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Fig 69. — Orbite annuelle de la Terre autour du Soleil.
certaine que c'est vous qui marchez, vous croyant immobile, vous auriez la conviction que ce sont les arbres et les collines qui s'en vont. Une illusion analogue se présente lors- (ju'on se trouve au sommet d'une tour élevée, et que les nuages courent rapidement sur votre tète. Il semble que la tour s'avance et marche sous vos pieds. Un matin du printemps de 1865, je me trouvais au sommet du svelte clocher de la cathédrale de Strasbourg; le Soleil était à peine levé,
et des nuages venus du Rhin me cachaient entièrement la ville et tout l'espace inférieur. Ces bandes de nuages étaient pousse'es par un vent d'est et passaient au-dessous de moi. Malgré la certitude complète que j'avais naturellement de la solidité de la haute cathédrale, il me fut impossible de garder dans mon esprit le sentiment de la réalité, et, l'illusion l'emportant, je me crus encore en chemin de fer : la cathédrale marchait certainement vers l'Allemagne. Je fermai les yeux, et ce ne fut que dix minutes après (jue, le soleil ayant éclairé la scène et dissipé les vapeurs, les toits multicolores de Strasbouri; me rendirent le sentiment de la réalité.
Le mouvement apparent de révolution du Soleil autour de la Terre, lequel s'effectue d'orient en occident, — à l'inverse du mouvement réel de la Terre, dirigé d'occident en orient, — constitue la durée du jour et celle de la nuit. Le moment où le Soleil atteint le milieu de son cours, le point culminant, est celui qui divise la journée en deux parties égales. Le moment opposé, où le Soleil est diamétralement sous nos pieds, marque le milieu de la nuit. Il est visible par là que notre midi est le minuit des peuples qui vivent aux contrées situées à l'opposé de la France, aux antipodes, et que, réciproquement, lorsqu'ils ont midi, nous av«ws minuit. Le Soleil règle donc l'heure en passant sur la tète de chacun des peuples qui entourent le globe.
Le jour ci vil commence à minuit et se compose de deux périodes : le matin, de minuit à midi; le soir, de midi à minuit. Les astronomes ne suivent pas cet usage de la société ; ils comptent leur jour à partir de midi, et le laissent composé d'une seule période, de 0 heure à 24 heures qu'ils comptent d'un midi au midi suivant.
Voyons maintenant comment ils étudient la Terre, et par quels moyens ils reconnaissent ses diverses parties.
Une sphère quelconque étant donnée, on appelle pôles les deux points des extrémités opposées où aboutit l'axe
LE GLOBE TERRESTRE
idéal autour duquel elle lourne. Si l'on trace, perpendiculairement à cet axe, un grand cerclera égale distance des deux pôles, qui couperait la sphère en deux parties ë^^ales, ce cercle est Véquateur. Maintenant, de l'équateur aux pôles, de chaque côté, à égales distances, on fait 90 divisions, ou 90 tranches transversales : ce sont les degrés de latitude. Enfin on a partagé le grand cercle de l'équateur lui-mèine,
fis. 70.
Divisions du globe.
ou la circonférence entière du globe, en 560 parties égales, disposées en long sur la sphère, comme des tranches de melon : ce sont les lignes de longitude. 11 y en a, par conséquent, i80 dans la moitié de la sphère et 90 dans le quart. — Ces noms de longitude et de latitude datent d'une époque où la contrée terrestre qu'on avait seule mesurée était une figure oblongue dont la longueur s'étendait dans le sens des premiers cercles, et la largeur dans le sens des seconds.
272 LES MERVEILLES GtlLESTES.
Les degrés de latitude sont donc comptés à partir de l'équateiir, soit au nord, soit au sud, jusqu'au pôle boréal et jusqu'au pôle austral. Les degrés de longitude les coupent, et sont comptés à partir d'un point quelconque, soit à l'est, soit à l'ouest.
