d'Orion, que nous rencontrerons et que nous saluerons bientôt; Aldébaran resplendit, sur le prolongement nord de la ligne du Baudrier. (Suivre sur notre carte.)
Les Pléiades, qui paraissent trembler au nord-ouest d'Al-
(lébaran, sont formées par un amas d'étoiles dans lequel on en compte six assez facilement à l'œil nu, mais oîi le télescope en montre plusieurs centaines.
Les anciens comptaient dans les Pléiades sept étoiles plus brillantes que le fond parsemé de poudre d'or. On n'en compte plus que six aujourd'hui, visibles à l'œil nu, que l'on nomme Alcyone, de 5'' grandeur; Electre et Allas, de 4*"; Mérope, Maïa et Taygète de 5®. Si l'on en croit Ovide, la
Fig. 23.— Les Pléiades.
septième se serait cachée de douleur à la prise de Troie. Mais l'auteur des Métamorphoses ne se doutait guère de la distance des étoiles et de la durée du trajet de leurs rayons pour venir à nous. Quand même l'une des Pléiades se serait cachée à la prise de Troie, Ovide l'aurait encore vue de son temps à l'endroit qu'elle occupait jadis, et peut-être qu'aujourd'hui même nous l'y verrions encore. Les Hyades forment un Y avec Aldébaran, qui en occupe l'extrémité sud. Gomme
00 LES MERYEILLE.S CÉLESTES.
Ips PIriadcs, elles annonçaient la pluie. C'est ce qui a inspire à J.-l». Rousseau ces vers qui sentent la pluie de i'ort loin :
Déjà le départ des Pléiades A lait retirer les nochers, Et déjà les tristes Ilyades Forcent les frileuses Dryades A ciiorcher l'abri des rocliei's.
Les Gémeaux sont faciles à reconnaître à Test des précédents, parce que leurs tètes sont formées des deux belles étoiles Castor et Pollux. Nous les atteindrions également par une diagonale traversant la Grande Ourse dans le sens du timon. D'un autre côté, Castor, forme un beau triangle avec la Chèvre et Aldébaran. Ainsi rien n'est plus facile à trouver. Descendant vers le Taureau, huit ou dix étoiles terminent la constellation, et plus bas on rencontre Procyon, étoile de première grandeur. Cette région marquée par Orion, Sirius, les Gémeaux, la Chèvre, Aldébaran, les Pléiades, est la plus magnifique région de la sphère céleste. C'est vers la fin de l'automne et dans les belles nuits d'hiver qu'elle resplendit le soir sur notre hémisphère. Les Gémeaux sont, dans la Fable, Castor et Pollux, fils de Jupiter, célèbres par leur amitié indissoluble, dont ils furent récompensés par le partage de l'immortalité. Les tergiversations de la foiHune ont été comparées par le poète à la destinée de ces deux frères :
Jupiter fit l'homme semblable A ces deux Jumeaux que la Fable Plaça jadis au rang des dieux; Couple de doités bizarre, Tantôt habitants du Ténaro, Et tantôt citovens des cicux.
Les Grecs donnaient aussi le nom de Castor et Pollux à. ces feux qui paraissent autour des vaisseaux après les tempêtes, phénomènes d'électricité désignés aujourd'hui sous le nom de feux Saint-Elme.
LE ZOniAQUt:. 01
VEcrrvme ou lo Cancer so distinguo au bas de la ligne de Castor et Pollux, dans cinq étoiles de A'^ ou o*" grandeur. C'est le pei'sonnage le moins important du Zodiaque.
La timide Écrcvisse à la serre traîiianlc
Annonce le retour de la saison brûlante :
Son a.«pect, qui pour nous borne les plus longs jours,
Fait du char du soleil rétrograder le cours.
Pendant qu'Hercule combattait le lion de Ne'mée, que voici, l'Écrevisse, de Junon secondant la vengeance, pinçait ù plaisir le talon du liéros. Hercule l'écrasa de son pied, mais la reine du ciel ne lui donna pas moins sa récompense en plaçant ses mânes dans le ciel.
Le Lion est un grand trapèze de quatre belles étoiles, situées à l'est des Gémeaux. On peut également le trouver en })rolongeant en sens opposé la ligne de a, p, de la Grande Ourse, qui nous a servi à trouver la Polaire. La plus brillante de ces étoiles, a, se nomme Régulus, c'est le cœur du Lion. Le Soleil entrait dans le Lion au solstice d'été, et le faisait disparaître en le couvrant de ses feux; c'est la victoire d'Hercule sur le Lion de Némée. H fut aussi pour la même cause le symbole de la force et de la puissance. Etant la demeure du Soleil pendant le mois de juillet, il était encore le signe des cbaleurs brûlantes et des fléaux qu'elles amènent quelquefois. Aux yeux des astrologues du moyen âge, c'était là son aspect terrible.
La Vierge vient après le Lion, toujours du côté de Test, comme on le voit sur la carte. Si nous nous servions enéore de la très complaisante constellation qui nous a si bien servi jusqu'ici, nous prolongerions vers le midi la grande diagonale a y du carré de la Grande Ourse, et nous ferions la rencontre d'une belle étoile de 1''^ grandeur placée justement dans la main gauche de notre figure : c'est Y Epi de la Vierge, astre connu de toute l'antiquité. Maintenant que nous connaissons Arcturus, ou a du Bouvier (p. 78) et a du
Lion, nous pouvons encore remarquer que ces deux étoiles et l'Épi font ensemble un triangle équilatc'ral. L'étoile ê, située dans le bras di'uit de la Vierge, se nomme la Vendangeuse. Elle forme un triangle avec 8 du Lion et la Chevelure de Bérénice.
