‹ Les merveilles célestes, lectures du soirChapitre 15 sur 47 · ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ETC · texte numérisé non relu

ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ETC

lumière inaltérable, voient leur clarté s'affaiblir et se raviver périodiquement! dos étoiles qui, brillant aujourd'hui d'un éclat splendide, seront invisibles demain, et ressuscitées après-demain! l'imagination la plus téméraire n'eût jamais osé inventer de telles créations ; et c'est à peine si, maintenant que leur existence est bien constatée, l'esprit peut s'accoutumer à la concevoir.

Il y a des étoiles dont l'éclat subit une variation périodique, qui le ramène tour à tour à son maximum et à son minimum d'intensité. Pour bien nous figurer en quoi consiste ce changement singulier, représentons-nous notre soleil, et supposons qu'il soit soumis à ces variations. Aujourd'hui le voici (|ui rayonne de ses flammes les plus éclatantes et déverse dans l'atmosphère échauffée des flots d'une éblouissante lumière ; pendant quelques jours il garde cette même intensité; mais voilà que, le ciel restant pur comme précédemment, l'éclat du Soleil s'affaiblit de jour en jour; au bout d'une semaine il a perdu la moitié de sa lumière; au bout de quinze jours, on peut le fixer en face; et puis j| s'affaiblit encore, devient pâle et morne, n'envoyant qu'une clarté blafarde à la Terre. Nous craignons pour ses jours, et nous nous demandons avec le traducteur de Plutarque :

Le Dieu qui du néant vient de tirer le monde Va-L-il le replonger dans une nuit profonde? Le Soleil, ce flaml)eau de la terre et des cieux, A-t-il vu pour jamais anéantir ses feux?

Mais il renaît, et l'espérance avec lui. On remarque un premier progrès, dans la lumière éteinte ; elle devient plus blanche, plus éclatante. Son flambeau se rallume et augmente de jour en jour; une semaine après son minimum d'intensité, il verse déjà une lumière et une chaleur qui rappellent le foyer solaire. Son accroissement continue. Et lorsqu'une période égale à celle de son déclin sera passée, le Soleil étincelant aura repris toute sa force, toute so gran-

iôO LES MERVEILLES CÉLESTES-

dcur. La TeiTc est inondée des rayons de sa lumière éblouissante et de sa chaleur féconde.... Mais elle ne se réjouit pas longtemps dans cette splendeur, car déjà le voici qui commence à reprendre sa voie descendante. Et ainsi de suite, toujours. La nature de ce nouveau soleil est d'être périodique, comme la vertu de notre précédent soleil était de garder une lumière et une chaleur permanentes.

On conçoit que ces variations d'éclat étonnent l'œil observateur qui les contemple dans le champ de la vision télescopique. Ces périodes sont de toutes les durées. Pour certaines étoiles, par exemple pour la trentième de l'Hydre d'IIévélius, la période est de plus d'un an : de 494 jours. Elle varie entre la quatrième grandeur et la disparition complète. L'étoile y^ du col du Cygne varie de la cinquième à la onzième grandeur dans une période de 404 joups. Une autre étoile dont nous avons déjà parlé au cliapitre des constellations, o de la Baleine, appelée aussi la Merveilleuse (Mira Ceti), varie entre la deuxième grandeur et la disparition entière. D'autres astres sont gouvernés par des variations plus rapides. L'étoile qui passe le plus rapidement de son maximum à son minimum est Algol de la tète de Méduse, que nous connaissons déjà (p de Pcrsée). En 1 jour 10 heures 24 minutes, elle a terminé son déclin ; dans le même laps de tenqjs, elle est revenue à son maximum ; sa période n'est donc que de 2 jours 20 heures 48 minutes. L'étoile S de Céphée varie dans une période de 5 jours 8 heures 57 minutes, de la troisième à la cinquième grandeur, etc.

On voit que ces variations sont elles-mêmes très diverses, ei qu'il est des soleils qui passent avec une étrange rapiditc' de leur plus grand à leur plus petit éclat. Quelles sont les forces prodigieuses qui régissent ces gigantesques métamorphoses de lumière? C'est ce que la science n'a pu encore déterminer. Maupertuis disait que les étoiles changeantes avaient la forme de lentilles, qu'elles tournaient perpendiculaiiement gur elles-mêmes, et qu'elles nous présentaient successivement

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leur traiiilio et leur face. A l'époque où elles ne présentaient que lu tranche, c'était le minimum de leur éclat ; à l'époque où elles présentaient leur face entière, c'était leur maximum. Mais existe-t-il des soleils foits en lentille? Quand même ils existeraient, ce n'est pas de cette façon qu'ils tourneraient.