La ligne des pôles va du nord au sud ou du sud au nord, comme on voudra ; la ligne de l'équateur va de l'est à l'ouest, ou de l'ouest à l'est. Quand on avance du côté de l'orient ou de l'occident, on ne change pas de latitude, mais de longitude. Si, par exemple, on va de Paris à Vienne en Autriche, on aura fait 15 degrés de longitude vers l'orient. Gomme le soleil emploie vingt-quatre heures pour le tour qu'il paraît faire, il parcourt 15 degrés par heure, 180 en douze heures, ou 560 en vingt-quatre heures : chaque heme équivaut donc à i5 degrés. Ainsi, à Vienne on a midi une heure plus tôt qu'à Paris. En continuant de s'avancer à l'est, le voyageur gagnera une heure de 15 en 15 degrés, et s'il garde sa montre refilée sur le temps de Paris, elle retardera d'une heure par 15 degrés. S'il lui arrive de faire le tour entier du globe, il arrivera chez des peuples qui avancent de six heures, puis de douze, puis de dix-huit heures, sur son heure de Paris. Et s'il met sa montre à l'heure des pays qu'il traversera, elle avancera sur Paris, à mesure (ju'il continuera son voyage, si bien qu'en arrivant à Paris, a})rès avoir fait le tour du monde, il aura gagné vingt-quatre heures et comptera un jour de plus que nous : il serait au lundi tandis que nous serions encore au dimanche.
C'est eu raison de cette différence d'heures que, si, visitant les bords du Rhin, vous prenez le train de Kehl pour Strasbourg, comme la gare de Kehl est réglée sur le temps de Bade et que celle de Strasbourg l'est sur celui de Paris, vous arriverez à Strasbourg dix minutes avant l'heure de votre départ de KehP. ,
* Ccri était cciit en I8G". IJ est possible que depuis 1870 l'Jicurc »le
LR globp: terrestre. 27:.
C'est pour la même raison que, quand le dernier empereur des Français prononçait un discours à l'ouverture des chambres, ce discours volant à Londres sur le fil télégraphique, la conclusion en était entendue par les Anglais avant l'heure parisienne oîi elle était sortie des lèvres de Napoléon III.
Un autre observateur, qui s'avancerait du côté de l'occident, retarderait comme notre voyageur précédent, et, revenant à Paris après avoir fait le tour du monde, il ne compterait que samedi lorsque nous serions au dimanche.
On éprouverait cette singularité dans la manière de compter, toutes les fois qu'on voit arriver un vaisseau qui a fait le tour du monde, si l'équipage avait compté les tours dans le même ordre, sans se réformer sur les pays où il a passé ; par la même raison, dit Lalande (Astronomie des dames), les habitants des îles de la mer du Sud, ({ui sont éloignés de douze heures de notre méridien, doivent voir les voyageurs qui viennent des Indes, et ceux qui leur viennent de l'Amérique, compter différemment les jours de la semaine, les premiers ayant un jour de plus (|ue les autres ; car, supposant qu'il est dimanche à midi pour Paris, ceux qui sont dans les Indes disent qu'il y a six ou sept heures que dimanche est commencé, et ceux qu sont en Amérique sont encore au samedi soir. Ce fait parut très singulier à nos anciens voyageurs, qu'on accusa d'abord de s'être trompés dans leur calcul et d'avoir perdu le fil de leur almanach. Dampier étant allé à Mendanao par l'ouest, trouva qu'on y comptait un jour de plus ({ue lui. Varenius dit même qu'à Macao, ville maritime de la Chine, les Portugais comptent habituellement un jour de plus que les Espagnols ne comptent aux Philippines, quoique peu éloignées ; les premiers sont au dimanche, tandis
la gare de Strasbourg- ait été dérangée, et réglée, non plus sur Paris mais sur Lerlin.
que les seconds ne comptent que samedi. Cela vient de ce que les Portugais, établis à Macao, y sont allés par le cap de Bonne-Espérance, en avançant toujours du côté de l'occident, c'est-à-dire en partant de l'Amérique et en traversant la mer du Sud.