Emblème de la justice et des lois, la Vierge représente Thémis, dont la Balance esta ses pieds. Pourquoi porte-t-elle des ailes? Peut-être parce que la Justice, autrefois sur la terre, Ta abandonnée pour le ciel. Elle est encore Astrée, fille de Jupiter et de Thémis, que les crimes des hommes forcèrent de remonter au ciel à la fin de l'âge d'or. Elle eut, du reste, le privilège de représenter bon nombre de personnifications ; la liste en serait trop longue, et voici seulement les premières : Cérès, symbole des moissons; Diane d'Ephèse; Isis d'Egypte, déesse de Syrie ; Atergatis ou la Fortune ; Cybèle trauiée par des lions ; Minerve, mère de Bacchus ; Méduse; Erigone, fille du Bouvier; enfin, au temps de Virgile, elle fut la Sibylle qui, un rameau à la main, descendait aux enfers ou sous riiémisphère. Au milieu d'un si grand choix, elle paraît avoir préféré le titre de fille de la Justice, exilée aux régions célestes par les crimes des hommes.
La Balance est le septième signe du Zodiaque. A l'est de l'Epi de la Vierge, on voit deux étoiles de 2^ grandeur : ce sont a et 6 de la Balance, marquant les deux plateaux. Avec deux autres étoiles moins brillantes, elles forment un carré oblique sur l'écliptique. Il y a deux mille ans, le soleil passait là l'équinoxe d'automne, et l'on a vu là l'origine de ce signe qui « égale au jour la nuit, le travail au sommeil. » J.-B. Rousseau exprime la même idée dans l'une de ses odes *
Le soleil, dont la violence
Nous a lait languir si longtemps,
Anne de feux moins éclatants
Les rayons que son char nous lance,
Et, plus paisible dans son cours,
Laisse la céleste Balance
Arbitre des nuits et des jours.
Le Scorpion j dont le cœur est marqué par l'éloiïe rouge Antarès, astre de 1"-* grandeur, est facile à reconnaître. Son dard recourbé fait distinguer sa forme. Antarès, a du Scorpion, se trouve sur le prolongement de la ligne qui joindrait Régulus (a du Lion) à l'Épi ; ce sont trois étoiles brillantes placées en ligne droite dans la direction ouest-est. Antarès forme encore avec la Lyre et Arcturus un grand triangle isocèle dont cette dernière étoile est le sommet. La seconde étoile du Scorpion, 6, de 2" grandeur, marque la tète. Une file d'étoiles de o'^ grandeur dessine la queue recourbée.
La Balance et le Scorpion ne formaient qu'un même signe chez les Latins, avant Auguste ; la Balance était alors les serres du Scorpion. Gomme Auguste était né le 25 septembre, la llalterie se ligua avec l'astrologie pour célébrer le bonheur promis à la Terre par la naissance de cet empereur ; on replaça au ciel la Balance, symbole de la Justice, que les Egyptiens avaient jadis institué dans la sphère primitive. C'est ainsi, du moins, que j'interprète les vers de \ Enéide.
Signe de malheur et d'effroi, le Scorpion fut maudit entre toutes les constellations. On disait surtout qu'il avait une haine invincible contre Orion, parce que cette figure se couche quand la première se lève, et réciproquement. Il était non seulement la terreur des Étoiles, mais encore la terreur du Soleil lui-même, comme Ovide nous le dépeint.
Le Sagittaire, formant un trapèze oblique, se tient un peu à l'orient d' Antarès en suivant toujours la direction de l'écliptique. Il ne possède que des astres de 5<^ grandeur et au-dessous ; c 5 y forment la flèche ; la dernière, 7, est appelée Nushaba par les Arabes. L'étoile tc marque la tête. Cette constellation ne s'élève jamais beaucoup au-dessus de l'horizon de Paris. Dans la Fable, il est le centaure Chiron, l'instituteur d'Achille, de Jason, d'Esculape, et l'inventeur de l'équitation. C'était le dernier seigneur de cette race antique. Sans doute le voisinage du Scorpion avait influencé l'opinion
9i LES MERVEILLES CELESTES.
des poètes à son eji,ar(I, car on ne le représentiiit pas non plus sous des couleurs bien favorables :
Déjà du haut des cieux le cruel Sagittaire Avait tendu son arc et ravagé la terre; Les coteaux, et les champs, et les prés défleuris, N'offraient de toutes parts que de vastes débris; Kovembrc avait compté sa première journée.
Le Capricorne n'est pas plus riche en étoiles brillantes. Celles qui scintillent à son front, a et /3, sont les seules qui se laissent admirer à l'œil nu. Elles se trouvent sur le prolongement de la ligne qui va de la Lyre à l'Aigle. La région du Zodiacjue que nous visitons présentement est la })lus pauvre du ciel; elle présente un contraste frappant avec la région opposée, où nous avons admiré Aldébaran, Castor et Pollux, la Chèvre, etc.
Au-dessus du Capricorne brille Altaïr, ou a de l'Aigle; les étoiles d'Antinous forment un trapèze sur le chemin qui va du Capricorne îi l'Aigle.
Dans certains auteurs, ce signe représente la chèvre Anialthée, qui nourrit Jiqiiter sur le mont Ida et reçut pour réconqxMise un- plac:' dans le cieL Pour d'autres, il représente le retour du Soleil au solstice d'hiver par la porte du troj)i(pie. Selon d'autres encore, cVst un bouc qui fut élevé avec le roi des dieux, di'couvrit et emboucha la conque marine, porta Telfroi parmi les Titans dans leur guerre contre l'Olympe. Les dieux épouvantés se cachèrent sous diverses formes d'animaux : Apollon se changea en grue, Mercure en ibis, Diane en chat.... Jamais on ne vit pareille métamorphose.... Ejifin Pan en capricorne, ayant un c()rj)s de bouc et une queue de poisson. Il paraît qu'il voulait ainsi se d('rober aux Géants qui escaladaient le ciel.
Le Verseau forme par ses trois étoiles teitinires un triangle très aplati. La base se prolonge en une file d'étoiles du coté du Capricorne, et vers la gauclic se poi'te sUr
LE ZODIÀQLE. 95
l'Lii'iic. De là part une ligne sinueuse de très petites étoiles (lescenilanl sur l'horizon. C'est l'eau du Verseau. Le Verseau paraît personnilier Ganymède, qui fut enlevé par l'aiyle de Jupiter pour servir d'échanson aux dieux, après que la Jeune et candide Hébé se fut laissée tomber d'une manière peu décente.
