LIV. VI. GHAP. 111. SAINT-SIILPICE
vanités; il faisait des quêtes et souvent il emportait des pièces d'argenterie qu'on ne lui donnait pas, mais qu'on eût rougi de lui retirer des mains ; cette argenterie suffit à faire une statue de la Vierge haute d^ six pieds, œuvre de Bouchardon, que l'on n'osa jamais sortir de la sacristie, et dont la Révolution fît de la monnaie.
Oppenord, habile décorateur plutôt qu'architecte véritable, l'un des maîtres de ce style contourné, maniéré, gracieux dans les petites choses et qu'on a nommé rocaille, Oppenord fut chargé de l'achèvement d'un vaste édifice religieux; c'était un contresens. Il s'en tira pourtant ni plus ni moins mal que ses prédécesseurs; c'est lui qui éleva les dix arcades, les dix piliers à pilastres, de cette grande nef si nue, si sèche, si monotone, parfaitement semblable au chœur. Déjà, vers 1736, les fondations du portail étaient posées, et Paris était menacé d'un nouveau Saint-Roch, d'un nouveau Saint-Thomas -d'Aquin, lorsqu'un membre de l'Académie de peinture, un paysagiste, Servandoni, présenta un modèle qui obtint le suffrage du public et le méritait. Il ne s'agissait plus d'un placage, d'une application factice de pilastres sur un mur nu; Servandoni concevait un majestueux péristyle à deux étages, de vastes escaliers, un grand fronton triangulaire flanqué de deux tourelles.
Ce plan fut exécuté dans son entier; mais le fron-
ion, foudroyé en 1770, ne fut pas relevé. Dès lors, les tours, qui n'avaient qu'un ordre, parurent trop maigres; on les éleva d'un étage. En 1777, Chalgrin fut chargé de les reconstruire et de les orner; il n'en rebâtit qu'une, celle du nord; l'autre, un peu indigente de formes et d'ornements, subsiste encore dans son état primitif. Ces tours sont un peu plus hautes que celles de Notre-Dame, mais il s'en faut bien qu'elles aient leur majesté.
Tel qu'il est aujourd'hui, et bien qu'il ne réalise plus toute l'idée de son auteur, le péristyle de Saint- Sulpice, avec ses escaliers de seize marches, ses deux ordres de colonnes doriques accouplées en profondeur et de pieds-droits à colonnes ioniques , avec ses architraves au premier étage, ses archivoltes au second, et ses deux tours d'angle, doit être considéré comme le plus sincère et le plus heureux effort tenté en dehors des principes du moyen âge. On objecterait vainement que l'ordonnance de Servandoni n'a point de rapport avec l'intérieur; tant pis pour Oppenord et pour Levau. Ils n'avaient qu'à substituer à leurs éternels pilastres des colonnes engagées, à orner les arêtes de leurs voûtes, à décorer tant soit peu leurs murailles nues, pour que leur vaste église fût digne de sa façade. 11 ne faut pas appuyer sur ces disparates, sans lesquelles on ne parlerait guère d^' Saint-Suipice.
LTV. VI. r.HAP. HT. THÉÂTRE DE BORDEAUX. 415 § 3. Le grand théâtre de Bordeaux.
Bordeaux est justement fier de son théâtre, « qui est disposé avec ampleur et traité dans un style monumental. »
« Cet édifice a la forme d'un parallélogramme de cinquante mètres sur quatre-vingt-dix. Sa façade offre un péristyle d'ordre corinthien de dix mètres de hauteur sur trois de profondeur ; il est formé de douze colonnes, dont chacune a trois mètres de circonférence. Elles sont surmontées d'un entablement formant balustrade et portant des statues analogues à la destination du lieu. Le péristyle donne, au-dessus de son ordonnance, une terrasse à voûte plate, prolongée sur toute la façade, et qui se trouve de plain-pied avec l'attique qui règne tout autour, sur les quatre côtés du bâtiment.
« Les faces latérales et postérieures sont décorées de pilastres du même ordre d'architecture, lesquels forment une galerie de deux mètres de profondeur, qui règne sur toute la longueur. A cause de la pente du terrain, le derrière de la salle se trouve posé sur un stylobate servant de piédestal à la décoration supérieure, avec des perrons pour faciliter et protéger la circulation des gens à pied,
« L'intérieur de la salle est de forme elliptique. Le pourtour est décoré de douze colonnes d'ordre
composite. Assises au niveau des galeries, elles comprennent dans leur hauteur deux rangs de loges et sont terminées par l'entablement régnant sur le pourtour et les côtés de l'avant-scène. Au-dessus sélèvent quatre arcs doubleaux couronnés d'une corniche circulaire; elle sert de cadre au plafond ou coupole, que des peintures recouvrent. {Tableau dr Bordeaux.) »
L'intérieur est d'un bel aspect; et la salle, avec ses douze grandes colonnes et ses balcons dorés, bien qu'on puisse lui reprocher de ne point favoriser le gracieux étalage des toilettes de femmes, ne manque ni d'élégance propre, ni d'originalité; mais les plus belles parties du théâtre de Bordeaux sont assurément le café, le vestibule et l'escalier.
« Le grand et magnifique escalier, ainsi parle .M.Léonce Reynaud, s'avance, entièrement découvert, au centre d'un vestibule embrassant plusieurs étages dans sa hauteur. » Il est accompagné d'élégantes galeries « Les deux rampes supérieures se retournent à angle (hoif sur la preiuièi'e pour aboutir à deux vestibules opposés. L'effet de celte (hsposition est séduisant, surtout aux jours de liai et à la sortie des représentations qui ont le privilège (i'iiltircr la fouh'. »
Seize colonnes cannelées soutiennent le pl.dniid uu vestibule; les oiiienu'iils, dislribues aMT autant (le grâce que de iioMesse, saisissent le spectjieiir