On voit par cette esquisse que la Terre, astre du ciel, est réglée par ses mouvements planétaires, qu'il n'y a rien d'absolu dans aucune de ces données de temps et d'espace, que tout est relatif à la condition de chaque planète, et que sur chacun des astres ces éléments diffèrent suivant leur grandeur et les mouvements qui leur donnent naissance. Mais, dirait-on, sur quels fondements ces règles théoriques sont-elles établies, et qui nous prouve qu'au contraire la Terre n'est pas le monde absolu, fixe, établi comme la base du ciel, et que tous ces mouvements ne sont pas réels comme ils le paraissent? Comment peut-on nous prouver qu'il y a là une illusion de nos sens; et puisqu'on ne raisonne que par l'observation, comment a-t-on su qu'il n'y avait là que de simples apparences?
Si vous voulez m' écouter quelques instants encore, vous s erez à ce sujet aussi bien convaincus que moi.
PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE
qu'elle tourne sur elle-même et ADTOUn DD SOLEIL
J'ai connu des personnes de bonne foi, braves gens au Tond, qui n'avaient jamais rien de plus empressé que de m'adresser mille questions d'astronomie, et qui n'avaient pas plutôt reçu mes réponses qu'elles me riaient au nez avec la plus grande ingénuité du monde. Sans compter leur impolitesse vraiment primitive, on pourrait s'étonner de voir des gens à la fois si curieux et si difficiles à contenter. A leurs yeux, les savants étaient des rêveurs, qui croyaient savoir, mais qui en réalité ne pouvaient se prévaloir sur le commun des mortels au point de trouver le mot de l'énigme de la nature ; ils vivaient sous l'empire d'une obsession. — J'ai connu d'autres personnes, un peu plus instruites que les précédentes, et qui, considérant les différentes phases de l'histoire des sciences, ses succès et ses revers, pensaient que nous tournions dans un cercle vicieux ; que nous n'avions point la connaissance vraie des choses, et que nos systèmes, quelque solidement fondés qu'ils parussent, ne devaient jamais être reçus qu'à titre d'hypothèses.
270 LES MEIIVKILLES CÉLESTES.
La question cosiiiograpliiqiie qui nous touche de plus près, celle de l'isolement et du mouvement de la Terre dans l'espace, a particulièrement le privilège de soulever les doutes dont je parle. Pour ceuv (jui les ont entendu l'orniuler et qui nont pas toujours eu en main des preuves irréfragables à fournir, je donnerai ici les points fondamentaux sur lesquels s'appuie cet élément fondamental du système du monde.
Nous disons d'abord que la Terre est ronde, qu'elle a la forme d'une sphère un peu aplatie aux pôles. Le premier fait qui en rend témoignage, c'est la convexité de l'immense étendue d'eau qui recouvre la plus grande partie du globe. L'observation d'un navire en mer suflit pour montrei- celle courbure. Arrivé à la ligne bleue qui semble formel' la séparation du ciel et des eaux, le navire qui s'éloigne paraît à ce moment posé sur l'horizon. Un peu plus tard, il dis- ])araît, non par le haut, mais par le bas. La mer s'élève d'abord entre le pont et l'observateur; ensuite elle cache les voiles basses ; les sommets des mâts s'évanouissent les derniers. In phénomène semblable se produit pour Tobservateur placé sur le navire : ce sont les côtes basses qui disparaissent les premières pour lui ; les édifices, les tours élevées et les phares sont les objets qui restent le plus longtemps sur la ligne de visibilité. Ce double fait démontre d'une manière évidente la convexité de la mer. Si c'était une surface plane, la distance seule ferait perdre de vue un navire, et dans ce cas tout disparaîtrait à la fois, les voiles supérieures comme les inférieures.
11 résulte, de plus, de ce même ordre d'observations, que la courbure de l'Océan est la même dans toutes les directions : or cette propriété n'appartient qu'à la sphère.
