‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 11 sur 191 · VOLNEY · texte numérisé non relu

VOLNEY

Si l'impression est déjà grande au pied de la pyramide, lorsque le spectateur, face à face avec cette masse énorme, voit les angles et le sommet échapper à sa vue, c'est seulement à la cîme qu'on prend une juste idée de l'ensemble et que l'attente est dépassée par le spectacle. « De là , on verrait à douze lieues de distance, si la vue pouvait y atteindre. Une pierre lancée du faite avec la plus grande force ne tombe qu'à grand'peine à la base ; ordinairement elle s'abat sur les degrés et n'arrive qu'aux deux tiers ou aux trois quarts de la pente ; les Arabes assurent qu'armé d'une fronde on ne peut réussir à porter la pierre à une plus grande distance. En voyant la pierre partir , on juge tout autrement ; une illusion d'optique l'éloigné considérablement au début de la course et l'on s'attend à la voir tomber trèsloin; mais bientôt l'œil qui la suit croit la voir

revenir à lui, décrivant une courbe rentrante. » (Institut d'Egypte.)

L'intérieur de la grande pyramide semble plein. On n'y a encore découvert qu'une longue galerie, plus petite en proportion que le travail d'une taupe sous un sillon. Une ouverture imperceptible, placée à quatorze mètres et demi au-dessus de la base, donne accès dans une suite de couloirs obscurs. Notons en passant une inscription française qui rappelle notre expédition d'Egypte. Le trajet est long et périlleux, la chaleur extrême, l'air épais et étouffant ; on avance, le dos courbé , les pieds posés sur d'étroits rebords au-dessus d'un abîme noir. A cet affreux chemin, succède une galerie basse où l'on rampe sur une pente raide ; puis vient un puits sans parapet et qu'il faut tourner. Enfin, poussé, tiré, plié en deux pour éviter les chocs, porté même sur de robustes épaules, on traverse la chambre dite de la reine et l'on arrive ci la salle du roi. Le retour n'est pas moins difficile, et l'on revoit le jour, excédé, épuisé, à bout de forces.

Il est d'usage de crier dans la pièce souterraine et même d'y tirer des coups de fusil. L'écho de la pyramide est célèbre : il répète le son jusqu'à dix fois. « Les vibrations, répercutées coup sur coup, parcourent tous ces canaux à surfaces polies, frappent toutes les parois et arrivent lentement jusqu'à l'issue extérieure, affaiblies, et semblables au retcn-

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