ÉTOILES VARIABLES, TEMI'ORAIRES, ETC
la quatro-vingt-liiiltième année sera étrange et pleine dépouvante ; elle amènera avec elle de tristes destinées. Si dans cette terrible année le monde pervers ne tombe pas en poussière, si la terre et les mers ne sont pas anéanties, tous les empires du monde seront bouleversés, et l'aflliction pèsera sur le genre humain. » Cette prédiction fut plus tard reprise en faveur, ou plutôt en défaveur du dix-huitième
Fig. 51.
L'étoile nouvelle de 1572.
siècle, et le Mercure de France annonça pour l'année 1788 la plus grande des révolutions. Elle passait alors pour avoir clé trouvée dans le tombeau de Régiomontanus. Les auteurs ne croyaient pas dire si vrai en inscrivant cette époque mémorable sous le titre de /-eyo/i/f/o/i. ^
Mais en songeant à ces prédictions, dont la liste serait beaucoup plus longue qu'on ne peut le penser au premier abord, je ne puis m'empècher de vous rapporter les curieuses mystifications opérées en 1524 par l'astrologue allemand ^Stoffler. Suivant lui, le 20 février de cette année, la conjonction des planètes dans les Poissons devait produire un déluge
universel. Les astrologues y ajoutaient foi comme le commun des martyrs. La sinistre nouvelle parcourut bientôt le monde, et l'on s'apprêta à voir l'univers trépasser du temps dans l'éternité. (( Toutes les provinces des Gaules, dit un auteur du temps, furent en une merveilleuse crainte et doute d'universelle inondation d'eau, et telle que nos pères n'en avaient vu, ni su par les historiens, ni autrement. Au moyen de quoi hommes et femmes furent en grand doute. Et plusieurs délogèrent de leurs basses demeurances, cherchèrent hauts lieux, liront provision de ftirines et d'autres cas, et se firent processions et oraisons générales et puljliques, à ce qu'il plût à Dieu avoir pitié de son peuple. » On vit alors la crainte s'emparer d'une bonne i)artie des es[)rits. Ceux qui habitaient près de la mer, des lleuves ou des rivières, abandonnèrent leurs demeures et vendirent à grosses pertes, sans doute aux incrédules, leurs propriétés et leurs meubles. A Toulouse, im nouveau Noé fit construire un bateau pour servir d'arche à sa famille et à ses amis, — et probablement aussi à quelques couples de bètes. Ce n'est pas le seul, au rapport de l'historiographe Bodin : « Il se trouva plusieurs mécréants qui tirent des arches pour se sauver, quoiqu'on leur prêchât la promesse de Dieu et son serment de ne plus faire périr les hommes par le déluge. »
Maintes et maintes fois cette prédiction fut renouvelée, et, triste remarque, elle trouva toujours le même nombre de crédules, quoique chaque fois l'événement lui eût donné un démenti formel. En 1584, la frayeur causée par une annonce de cette sorte fut si grande, que les églises ne purent contenir ceux qui y cherchaient un refuge, qu'un grand nombre firent leur testament, sans réfléchir que c'était une chose inutife si tout le monde devait périr, et que d'autres donnèrent leurs biens aux ecclésiastiques, dans l'espoir que leurs prières retarderaient le jour du jugement. — Je crois vraiment qu'aussi longtemps que le monde vivra, il craindra de mourir.
Elles se doutent bien peu des terreurs qu'elles ont fait*