Jiipiler, qui d'IIébô prononce la disgrâce, Au jeune Ganymède a destiné sa place; Le nouvel échanson, hôte dif^ne des cieux. De torrents de nectar enivre tous les dieux!
Les Poissons, dernier signe du Zodiaque, se trouvent au sud d'Andromède et de Pégase. Le poisson boréal est celui qui veut dévorer Andromède ; le poisson occidental s'avaiice dans le carré de Pégase; ils sont liés l'un à l'autre par un ruban. Peu apparente, comme les précédentes, cette constellation est composée de deux rangs d'étoiles très faibles qui partent de a de troisième grandeur, nœud du ruban, et vont en divergeant, l'un vers a d'Andromède, l'autre vers a de Verseau. Ovide raconte que Vénus et l'Amour, voulant se dérober à la poursuite des Géants, passèrent l'Euphrale sur deux poissons qui, pour cela, furent placés dans le ciel. On dit encore que deux poissons, ayant trouvé un œuf de belle taille, l'entraînèrent sur le rivage, qu'une colombe le couva, et que Vénus en sortit. C'est depuis ce temps, dit Plutarque, que les Syriens s'alistiennent de se nourrir de poisson. Leur signe est la dernière demeure du Soleil avant le renouvellement de l'année, la demeure de février; c'était le temps de l'inondation en Egypte, c'est celui de la pèche chez nous. Ils ferment le cercle des constellations zodiacales :
Enfin aux derniers ran^s paraissent les Poissons, Qui, l'erniant à la fois et rouvrant les saisons, De l'hiver rigoureux tempèrent linfluence, Et d'un nouveau printemps raniment l'espérance.
IllCAUl).
Si l'on a bien suivi nos descriptions sur notre carte, on connaît maintenant les constellations zodiacales aussi bien que l'on connaît colles du nord. Il nous reste peu h faire pour nous former une idée du ciel tout entier. Mais il y a un complément indispensable à. ajouter à ce qui précède. Les étoiles circompolaires sont perpétuellement visibles sur l'horizon de Paris; en quelque moment de l'année qu'on veuille les observer, il suffit de se tourner du côté du nord, et on les trouve toujours, soit au-dessus de l'étoile polaire, soit au-dessous, soit d'un côté, soit de l'autre, gardant toujours entre elles les rapports qui nous ont servi à les trouver. Les étoiles du Zodiaque ne leur ressemblent ])as sous ce point de vue, car elles sont tantôt au-dessus de l'horizon, tantôt audessous. Il faut donc savoir à quelle é[)oque elles sont visibles. Il nous suffira pour cela de rappeler ici la constellation qui se trouve au milieu du ciel, à neuf lieures du soir, pour le premier jour de chaque mois, celle, par exemple, ([ui traverse à ce moiiient une ligne menée de l'étoile polaire au zénith (j)oint du ciel diamétralement audessus de nos tètes), descendant du zénith au sud, et partageant le ciel en deux. Cette ligne est le méridien, dont nous avons déjà parlé, et toutes les étoiles la traversent une fois par jour, marchant de l'est à l'ouest, c'est-à-dire de gauche à droite si l'on regarde le sud. En indiquant chacune des constellations qui passent à l'heure indiquée, nous donnons ainsi le centre des constellations visibles.
Le 1^^ janvier, le Taureau passe au mc'i'idien. Remarquer Aldébaran, les Pléiades. — Au i^'" février, les Gémeaux n'y sont pas encore, on les voit un peu à droite. — l'"'' mars : Castor et Pollux sont passés, Procyon au sud; les petites étoiles de l'Ecrevisse à droite. — 1" avril : le Lion, Régulus. — 1" mai : g du Lion, Chevelure de Bérénice. — i^"^ juin : l'Épi de la Vierge, Arcturus. — 1'^"' juillet : la Balance, le Scor[)ion. — 1''^ août : Antarcs, Ophiuchus. — 1*''' septembre : Sagittaire, Aigle. — l''"" octobre : Capricorne,
Verseau. — l'-"^ novembre : Poissons, Alge'nib de Pégase. — l**" décembre : le Rélier.
Notre revision générale du ciel étoile doit maintenant être complétée par les astres du ciel austral. C'est ce que nous ferons dans le chapitre suivant.
Je n'ai donné qu'un rapide sommaire de l'explication mythologique des signes du Zodiaque ; l'incertitude qui règne sur son origine a permis à un grand nombre de systèmes de se l'aire jour. Je rappellerait ici que celui dont les partisans voient les douze travaux d'Hercule dans la série des douze signes célestes ne manque pas d'être fort ingénieux. Hercule ne serait autre que le Soleil lui-rnème considéré dans ses attributs relatifs aux diverses époques de l'année. Francœur, dans son Uranographie, après l'astronome Lalande et le philosophe Dnpuis, s'est chargé de soutenir ce système curieux.
L'entrée du Soleil dans le Lion solsticial, qu'il fait disparaître en le couvrant de ses feux, est la victoire sur le Lion de >'émée.
A mesure que le Soleil s'avance, il traverse le Cancer, le Lion et la Vierge; les diverses parties de l'Hydre s'éclipsent tour à tour : d'abord la "tête, puis le corps et enfin la queue, mais alors la tète reparait dans son lever héliaque. C'est le triomphe sur THydre renai;;sante du lac de Lerne, qu'Hercule brûla après avoir écrasé l'Écrevisse qui la secondait.
Le Soleil traversant la Balance au temps des vendanges couvre le Centaure de ses feux. La Fable dit que le centaure Chiron, ayant reçu Hercule, enavaitappris l'art de faire le vin. Elle ajoute que, dans une dispute causée par livresse, le peuple des Centaures avait voulu tuer l'hôte d'Hercule, ce qui avait forcé le héros à les combattre ; ceci paraît relatif au coucher du soir du Sagittaire. Enfin, dans une chasse, il avait vaincu un monstre nommé le sanglier d'Érymanthe, qu'on croit se rapporter au lever du soir de la Grande Ourse.
