S LES MERVEILLES CÉLESTES
variées; en un mot, si cette admirable et magnifique science (lu ciel bornait éternellement les elforts de l'esprit humain à la géométrie des corps célestes, la science n'atteindrait pas son but véritiible, et elle s'arrêterait au moment de recueillir le fruit de ses immenses travaux. Elle resterait souverainement incomplète si l'univers n'était jamais pour elle qu'un assemblage de corps inertes flottant dans l'espace sous l'action des forces matérielles.
Le philosophe doit aller plus loin. Il ne doit pas se borner à voir sous une forme plus ou moins distincte le grand corps de la natute; mais, étendant la main, il doit sentir sous l'enveloppe matérielle la vie qui circule à grands Jlots. L'empire de Dieu n'est pas l'empire de la mort : c'est l'empire de la vie.
Nous habitons sur un monde qui ne fait point exception parmi les astres et qui n'a pas i"eçu le moindre pi ivilège. Il est le troisième des corps célestes qui circulent autour du Soleil et l'un des plus petits d'entre eux; sans sortir de notre système, d'autres planètes sont beaucoup plus importantes que lui : Jupiter, par exenjple, est 1 400 fois plus volumineux, et Saturne 75i fois. Tandis qu'il nous paraît le plus important de l'univers, il est en réalité perdu dans rimmensité des mondes qni peuplent le ciel, et la création tout entière ne se doute même pas de son existence. Des planètes de notre propre système, il n'y en a que quatre (|ui puissent savoir qu'il existe ; ce sont : Mercure, Vénus, Mars et Jupiter; encore, pour cette dernière, est-il la plupart du temps invisdjle dans l'auréole solaire. Or, tandis qu'il est ainsi perdu parmi des mondes plus importants que lui, les autres mondes sont dans les mêmes conditions d'habitabilité que celles que nous observons sur la Terre. Sur ces planètes comme sur la nôtre, les rayons générateurs du même Soleil versent la chaleur et la lumière, à des degrés divers; sur elles comme ici les années, les mois et les jours se succèdent, entraînant à leur suite la marche des saisons
qui, de période en période, entretiennent les eonditions de l'existence ; sur elles comme ici, une atmosphère transparente enveloppe d'un climat protecteur la surface habitée, donne naissance aux mouvements météoriques, et développe ces beautés ravissantes qui célèbrent l'aurore des jours et le crépuscule des nuits. Sur elles comme ici, des nuées vaporeuses s'élèvent de l'Océan aux vagues profondes et, se répandant sous les cieux, vont porter la rosée féconde aux campagnes altérées. Ce grand mouvement de vie qui circule sur la Terre n'est pas confiné à cette petite planète ; les mêmes causes développent là-bas les mêmes effets ; et sur beaucoup d'entre ces mondes étrangers, loin de remarquer une privation des richesses dont la Terre est revêtue, on observe une abondance de biens dont notre séjour ne possède ([lie les prémices. A côté do certains astres, la Terre est un monde inférieur sous des rapports essentiels, depuis les conditions de stabilité géologique, qui nous sont fort mal assurées par l'état d'incandescence du sphéroïde terrestre dont la surface n'est qu'une mince pellicule, jusqu'aux lois fatales qui régissent la vie sur cette terre, oii la mort règne en souveraine,
Si d'un côté les autres mondes ont des conditions d'habitabilité tout aussi puissantes — si ce n'est davantage — que les conditions terrestres, d'un autre côté, la Terre, envisagée en elle-même, nous paraît semblable à une coupe trop pleine d'oii la vie déborde de toutes parts. En notre seul séjour nous avons l'infmi dans la vie. Il semble que créer soit si nécessaire à l'ordre de la nature, que le plus petit espace de matière réunis*int les conditions suffisantes ne reste pas sans servir de demeure à des êtres vivante. Tandis que le télescope ouvrait dans les cieux de nouveaux champs à la création, le microscope ouvrait au-dessous du visible le champ de la vie invisible, et montrait que, non content de répandre la vie partout où il y a matière pour la recevoir, depuis les époques primitives où ce globe sor-
ôôû LES MERVEILLES CELESTES.
