‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 122 sur 191 · LIV. V. GHAP. II. AMIENS · texte numérisé non relu

LIV. V. GHAP. II. AMIENS

« Sans doute le treizième siècle a légué à notre admiration un grand nombre d'autres édifices de haute importance, mais on peut dire qu'aucun d'eux n'a un caractère aussi complet, et n'est d'un aussi précieux enseignement. Les uns, tels que l'église de Saint-Denis, les cathédrales de Chartres, de Paris et de Bayeux, commencés avant que l'art gothique fût pleinement constitué, portent de trop nombreux témoignages du style antérieur; d'autres au contraire ont vu leurs travaux se prolonger jusqu'à l'époque, si vite arrivée, de la décadence, et de déplorables modifications s'introduire dans leurs dispositions primitives; il en est qui ont été construits dans des provinces oiî ni l'état des esprits, ni la nature des matériaux n'étaient favorables à leur établissement; beaucoup enfin sont exécutés sur une échelle trop restreinte pour produire une profonde impression. Rien de semblable à Amiens. La cathédrale est fondée en 1220, au moment où le nouvel art vient de s'épanouir, s'est débarrassé de toute entrave et, fort de sa jeunesse et de sa foi, est également éloigné des timidités du commencement et des exagérations de la fin; elle s'élève avec rapidité, sous la direction du plus illustre architecte de l'époque, Robert de Luzarches, et, si les successeurs de l'éminent artiste ne respectent pas scrupuleusement les dessins qu'il a laissés, du moins ne s'en écartent-ils pas tellement que l'œuvre com-

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mune ne présente, surtout à l'intérieur, plus d'unité qu'aucune autre. » (Léonce Reynaud.)

Les cinq nefs ont chacune cinq travées soutenues par d'élégants piliers qui ne sont plus carrés ou prismatiques mais circulaires, et garnis cependant de colonnes engagées, d'une élégance, d'une légèreté uniques bien que compatibles avec la force.

Les transsepts sont divisés par deux rangs de colonnes en trois allées, en trois nefs encore. Le ciiœur dans sa partie rectiligne a trois travées ; et derrière l'abside circulaire s'ouvre une chapelle en forme d'absidiole. L'ensemble est magique. Toutefois M. Léonce Reynaud refuse aux parties supérieures, élevées dans la seconde moitié du treizième siècle, l'ampleur relative de formes et la solidité de construction qu'on admire dans la nef.

Il fait des réserves analogues pour la façade. « Elle n'a reçu, dit-il, ni le développement ni le caractère monumental qui étaient dans la pensée de Robert de Luzarches. Les fondations établies par lui pour recevoir les deux tours ont été abandonnées en partie, et ces tours, réduites à moitié de l'épaisseur qu'elles devaient avoir, moins élevées sans doute que ne le comportait le projet primitif, ne sont plus en harmonie avec le magnifique vaisseau qu'elles accompagnent. »

Toutefois les dimensions du portail sont encore considérables. Sa hauteur est de cinquante mètres.

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