LIV. II. CHAP. I. LES CARIATIDES
quand les colonnes entourent un édifice, un des côtés de l'œuvre devrait montrer les faces à volutes des chapiteaux, et l'autre les faces à balustres. On a tourné la difficulté dans la plupart des temples de l'antiquité, au moyen d'une légère modification dans la forme des chapitaux angulaires.
ff Les cariatides du Pandroséion ne représentent nullement des femmes chargées de poids considérables, comme le voudrait faire entendre Vitruve ; elles n'ont rien de forcé dans les poses, rien de douloureux dans les expressions. Ce sont d'admirables statues, mais elles ont quelque chose de cette dignité froide, de ce cachet d'immobilité et de ces formes géométriques qui appartiennent plutôt à l'architecture qu'à la statuaire. Elles ne montrent pas des femmes supportant un entablement; on n'y voit que des statues remplissant Toffice de colonnes et participant à leur caractère. Et, sans doute afin de prévenir toute indécision à cet égard, l'auteur inconnu de ce précieux monument a pris le parti de surmonter la tète de chacune d'elles d'un chapiteau bien caractérisé. Peut-être même pourrait-on se demander s'il n'a pas été plus loin ? On ne voit de bras entier à aucune de ces figures, et rien ne permet de penser qu'il y ait eu mutilation. N'y aurait-il pas à conclure de ce fait que le sculpteur avait supprimé les membres inutiles à l'action de porter, afin de manifester clairement son intention, c'est-à-dire de
caractériser des supports et d'éloigner l'idée de représentation d'êtres animés. Notre grand sculpteur, Jean Goujon, n'a pas donné de bras à ses belles cariatides de la tribune du Louvre, soit qu'ayant eu connaissance de celles d'Athènes, il ait cru que cette disposi.ion y avait été adoptée à dessein eten ait apprécié les motifs, soit qu'un sentiment délicat des convenances et des nécessités du sujet la lui ait fait imaginer. On peut cependant citer des autorités contraires, même dans l'art grec
« Les cariatides du Pandroséion sont ou étaient au nombre de six, quatre sur la face principale et deux sur les faces latérales. Elles sont élevées à une assez grande hauteur au-dessus du sol sur un piédestal continu, et leurs chapiteaux supportent une architrave surmontée d'une corniche. La frise, exemple unique dans l'architecture grecque, est supprimée. Toutes les parties de la construction sont du plus beau style, et richement décorées de sculptures extrêmement délicates qui produisent l'ensemble le plus harmonieux. Mais ce qui frappe surtout dans cette œuvre, c'est la grandeur morale dont elle porte l'empreinte; quoique de dimensions assez restreintes, elle a quelque chose de monumental et de très-imposant. La construction est entièrement exécutée en marbre blanc, avec toute la perfection habituelle aux monuments des beaux temps de l'architecture grecque