LIV. III. CHAP. I. LE FORUM ROMAIN
porte; au-dessus des petites, des bas-reliefs dont le style annonce déjà la décadence de l'art, représentaient des combats contre les Parthes, les Arabes et d'autres nations encore : « On sent bien , à l'aspect de ce monument, la profonde raison qui dirigeait l'espritdes anciens; on peut dire que chez eux le beau était toujours la saillie de l'utile. Ce qui frappe d'abord dans l'arc de Septime Sévère, c'est la longue inscription destinée à faire arriver l'histoire de ses exploits il la postérité la plus reculée; et cette histoire y arrive en effet. » (Stendhal). Mais elle y arrive mutilée ; Caracalla eut soin de faire gratter ici , comme sur tous les édifices de l'empire, le nom de son frère Géta qui semblait lui crier : « Tu m'as assassiné 1 » La plate-forme supérieure portait jadis un superbe char en bronze, conduit par Sévère et ses deux fils, entouré de Victoires et de cavaliers.
Tournez maintenant le dos au Capitole et regardez au loin dans la direction de la voie sacrée. Les édifices qui fermaient le Forum sont tombés et laissent voir à droite le mont Palatin où Auguste et Néron eurent leurs palais et leurs jardins, vaste amas de voûtes à jour, de galeries enterrées, de salles qu'on déblaye aujourd'hui pour le compte du gouvernement français. Au pied , encore des colonnes et des bases antiques ; tout près, l'arc de Titus, dont la porte unique vit passer tant de triomphes. Dans le fond, apparaît la masse admirable du Cotisée ; enfin, assez
lU MERVEILLES DE L'ARCHITECTURE.
loin vers la droite, au bout d'une avenue solitaire, Tare imposant de Constantin.
Bien d'autres vestiges antiques sont épars dans Ilome : un temple de Vesta et un arc de Janus Quadrifrons, le théâtre de Marcellus, les thermes de Caracalla, ceux de Dioclétien, dont Michel-Ange a fait une magnifique église, \£i Cloaca maxima , antique égout creusé par Tarquin; aux environs, la villa où l'empereur Adrien avait reproduit en petit tous les sites de la Thessalie et tous les édifices de la Grèce; puis ces grandes lignes d'aqueducs qui traversent la campagne romaine. Les plus belles de ces ruines seront décrites en leur place.
Mais nous avons dû choisir, pour décrire une vue d'ensemble, le Forum romain, où se résument et se concentrent pour ainsi dire l'histoire de la vie de Rome et toutes les phases de son architecture.
Encore un conseil de Gœthe à l'adresse de ceux qui ont le bonheur de visiter la ville éternelle :
« On n'a pas l'idée, sans l'avoir vu, du beau spectacle qu'on a sous les yeux en parcourant Rome au clair de lune. Tous les détails sont absorbés par les grandes masses de lumière et d'ombre, et les images les plus grandioses, les plus générales, s'olIVent seules au regard.... Le Cotisée nous a paru magnifique ; la lune, haute et sereine, l'éclairait comme un brouillard. C'était un coup d'œil magique. C'est ainsi qu'il faut voir éclairés le Panthéon, le Capitole,