LIV. II. CHAP, II. SÉGESTE
tagnes laissent voir dans le fond, comme une décoration de théâtre , le temple de Ségeste. On croit qu'il suffît de quelques instants pour l'atteindre et l'on avance résolument. Mais bientôt les hauteurs le cachent de nouveau à l'œil désappointé , et l'on s'aperçoit qu'il faut tourner pour arriver au but.
« Cet édifice majestueusement posé sur un promontoire comme sur une large base, semble avoir été toujours isolé de la ville, et c'est probablement ce qui l'a préservé de la furie des dévastateurs de Ségeste. Peut-être était-il consacré à Cérès, peut-être à Diane ; les antiquaires ne sont point d'accord à cet égard. Il a la forme d'un carré long, déterminé par trente-six colonnes, six sur les faces, quatorze — douze sur les côtés. Son pourtour a plus de cinq cents pieds d'étendue, et ses petits côtés sont dirigés vers l'Orient. Il est d'ordre dorique et appartient au genre hexastyle périptère. Des colonnes sans base, d'un diamètre plus considérable en bas qu'en haut, des chapiteaux arrondis, une architrave, une frise et une corniche , avec des triglyphes et des métopes, un double fronton, quatre gradins échancrés à l'endroit où les portes s'ouvraient, telles sont les parties dont se composait le temple de Ségeste. Les colonnes sont en tuf calcaire , et sans doute elles devaient être revêtues de stuc. Quelques indices, des commencements de cannelures aux colonnes, des avances laissées aux pierres de la base,
et qui avaient sans doute servi pour leur transport , donnent lieu de penser que le temple de Ségeste n'a jamais été terminé. On n'y trouve aucune trace d'autel, d'escaliers ni de portiques intérieurs. On croit que la construction en a été interrompue au moment ou Agatlîocle dévasta la ville' (pendant les guerres puniques). Du reste, la conservation de l'édifice est aussi parfaite que possible. L'intérieur est complètement dégarni ; l'herbe y pousse et les troupeaux viennent brouter à l'ombre des colonnes. Le toit manque, il n'y a pas d'autre voûte que la voûte du ciel. Du dehors, ce colosse solitaire que dominent les montagnes, ces colonnes rougeAtres rongées par les siècles, cette ruine abandonnée au milieu d'un désert, frappent d'admiration et de respect. Point d'arbres, point de verdure à l'entonr. « Le silence est profond ; le soleil prêt de s'éteindre, illumine de ses rayons pourprés les pierres majestueuses de l'édifice. Dans les constructions des peuples modernes, l'œil travaille et se fatigue pour tout voir; les détails nuisent à l'ensemble. Ici, il n'y a que de la simplicité et de la grandeur; ;\ peine on regarde, on pense.... Les anciens faisaient entrer la nature extérieure comme un des éléments de la beauté de leurs édifices publics Ils disposaient leurs temples, leurs théâtres, de façon que les magnificences du paysage fussent leur ôtornel ornement. » (Félix Bourquer.oT, Voyage en Sicile.)