La convexité de la mer s'étend en terre ferme. Malgré les inégalités du terrain, la surface des continents ne diffère pas essentiellement de la surface des mers, car on sait que les plus hautes chaînes de montagnes sont loin de
PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE
produire, sur la surface générale de la Terre, des protubérances comparables aux rugosités de la peau d'une orange. Or la surface des lleuves qui coupent en tous sens la terre ferme pour se réunir dans l'Océan est peu supérieure au niveau de celui-ci, et peut être cansidérée comme la sur-
Fiy. 71. — Courbure des mors.
tace prolongée de la mer dans toute l'étendue des continents.... Les mesures barométriques sur la hauteur des montagnes ont, d'un autre côté, confirmé ce fait. Le sol des continents s'éloigne donc peu de ce niveau et présente dans son ensemble une courbure entièrement pareille à celle des
eaux. Du reste, en terre ferme comme en mer, les objets les plus élevés sont toujours les premiers et les derniers que le voyageur aperçoive.
Les voyages de circumnavigation ont d'autre part donné une preuve palpable de la sphéricité de la Terre. Le pre-^ mier des navigateurs qui ait fait cette entreprise hardie du tour du monde, le Portugais Magellan, partit de l'Espagne en 1519, se dirigeant toujours vers V occident. Sans avoir changé sa direction, l'un de ses vaisseaux (lieutenant ('ano) retrouva l'Europe trois ans après, comme s'il fût venu de Y orient. Les nombreux voyages de circumnavigation accomplis depuis cette époque ont surabondamment confirmé cette vérité : la Terre est arrondie dans tous les sens.
Une nouvelle preuve de la convexité de la Terre est fournie par le changement d'aspect que présente le ciel pendant les voyages. Que l'on se dirige vers le pôle ou que l'on s'approche de l'équateur, on découvre sans cesse de nouveaux astres, de même que l'on perd de vue ceux des latitudes dont on s'éloigne. Ce fait ne peut s'accorder qu'avec celui de la rondeur de la Terre ; si la Terre était plane, tous les astres resteraient visibles à la fois. On a déjà vu ce raisonnement, page 85.
L'ombre projetée par la Terre sur la Lune pendant les éclipses est toujours circulaire, quel que soit le côté que le disque terrestre présente au disque lunaire dans les diverses éclipses. Cette ombre ronde, universellement obseiTe'e, est une nouvelle preuve en faveur de la sphéricité de la Terre.
Tels sont les faits vulgaires qui démontrent d'une manière positive la vérité que nous avons avancée. Si nous voulions entrer en géodésie ou en mécanique rationnelle, je présenterais des considérations plus rigoureuses encore ; mais Tes preuves précédentes suffisent certainement pour prouver d'une manière irréfragable que la Terre est ronde. Voyons maintenant sur quelle base solide on s'appuie lors-
PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE. 279
qu'on avance que la Terre est isolée et en mouvement dans l'espace.
La difficulté que certains esprits ont manifestée à croire que la Terre peut être suspendue comme un ballon dans l'espace, et complètement isolée de toute espèce de point d'appui, provient d'une fausse notion de la pesanteur. L'histoire de l'astronomie ancienne nous montre une anxiété profonde chez les premiers observateurs qui commençaient à concevoir la réalité de cet isolement, mais qui ne savaient pas comment empêcher de tomber ce globe si lourd sur lequel nous marchons. Les premiers Chaldéens avaient fait la Terre creuse et semblable à un bateau ; elle pouvait alors flotter sur l'abîme des airs. Quelques anciens voulaient qu'elle reposât sur des tourillons placés aux deux pôles. D'autres supposaient qu'elle s'étendait indéfiniment au-dessous de nos pieds. Tous ces systèmes étaient conçus sous l'impression d'une fausse idée de la pesanteur. Pour s'affranchir de cette antique illusion, il faut savoir que la pesanteur n'est qu'un phénomène constitué par l'attraction d'un centre. Un corps ne tombe que lorsque l'attraction d'un autre corps plus important le sollicite. Les images de haut et de bas ne peuvent s'appliquer qu'à un système matériel déterminé, dans lequel le centre attractif sera considéré comme le bas; hors de là elles ne signifient plus rien. Lors donc que nous supposons notre globe isolé dans l'espace, nous ne faisons là rien qui puisse dcmner prise à l'objection signalée plus haut qui craint de voir tomber la Terre on ne sait où.
