L.4MA11TI.\E
Astre [par excellence de la rêverie et du mystère, le llambeau destiné à l'illumination des nuits terrestres a toujours eu le privilège d'attii-er les regards et les pensées.
296 LES 3IERYEILLES CÉLESTES.
Il semble que, régnant sur l'empire du silence et de la paix, il soit plus myste'rieux, plus solitaire que nul autre : sa lumière blanche et glacée vient encore affermir l'impression première ; il reste dans la pensée comme représentant la nuit elle-même. Dès les âges antiques, les anciens avaient nommé souveraine des nuits silencieuses Diane au croissant d'argent, Phœbé à la blonde chevelure.
Attachée par les liens indissolubles de l'attracticn à la Terre de laquelle elle est issue, la Lune gravite autour de nous comme un satellite fidèle. Au moment de sa plus grande clarté, lorsqu'elle est arrivée à la phase de sa plénitude, elle ouvre en se levant l'heure de l'apparition des «'toiles, et, suivant sensiblement leur cours de l'orient à l'occident, elle semble leur guide céleste.
Cependant, comme elle iait le tour du globe d'occident en orient en vingt-sept jours environ, on remarque bientùl quelle retarde cliaque jour sur les étoiles qu'elle paraissait conduire, et qu'elle possède un mouvement indépendant de celui de la sphère céleste. En elfet, elle est l'astre le plus rapproché, et elle nous appartient à titre de satellite.
La distance de la Terre à la Lune a été mesurée par un jtrocédé analogue à celui que nous avons exposé plus haut pour la mesure des distances des étoiles. Deux astronomes (comme l'ont fait entre autres Lalande etLacaille, en 1756, à Berlin et au cap de Bonne-Espérance) se placent sur un même méridien, l'un en A l'autre en B (fig. 76), et mesurent la distance de la Lune à leurs zéniths respectifs, c'està-dire les angles ZAL, Z'BL, au moment où l'astre passe à leur méridien. Les suppléments TAL et TBL de ces angles sont par là même déterminés, et l'angle ATB, qui est la somme des latitudes, est donné par la position même des observateurs. En menant la tangente LA', on a la parallaxe horizontale A'LT et la distance TL.
Les astronomes cités plus haut avaient trouvé 57'40" pour la valeur de l'angle sous lequel on voit de la Lune
le ravon de la Terre. Les dernières mesures la fixent ;\ ')7'2",7, ce qui }>orte la distance moyenne du centre de la Lune au centre de la Terre à un peu plus de 00 rayons terrestres. Un pont de trente terres y conduirait.
La Lune tourne autour de la Terre en 27 jours 7 heures i5 minutes 11 secondes et demie. C'est ce qu'on appellr sa révolution sidérale. Supposons-nous au moment de la nouvelle lune : la Lune se trouve juste entre le Soleil et la Terre. Elle commence sa révolution. Au bout du temps que je viens d'inscrire, elle reviendrait au même point si
Fi;;. 76.
Mesure de la ilislniico de la Terre à la Liiut
la Terre était immobile; et. en tait, elle revient au mémo |)oint relativement aux étoiles fixes. Mais, pendant ces 27 jours, la Terre a marché dans son mouvement annuel autour du Soleil, et le Soleil a change de place, en sens contraire du mouvement de la Terre. La Terre allant vers la droite, il a rétrogradé vers la gauche. Pour que la Lune revienne devant lui, il faut qu'elle marche encore pendant environ 2 jours. Cette révolution est la principale pour nous, [)uisque c'est elle qui produit les phases ; on l'appelle synodique, et sa durée est de ^O jours 12 heures 44 minutes 7) secondes.
î>08 LES MERVEILLES CÉLESTES.
De tous les astres, c'est celui dont la connaissance nous fut la première et le mieux acquise. Dès l'invention des premières lunettes d'approche, il n'y a guère que !2oO ans, ces instruments primitifs, dont la puissance était loin d'atteindre les régions stellaires et ne pouvait être eflicacement appliquée qu'à cet astre voisin, astronomes, astrologues, alchimistes, tous ceux qui s'occupaient de science se sentirent tourmentés par le plus vif désir de pénétrer par la vue dans les régions de cette terre céleste. Les premières ohservations de Galilée ne firent pas moins de hruit (|ue la découverte de l'Amérique ; un grand nombre voyaient là une découverte nouvelle d'un nouveau monde bien plus intéressant que l'Amérique, puisqu'il était en dehors delà Terre. (Test un des spectacles les plus curieux de l'histoire d'assister au mouvement prodigieux qui s'opéra à propos du monde de la Lune. Il n'y a que le premier pas qui coûte, dit un vieux proverbe : à l'époque dont je parle, on n'avait attendu que le premier pas de l'optique; à peine fut-il fait, qu'on l'éclama le second avec avidité, puis le troisième, et, comme les progrès de la science n'arrivaient pas aussi vile que les désirs, connue bien des années se passaient sans qu'on put arriver à distinguer les royaumes de la Lune et les cités de ses habitants, l'imagination exaltée prit les devants et partit sans tarder davantage pour le nouveau monde céleste. On vit paraître alors de fort curieux voyages à la Lune, <rétonnantes excursions, d'impardonnables fantaisies, et les (jtudes sérieuses se trouvèrent bientôt largement dépassées par les visions des esprits impatients ^
Cependant elles marchaient rapidement, les découvertes astronomiques. Encouragé par les premières révélations du télescope, on avait entrepris l'étude complète de la surface
* Les lecteurs curieux de connaître ces voyages pseudo-scientifiques on trouveront la description critique dans notre ouvrage : les Mondes iDUKjinaires et les Mondes réels.
Li LUNE.
liinaire.L'aspt'ct de la Lune vue à l'œil nu, ce visage grossier qne l'on remarque avec un peu de bonne volonté sur son disque pâle, s'était transformé dans le champ des lunettes, et Von avait observé tout d'abord des parties très
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Explication des phases de la Luue.
brillantes et des parties plus sombres. En examiiîant plus attentivement, et en amplifiant les grossissements, on reeonnut que l'aspect des détails changeait suivant que le Soleil se trouvait d'un côté ou de l'autre de la Lune; qu'aux
jours oïl le Soleil était à gauche des signes brillanis, on voyait des lignes sombres à leur droite, tandis que, dans le cas contraire, les lignes sombres paraissaient à gauche. Il lut alors facile de constater que les parties brillantes sont des montagnes, que les parties sondjres qui les avoisinent sont des vallons ou des plaines basses, et qu'enfin les larges taches grises qui se voient en plaine sont des pays dont le sol réfléchit moins parfaitement la lumière solaire.