tait à peine de son berceau brûlant jusqu'à nos jours, la nature entasse encore l'existence au détriment de l'existence elle-même. Les feuilles des plantes sont des prairies de troupeaux microscopiques dont certaines espèces, quoique invisibles à l'œil nu, sont de véritables élépliants à côte' dautres êtres dont la petitesse extrême n'a pas interdit un système admirable d'organisation pour l'entretien de leur vie éphe'mère. Les animaux eux-mêmes servent de séjour à des races de parasites qui, à leur tour, sont elles-mêmes la demeure de parasites plus petits encore. Sous un autre aspect, linlinité de la vie offre un caractère corrélatif dans sa diversité. La force est si puissante, que nul élément ne semble capable de lutter avec avantage contre la vie, tendant à se répandre en tous lieux, et qu'aucune cause ne puisse interdire son action. Depuis les liantes régions de l'air, où les vents cliarrient des germes, jusque dans les profondeurs océaniques où l'on subit la pression de plusieurs centaines d'atmosphères, où la nuit la plus complète étend son éternelle souveraineté ; depuis les climats brûlants de la ligne équatoriale et les sources chaudes des terrains volcaniques, jusqu'aux régions glacées du pôle, jusqu'aux mers solides du cercle polaire, la Vie a étendu son empire comme un réseau immense, enveloppant notre planète entière, se jouant de tous les obstacles et passant les abîmes afm qu'il n'y eût au monde aucun district qui pût se prétendre en dehors de son absolue souveraineté.
C'est par des études établies sur cette double considération : l'insignifiance de la Terre dans la création sidérale, et l'abondance de la vie à sa surface, que l'on a pu s'élever aux premiers principes véritables sur lesquels la démonstration de l'habitation universelle des astres devait être assise. Pendant longtemps, l'homme put se borner à l'étude des phénomènes, pendant longtem[)s même il dut s'astreindre h l'observation directe et unique des apparences physiques, * afin que la science acquît la précision rigoureuse qui con-
stilue sa valeur. Mais aujoiird"liiii ce vcstiljule de la verik' peut être franchi, et la pensée, traversant la matière, peut s'élever jusqu'à la notion des choses intellectuelles. Dans le sein de ces mondes lointains, elle sent la vie universelle plonger ses racines immenses ; à leur surface, elle voit cette vie s'épanouir et rintelligence y établir son trône.
Fondées sur la hase astronomique, seule fondation possible, les recherches faites dans le domaine des sciences physiques, depuis la mécanique céleste jusqu'à la biologie, et dans celui des sciences philosophiques, depuis l'ontologie jusqu'à la morale, ont permis d'élever au rang d'une doctrine l'idée antique de la pluralité des mondes. L'évidence de cette vérité s'est révélée aux yeux de tous ceux qui se sont impartialement et librement adonnés à l'étude de la nature. Il n'entre pas dans le cadre de ces dernières pages des Merveilles célestes de nous étendre longuement sur cet aspect philosophique de la création ; mais si je considère cet aspect comme la conclusion logique des études astronomiques, je dois au moins à mes auditeurs de leur offrir comme une modeste péroraison des causeries qu'ils ont bien voulu suivre jusqu'ici les principaux résultats auxquels nous sommes arrivés, sur cette grande et belle question de l'existence de la vie à la surface des astres.