La Terre peut être isolée dans l'espace. Mais non seulement elle le peut, elle l'est en réalité. Si elle était appuyée sur un corps voisin par quelque point de sa surface, ce support, qui aurait nécessairement de très grandes dimensions, serait certainement aperçu lorsqu'on approcherait de lui. On le verrait sortir de terre et se perdre dans l'espace. Nous n'avons pas besoin de dire que les voyageurs qui ont fait en
tous sens le tour du globe n'ont jamais rien aperçu de pareil : la surface terrestre est entièrement détache'e de tout ce qui peut exister autour d'elle.
Venons maintenant au troisième point de ce chapitre, aux preuves positives du mouvement de la Terre.
Remarquons d'abord que les apparences des objets extérieurs seront identiquement les mêmes pour nous, soit que, la Terre étant en repos, ces objets soient en mouvement ; soit que, ces objets étant en repos, la Terre soit en mouvement elle-même. Si la Terre entraîne dans son mouvement toutes les choses qui lui appartiennent, les eaux, l'atmosphère, les nuages, etc., nous ne pourrons avoir consciencf de ce mouvement auquel nous participons que par l'aspecl changeant du ciel immobile. Or, puisque dans l'un et l'autre cas les apparences sont les mêmes, nous allons voir que l'hypothèse du mouvement de la Terre explique tout, tandis que sans elle on tombe dans une inacceptable complication de systèmes.
Si la Terre tourne en vingt-quatre heures sur elle-même, nous pouvons voir immédiatement que, son rayon moyen étant de 1592 lieues et sa circonférence de 10 000, un poini situé sur l'équateur parcourra un dixième de lieue par secomle. Celte vitesse, qui paraît considérable, a élé présentée comme une objection contre le mouvement de la Terre. Mais nous allons savoir de quelle vitesse sans égale il fau- <hait animer les sphères célestes pour leur faire parcourir à chacune la circonférence du ciel dans le même laps de vingt- (juatre heures.
Et d'abord, le Soleil étant éloigné de la Terre de 25000 fois le rayon terrestre, dans l'hypothèse de l'immobilité de là Terre, le Soleil décrirait une circonférence 25000 fois j)lus grande que les points de l'équateur : ce qui donne une vitesse de 2500 lieues par seconde.
Jupiter est environ cinq fois plus loin : sa vitesse serait de 1 1 500 lieues par seconde.
PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE. 281
Neptune 30 fois plus loin : il devrait parcourir 09 000 lieues par seconde.
Telles seraient les vitesses diverses dont les planètes devraient être animées pour tourner autour de notre globe en vingt-quatre heures, connue elles le paraissent faire. On voit que l'objection contre le mouvement de la Terre d'un dixième de lieue par seconde n'est plus rien à côté de celle <jui naît de pareils nombres.
Que serait-ce si nous considérions les étoiles fixes ! Notre voisine, l'étoile alpha du Centaure, devrait parcourir 520 m//lions de lieues par seconde. Et de proche en proche, jusqu'aux étoiles lointaines, nous creuserions l'infini sans trouver un nombre qui put exprimer la vitesse des astres, pour tourner autour de ce petit point invisible qui s'appelle la Terre.
Ajoutons à cela que ces astres sont, l'un 1400 fois plus gros que la Terre, un autre 1 500 000 fois, d'autres plus volumineux encore ; qu'ils ne sont réunis entre eux par aucun lien solide qui put les attacher à un mouvement des voûtes célestes ; qu'ils sont tous situés aux distances les plus diverses ; et cette effrayante complication du système des cieux témoignera par elle-même de sa non-existence, — nous pourrions dire de son impossibilité mécanique.