On savait déjà que les phases de la Lune sont produites par l'illumination du Soleil, puisque, lorsque nous voyons entièrement la partie éclairée de notre satellite, à l'époque de la pleine lune, c'est quand nous nous trouvons entre le Soleil et la Lune et que nous voyons entièrement le côté illuminé; qu'à l'époque de la nouvelle lune, le Soleil se trouve derrière cet astre et éclaire le côté que nous ne voyons pas, et qu'aux deux quartiers nous faisons un angle droit avec la Lune et le Soleil et ne pouvons voir alors que la moitié de la partie éclairée. Les observations faites au télescope confirmèrent cette explication en montrant que la marche des ombres à la surface lunaire se produit à l'inverse de la marche du Soleil. Plus tard, il va quelques années seulement, elle fut encore confirmée par l'analyse de la lumière dont j'ai |»arlé plus haut, car en analysant les rayons renvoyés par la Lune, on trouva identiquement les mêmes éléments que dans la lumière directement émise par le Soleil.-
On avait donc sous les yeux un globe ojtaque conuiie la Terre, éclairé connue elle par le Soleil, et accidenté comme sa surface de montagnes et de vallées. C'était plus qu'il n'en fallait pour aiguillonner la curiosité. On s'occupa donc spécialement de notre voisine, et on en dressa la carte géographique, ou, pour mieux dire, sélénographique, puisque, comme vous le savez, lecteur, Fà veut dire Terre, tandis que izlrrrn veut dire Lune.
Comme les idées astrologiques sur les influences physiques et métaphysiques, morales ou immorales de la Lune, étaient
en pleine vigueur, et que l'homme ne peut qu'avec la plus pénible diriiculté s'affranchir de l'erreur, lors même qu'il le veut, ce qui est malheureusement bien rare, car, comme vous savez,
L'homine est de glace aux vérités, II est de feu pour le mensonge,
les astrologues continuèrent à interpréter le langage de la Lune suivant les règles de l'horoscopie, et les astronomes lirent une description qui sentait les opinions régnantes.
Fig. 78. — Aspcil de la pleine lune.
(Photographie directe.)
Aux grandes taches sombres on donna le nom de mers, au.v petites le nom de lacs ou de marais; puis on baptisa mers, lacs, marais, monts, vallées, golfes, presqu'îles, etc., de dénominations liées au souvenir des vertus plus ou moins légitimement attribuées à l'astre des nuits. C'est ainsi qu'il y eut, et qu'il y a encore présentement sur la Lune : la Mer de la Fécondité, le Lac des Songes, la Mer de la Sérénité, le Marais des Biouilhirds, l'Océan des Tempêtes, le Lac de la Mort, la Mer des Humeurs, le Marais de la Putréfaction, la Presqu'île des Rèveines, la Merde la Tranquillité, etc., etc., et autres noms qui ne sont pas tous, comme vous le voyez
3fl2
par ceux qui précèdent, d'un goût exquis ni d'un sentimenl toujours gracieux.
Lorsqu'il s'agit de nommer les montagnes, on eut d'abord l'idée de leur donner le nom des astronomes dont les travaux avaient été les plus utiles à l'avancement de la connaissance (le la Lune et avaient le plus brillamment illustré cette beauté de l'espace. Mais une considération de prudence retint Uévéliiis, l'auteur de la Sclénographie. Laquelle? Oli! elle ne doit pas être bien longue à deviner : on craignit d'exciter des sentiments de jalousie. Tel astronome qui n'avait pas en sa
Fig. 7y. — Premier quartier.
(Photographie.)
Fig. 80. — Dernier quartier.
(Pliotograi>Jiie.)
possession un coin de terre ici-bas eût été fort bonoré de recevoir un petit béritage des terres lunaires; tel autre, riche propriétaire, eût été (comme il arrive toujours cbez les gens de cette profession) très fàcbé de ne pas voir augmenter son bien par quelque coin de lune. Alors, pour ne froisser personne, on donna tout simplement aux montagnes de la Lune le nom des montagnes de la Terre. Il y eut les Alpes les Apennins, les Karpatbes, etc. ; mais le vocabulaire des montagnes ne fut pas suffisant ; alors on en revint aux savants, mais aux savants morts : Aristote, Platon, Hip-
ai te
LA LUNE. Sfb
))arque, Ptolémée, Copernic, eurent chacun leur propriété clans la Lune. Certains voyageurs, comme l'auteur du Voijage (tu monde de Descartes, ont constate, en visitant ces difféi-ents pays lunaires, que les grands hommes dont ils ont reçu aihitraircment le nom en prirent possession dans le courant du seizième siècle et y établirent leur résidence. Ces âmes immortelles, paraît-il, y continuèrent leurs œuvres et leurs systèmes inaugurés sur la Terre. C'est ainsi que sur le mont Aristote est élevée une véritable cité grecque, peuplée de philosophes péripatéticiens, gardée par des sentinelles armées de Propositions, d'Antithèses, de So[)hismes, et que le maître habite au centre de la ville, dans un magnifique palais! C'est ainsi que dans le cirque de Platon habitent des âmes sans cesse occupées à la recherche du prototype des idées! Il y a deux ans on a fait un nouveau partage des propriétés lunaires, et l'on en a généreusement enrichi quelques astronomes de nos amis.
Sans nous occuper à présent de savoir si les habitants de la Lune sont les âmes de ceux dont les noms illustres ont servi à qualifier les royaumes d'ici-bas, nous pouvons continuer notre relation en disant que les connaissances si satisfaisantes que l'on eut rapidement de notre satellite sont dues à sa grande proximité de la Terre et cà la facilité avec laquelle nous voyons tout ce qui se passe à sa surfiice. Elle est, en effet, si rapprochée de nous, qu'après les distances célestes auxquelles nous avons dû nous familiariser dans les chapitres précédents, l'éloignemenl qui nous en sépare n'est qu'une bagatelle. Même pour ceux dont la pensée n'a pas visité les régions ultraterrestres, le chemin d'ici à la Lune n'est pas bien long. Les navigateurs au long cours qui ont fait quatre ou cinq fois le tour du globe ont parcouru une pareille distance, car, pour faire le tour du globe, les irrégularités de la route donnent bien le double de la circonférence géométrique. De l'orbite lunaire un corps qui se laisserait tomber arriverait ici en 4 jours 1 9 heures 55 mi-
nutes. Pour aller d'ici à la Lune on mettrait un peu plus cîe temps; mais si on avait en main la vitesse de la vapeur, on y arriverait en moins d'un an. A sa distance minimum, elle n'est qu'à 28 fois et demie la largeur de la Terre, ou 90650 lieues environ. On voit que c'est une distance vraiment insigniliante.
C'est cette proximité, sans doute, qui a causé la grande réputation de l'astre lunaire parmi nous. Aucun astre, sans excepter le Soleil, n'eut jamais pareille inlluence. Le monde entier fut accessible aux intluences lunaires, les hommes comme les animaux, les plantes comme les minéraux. J'ai dit })lus haut que les opinions astrologiques fournies à. l'égard de cet astre étaient des plus singulières. Il faut que je me donne le plaisir de vous en citer quelques-unes; elles soni vraiment trop curieuses pour être passées sous silence, ('hoisissons donc deux ou trois bons asti'ologues savants sur la Lune, et interrogeons-les. Voici d'abord l'action générale (lu satellite sur la Terre.
