ASPECT GÉ>ÉRAL. — LE FORUM ROMAIN
Qu'on se figure, si l'on peut, un ensemble de portiques, de temples, de théâtres, de fontaines, de places, de statues et de jardins; au-dessus, le Capitole couvert d'édifices plus riches encore; et l'on avouera qu'Athènes elle-même, avec la pureté de son goût et la supériorité de son génie, n'égalait pas , au moins en profusion, la magnificence romaine. Et songez que ces constructions de tout genre se répandaient hors de la ville jusqu'aux coteaux salubres de Tibur, jusqu'aux rivages de la mer, à Anxur , à Capoue, à Baies, à Naples. L'Italie était sillonnée d'aqueducs et de voies ornées de tombeaux ; les villas et les temples couvraient la terre. Bientôt il n'y eut guère de villes dans l'ancien monde , qui n'eussent leurs Arènes,
leur Arc de triomphe, leurs Palais et leurs Thermes ; Rome, débordant sur l'univers, y répandait les arts; elle se multipliait en restant toujours unique , et marquait de son empreinte encore reconnaissable la Syrie, l'Egypte même, la Judée et l'Afrique; hommes et choses, dès le second siècle de notre ère, tout était romain plus à la surface qu'au dedans, mais assez profondément toutefois pour que les âges n'aient pu supprimer cette seconde nature.
Gœtiie l'a dit : « Il en est de Rome comme de la mer qu'on trouve toujours plus profonde à mesure qn'on y avance. Si c'est une pénible et triste besogne de retrouver l'ancienne Rome dans la nouvelle, il faut cependant l'entreprendre , et compter sur d'immenses satisfactions. On rencontre les traces d'une grandeur et d'une destruction qui dépassent également nos idées. Ce que les barbares ont laissé debout, les architectes de la nouvelle Rome l'ont détruit. » Et pourtant, malgré les magnificences chrétiennes et modernes, ce qui respire, ce qui vit encore dans Rome, c'est Rome antique.
« En considérant cette grande existence, qui date de plus de deux mille ans, transformée par les vicissitudes des siècles, de tant de manières et si profondément, et toujours le même sol, la même montagne, souvent les mômes colonnes et les mêmes murs, une population qui rappelle celle d'autrefois, on est comme initié aux grands arrêts du destin.