Voici d'abord une première considération établie sur le caractère astronomique des Mondes et sur son histoire :
« Que le lecteur suive la marche philosophique de l'astronomie moderne, il reconnaîtra que du moment où le mouvement de la Terre et le volume du Soleil furent connus les astronomes et les philosophes trouvèrent étrange qu'un astre aussi magnifique fût uniquement employé à éclairer et à écliauffer un petit monde imperceptible, rangé en compagnie d'un grand nombre d'autres sous sa domination suprême. L'absurdité d'une telle opinion fut plus éclatante encore, lorsqu'on trouva que Vénus est ung planète de
mêmes dimensions que la Terre, «avec des montagnes et des plaines, des saisons et des années, des jom's et des nuits analogues aux nôtres ; on étendit cette analogie à la conclusion suivante, que, semblables par leur conformation, ces deux mondes l'étaient aussi par leur rôle dans l'univers; si Vénus était sans population, la Terre devait l'être également et réciproquement ; si la Terre était peuplée, Vénus devait l'être aussi. Mais lorsque ensuite on observa les mondes gigantesques de Jupiter et de Saturne, entourés de leurs splendides cortèges, on fut invinciblement conduit à refuser des êtres vivants aux petites planètes précédentes, si l'on n'en dotait celles-ci, et par contre à donner à Jupiter et à Saturne des hommes bien supérieurs à ceux de Vénus et de Ja Terre. Et, en effet, n'est-il pas évident que l'absurdité de l'immobilité de la Terre s'est perpétuée, mille fois plus extravagante, dans cette causalité fmale mal entendue dont la prétention est de placer notre globe au premier rang des corps célestes ? n'est-il pas évident que ce monde est jeté sans aucune distinction dans l'amas planétaire, et qu'il n'est pas mieux établi que les autres pour être le siège exclusif de la vie et de l'intelligence?... Combien peu fondé est le sentiment qui nous anime lorsque nous pensons que l'univers aurait été créé pour nous, pauvres êtres perdus sur un Monde, et que si nous disparaissions de la scène ce vaste univers serait décoloré, comme un assemblage de corps inertes et privés de lumière! Si demain nul de nous ne se réveillait, et si la nuit qui, dans une période diurne, fait le tour du monde, scellait pour l'éterternité les paupières closes des êtres vivants, croit-on que désormais' le Soleil n'enverrait plus ses rayons et sa chaleur, et que les forces de la nature cesseraient leur mouvement éternel? Non : -ces Mondes lointains que nous venons de passer en revue continueraient le cycle de leur existence, bercés sur les forces permanentes de la gravitation, et baignés dans l'auréole lumineuse que l'astre du
jour engendre autour de son brillant foyer. -La Terre que nous habitons n'est qu'un des plus petits astres groupe's autour de ce foyer, et son degré d'habitation n'a rien qui la distingue parmi ses compagnes.... Éloignez-vous urt instant par la pense'e, lecteur, en un lieu de l'espace d'où l'on puisse embrasser l'ensemble du système solaire, et supposez que la planète où vous avez reçu le jour vous soit inconnue. Soyez bien convaincu que, pour vous livrer librement à l'étude présente, vous ne devez plus considérer la Terre comme votre patrie ni la préférer aux autres séjours, et contemplez maintenant sans prévention et d'un œil ultra-terrestre les Mondes planétaires qui circulent autour du foyer de la vie! Si vous soupçonnez les phénomènes de l'existence, si vous imaginez que certaines planètes sont habitées, si l'on vient vous apprendre que la vie a fait choix de certains Mondes pour y déposer les germes de ses productions, songerez- vous, de bonne foi, à peupler ce globe infime de la Terre avant d'avoir établi dans les mondes supérieurs les merveilles de la création vivante? Ou si vous formez le dessin de vous fixer sur un astre d'où l'on puisse embrasser la splendeur des cieux et sur lequel on puisse jouir des bienfaits d'une nature riche et féconde, choisirez-vous pour séjour cette terre chétive qui est éclipsée par tant de sphères resplendissantes?... Pour toute réponse, et c'est la plus faible et la plus rigoureuse conclusion que nous puiscions tirer des considérations précédentes, nous établissons avec l'autorité du fait : que « la Terre n'a aucune prééminence marquée dans le système solaire de manière à être le seul monde habité, et que, astronomiquement parlant, les autres planètes sont disposées aussi bien qu'elle au séjour de la vie. »
Une seconde considération, fondée sur la diversité des êtres qui respirent à la surlace du globe terrestre, sur Ja puissance infinie de la nature, qu'aucun obstacle n'a ja-
mais arrêtée, et sur le spectacle éloquent de rinfinité de la vie elle-même dans le monde terrestre, conduit l'argumentation dans un nouvel ordre d'idées.