Corneille Agrippa, fameux géomancien, s'exprime ainsi' : La Lune s'appelle Pbœbé, Diane, Lucine, Proserpinc Hécate, qui règle les mois, demi-formée; qui éclaire les nuits, errante, sans parole, à deux cornes, conservatrice, coureuse de nuit, porte-cornes, la souveraine des divinitez. la reine du ciel, la reine des mânes, qui domine sur tous les éléments, à laquelle répondent les astres, reviennent les temps et obéissent les éléments; à la discrétion de la- ([uelle soufflent les foudres, germent les semences, croissent les germes; mère primordiale des fruits, sœur de Pbœbus. luisante et brillante, transportant la lumière d'une des phinètes à une autre, éclairant par sa lumière toutes les divinitez, arrêtant divers commerces des étoiles, distribuani des lumières incertaines à cause des rencontres du Soleil,
* Philosophie occulte. \o'^ez \qs Curiosités des sciences occultes, par le bibliopliite Jacolj.
reine d'une grande beauté, maîtresse des plages et des vents, donatrice des richesses, nourrice des hommes, la ixouvei'nante de tous les Etats ; bonne et miséricordieuse, protégeant les hommes par mer et par tei^re; modérant les revers de la fortune; dispensant avec le destin, nourrissant tout ce qui sort de terre, courant par divers bois, arrêtant les insultes des phantùmes, tenant les cloîtres de la terre l'ermés, les hauteurs du ciel lumineuses, les courants salutaires de la mer, et gouvernant à sa volonté le déplorable silence des enlers ; réglant le monde, foulant aux pieds le fartare, faisant trembler les oiseaux qui volent au ciel, les bètes sauvages dans les montagnes, les serpents cachés sous la terre et les poissons dans la mer. » Ouf! Quelle cacophonie Pauvre lune!
Selon La Martinière : « Cette planète lunaire est humide de soy; mais, par l'irradiation du Soleil, est de divers tempéraments; comme en son premier quadrat elle est chaude et humide, auquel temps il fait bon saigner les sanguins ; en son second, elle est chaude et sèche, auquel temps il fait bon saigner les colériques; en son troisième quadrat, elle est froide et humide, auquel temps on peut saigner les flegmatiques; et en son quatrième elle est froide et sèche, auquel temps il est bon de saigner les mélancoliques — C'est une chose entièrement nécessaire à ceux qui se meslent de la médecine, de connoistre le mouvement de cette planète pour bien discerner les causes des maladies. Et comme souvent la Lune se conjoint avec Saturne, on lui attribue les apoplexies, paralysie, épilepsie, jaunisse, hydropisie, léthargie, cataporie, catalepsie, catarrhes, convulsions, tremblement de membres, distillations catarrhales, pesanteur de tète, séronnelles, imbécilité d'eslomach, flux diarrique et lientérique, rétentions, et généralement toutes maladies causées d'humeurs froides. J'ai remarqué que cette planète a une si grande puissance sur les créatures, que les enfants qui naissent depuis le premier quartier de la Lune déclinant^ sont
plus maladifs : tellement que les enfants naissant lorsqu'il n'y a plus de Lune, s'ils vivent sont faibles, maladifs et lan- {iuissants, ou sont de peu d'esprit et idiots. Ceux qui sont nés sous la maison de la Lune, qui est le Cancer, sont d'un tempe'rament flegmatique. )) De pareils horoscopes sont vérilablement terribles, quand on y songe!
La Lune domine, d'après Éteilla, « sur les comédiens, les joueurs de gibecière, les boucliers, les chandeliers et ciriers, les cordiers, les limonadiers, les cabaretiers, les paulmiers, donneurs à jouer de toute nature, le maître des hautes œuvres, les ménageries d'animaux, et, dans son contraste, sur les joueurs de profession, les espions, les escrocs, les femmes de débauche, les liloux, les banqueroutiers, les faux monnoyeurs, et les petites maisons : c'est-à-dire que la Lune domine sur tous ceux qui sont de métier à travailler la nuit, par état, jusqu'au soleil levant, ou à vendre des denrées pour la nuit; et dans le contraste, elle domine sur tout ce qu'on auroit honte de commettre en plein jour, au vu de ceux qui ont des ma'urs. Ainsi chaque lecteur, en lisant, doit se rendre facilement compte sous quelle domination il est, etc.... Il est bon de noter que la Lune domine aussi sur tous les petits négociants qui ne tirent que des ports de la nation ou de la main des accapareurs, sur les usuriers, les courtiers, les maquignons, les rats de Palais, hommes sans charges rongeant les clients, et mettant, par leurs astuces, les honnêtes gens dans le péril de perdre. » — Ainsi, qui l'eût cru? C'est la Lune qui est cause de toutes ces misères.
Mais les êtres intelligents et les êtres animés n'étaient pas seuls soumis à ces pernicieuses inlluences : toute la nature terrestre, jusqu'aux végétaux et aux minéraux était sous leur empire :
« Les concombres s'augmentent aux pleines lunes, ainsi que les raves, les navets, porreaux, lis, raiforts, safran, etc. ; mais les oignons, au contraire sont beaucoup plus gros et
mieux nourris sur le déclinement et vieillesse de la Lune
que sur son croissement, jeunesse et plénitude ce qui est
cause que les Égyptiens s'abstenaient d'oignons, à cause de leur antipathie avec la Lune.... Les herbes cueillies pendant que la Lune croîtra, de grande efficacité — Si on taille de nuit les vignes, pendant que la Lune logera dans le signe du Lyon, Sagittaire, Scorpion ou Taureau, on les sauvera des rats champestres, taulpes, limaçons, mouches et aul-
tres Pline assure que les aulx semez ou transplantez la
Lune estant soubz terre, et cueillis le jour qu'elle sera nouvelle, n'auront aucune mauvaise odeur, et ne rendront l'aleine de ceux qui en auront ni puante ni malplaisante, o
Voilà, j'espère, un choix de merveilleuses conjectures astrologiques. Toutes ces ténèbres se sont évanouies à la lumière de l'astronomie moderne.
Et pourtant il y a encore aujourd'hui de bonnes gens qui s'imaginent que la Lune influe sur les arbres, sur le bois coupé, sur le vin, h qu'il ne faut pas mettre en bouteille au dernier quartier o, sur la coupe des cheveux, et sur cent autres choses aussi étrangères à la Lune que Pharamond.
Je siiliio la Iroide cl vapoi'euse lumière, ô pàlf jinlorin du cifl trouble', je le salue à travers ).i Inaïuie qm t'iuoude et qiii donne à ton front son teint soiulire ! (Comment ion œil pur et paisible peut-il assister sans trouble à nos scènes d'en bas, et comment un regard sans larmes peut-il envoyer sa luniièi'e sur un monde de guerre et de douleui?
Waitei; Scott, Rokeby.
