LIV. I. CHAP. I. MONUMENTS CELTIQUES
sur deux de ses faces opposées, une main grossière a sculpté une bosse ronde, encore vénérée par les p^aysans des environs : c'est, dit M. Henri Martin, une figure de l'œuf cosmogonique du Dragon, emblème du Monde : elle se retrouve sur d'autres monuments.
Les pierres debout, isolées, qui se retrouvent en France, en Angleterre, dans l'ancienne Germanie, la Scandinavie, la Russie, la Sibérie, la Chine, la Thrace, l'Afrique septentrionale et jusque dans le nouveau monde, portent chez nous les noms vulgaires de piérides- fiches, pierres- fittes, pierres-droites. Comme elles abondent dans nos départements de l'ouest et surtout en Bretagne, il est d'usage de les appeler men-hirs ou peul-vsens , en breton pierre longue ou pilier de pierre. Leur destination était tantôt funéraire, tantôt monumentale dans le sens étymologique, c'est-à-dire consacrant la mémoire d'un événement, tantôt purement religieuse, comme on peut le croire surtout des alignements.
Quelquefois, des men-hirs sont groupés en cercle autour d'un men - hir plus élevé et forment des Cromlechs ou cercles sacrés. Ces enceintes étaient des temples et des lieux d'assemblée. Souvent les cromlechs entourent des tumulus ou tertres funéraires, comme pour mettre les tombeaux sous la protection du cercle consacré. 11 arrive que deux ou trois cromlechs sont reliés et entourés par des lignes
courbes ou droites de men-hirs ; les pierres de ces
cercles ont parfois subi un certain travail de main d'homme : elles sont groupées en trilithes, deux menhirs debout supportant une sorte d'architrave qui les réunit, à l'aide de mortaises et de tenons grossièrement figurés.
Cette disposition, inconnue en France, existait peut-être à Abury et subsiste dans le Cor-gawr (danse des Géants) de Stone-llenge, près Salisbury, dont on reconstitue aisément la figure i)rimitive : le Cdrqawr se compose de deux cercles et de deux ovoïdes im])liqués les uns dans les autres : il a 300 pieds anglais de circonférence : les trilithes de l'enceinte intérieure mesurent neuf mètres de haut sur deux mètres trente de large.
Les combinaisons de men-hirs qui ne forment pas exclusivement une figure fermée se nomment alignements. Le Morbihan en conserve d'admirables; et le plus beau de tous est situé à Carnac, à peu de distance de la mer. Malgré les ravages du temps, on y compte encore plus de douze cents pierres debout qui suivent un ordre visible et se distinguent au milieu des multitudes de men-hirs et d'autres monuments répandus dans le pays. Il y avait là un temple immense, long de plusieurs kilomètres, où les cérémonies druidiques s'avançaient par dix nefs parallèles vers un hémicycle qui formait le sanctuaire et arrêtait les onze lignes de piliers.