(( La Nature connaît le secret de toutes choses, met en action les forces les plus infimes comme les plus puissantes, rend toutes ses créatures solidaires, et constitue les êtres suivant les mondes et suivant les âges, sans que les uns ni les autres puissent mettre obstacle à la manifestation de sa puissance. Il suit de là que l'habitabilité et' l'habitation des planètes sont un complément nécessaire de leur existence, et que de toutes les conditions énumérces, aucune ne saurait arrêter la manifestation de la vie sur chacun de ces mondes... Mais ajoutons une observation particulière qui complétera les précédentes : parlons un instant de notre ignorance forcée, dans cette petite île du grand archipel oîi la destinée nous a relégués, et de la difficulté oii nous sommes d'a[)profoiidir les secrets et la puissance de la Nature. Constatons que d'un côté nous ne connaissons pas toutes les causes qui ont pu influer et qui influent encore aujourd'hui sur les manifestations de la vie, sur son entretien et sa propagation à la surface de cette terre; et que, d'un autre côté, nous sommes bien plus loin encore de connaître tous les principes d'existence qui propagent sur les autres mondes des créations très dissemblables. C'est à peine si nous avons pénétré celles qui président aux fonctions journalières de la vie ; c'est à peine si nous avons pu étudier les pro})riétés physiques des milieux, l'action de la lumière et de r électricité, les effets de la chaleur et du magnétisme 11 en existe d'autres qui agissent constamment
sous nos yeux et que l'on n'a pas encore pu étudier ni même seulement découvrir. Combien donc serait-il vain de vouloir o})poser aux existences planétaires les principes superficiels et bornés de ce que nous appelons notre science? Quelle cause pourrait lutter avec avantage contre le pouvoir effectif de la Nature, et mettre obstacle à l'existence des êtres sur
tous ces {globes inagnifiques qui circulent autour de notre foyer? Quelle extravagance de regarder le petit monde oîi nous avons reçu le jour comme le temple unique ou comme le modèle de la nature !...))
Animées par la valeur du dessein providentiel de la création, ces considérations deviennent plus impérieuses encore. v( Que notre planète ait été faite pour être habitée, cela est d'une évidence incontestée, non seulement parce que les êtres qui la peuplent sont là sous nos yeux, mais encore parce que la connexion qui existe entre ces êtres et les régions où ils vivent amène pour conclusion inévitable que Vidée d'habitation se lie immédiatement à Vidée d'habitabilité. Or ce fait est un argument rigoureux en notre faveur; sous peine de considérer la Puissance créatrice comme illogique avec elle-même, comme inconséquente avec sa propre manière d'agir, il faut reconnaître que l'habitabilité des planètes réclame impérieusement leur habitation. Dans quel but auraientelles donc reçu des années, des saisons, des mois, des jours, et pourquoi la vie n'éclorait-elle pas à la surface de ces Mondes qui jouissent comme le nôtre des bienfaits de la nature et qui reçoivent comme lui les rayons fécondants du même Soleil ! Pourquoi ces neiges de Mars qui fondent à chaque printemps et descendent arroser ses campagnes? pourquoi ces nuages de Jupiter qui répandent l'ombre et la fraîcheur dans ses plaines immenses? pourquoi cette atmosphère de Vénus qui baigne ses vallées et ses montagnes? 0 Mondes splendides qui voguez loin de nous dans les cieux, serait-il possible que la froide Stérilité fût à jamais l'immuable souveraine de vos campagnes désolées? serait-il possible que cette magnificence, qui semble être votre apanage, fût donnée à des régions solitaires et nues, où les seuls rochers se regarderaient éternellement dans un morne silence? Spectacle affreux dans son immense immutabilité, et plus incompréhensible que si la Mort en furie venant à