H y a, en effet, un gi^and contraste, non seulement appa renl, mais réel, entre la sereine tranquillilt- du disque lunaire et les grands mouvements qui s'opèrent sans cesse n la surface de notre monde. En approchant de la Lune, on ne remarque aucune des causes physiques qui font de lu Terre un vaste laboratoire oii mille éléments se combattent ou s'unissent. Point de ces tempêtes tumultueuses ([ui fondent parfois sur nos plaines inondées, point de ces ouragans qui descendent en trombe s'engloutir dans la profondeur des mers ! Nul vent ne soui'fle, aucun nuage ne s'élève dans le ciel. On n'y voit pas ces traînées blanches de vapeurs
nuageuses, ni ces amoncellements plombés de lourdes cohortes : jamais la pluie n'y tombe, jamais la neige, ni la grêle, ni aucun des phénomènes météorologiques, ne s'y
Fi"-. 8^. — Une montagne lunaire. Le mont Copernic.
manifestent. Nul globe céleste n'est plus serein ni plus pur.
Mais aussi on n'y voit pas non plus ces teintes magni-
liques qui colorent notre ciel de l'aurore ou du crépuscule ;
on n'y voit pas ces rayonnements de l'atmosphère embrasée ;
si les vents et les tempêtes ne soutflent jamais, il en est (le même de la brise embaumée qui descend de nos coteaux en fleur. Dans ce royaume d'immobilité souveraine, le plu ^ léger zépbyr ne vient jamais caresser la tête des collines; le ciel reste éternellement endormi dans un calme incomparablement plus complet que celui de nos chaudes journées où pas une feuille ne s'agite dans les airs.
C'est qu'à la surface de ce monde étrange il n'y a pas d'atmosphère. De cette privation résulte un système essentiellement difficile à imiter. En premier lieu, l'absence d'air implique par là même l'absence d'eau et de tout liquide, car l'eau et les liquides ne peuvent exister que sous la pression atmosphérique ; si l'on enlève cette pression, ils s'évaporent et laissent leur lit à sec. Ainsi, par exemple, si TOUS placez un vase rempli d'eau sous le récipient d'une machine pneumatique, et que, pompant l'air qui se trouve dans ce récipient, vous y fassiez le vide, vous verrez bientôt l'eau qui s'y trouve bouilhr, ([uantl même on gèlerait du froid le plus rigoureux dans l'endroit où vous faites l'expérience, puis l'ébullition dégager des vapeurs et enfm l'eau s'évaporer. Or, supposez qu'en une certaine période de son existence passée la Lune ait eu, comme la Terre, des mers et des fleuves, et qu'à l'aide d'un appareil quelconque on ait soutiré tout l'air ({ui l'environnait, ses mers et ses fleuves se seraient rais à bouillir et à retomber en vapeur ; et, continuant l'opération assez longtemps, on aurait mis la Lune complètement à sec. C'est précisément ce qui est arrivé. Depuis l'époque lointaine de sa formation à l'état fluide, elle a perdu tous ses liquides et toutes ses vapeurs, et aujourd'hui même une linotte pourrait mourir de soif au milieu des mers de la Lune.
Ces mers n'ont pas une goutte d'eau. Ce sont là, dira-t-on, de singulières mers. Et, en effet, nul ne soutiendra que leur dénomination soit logique. Mais, nous l'avons vu, on les a nommées à une époque où l'on ne connaissait pas encore
suffisaiiimeiit la nature lunaire pour deviner qu'elle existe sans atmosphère et sans eau. De l'absence d'air résulte un autre fait bien curieux : c'est l'absence de ciel. A la surfiice de la Lune, lorsqu'on lève les yeux au ciel, on n'en voit point. Une immensité, sans profondeur, se laisse traverseipar la vue, sans l'arrêter sur aucune espèce de forme, et de jour comme de nuit on voit les étoiles, les planètes, les comètes et tous les astres de notre univers. Le soleil passe devant eux sans les effacer, comme il le fait pour nous. Non
Fig. 83. — Cratère enseveli sur les rives de l'océan des Tempêtes.
seulement on ne jouit plus de cette diversité perpétuelle que les mouvements des météores enoendrent sur notre monde, mais on n'y contemple même plus cette voûte azurée qui couronne la Terre d'un dôme si magnifique. Un abîme noii', et perpétuellement noir, s'étend dans l'espace.
Tandis qu'en haut règne l'obscurile, en bas règne le silence. Jamais le moindre bruit ne s'y fait entendre. Ni le soupir du vent dans les bois, ni le bruissement du feuillage, ni le chant de l'alouette matinale ou l'harmonieuse causerie
r.li LES MERVEILLES CÉLESTES.
<lu rossignol, n'éveillent les échos éternellement muets de ce^ monde. Nulle voix, nulle parole n'a jamais troublé la solilude immense qui l'ensevelit. Là règne en souverain l'imj;iobile silence.
De hautes montagnes escarpées déchirent sa surfiicc. Çà et là on voit des crêtes dénudées s'élever vers le ciel, des rochers blancs entassés comme les ruines de quelque révolution disparue, des crevasses traverser le sol comme sur ces terres desséchées par les longs jours d'été. Ce qui rend !o spectacle plus éf range, c'est que, l'absence de vapeurs entraînant l'absence de perspective aussi l)ien que l'absence de tonte teinte, on ne voit que du blanc et du noir, selon (jue les objets sont au soleil où à l'ombre, se succédei" jusqu'à l'horizon sans perdre l'éclat ni le contour.
Dans le voisinage du pôle austral, c'est-à-dire du bas de la Lune vue à l'œil nu, on trouve les plus hautes montagnes du satellite : Dœrl'el, dont le sonmiet atteint 7G00 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la plaine avoisinante; (^^asatus et Curtius, de 6956 à 6769 mètres; Newton, de 7264 mètres de profondeur : ce mot profondeur peut surprenihe à juste titre lorsqu'il s'agit de l'élévation d'une montagne ; c'est, en effet, un si singulier monde que l;i Lune, que ses montagnes peuvent se mesurer aussi bien comme profondeur que comme hauteur. Voilà un paradoxe (lifHcile à comprendre, n'est-ce pas? — Mais non ; les montagnes de la Lune ne sont pas comme celles de la Terre : elles sont creuses. Lorsqu'on arrive au sommet, on trouve un anneau, dont l'intérieur descend souvent Tort au-dessous delà plaine avoisinante; de sorte que si Ton ne veut pas faire le tour des talus, qui mesurent parfois jusqu'à 500 kilomètres (Ptolémée) et même jusqu'à 680 kilomètres de circonférence comme *le cirque de Clavius), on est obligé de descendre cinq, six ou sept mille mètres, de tiaverser le fond du cratère, et ensuite de remonter à la partie opposée de l'anneau pour revenir enfin dans la plaine.
Le dessin du mont Copernic (fig. 82) montre le type d'une montagne lunaire, telle que nous les voyons au téleseope. La figure 85 montre un cratère plein de sable, fort curieux. Déjà, à la figure 8i, nous avons vu un paysage lunaire, relevé en perspective, comme si nous étions transportés à la surface de la Lune.