Mais non seulement le mouvement diurne de la sphère céleste ne peut se comprendre que par l'admission du mouvement de la Terre autour de son axe ; les mouvements des planètes dans le Zodiaque, leurs stations et leurs rétrogradations réclament avec la même rigueur le mouvement de la Terre dans le ciel. Pour expliquer les apparences planétaires en supposant la Terre immobile, les anciens avaient dû imaginer jusqu'à soixante-dix cercles enchevêtrés les uns dans les autres, cercles solides ou cieux de cristal dont rien n'égalait la complication, et qui, s'ils avaient pu exister un instant, auraient été bientôt mis en pièces par les comètes vagabondes ou par les aérolithes qui tournaient dans l'espace.
D'autre part encore, l'analogie est venue confirmer singulièrement riiypothèse du mouvement de la Terre et changer en certitude sa haute vraisemblance. Le télescope a montré dans les planètes des terres analogues à la nôtre, mues ellesmêmes par un mouvement de rotation autour de leur axe, mouvement de rotation de vingt-quatre heures pour les planètes voisines, et d'une durée moindre encore pour les mondes lointains de notre système. Ainsi la simplicité et l'analogie sont en faveur du mouvement de la Terre. Ajoutons maintenant que ce mouvement est rigoureusement voulu et déterminé par toutes les lois de la micanique céleste.
La grande ditlîculté que l'on avait avancée contre le mouvement de la Terre, et qui i'ut en faveur pendant quelque temps, était celle-ci : si la Terre tourne sous nos pieds, en nous élevant dans l'espace et en trouvant le moyen de nous y tenir quelques secondes ou davantage, nous devrions tomber après ce laps de temps en un point plus occidental que le point de départ. Celui, par exemple, qui, à l'équatcur, trouverait le moyen de se soutenir immobile dans l'atmosphère pendant une demi-minute, devrait retomber trois lieues à l'occident du lieu d'où il serait parti. — Ce serait une excellente façon de voyager, et Cyrano de Bergerac prétendait l'avoir employée lorsque, s'étant élevé dans les airs par un ballon de sa façon, il était tombé quelques heures après son départ au Canada au lieu de redescendre en France. — Qaehjues sentimentalistes, Buclmnan entre autres, ont donné à l'objection une forme plus tendre, en disant que si la Terre tournait, la tourterelle n'oserait plus s'élever de son nid, car bientôt elle perdrait inévitablement de vue ses jeunes tourtereaux.
Le lecteur a déjà répondu à cette objection en réfléctiissant que tout ce qui appartient à la Terre participe, comme nous l'avons dit, à son mouvement de rotation, et que jusqu'aux dernières limites de l'atmosphère notre globe entraîne tout dans son cours.
PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE
La figure sphéroïdale de la Terre, aplatie aux pôles et renfle'e à l'équateur, est le te'moignage permanent de son mouvement de rotation de'terminant la force centrifuge.
La force centrifuge est rendue manifeste, dans les cours de physique, à l'aide de l'appareil que repre'sente cette figure. Des cercles d'acier, tournant rapidement autour d'un axe, prennent la forme d'ellipses aplaties aux extrémités de l'axe, et l'aplatissement est d'autant plus considérable que la vitesse de rotation est plus grande. La Terre, mais sur-
Fig. 72.
Effet de la force centrifuge.
tout Jupiter et Saturne, présentent cet aplatissement dû au mouvement de rotation.
L'observation directe de divers phénomènes a encore confirmé la théorie du mouvement de la Terre par des preuves matérielles irrécusables.