Cassiopée, qu'on figurait aussi par une biche, se plonge le matin dans les flots, quand le Soleil est dans le Scorpion, ce qui arrivait à l'équinoxe d'automne; c'est cette biche aux cornes d'or que, malgré sDn incroyable vitesse, Hercule fatigua à la course et prit au bord des eaux où elle reposait.
Au lever du Soleil dans le Sigittaire, l'Aigle, la Lyre (ou le Vautour) et le Cygne, placés dans le fleuve de la Voie lactée, disparaissent tout d'ahord dans les feux de cet asire ; ce sont les oiseaux du lac Stymphale chassés d'Arcadie par Hercule, dont la flèche est placée entre eux.
Le Capricorne ou le Bouc céleste est baigné sur le devant par l'eau du Verseau : ce sont les écuries d'Augias nettoyées en y faisant passer un fleuve.
Le Soleil dans le Verseau, au solstice d'hiver, était près de Pégase; le soir on voyait se coucher le Vautour, tandis que le Taureau passait au méridien ; on a dit qu'Hercule, à sou arrivée en Élide, pour combattre le Taureau d(3 Crète et le Vautour de Prométliée, monta le cheval Arion et institua les jeux Olympiques, ((u'on célébrait à la pleine lune du solstice dété ; la lune est précisémeut alors dans le Verseau, c'est-à-dire dans la région opposée au Lion.
L'enlèvement des cavales de Diomède, fds d'Aristée, se rapporte au lover héliaque de Pégase et du Petit Cheval, le Soleil étant dans les Poissons ; ces deux chevaux sont placés au-dessus du Verseau, qui est Aristée.
Hercule part ensuite pour la conquête de la Toison d'or, le Verseau et le Serpentaire achèvent de se lever le soir, tandis qu'en même temps le Bélier, Cassiopée, Andromède, les Pléiades et Pégase se couchent. De là la victoire d'Hercule sur llippolyte. reiue des Amazones, dont la ceinture (Miracli) brille d'un viC éclat : plusieurs de ces guerrières avaient les noms des Pléiades.
Au lever du Taureau, le Bouvier se couche, et la Grande Ourse (les bœufs d'Icare) se lève; c'est la défaite de Géryon et l'enlèvement de ses bœufs. Hercule tue Busiris. persécuteur des Atlantides : fable qui fait allusion à Oriou poursuivant les llyades, el qui est alors dans les feux solaires. Le retour du printemps est en outre exprimé par la destruction des reptiles venimeux de la Crète et par la défaite du brigand Cncus : celle du fleuve Acliélaûs, changé en taureau, est relative à l'Éridau, qui est placé au-dessous.
Après avoir fondé Thèbes d'ÉgypIe, Hercule va aux Enfers, délivre Thésée et enlève Cerbère. Le Soleil est arrivé dans l'iiémisphère boréal ; le Grand Chien, dont le coucher héliaque a eu lieu dans le signe précédent, est maintenant absoibé dans les feux; il est tiré des réfions inférieures et produit à la lumière. Le fleuve du Verseau, qui se lève le soir avec le Cygne, lorsque le Soleil achève de décrire les Gémeaux, est Cycnus, vaincu au bord du Pénée.
Le Dragon polaire et Céphée, ou le jardin des Hespérides, se lèvent au couchant du Soleil, sous le Cancer ; de là le voyage d'Hercule en Hespérie. L'époque du lever héliaque do la constellation d'Hercule est on automne; les pommes des Hespérides sont une allusion à cette saison.
Revenu au solstice d'été, le Soleil recommence sa révolution : c'est l'apothéose d'Hercule. La Fable raconte que Dcjanire, cherchant un philtre pour fixer son époux, lui envoya une chemise trempée dans le sang du centaure Nessus. Hercule la revêtit pour sacrifier aux dieux et leur demander l'immortalité promise à ses exploits; mais, dévoré par le poison imprégné dans ce vêtement, le héros se brûla sur un bûcher. Voici le sens de cette fable. Le Soleil est rentré dans le Lion et se lève, tandis que les constellations d'Hercule et du Verseau sont prêtes à se coucher. Le Centaure se couche peu après le Lion ; celuici fait donc mourir Hercule, et le Verseau, Ganymède, est enlevé pour verser le nectar aux dieux, à la place d'Hébé donnée au héros. La réconciliation d'Hercule et de Junon est relative au Verseau, qui est dédié à la déesse.
Hercule vécut 52 ans, eut 52 épouses et accorda les honneurs néméens à 500 de ses compagnons morts pour lui : ce sont des allusions aux 52 semaines de l'année et aux 560 degrés du Zodiaque. Les Colonnes d'Hercule étaient les limites occidentales de la Terre connue, où le Soleil semblait chaque jour se coucher dans la mer. Quelque vagues qu'on suppose plusieurs des interprétations qu'on vient d'exposer, ajoute Francœur en terminant, il en est de si remarquables, qu'on ne saurait les supposer être l'effet du hasard : ainsi Hercule n'a pas été ce héros dont les bienfaits ont excité les hommes à lui ériger des autels, mais c'est le Soleil considéré dans ses attributs relatifs aux diverses époques de l'année, opinion conforme aux témoignages les plus révérés des anciens.
Qui donc sur l'Océan, dans l'omltre cl lo silence, Élève avec orfïueil son front majestueux, Et, bravant de Phœbé le disque lumineux, Devant son trône même insulte à sa puissance?
C'est toi, noble Orion: les feux étincelants Des soleils de la nuit effacent la lumière, Comme le dieu du jour, entrant dans la carrière. Efface de l'bœbé les rayons pâlissants;
Sur le trône des airs fais briller ta couronne ; Viens, béros indompté, répner sur nos climats. Lève-loi! que nos yeux atlaciiés à tes pas Contemplent à loisir l'éclat qui t'environne.
