CHAPITRE I
l'architecture celtique.
Allez, par un jour brumeux, lorsque la mer et le ciel se confondent à l'horizon gris, jusqu'à l'extrémité orientale de la presqu'île du Croisic, terre salée et pauvre qui semble un bout du monde, tant elle avance dans l'immense Océan sa langue étroite et basse. Là, une simple pierre, de proportions modestes, s'élève sur un petit tertre au-dessus du granit pourpré battu des flots. C'est bien peu ; et cependant c'est une œuvre libre en face d'une force aveugle. Peut-être est-ce un hommage à l'Océan, mais un hommage fier et qui honore son auteur plus que son objet. L'homme a dressé celte pierre ; les eaux des
quatre grands océans ne l'auraient jamais pu faire." Nous avons dormi ou rêvé à l'ombre de ce témoin des anciens jours, et nous avons revu les druides aux longues barbes, aux couronnes de chêne, nous avons entendu le chant des druidesses à la faucille d'or; et ne croyez pas qu'au réveil nous ayons souri de ces rites enfantins et de la terreur naïve qui poussait nos pères à la vénération de choses sans raison et sans volonté ; non, cardans tous les cultes, même les moins dignes de lui , l'esprit humain monte au delà des formes qu'il adore et vénère son propre type, le principe de son intelligence et de sa liberté. Et plus que tous les peuples, malgré la barbarie de leurs sacrifices, nos ancêtres se dégageaient des formules et des emblèmes étroits, pour chercher la loi suprême.
Cette pierre du Croisic, qu'un souvenir personnel nous a rendue chère, n'est que le plus humble des Men-hirs. La grande pierre-levée de Lochmariaker avait plus de vingt-deux mètres de haut, au moins la taille des obélisques égyptiens; elle a été abattue et brisée en quatre morceaux. Une autre, entre Nantes et Larochelle, était plus haute encore. (iClle de Plouarzel, sur le point le plus élevé du Bas- Léon (Finistère), a bien douze mètres au-dessus de terre, ce qui suppose une dimension totale de seize mètres; elle est de granit brut, couverte de lichens et do mousses, de forme presque quadrangulaire;