LIV. m, CHAP. VI. ARÈNES DE NÎMES
sent l'arène, de sorte que tout ne produit qu'un effet disparate el confus où le regret et l'indignation étouffent le plaisir et la surprise. J'ai vu depuis le cirque de Vérone, infiniment plus petit et moins beau que celui de Nîmes, mais entretenu et conservé avec toute la décence et la propreté possibles ; et qui par cela même me fit une impression plus forte et plus agréable. Les Français n'ont soin de rien et ne respectent aucun monument. >
Versl'an 1810 seulement, un acte du gouvernement ordonna la démolition des masures qui encombraient le cirque, et le déblaiement de ses abords. Les Arènes sont situées au midi de la ville, non loin de l'enceinte antique ; leur ellipse est moins sensible qu'ailleurs, mesurant cent trente mètres sur cent un. Contemporaines, à ce que l'on croit, du Colysée, elles pouvaient comme lui se transformer en naumachie. L'extérieur se compose de deux rangs de portiques à arcades ; « ces deux ordonnances sont d'une grande fermeté et en même temps très-simples ; quoique se rapprochant par leur caractère de l'ordre dorique, elles en diffèrent essentiellement sous plus d'un rapport, et nous prouvent que les Romains n'avaient pas, comme on le pense trop communément, adopté des règles fixes pour les éléments de leur architecture, dont ils variaient les formes à l'infini suivant l'efTet qu'ils voulaient produire. »
Il y avait en tout trente-cinq rangs de gradins, divi-
ses en quatre précinctions ayant chacune leurs issues, leurs escaliers et leurs vomitoires particuliers. On entend par précinctions plusieurs rangs de gradins séparés des rangs inférieurs et supérieurs, par des murs peu élevés, mais empêchant toute communication.... La distribution des nombreux escaliers, des galeries, des vomitoires, etc., était telle que ce vaste monument avait toutes les issues et dégagements nécessaires à la circulation du concours immense de citoyens qui s'y réunissaient les jours de spectacle. Il y avait vingt mille places. {Magasin pittoresque.) « L'ampliithécitre d'Arles est plus vaste encore. C'est le plus grand de ceux que l'on connaisse en France. Il est bâti sur des voûtes élevées et très-solides. Il est impossible de voir rien de plus imposant que l'intérieur de cet édifice, construit d'énormes blocs taillés avec une précision toute romaine. Deux étages de portiques sont séparés par une corniche, dont le profil est maintenant presque méconnaissable, qui repose sur des colonnes engagées entre chaque arcade. Le premier étage appartient au dorique robuste. L'étage supérieur est corinthien, comme le prouve une colonne, la seule qui ait conservé son chapiteau. L'atlique manque complètement.... A Nîmes la plupart des ornements de détail ne sont qu'ébaucliés, ici au contraire toutes les moulures, même les plus délicates, ont été taillées et terminées.... » (MÉRIMÉE.)