Parmi les montagnes annulaires, on peut citer celle
Fig. 84 — Chaîne des ApL»nniiis lunaires.
d'Aristillus, située dans la mer des Pluies, non loin du Caucase, entre les marais des Brouillards et de la Putréfaction. C'est un fait curieux de savoir que la surface de Phémisplière lunaire a été connue avant la surface de notre propre terre, et que l'on avait pu mesurer la hauteur de toutes ses montagnes avant d'avoir pu le faire de celle de toutes les nôtres. Le volcan d'Aristillus en particulier fut
l'un des premiers et des mieux connus. Il se compose d'un cratère d'environ 10 lieues de diamètre, du milieu duquel s'élèvent deux cônes, dont le plus e'Ievé atteint à peu près 900 mètres de hauteur : le tout est environné d'un remparl circulaire dont le plus haut sommet est de oôOO mètres. Lorsqu'on examine le fond du cralère avec une forte lunette et dans ces circonstances favorahles, on y remarque une foule d'aspérités qui semblent indiquer des laves durcies et des blocs de rochers entassés. De cette montagne, prise pour centre, partent cinq ou six lignes de ramifications rocheuses dirigées vers l'est et vers le sud. Ce sont ces ramifications qui donnent lieu au rayonnement d'Aristillus. Elles sont garnies d'une énorme quantité d'aiguilles ou de colonnes l>asaltiques qui s'élèvent de leurs sonmiets et les font ressembler de loin à cette multitude de clochetons que l'on voit sui- quelques cathédrales gothiques. Le fragment de la chaîne des Apennins lunaires représenté (fig. 84) donne une idée exacte de l'aspect de ces régions vu dans un puissant télescope. Ainsi la Lune serait fort inhospitalière pour nous. Le sens lie la parole comme le sens de l'ouïe ne sauraient y jouer aucun rôle, et par conséquent ne sauraient y exister A la piivation de ces deux sens, peut-être faudrait-il encore joindre une infériorité dans les jouissances que la vue nous procure, attendu que partout où le regard s'abaisse, il ne rencontre que des montagnes blanches, escarpées et stériles, que des crêtes sourcilleuses et dénudées. Ces campagnes solitaires et desséchées donnent raison àAlfred de Musset :
Va, Lune moribonde, Le beau corps de Phœhé
La blonde Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face, Et, déjà tout ridé,
Selface Ton front dépossédé.
Cette figure nie rappelle ce que disait Fontenelle à propos des cliangements survenus à la surface de cet astre, causés, non par des mouvements vitaux comme ceux qui régissent la nature terrestre, mais par de simples éboulenients de terrains, w Tout est en branle perpétuel, dit-il, il n'y a pas jusqu'à une certaine demoiselle que l'on a vue dans la Lune avec des lunettes, il y a peut-être quarante ans, qui ne soit considérablement vieillie. Elle avait un assez beau visage; ses joues se sont enfoncées, son nez s'est allongé, son front et son menton se sont avancés; de >orte que tous ses agréments se sont évanouis, et que l'on craint même pour ses jours.
« — Que me comptez-vous là? interrompt la marquise.
« — Ce n'est point une plaisanterie, reprend l'auteur. On apercevait dans la Lune une figure particulière qui avait l'air d'une tète de femme qui sortait d'entre les rochers, et il est arrivé des changements dans cet endroit-là. Il est lombé quelques morceaux de montagnes, et ils ont laissé à découvert trois points qui ne peuvent plus servir qu'à composer un front, un nez et un menton de vieille. »
Je ne sais si le visage dont parle l'ingénieux écrivain a existé autre part que dans son imagination, mais les changements, même causés par de simples éboulements, sont extrêmement rares. Cependant, comme je l'ai exposé dans un autre ouvrage plus spécial (Études et lectures sur l'astronomie, t. Il) et dans les Comptes lendus de l'Académie des sciences, il est hautement probable qu'un changement vient (l'avoir lieu dans la mer de la Sérénité, à la région nommée Linné. Au commencement du siècle, on crut observer parlois des volcans en ignition, mais on a reconnu depuis que très probablement ce que l'on avait pris pour des volcans n'est autre cliose que la crête blanche de certaines montagnes, dont la iorme ou la structure sont plus favorablement agencées pour rélléchir la lumière. Malgré ces rares apparences de mouvement dans le sol lunaire, on peut tou-
jours dire que, muet et silencieux, il roule dans le ciel comme un astre délaissé. Pourquoi cette destinée triste et solitaire? pourquoi toute ])rivation de mouvement et dévie? C'est la question que lui posait le poète anglais Slielley :
Es-tu pâle de lassilude, Fatiguée d'escalader les cieux et de contempler la terre ? Errant sans compagnon Parmi les astres de familles dilïérentes, Et toujours cliaiijieante, comme un œil sans gaieté Qui ne trouve aucun objet digne de sa lidélité?
. Maintenant que je vous ai exposé conmient la Lune est un monde inhospitalier, pauvre et déshérité des dons de la juiture, il faut que je revienne sur mes pas et que j'arrive à vous montrer en lui un monde magnifique, digne de toute notre admiration et de toute notre estime. Ce n'est pas que je veuille contredire mes paroles précédentes, à Dieu ne plaise ! mais pour ne pas laisser une mauvaise impression à l'égard de notre iidèle amie, je veux rappeler que la Nature, lors même qu'elle paraît disgracier (pn^lques-unes de ses <euvres à certains points de vue, les l'avorise sous d'autres aspects de richesses très désirahles.
Pour un astronome, la Lune serait un magnifique ohservatoire. Pendant le jour on peut ohserver les étoiles en plehi midi et reconnaître ainsi sans effort (juclles demeurent éternellement dans le ciel. Chez nous, au contraire, parmi les anciens, on en voit un grand iiomhre qui s'imaginaient qu'elles s'allumaient le soir pour s'éteindre le matin. Si donc on fait des études astronomiques sur la Lune, le Soleil n'est pas un tyran qui vienne dominer le ciel dans sa souveraineté absolue, il laisse paisiblement les étoiles trôner avec lui dans l'espace; et les études commencées pendant la nuit peuvent être sans difficulté poursuivies pendant le jour jusqu'à la nuit suivante. Sur notre satellite, les nuits sont de 15 fois 2i iieures, et les jours de même durée; mais il y a une différence essentielle à remarquer entre les nuits de
Fig. 85.
— La Terre dans le ciel, telle qu'on la voil de la Lune.
COxNSTlTUTION PHYSIQUE DE LA LUNE. 321
riiémisplièrc lunaire qui nous regarde et celles de l'iiémisplicre que nous ne voyons pas.
Vous n'avez pas e'té sans remarquer, en effet, que la Lune nous présente toujours la même face. Depuis le commencement du mondi; elle ne nous a jamais montré que ce côté-là. Nous lisons dans Plutarque, qui écrivait il y a près de deux mille ans, mille conjectures relatives à cette face de la Lune éternellement tournée vers nous. Les uns disaient que c'était un grand miroir, bien poli et excellent, qui nous
Fig. 86. ^ Dimensions comparées de la Terre et la Lune.
renvoyait de loin l'image de la Terre ; les parties sombres représentaient l'Océan et les mers ; les parties brillantes représentaient les continents. D'autres croyaient que les taches étaient des forêts où quelques-uns plaçaient les chasses de Diane, et que les parties plus brillantes étaient les pays en plaine. D'autres voyaient encore en elle une terre céleste très légère, assez semblable à notre vif-argent ; ils disaient que ses habitants devaient prendre en pitié la Terre qui se
trouve au-dessous d'eux et qui n'est qu'un amas de boue.