Si le globe tourne, il développe, comme nous venons de le dii'e, une certaine force centrifuge ; cette force sera nulle aux pôles, aura son maximum à l'équateur, et sera d'autant plus grande que l'objet auquel elle s'applique sera lui-
2Si LES MERVEILLES CELESTES.
même à une distance plus grande de l'axe de rotation. Ce sera en grand ce qui existe en petit dans une fronde ou dans une roue libre en mouvement rapide. Or supposons qu'on fixe un fil à plomb au sommet d'une tour, et que le poids qui le tend descende jusqu'à la surfoce du sol, la direction de ce fil à plomb vers le» centre de la Terre, c'est-à-dire suivant la perpendiculaire au niveau d'eau, sera un peu modifiée par l'etYct de la force centrifuge re'sultant de la rotation du globe, mesurée au pied de la tour. Si l'on fixe également au sommet de la tour, à une petite distance à l'est du premier, un second fil à plomb très court, dont le poids serait situé un peu au-dessous du point d'attache, ce second fil n'aura pas tout à fait la direction du premier, car la force centrifuge due au mouvement de la Terre étant plus grande au sommet de la tour qu'au pied, fera dévier le fil un peu plus à l'est. — Si on laisse tomber une pierre de A en B (fig. 75), elle tomberait réellement en B si la Terre était immobile; mais au sommet de la tour la pierre est animée d'une vitesse de Touest à l'est plus grande qu'au pied de la tour : cette vitesse se combine avec celle de la chute, et au lieu de suivre les parois de la tour, partie de A' elle tombe en B".
[]n point a, situé à une certaine hauteur dans l'air, tomberait au pied de la verticale en A, si la Terre était immobile. Mais pendant la durée de sa chute le mouvement de rotation lui fait décrire un arc aa' plus grand que l'arc AA', décrit par le pied de la verticale. Abandonné à lui-même, il conserve sa vitesse d'impulsion primitive et tombe en A', à l'orient du point inférieur. Telle est la déviation qu'indique la théorie, et qui, nulle au pôle, va en croissant jusqu'à l'équateur. L'expérience confirme le raisonnement; dans l'atmosphère, il est difficile de faire cette vérification, à cause des agitations de l'air; mais on a pu constater qu'une boule métallique, abandonnée à elle-même à l'orifice d'un puits très profond, tombe un peu à l'orient du pied d'un iil
PREUVES POSITIVES QUE LA TEHUE EST RONDE. 285
à plomb qui marque la verticale. La déviation dépend de la piofondeur du puits; elle est à l'équateur de 55 millimètres pour un puits de lUO mètres de profondeur. Dans les puits de mine de Freiberg (Saxe), on a constaté une déviation orientale de !28 millimètres pour une profondeur de 158»", 5. 11 est évident que c'est là une preuve expérimentale du mouvement de rotation de la Terre. i\ous avons à l'Observatoire de Paris un puits qui descend aux catacombes, à •28 mètres, et traverse l'édifice jusqu'à la terrasse, dont la hauteur est également de 128 mètres. C'est donc un puits de
Fig. 7.'. — Déviation clans lu tliiile des corps.
50 mètres. Du temps de Cassini, on y a fait l'expérience [irécédente, pour donner une preuve expérimentale du mouvement de la Terre.
Les oscillations du pendule à secondes appuient encore le fait précédent. Non seulement elles sont plus lentes à l'équateur qu'aux pôles, parce que le rayon équatorial est plus grand que le rayon polaire, mais la différence est trop grande pour être attribuée à cette seule cause. A l'équateur, la force centrifuge atténue en partie l' effet de la pesanteur.
Un pendule d'un mètre de longueur qui, à Paris, fait dans le vide 86 157 petites oscillations en 24 heures, transporté aux pôles, en ferait 86 242, et, à l'équateur, n'exécuterait plus, dans le même temps, que 86 017 oscillations.
La longueur du pendule à secondes, pour la station de Paris, est de 994. millimètres. Voici celle que le calcul et les observations ont fait trouver, pour le mémo pendule,
aux pôles, à l'ëquateiir et à une latitude moyenne de 45". Nous y joignons les nombres qui mesurent l'intensité de la pesanteur en ces divers lieux, c'est-à-dire le nombre de mètres indiquant la vitesse acquise, après une seconde, par les corps graves tombant dans le vide.