Perçant des sombres mers les nocturnes brouillards, Sous l'orgueilleux fardeau de ta pesante armure, Je le vois déployer ta superbe ceinture Et de l'homme étonné commander les regards.
Le Taureau loin de toi recule épouvanté :
Il roule avec effroi sa prunelle sanglante,
Tandis que vers le nord s'enfuit l'Ourse tremblante,
Aux éclairs menaçants de ton glaive irrité.
NewlaiND
A loiit seigneur tout honneur. Orion est la plus l)elle des constellations : il ne faut pas aller au delà sans lui rendre hommage, et le meilleur moyen de rendre hommage aux
personnages de valeur, c'est d'apprendre à les bien connaître. Observez notre carte zodiacale : au-dessous du Taureau et des Gémeaux, au sud du Zodiaque, vous remarquerez ce géant qui lève sa massue vers le front du Taureau. Sept étoiles brillantes se distinguent; deux d'entre elles, a et ^, sont de première grandeur; les cinq autres sont de second ordre. a et 7 marquent les épaules, x le genou droit, |3 le genou gauche; ^, £,Ç marquent le Baudrier ou la Ceinture; audessous de cette ligne est une traînée lumineuse de trois étoiles très rapprochées : c'est l'Epée. Entre l'épaule occi-
Fig. 26.— Orion, Aldcbaran, Sirius.
dentale y et le Taureau, se voit le Bouclier, composé d'une file de petites étoiles en ligne courbe. La tète est marquée par une petite étoile, 1, de quatrième grandeur ; ^ eiv dessinent le bras levé.
Pour plus de clarté, voilà la disposition des étoiles principales de ce magnifique astérisme.
Par une belle soirée d'hiver, tournez-vous vers le sud, et vous reconnaîtrez innnédiatement cette constellation géante. Les quatre étoiles «,7, |3,x occupent les angles d'un grand quadrilatère, les trois autres, S,z,'C, sont serrées en ligne oblique au milieu de ce quadrilatère, a, de l'angle nord-est,
se nomme Betelgeuse (ne pas lire Beteigeuse, comme la pluplart des traités l'impriment); B, de l'angle sud-ouest, se nomme Rigel.
La ligne du Baudrier, prolongée des deux côtés, passe au nord-ouest par l'étoile Aldéharan ou l'œil du Taureau, que nous connaissons déjà, et au sud-est par Sirhis, la plus belle étoile du ciel, dont nous nous occuperons bientôt.
C'est pendant les belles nuits d'hiver que cette constellation brille le soir sur nos têtes. Nulle autre saison n'est aussi magnifiquement constellée que les mois d'hiver. Tandis que la nature nous prive de certaines jouissances d'un côté, elle nous en offre en échange de non moins précieuses. Les merveilles des cieux s'offrent aux amateurs depuis le Taureau et Orion à l'est, jusqu'à la Vierge et au Bouvier à l'ouest : sur dix-huit étoiles de première grandeur que l'on compte dans toute l'étendue du firmament, une douzaine sont visibles de neuf heures à minuit, sans préjudice des belles étoiles de second ordre, des nébuleuses remarquables et d'objets célestes très dignes de l'attention des mortels. Ces principales étoiles sont : Sirius, Procyon, la Chèvre, Aldéharan, lÉpi, le cœur de l'Hydre, Bigel, Betelgeuse, Castor et PoUux, Régulus, et B du Lion. — C'est ainsi que la nature établit partout une compensation harmonieuse, et que, tandis qu'elle assombrit nos jours d'hiver rapides et glacés, elle nous donne de longues nuits enrichies des plus opulentes créations du ciel.
La constellation d'Orion est non seulement la plus riche en étoiles brillantes, mais elle recèle encore pour les initiés des trésors que nulle autre ne saurait offiir. On pourrait presque l'appeler la Californie du Ciel. Donnons-nous le plaisir d'énumérer ses richesses, et nous trouverons un grand bonheur à la contempler dans les cieux.
Parlons d'abord de sa nébuleuse, située au-dessous de la seconde étoile du Baudrier. La première fois que l'astronome Huygens, son découvreur^ admira cette beauté cosmique, en 1656, il fut assez émerveillé pour dire qu'elle paraissait une
ouverture dans le ciel, qui donnait le jour sur une région plus brillante. « Les astronomes, dit-il, ont compté dans l'épée d'Orion trois étoiles très voisines l'une de l'autre. Lorsque, en 1656, j'observai par hasard celle de ces étoiles qui occupe le centre du groupe, au lieu d'une j'en découvris douze, résultat que d'ailleurs il n'est pas rare d'obtenir avec les télescopes. De ces étoiles il y en avait trois qui, comme la première, se touchaient presque, et quatre autres semblaient briller à travers un nuage, de telle façon que l'espace qui les ^environnait paraissait beaucoup plus lumineux que le reste. »
Depuis cette époque, on s'est occupé de cette nébuleuse avec une sorte de prédilection; on l'a minutieusement examinée, et les diverses régions de cet amas ont été étudiées et décrites dans tous leurs détails. A mesure que les instruments sont devenus plus puissants, les étoiles qui la constellent sont apparues plus nombreuses. Au centre on voit une partie plus brillante dont la forme est singulière; sir John Herschel la compare à la tète d'un animal monstrueux, dont la gueule reste béante et dont le nez se prolonge comme la trompe d'un éléphant.
Elle occupe dans le ciel un large espace, dont la dimension apparente est égale à celle du disque lunaire. Lorsqu'on réfléchit à l'éloignementqui nous sépare de cette agglomération, on est effrayé de l'étendue réelle qu'elle embrasse au fond du vide sans bornes.