D'autres encore, et leur opinion singulière fut très répandue, ajoutaient que les êtres qui la peuplaient étaient quinze fois plus grands que ceux de notre monde, et qu'à côté des arbres lunaires nos chênes n'étaient que de petits buissons. Tout cela pour expliquer la nature de la face lunaire éternellement tournée vers nous.
Or, si nous ne voyons jamais qu'un côté de la Lune, récij)roquement, il n'y a jamais qu'un côté de cet astre qui nous voit, de sorte que la moitié de la Lune a une lune qui est notre Terre, et que l'autre moitié en est privée. S'il y a des iiabitants sur l'hémisphère qui nous est opposé, ils ne se doutent pas de ce que c'est qu'un astre préposé à l'illumination des nuits, et ils doivent grandement s'étonner lorsque le récit des voyageurs leur rapporte l'existence de notre Terre dans le ciel. Pour peu que les voyageurs de là-bas ressemblent à ceux d'ici, qnels contes ne doit-on pas débiter à notre propos ? Mais aussi combien la Terre est utile aux nuits lunaires et comme nous sommes beaux.... de loin ! Représentez-vous treize lunes comme celle qui nous éclaire, ou, pour parler plus exactement, une lime treize fois plus étendue en surface, et vous aurez une idée du spectacle de la Terre vue de la Lune. Tantôt elle n'offre qu'un quartier effilé, quelques jours après la nouvelle terre; tantôt elle offre un premier quartier ; tantôt elle resplendit dans un disque plein répandant à grands flots sa lumière argentée. Ce qu'il y a de mieux, c'est qu'elle s'allume précisément le soir, qu'elle brille de son plus vif éclat, de son disque plein précisément à minuit, et qu'elle s'éteint le matin, au moment où l'on n'a plus besoin d'elle, et l'on sait que du soir au matin on compte 15 fois 24 heures chez nos voisins les Sélénites. Aussi combien ses habitants sont-ils plus fondés que nous de croire f[ue la Terre a été créée et mise au monde tout exprès pour eux et que nous ne sommes que leurs très humbles .serviteurs !
Sous certains aspects, la Lune paraît donc mieux favorisée
que la Terre. Cependant, comme importance planétaire, elle ne mesure guère que le quart du diamètre de la Terre : 8G9 lieues; sa surface mesure 58 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire à peu près la treizième partie de la surface terrestre; son volume est le quarante-neuvième du volume du globe terrestre. Gela n'empêche probablement pas que ses habitants (si elle en a) ne se croient supérieurs à nous et ne nous croient leurs domestiques plutôt que leurs maîtres, car on sait que, généralement, les gens ont d'autant
plus de vanité qu'ils sont plus petits
Les habitants de l'hémisphère invisible ont les plus belles nuits qui soient au monde, et ceux qui vivent sur l'hémisphère visible l'une des plus belles lunes qu'on ait jamais vues. Tout au plus les habitants des premières lunes de Jupiter et de Saturne pourraient-ils leur revendiquer la supériorité de leurs planètes réciproques. Jamais aucun nuage, jamais aucune tempête, ne viennent troubler ces nuits longues et silencieuses; le calme profond, la paix inaltérable habitent en ces lieux. De plus, tandis que nous ne connaissons ([u'une partie deleurmopde, le nôtre, tournant en ving-quatre heures sur lui-même, se dévoile entièrement à eux, de sorte qu'avec de bons yeux ou l'aide d'instruments d'optique, ils peuvent contempler de là-bas notre terre roulant sur leurs tètes et leur présentant tour à tour les diverses contrées de notre séjour. Là, le nouveau monde qu'ensanglantent de cruelles batailles^; plus loin les îles ténébreuses où l'on sacrifie des têtes humaines au serpent Vaudoux ; ici, la Russie étouffant la Pologne, qui se débat affreusement ;
* Cotte ligne était écrite en 1865. La guerre d'Amérique est terminée, après avoir couché dans la moit près d un million de combattants, et dépensé pour cela vingt-huit milliards.
Je ne puis luempècher d'ajouter, en relisant ce livre pour l'édition de 1872, que ces dernières années n'ont pas été faites pour donner une meilleure idée de l'humanité. 11 suflit d'un homme comme de Bismarck ou M. de Moltke pour déchaîner toutes les mauvaises passions et abrutir l'Europe pendant un demi-siècle. (Note de la 4" édition.)
et à gauche, un petit point verdoyant oîi trente-iiuit millions de Franç'ais cherchent enfin se'rieusement à se passer de maître et à se gouverner eux-mêmes.
Et nous, nous contemplons la Lune pensive dans la sénérité des nuits, espérant que ses peuples et ceux des autres mondes sont plus unis que notre famille. Oui, lumière bien-aimée des nuits solitaires, nous pensons que la nature t'a donné quelque compensation pour les choses dont elle t'a privée, et que les richesses inconnues de ton séjour surprendraient étrangement ceux qui pour toi s'évaderaient de notre monde. Nous avons vu que tu manques d'air et que tu n'as pas une goutte d'eau pour étancher ta soif; mais cela n'empêche pas que nous revenions à notre ancienne sympathie pour ta beauté. Si tu n'as pas les éléments qui nous conviennent, si l'eau et la terre, l'air et le feu ne résident pas dans ton sein, ta nature est différente, et* tu n'es pas moins complète dans ta création. Reste dans le ciel de nos rêveries, renouvelle ces phases qui font nos mois, verse ta rosée de lumière dans l'air limpide ; le voyageur aimera toujours te choisir pour guide aux heures nocturnes dans les sentiers de la mer ou des campagnes désertes.
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment
Qui llotle Sous le clair lirmament.
T'aimera le vieux pâtre Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre Ses dogues aboieront.
Et, toujours rajeunie, Tu seras des passants
Bénie, Pleine lune ou croissant.
Aulrefois, les éclipses élaicnt rognrdées comme des pliéuomMies surnaturels. Aujourd'hui, la prédiction des éclipses n'est qu'une alfaire de calcul.
Newton.
Dans la circonférence qu'elle de'crit autour de la Terre, la Lune passe tous les quinze jours entre le Soleil et nous, — c'est l'époque de la nouvelle Lune, — et tous les quinze jours, à l'opposé du Soleil (la Terre se trouvant entre elle et lui^\ — c'est l'époque de la pleine Lune. Or, il arrive parfois qu'elle passe justement devant le Soleil, au lieu de passer un peu au-dessus ou un peu au-dessous, comme dans la majorité des cas. Lorsque ce passage arrive, la lumière de l'astre radieux se trouve naturellement arrêtée, en partie ou tout à fait, selon que le disque lunaire nous cache une partie ou la totalité du disque solaire. 11 y a alors éclipse de soleil, partielle ou totale. Ainsi quand elle passe devant la Terre, dans la direction du Soleil, cet astre est éclipsé par elle.
