LIV. IV. GHAP. II. MOSQUÉE D'AGHMET
l'entrée et vous met en suspens, et ne savez ce que vous devez le plus admirer, ou la fabrique de la mosquée qui est en rond, ou les quatre grandes niches en saillie comme quatre culs de lampe se terminant en haut comme un dôme, le tout soutenu de quatre gros piliers de marbre blanc, chacun desquels quinze hommes ne sauraient embrasser.... cela est fort magnifique. »
Ainsi parle le père Pacifique , qui voyageait au commencement du dix-septième siècle ; et ce témoignage naïf, presque contemporain du monument qu'il célèbre , est confirmé par la description plus complète de iVl. Théophile Gautier.
« La mosquée du sultan Achmet, située près de l'Atmeïdan , est une des plus remarquables ; elle offre cette particularité d'avoir six minarets. Cette circonstance donna lieu, pendant la construction de l'édifice, à un débat entre le sultan et l'iman de la Mecque. — L'iman criait à l'impiété, à forgueil sacrilège, aucun temple de l'islam ne devant égaler en splendeur la Sainte-Kaaba , flanquée du même nombre de minarets. Les travaux furent interrompus, et la mosquée risquait de n'être jamais finie, lorsque le sultan Achmet, en homme d'esprit, trouva un subterfuge ingénieux pour fermer la bouche au fanatique iman : il fit élever un septième minaret à la Kaaba. —
« La mosquée d' Achmet coûta des sommes folles;
quel que soit le total du devis, elle vaut ce qu'elle a coûté. Sa haute coupole s'arrondit majestueusement au milieu de plusieurs demi-dômes, entre ses six glorieux minarets cerclés de balcons ouvrés comme des bracelets. Elle est précédée d'une cour entourée de colonnes à chapiteaux noirs et blancs, à base de bronze, supportant des arcades qui forment un quadruple cloître ou portique, si le mot cloître sonne étrangement dans la description d'une mosquée. Au milieu de la cour s'élève une fontaine très-ornée, très-fleurie, très-compliquée d'arabesques, de rinceaux, d'entre-lacs, et couverte d'une cage de treillis dorés, sans doute pour protéger la pureté des eaux destinées aux ablutions.
« Le style de toute cette architecture est noble, pur, et rappelle les belles époques de l'art arabe, quoique la construction ne remonte pas plus loin que le commencement du dix-septième siècle. Une porte de bronze, où l'on arrive par deux ou trois marches, donne accès dans l'intérieur de la mosquée. Ce qui vous frappe d'abord, ce sont les quatre piliers énormes, ou plutôt les quatre tours cannelées qui portent le poids de la coupole principale. Ces piliers, à chapiteaux taillés en stalactites, sont entourés à mi-hauteur d'une bande plane couverte d'inscriptions en lettres turques; ils ont un caractère de majesté robuste et de puissance indestructible d'un effet saisissant.