Mais le phénomène le plus étrange qui se rattache à cette nébuleuse, ce sont les changements que l'on a observés en elle. Les dessins qu'on en prend aujourd'hui diffèrent de ceux qui ont été pris il y a moins d'un demi-siècle. Cette année encore, on vient de remarquer en Angleterre une disparition d'éclat à travers un endroit sombre qui n'existait pas il y a dix ans. Les astronomes s'accordent à reconnaître qu'il n'y a pas d'illusion possible dans certaines de ces observations, et que cette lointaine agglomération de soleils est le siège de formidables perturbations.
« L'impression générale que j'ai reçue de ces observations, disait naguère le directeur de l'Observatoire de Russie, est que la partie centrale de la nébuleuse se trouve dans un état d'agitation continuelle, comme la surface d'une mer. »
Orion possède bien d'autres richesses. L'étoile du pied gauche, Rigel, est une belle étoile double. (Nous entrerons bientôt dans ce chapitre de l'astronomie sidérale.) Cette étoile double se compose d'un soleil blanc et d'un soleil bleu, comme Antarès du Scorpion. Par les nuits bien pures, il semble parfois qu'en observant Antarès le reflet de l'étoile bleue nuance assez l'éclat de la blanche pour que celle-ci ])araisse légèrement teintée de bleu, surtout lorsqu'on la compare aux points d'or qui parsèment le ,ciel tout autour.
Deux autres systèmes binaires se rencontrent encore dans les deux étoiles des extrémités du Baudrier. La première, celle de (h'oite, se compose d'un soleil blanc et d'un soleil pourpre; la seconde, d'un soleil jaune et d'un soleil bleu. Ainsi voilà trois systèmes de mondes des plus dissemblables réunis dans la même constellation. Dans chacun de ces systèmes, deux soleils au lieu d'un; non seulement deux soleils comme le nôtre, mais deux soleils diversement colorés; sur les planètes qui appartiennent au premier, un astre blanc et un astre bleu se disputent l'empire du jour, donnant naissance, par les combinaisons sans nombre de leur chaleur, de leur lumière, de leur puissance électrique, à une variété d'actions incomparable et inimaginable pour nous, qui sommes voués à un unique soleil. Sur les planètes qui appar- (iennent au second, c'est un soleil pour})re qui vient diversilier la blanche lumière de son congénère. Sur celle du troisième, le nombre des couleurs, essentiellement différentes des nôtres, puisqu'il n'y a point là de lumière blanche génératrice de toutes les teintes, présente une série inconnue des nuances issues des mariages de l'or et du saphir !
Mais cette richesse de systèmes stellaires ne constitue pas encore tout le patrimoine de cette belle constellation d' Orion.
Elle renlerme, en outre, le plus complexe des systèmes multiples qu'on ait jamais rencontrés dans le ciel. Dans la nébuleuse dont je parlais tout à l'heure, on rencontre une étoile extraordinaire, l'étoile marquée 0 sur les catalogues, un peu au-dessous de l'Epée. Cette étoile, décomposée par le télescope, permet d'admirer en elle le groupe merveilleux de six soleils rassemblés au même point du ciel. Quatre étoiles principales de -4% 5", 6^ et 7^ grandeur, sont disposées aux quatre angles d'un trapèze un peu irrégulier : les deux étoiles de la base ont chacune un très faible compagnon. Ces six soleils lointains forment un système physique extraordinaire; ils présentent au télescope l'un des groupes stellaires les plus curieux du ciel, et doublement cuiieux à cause de leur situation dans la nébuleuse (voy. la fig. 27).
Une autre étoile d'Orion, la 25'^, est également remarquable en ce qu'elle est double, et qu'au lieu d'avoir sa principale blanche et sa petite bleue, comme dans la généralité des cas, c'est le contraire qui se présente.
Voilà beaucoup sur une seule constellation; mais j'ai pour cette belle et antique figure, que Job chantait il y a trois mille ans, une sympathie dont je ne puis ni ne veux me défendre. Trônant entre les Pléiades et le beau Sirius, elle me présente une magnifique plage céleste, enrichie de mondes variés qui font rêver à la vie lointaine. Entre nous, j'ai lu au moyen âge un traité d'astrologie qui avait pour titre : Flamma Oriords. Depuis ce temps-là ce nom m'est cher, je l'aime !
Or vous savez tous combien les amoureux éprouvent de bonheur à parler sans cesse de l'objet qui fait battre leur cœur.
Suivant dans son cours, comme le Soleil et comme les planètes, les constellations zodiacales, la Lune passe quelquefois auprès d'Orion. Elle occulte alors les étoiles devant lesquelles sa marche l'a conduite. Le poète américain Longfellow a dépeint cette occultation sous de vives couleurs :
« Sirius se levait à l'orient, et lentement, montant l'une
108 LES BIERVEILLES CÉLESTES.
après l'autre, brillaient les constellations étincelantes. Au milieu du cortège d'étoiles flamboyantes, se tenait debout le géant Algebar, Orion le chasseur. Sa luisante épée était suspendue à son côté, et sur son épaule la peau, du Lion laissait voltiger sur le ciel de minuit le rayonnement doré de sa chevelure. La Lune était palissante, sans que sa clarté lut affaiblie, belle comme une vierge sacrée, s'avanoantdans la pureté de sa voie pendant les heures d'épreuve et de terreur. Gomme si elle eût entendu la voix de Dieu, elle marchait pieds nus, sans blessures, sur les astres brûlants, semblables à des charbons embrasés, faisant ainsi éclater sa puissance, comme sa pureté et sa sainteté.
« Errant ainsi dans son pas silencieux, le triomphe empreint sur son visage si pur, elle atteignit la station d'Orion. Etonné, il s'arrêta dans une étrange frayeur, et subitement de son bras étendu laissa tomber la peau rouge du lion à ses pieds dans la rivière. Sa massue ne resta pas plus longtemps levée sur le front du Taureau ; mais lui chancela connue autrefois près de la mer, lorsque, aveuglé par Œnopion, il chercha le forgeron dans sa forge, et, grimpant sur la montagne escarpée, fixa ses yeux ternes sur le Soleil. »
Dans la Fable, Orion, le plus bel homme de son temps, était d'une taille si haute que, quand il marchait dans la mer. il dépassait les flots de tout son buste : ce qui veut dire que cette constellation est moitié sous l'équateur et moitié audessus .