A l'opposé, il arrive aussi que la Lune, passant derrière
la Terre, arrive juste dan»
l'ombre qui reste toujours derrière elle, comme derrière tout objet éclairé.
Lorsqu'elle se trouve dans cette ombre, elle ne reçoit plus la lumière du Soleil, et comme elle ne brille que par cette lumière, elle perd son éclat. Son disque plein voit complètement s'évanouir sa lumière, s'il se 6 trouve entièrement compris ^ dans le cône d'ombre de la -ê Terre ; il reste moitié éclairé 2 si, passant au bord du ■1 cône, il n'y entre que d'une ^^ moitié. t< est en ces cir- 'i constances qu'il y a éclipse ^ de lune, totale ou partielle.
Aussi rien n'est si sim- ,^ pie qu'une éclipse. Lors- ,j, que vous avez devant vous ~ une lampe au globe radieux, si vous passez la main devant vos yeux, vous interceptez momentanément la lumière qui vous éclaire; il y a pour vous éclipse de la lampe par votre main. C'est le même fait qui se produit lorsqu'il y a pour la Terre éclipse de Soleil par la Lune. Si maintenant vous
'ta
vous retournez, laissant alors la lampe derrière vous, et (jue vous passiez de nouveau votre main eclaire'e devant votre visage, cette main se trouvera momentanément dans l'ombre. C'est ici l'image de l'ëclipse de Lune passant dans l'ombre de la Terre.
Si le mouvement de la Lune s'ope'rait justement dans un plan dont le prolongement passât par le Soleil, il y aurait éclipse de Soleil à toutes les nouvelles lunes, et éclipse de Lune à toutes les pleines lunes. Mais le cercle dans lequel elle se meut est un peu penché sur ce plan, et oscille de part et d'autre, de sorte que les éclipses sont très variables dans leur nombre et dans leur grandeur. Cependant cette variété a ses limites. Il ne peut y avoir riioins de deux éclipses par an, ni plus de sept. Lorsqu'il n'y en a que deux ce sont des éclipses de Lune. — Ces phénomènes reviennent à peu près dans le même ordre au bout de dix-huit ans et dix jours : période connue chez les Grecs sous le nom de Cycle de Méton, et dont les Chinois eux-mêmes se servaient il y a plus de trois mille ans pour la prédiction de leurs éclipses.
(juelque simple que soit la cause de ce phénomène, aujourd'hui qu'on la connaît, — et les causes connues sont toujours si simples qu'on se demande comment on ne les a pas devinées plus tôt, — quelque facile que cette explication paraisse à trouver, longtemps l'humanité s'étonna de l'absence passagère de la lumière du Soleil pendant le jour; longtemps elle se sentit pleine de crainte et d'inquiétude devant cette merveille inexpliquée. La lumière du jour s'affaiblissait rapidement, et arrivant à disparaître soudain sans que le ciel fut obscurci d'aucun nuage, les ténèbres succédant à cette lumière, les étoiles s'allumant dans le ciel, la nature entière paraissant surprise et consternée : la réunion de ces événements insolites est plus que suffisante pour expliquer la terreur momentanée dont les hommes et les peuples se sont laissé emparer en ces instants solennels. En raison de la rapidité du mouvement de la Lune, jamais l'éclipsé totale
de Soleil ne dure plus de six minutes ; mais cette fiiible période est suffisante pour permettre à mille sentiments de se succéder dans l'esprit craintif. La disparition de la lumière de la Lune causa parfois elle-même de grands troubles chez les esprits peu avancés; combien à plus forte raison la disparition de celle de l'astre du jour peut-elle faire naître d'inquiétudes et de craintes !
L'histoire est pleine des exemples de l'effroi causé par les ("clipses et des dangers que produisent l'ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée : effrayé par une éclipse de lune et voulant temporiser plusieurs jours, pour s'assurer si l'astre n'avait riert perdu après cet événement, il manqua ainsi l'occasion de la retraite : son armée fut détruite, Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d'Athènes.
Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la l'rayeur du peuple pendant les éclipses, soit de soleil, soit de lune, pour l'amener à leurs desseins. Ciuistophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d'une nation sauvage et indigente, était prêta voir manquer cette ressource et à périr de faim : il annonce qu'il va priver le monde de la lumière de la Lune. L'éclipsé commence, et la terreur s'empare des hidiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.
Drusns apaisa une sédition dans son armée en prédisant une éclipse de Lune ; et, selon Tite Live, Sulpicius Gallus, dans la guerre de Paul Emile contre Persée, usa du même stratagème. Périciès, Agathocle, roi de Syracuse, Dion, roi de Sicile, ont failli être victimes de l'ignorance de leurs soldats. Alexandre, près d'Arbelles, est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu'une éclipse avait jetée parmi ses troupes. C'est ainsi que les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les faire tourner à leur profit.
Combien de fables établies d'après l'opinion que les éclip-
SCS sont l'effet du couitoux céleste, qui se venge des iniquite's de l'homme en le privant de la lumière ! Tantôt Diane va trouver Endymion dans les montagnes de Carie ; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la Lune sur les lierbes qu'elles destinent aux enchantements.
Ici c'est un dragon qui dévore l'astre et qu'on cherche à
Fig. 88. — Éclipse totale Je Soleil du 18 août 187L'.
épouvanter par des cris; là, Dieu tient le Soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre avec un volet,-... etc. Le progrès des sciences a fait reconnaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu'on a vu qu'il était possible de calculer par les tables astronomi-
ques, et de prévoir longtemps d'avance l'instant oîi la colère du ciel devait e'clater. Cependant, au siècle dernier encore, l'épouvante a causé des revers dans l'armée de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l'écIipse totale de 1706 ; et la devise de ce monarque : JSec pluribus impar, a prêté aux allusions injurieuses !
J.-B. Biot nous donne, dans ses Études sur V astronomie indienne et chinoise, de fort curieux détails sur les rites qui présidaient, et qui président encore, à la réception des éclipses dans le Céleste Empire.
L'empereur était considéré comme le fils du ciel, et, à ce titre, son gouvernement devait offrir l'image de l'ordre immuable qui régit les mouvements célestes. Quand les deux grands luminaires, le Soleil et la Lune, au lieu de suivre séparément leurs routes propres, venaient à se croiser dans leurs cours, la régularité de l'ordre du ciel semblait <3tre dérangée; et la perturbation qui s'y manifestait devait avoir son image, ainsi que sa cause, dans les désordres du gouvernement de l'empereur. Une éclipse de Soleil était donc considérée comme un avertissement donné par le ciel à l'empereur d'examiner ses faiites et de se corriger.