Non seulement il y a des étoiles dont la lumière change périodiquement, diminuant parfois jusqu'à devenir complètement invisihle, quoique eu réalité elles ne s'éteignent pas tout à fait; il en est d'autres dont l'éclat s'est affaihli pour ne plus se réveiller et qui sont à jamais disparues du ciel. Ce sont les étoiles éteintes, dont la liste est assez nomhreuse. L'astronome Ulugh-Beigh disait, en l'année 14Ô7, qu'une étoile du Cocher, que la onzième du Loup, que six étoiles, parmi lesquelles quatre de troisième grandeur voisines du Poisson austral, toutes marquées dans les catalogues dePtolémée etd'Ahd-al-rahmam-Sufi, ne se voyaient plus de son temps. Au dix-septième siècle J.-D. Cassini, à la fm du dixhuitième siècle W. Herschel, signalèrent un grand nondjre d'autres étoiles complètement disparues. Ce sont des systèmes pour lesquels l'heure de la fm du monde a sonné.

En parlant de fm du monde, cette crainte s'est réveillée chez les hahitants de la Terre, non pas lorsque des étoiles disparaissent du ûrmament, car cette disparition n'était tout au plus remarquée que par les astronomes, mais hien lorsqu'un astre nouveau s'allumait soudain dans le ciel. Il y a en effet des étoiles subitement apparues. L'année même du massacre de la Saint-Barthélémy, le il novembre 1572, une magnifique étoile de première grandeur apparut subitement dans la constellation de Cassiopée, effaçant par son éclat les plus belles étoiles du cieK Elle resta pendant dix-huit mois et disparut pour ne plus revenir. Les astrologues avaient rcvé que cette apparition était la même que celle des Mages à là naissance de Jésus- Christ, et en avaient conclu que le jugement dernier approchait.

Trente-deux ans plus tard, une autre étoile nouvelle appa^

raissait encore dans la constellation du Serpentaire. Dès le jour de son apparition, le 10 octobre 1604, elle était blanche ; elle surpassait en éclat les étoiles de première grandeur, et aussi Mars, Jupiter et Saturne, dont elle se trouvait voisine. Plusieurs la comparaient à Vénus. Ceux qui avaient vu l'étoile de 1572 trouYaient que la nouvelle la surpassait en éclat.

Elle ne parut éprouver aucun affaiblissement dans la seconde moitié du mois d'octobre; le 9 novembre, la lumière crépusculaire qui effaçait Jupiter n'empêchait pas de voir l'étoile. Le 16 novembre, Kepler l'aperçut pour la dernière fois; mais à Turin, lorsqu'elle reparut à l'orient, à la fm de décembre et au connnencement de janvier, sa lumière s'était affaiblie, elle surpassait certainement Antarès, mais n'égalait pas Arcturus. Le 20 mars 1605, plus petite en apparence que Saturne, elle surpassait notamment les étoiles de troisième grandeur d'Ophiuchus. Le 21 avril, elle parut égale à l'étoile luisante du genou de ce personnage. Elle diminua insensiblement — Le 8 octobre, elle était encore visible, mais difficilement, à cause de la lumière crépusculaire. En mars 1606, elle était devenue complètement invisible.

Depuis que les lionnnes observent les étoiles, on a compté 25 a])paritions d'étoiles nouvelles. Les dernières sont celles qui apparurent en mai 1866, dans la constellation de la Couronne et en novembre 1876 dans le Cygne ^

Ces apparitions, aussi bien que tous les phénomènes extraordinaires, avaient le don de répandre la terreur et de réveiller les idées un peu assoupies de l'embrasementdu monde, de la chute des étoiles, de la fm des temps. L'une des plus mémorables prédictions est celle de 1588, annoncée en vers latins emphatiques, dont voici la traduction : « Après mille cinq cents ans révolus, à dater de la conception de la Vierge,

* Voyez leur Iiisioiie dans noire ouvrage Les Etoiles. Snp|)lémfnt de VxUtronomic populaire. Celte description détaillée des étoiles du ciel montre qu'un très grand nombre de ces lointains soleils ont changé d'éclat depuis deux mille ans.

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