J'oubliais d'ajouter que les trois étoiles obliques qui forment son baudrier, ou sa ceinture, ont été nommées les Trois Rois Mages, le Bâlon de Jacob, et que dans nos campagnes on les distingue simplement sous le nom de Râteau.
Au sud-est d'Orion, sur la ligne des Trois Rois, resplendit la plus magnifique de toutes les étoiles, Sirius, ou a de la constellation du Grand Chien. Cet astre de première grandeur marque l'angle supérieur oriental d'un grand quadrilatère dont la base, voisine de l'horizon à Paris, est adjacente
à un triangle. Les étoiles du quadrilatère et du triangle sont toutes de seconde grandeur. Cette constellation se lève, le soir, à la fin de novembre, passe au méridien à la lin de janvier, et se couche à la fin de mars.
Sirius étant la plus éclatante étoile du ciel, lorsque les astronomes osèrent essayer les opérations relatives à la recherche des distances des étoiles, elle eut le don d'attirer particulièrement leur attention. Après des études longues et minutieuses, on arriva à déterminer sa distance : elle est de 52 trillions 200 milliards de lieues. Pour traverser la distance de la terre à cet astre, la lumière emploie plus de 14 ans. Il suit de là que, lorsque nous l'observons, ce n'est point le Sirius d'aujourd'hui qui est au-dessus de nos yeux, mais bien le Sirius d'il y a quatorze ans : le rayon de lumière qui atteint notre œil en 1881, par exemple, est sorti de Sirius pendant l'année 1867.
Le nom que nous donnons aujourd'hui à a du Grand Chien appartenait jadis à: la constellation tout entière, et l'on ne trouve pas un seul monument égyptien où cette ligure soit indiquée sans qu'elle représente Sirius, nom dérivé, dit-on, d'Osiris, le Soleil. A l'origine des constellations, le solstice d'été arrivait lorsque le Soleil parcourt le Capricorne : le lever de Sirius annonçait à l'Egypte l'époque de la crue du Nil, et, comme un chien fidèle, avertissait les hommes de se tenir sur leurs gardes. Lcà ne se bornait pas le rôle de Sirius. L'année civile des Egyptiens étant de 565 jours exactement, et les rois jurant de ne jamais permettre l'intercalation de jours supplémentaires, cette année vague empiétait d'un jour tous les quatre ans sur l'année solaire, et revenait coïncider avec celle-ci au bout de 565 fois quatre ans, ou 1460 ans; mais pendant ce temps-là les périodes civiles, les fêtes, les diverses époques de calendrier, les travaux d'agriculture ne pouvaient être fixés par des dates immuables. On choisit dans le ciel un signe propre à annoncer l'époque du solstice : le lever du matin de Sirius, qu'on nommait alors Sothis, annonça
no LES MERVEILLES CÉLESTES.
l'époque demandée. Le lever héliaque (solaire) de cet astre n'était ramené au même jour de l'année qu'après 1461 ans. Depuis ces temps antiques, un mouvement de la Terre qui modifie lentement la marche du Soleil parmi les constellations, et qui est célèbre sous le nom de précession des équinoxes, a privé Sirius de sa faculté de prédire l'inondation et le solstice; son lever héliaque n'arrive maintenant en Egypte que le 10 août, au lieu du 20 juin. Mais au commencement de notre ère il arrivait en juillet, au milieu des grandes chaleurs et des maladies qu'elles engendrent. De là cette constellation fut accusée de maligne influence, comme vous pouvez le voir dans Sopliocle et dans cent autres auteurs moins anciens ; elle donne la fièvre aux hommes et la rage aux chiens. Les jours caniculaires viennent de là. Pour conjurer Sirius, on lui éleva des autels, sur lesquels on sacrifia la caille et la chèvre. On redoutait l'étoile du midi :
Déjà le Cliien brûlant dont l'Inde est dévorée Vomissait tous ses feux sur la plaine altérée.
Gcorgiqiies.
Sirius lève au ciel son front pernicieux, Et son affreux aspect consterne tous les yeux.
Enéide.
Sirius ou la canicule s'appelait aussi le chien de Procris^ épouse de Cé])hale, qui le perça d'un trait décoché par mégarde, comme Ovide le rapporte fort au long. Jean-Baptiste lîousseau, qui se plaisait parfois à montrer ses connaissances astronomiques, n'a pas tout à fait réussi en parlant à notre époque du brûlant Sirius, dans une ode, charmante du reste, à l'abbé Chaulieu :
Mais aujourd'hui qu'on vos plaines Le Chien brûlant de Procris De Flore aux douces haleines Dessèche les dons chéris;
Veux-tu d'un astre perfide Risquer les âpres chaleurs
Et, dans ton chemin aride, Sécher ainsi que tes fleurs?
Boëce, {Consolation philosophique, liv. I) avait plus raison de dire, au dixième siècle :
Le grain semé sous Arcturus Devient épi sous Sirius.
Sirius a une longue et bonne réputation comme chien. Après tous les services qu'il avait déjà rendus aux Egyptiens, Jupiter le chargea de la garde de sa chère Europe; après l'enlèvement, il passa entre les mains de Minos, de Procris, de Céphale et d'Aurore. Dos auteurs fort accrédités pensent même que, malgré tout ce qui précède, il fut Cerbère, le canis à trois tètes ; leur opinion est appuyée sur cette coïncidence, que le Grand Chien garde à l'équateur l'hémisphère inférieur des Egyptiens de la même manière que Cerbère gardait la région du Tartare. On voit que ce chien revendique une noblesse fort ancienne. Aucun titre héraldique ne peut se vanter de remonter si haut.
Le Petit Chierij ou Procyon, que nous avons déjà vu sur nos cartes zodiacales, se trouve au-dessus de son aîné et audessous des Gémeaux Castor et Pollux, à l'est d'Orion. Si ce n'est a, aucune étoile brillante ne le distingue. Au point de vue mythologique, il partage avec le Grand Chien la plupart des fables attribuées à ce dernier.