Lorsque ce phénomène avait été annoncé d'avance par l'astronome en titre, l'empereur et les grands de sa cour s'y préparaient par le jeûne, et en revêtant des habits de la plus grande simplicité. Au jour marqué, les mandarins se rendaient au palais avec l'arc et la flèclie. Quand l'éclipsé commençait, l'empereur lui-même battait sur le tambour du tonnerre le roulement du prodige, pour donner l'alarme ; et, en même temps, les mandarins décrochaient leurs flèches vers le ciel pour secourir V astre éclipsé. Gaubil mentionne ces particularités d'après les anciens livres des rites et les principales sont énoncées dans le Tcheou-li. D'après cela, on peut se figurer le mécontentement que devai-t causer une éclipse de Soleil qui ne se réalisait pas après avoir été prédite, et pareillement celle qui apparaissait tout à coup
sans avoir été prévue. Dans le premier cas, tout le cérémonial se trouvait avoir été inutilement préparé ; et les efforts désespérés qui, par suite de manque de préparatifs, se faisaient dans le second cas, produisaient inévitablement nne scène de désordre compromettante pour la majesté impéliale. De telles erreurs, pourtant si faciles, mettaient les pauvres astronomes en danger de perdre leurs biens, leur
Écliptique.
Écliptique.
l"i^'. S!1. — Éclipse totale de Luue. — Passage de la Lune à travers l'ombre de la Terre.
charge, leur honneur, quelquefois leur vie. Par suite d'une disgrâce pareille, arrivée en l'an 721 de notre ère, l'empereur Hiouen-Tsong fît venir à sa cour un bonze chinois appelé Y-Hang, renommé pour ses connaissances en astronomie. Après s'y être montré effectivement fort habile, il eut le malheur d'annoncer d'avance deux éclipses de Soleil, qu'on ordonna d'observer dans tout l'empire. Mais on ne vit, ces
552 LES ÎIIEUVEILLES CÉLESTES,
jours-là, nulle part aucune trace d'éclipsé, quoique le ciel se montrât presque partout serein. Pour se disculper, il publia un écrit dans lequel il prétendit que son calcul était juste, mais que le ciel avait changé les règles de ses mouvements, sans doute en considération des hautes vertus de l'empereur. Grâce à sa réputation, d'ailleurs méritée, peut-être aussi à ses flatteries, on lui pardonna.
Les mêmes idées sur l'importance et la signification des éclipses de Lune et de Soleil, qui existaient chez les Chinois il y a plus de quatre mille ans et subsistent encore aujourd'hui, sont aussi fortes, et elles engendrent les mêmes exigences, devenues seulement mains périlleuses pour les astronomes puisque ces phénomènes sont maintenant prévus plusieurs années d'avance, avec une certitude mathématique, dans les grandes éphémérides d'Europe et d'Amérique, qu'ils peuvent aisément se procurer.
M. Stanislas Julien a trouvé dans le Recueil des lois de Chine la description complète des cérémonies prescrites et pratiquées encore aujourd'hui à cette occasion. En voici un spécimen :
« Toutes les fois qu'il arrive une éclipse de Soleil, on attache des pièces de soie à la porte du ministère des rites appelée I-men : et dans la grande salle on place une table pour briller des parfums du haut de la tour appelée Loii-thaï (tour de la Rosée). La garde impériale place vingt-quatre tambours des deux côtés, à l'intérieur de la porte 1-men; le Kiao-fang-see plixce les musiciens au bas de la tour Loii-tkaï. Il place chaque magistrat au bout de cette tour, à l'endroit où ils doivent s'incliner pour saluer. Tous sont tournés du côté du Soleil ; quand le président de l'astronomie a annoncé que le Soleil commence à être entamé, tous les magistrats, en habit de cour, se rangent et se tiennent debout. A un signal donné, ils se mettent à genoux, et alors la musique commence à se faire entendre.
<( Chaque magistrat fait trois prosternations et neuf rêvé-
rences, après quoi la musique s'arrête. Quand les magistrats du tribunal des rites ont fmi d'olïrir des parfums, tous les autres s'agenouillent. Le Kiao-Kouan s'avance avec un tambour et la baguette du tambour ; ensuite il frappe le tambour pour délivrer le Soleil. Le président du ministère des rites frappe trois coups de tambour, et alors on frappe tous les tambours ensemble. Quand le pre'sident du bureau des longitudes a annoncé que l'astre a recouvré sa forme arrondie, les tambours s'arrêtent. Cbaque magistrat s'agenouille trois fois et frappe neuf fois la terre de son front. La musique recommence; enfin, les cérémonies finies, la musique s'arrête. Puis tous les magistrats se retirent chacun de leur coté.
(( Quand la Lune est éclipsée, on se réunit dans le bureau des Taï-tcJiang (présidents des cérémonies) et l'on observe les mêmes rites pour délivrer l'astre, j»
Actuellement encore, l'astronomie, et même l'astrologie, régissent en Chine tous les usages officiels. Ainsi, par exemple, le jeune empereur de Chine devait se marier au printemps de 1872. Les astronomes ayant déclaré que la configuration des planètes n'était pas ftivorable, le mariage a été remis à l'automne de la même année.
Tout récemment aussi, pendant l'éclipsé du 15 mars 1877, les Turcs avaient fait une véritable émeute, mabré leurs préparatifs de guerre avec la Russie, et tiraient des coups de fusil au Soleil pour le délivrer des serres du dragon. Les journaux illustrés ont même représenté d'après nature cette scène fort curieuse pour notre époque.
En France et dans les pays de progrès, il n'en est pas ainsi : on ne redoute plus l'arrivée des éclipses, on ne craint plus qu'une éternelle nuit s'étende sur la Terre. On sait (|ue ce sont là des faits naturels, étudiés et connus comme tant d'autres, résultant de- mouvements étudiés et déterminés d'avance. Dès lors elles perdent entièrement leur caractère surnaturel et rentrent dans l'ordre purement
physique. On prédit aujourd'hui les e'clipses de Soleil et de Lune de la même manière qu'on retrouve par le calcul des écHpses passées et qu'on assigne ainsi plus rigoureusement certaines dates à l'histoire. On sait à quelle e'poque la Lune passera devant le Soleil et nous dérobera une partie plus ou moins grande de son disque; et la preuve, c'est que je puis aujourd'hui même vous donner l'époque de toutes les éclipses qui arriveront d'ici à la fm de ce siècle. Je les ai réunies dans la liste suivante, en n'omettant que celles qui ne seront pas visibles pour des' lieux habités ou seront à peine sensibles. J'ai marqué d'un* celles qui seront visibles en France.
TABLEAU DES ÉCLirSES, JUSQU'A LA FLN DL SIÈCLE.
DATES ECLIPSES I.OCAI.ITtS CE.NTliALES
27 mai. . . . Éclipse parlielle de SoleiL Asie.
12 juin . . . — totale de Lune. . . Mexique.
21 novembre. — annulaire de SoleiL Antipodes.
*5 décembre. — partielle de Lune. Chine.
17 mai . . . Éclipse lotalede Soleil . . Perse. Arabie.
10 novembre. — parlielle de Soleil. Bornéo.
6 mai. . . . Éclipse totale de Soleil. . Iles Philippines.
16 octobre. . — partielle de Lune. Californie.
50 octobre . . — partielle de Soleil. Japon,
* 27 mars . . . Éclipse partielle de Soleil. Asie.
10 avril ... — totale de Lune . . Aouvelle-Zélandc.
* 4 octobre. . — — — ... Grèce.
19 octobre. . — partielle de Soleil. Amériijue.