U Hydre est une longue constellation qui occupe le quart de l'horizon, sous le Cancer, le Lion et la Vierge. La tête, formée de quatre étoiles de quatrième grandeur, est à gauche de Procyon, sur le prolongement d'une ligne menée par cette étoile et par Betelgeuse. Le côté occidental du gi^and trapèze du Lion, comme la ligne de Castor et Pollux, se dirige sur a de seconde grandeur : c'est le cœur de l'Hydre ; on remarque des astérismes de second ordre, le Corbeau, la Coupe. Imitant le cours d'un fleuve par ses sinuosités, l'Hydre a été re-
gardée comme habitant le Nil et le représentant. Comme le Navire se trouve non loin de là, on a même été jusqu'à expliquer par certains aspects le déluge de Deucalion qui se sauve sur un vaisseau, et qui, quarante jours après, s'assure si les eaux se sont retirées en donnant la liberté à un corbeau.
VÉridan, la Baleine, le Poisson austral et le Centaure sont les seules constellations importantes qu'il nous reste à décrire. On les retrouvera dans l'ordre que nous venons d'indiquer, à la droite d'Orion. L'Éridan est un fleuve composé d'une suite d'étoiles de troisième et de quatrième grandeur, descendant et serpentant du pied gauche d'Orion, Rigel, et se perdant sous l'horizon. Après avoir suivi de longues sinuosités, invisibles pour nous, il se termine par une belle étoile de première grandeur, a, ou Achernar. C'est le fleuve dans lequel tomba Phaéton, qui conduisait maladroitement le char du Soleil ; il fut placé dans le ciel pour consoler Apollon de la mort de son fds.
Pour trouver la Baleine, on peut remarquer au-dessous du Bélier une étoile de seconde grandeur qui forme un triangle équilatéral avec le Bélier et les Pléiades : c'est a de la Baleine, ou la mâchoire ; a, p, Ç et 7 forment un parallélogramme qui dessine la tète. Cette base, a, 7, se prolonge sur une étoile de troisième grandeur, d, et sur une étoile du Cou marquée 0. Cette étoile est l'une des plus curieuses du ciel : on la nomme la Merveilleuse, Mira C4eti. Elle appartient à la classe des étoiles changeantes. Tantôt elle est extrêmement brillante, tantôt elle devient complètement invisible. On a suivi ces variations depuis la fin du seizième siècle, et l'on a reconnu que la période de croissance et de décroissance est de 551 jours en moyenne, mais toutefois irrégulière, étant parfois de 25 jours en retard ou de 25 jours en avance. L'étude de ces astres singuliers nous offrira de curieux phénomènes.
La Baleine fut envoyéepar Neptune pour dévorer Andromède ; je ne reviendrai pas sur l'histoire de cette pauvre princesse.
Quatre étoiles de troisième grandeur forment la queue de ce cétacé et descendent vers Fomalhaut ou a du Poisson austral, qui reçoit l'eau du Verseau. Cet astérisme s'élève très peu sur l'horizon de Paris.
Enfin la constellation du Centaure est située au-dessous de l'Épi de la Vierge. L'étoile 0, de seconde grandeur, et rétoile i, de troisième, marquent la tête et l'épaule : c'est la seule partie de cette ligure qui s'élève au-dessus de notre horizon. Le Centaure renferme l'étoile la plus rapprochée de la terre, a, de première grandeur, dont la distance est de 8 trillions de lieues environ. C'est également dans cette constellation que se trouve la helle nébuleuse régulière que nous avons admirée plus haut, l'amas globulaire de w du Centaure. Les pieds de derrière touchent à la Croix du Sud, formée de quatre étoiles de seconde grandeur, toujours cachée sous l'horizon. Un peu plus loin se trouve le pôle austral.
Il est pour In pensée une lieure..., une heure sainl(?,
Alors que s'enfuyant de la céleste enceinte.
De l'absence du jour pour consoler les cieux,
Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux.
On voit à l'horizon sa lueur incertaine,
Comme les bords flottants d'une robe qui traîne,
Balayer lentement le firmament obscur,
Où les astres ternis l'evivent dans l'azur.
Alors ces globes d'or, ces îles de lumière,
Que cherche par instinct la rêveuse paupière,
Jaillissent par milliers de l'ombre qui s'enfuit,
Comme une poudre d'or sous les pas de la nuit.
Lamartine.
Afin que l'esprit pût se reconnaître plus facilement au milieu de ces milliers de points ëtincelants, outre les divisions que nous venons de passer en revue, on convint dès la plus haute antiquité de classer les étoiles selon leur éclat apparent. Nous l'avons vu, les étoiles les plus brillantes ont été appelées étoiles de premier ordre ou de prem.ière grandeur, quoique cette dénomination n'implique aucun sens relatif à la grosseur réelle ou à l'éclat réel de l'étoile; celles qui
LE INOMBRE DES ETOILES, ETC. ils
viennent ensuite, toujours dans l'ordre de leur éclat apparent, furent nommées étoiles de seconde grandeur; puis viennent celles de troisième, do quatrième et de cinquième grandeur à mesure qu'elles paraissent plus petites ; enfin on appela étoiles de sixième grandeur les dernières étoiles visibles à l'œil nu.
Les étoiles de première grandeur sont au nombre de dixhuit. En réalité, la dix-huitième, c'est-à-dire la moins brillante de la série, pourrait aussi bien être inscrite au premier rang des étoiles de seconde grandeur, ou la première de cette seconde série pourrait de la même façon être ajoutée aux étoiles de première grandeur : il n'y a pas dans la nature de ces séparations que nécessitent nos classifications. Mais comme il faut s'arrêter à une étoile si l'on veut faire des séries, on est convenu de terminer la liste des astres de première grandeur comme elle se termine ici :
Liste des étoiles de première grandeur, dans V ordre de leur éclat
décroissant.