THÈBES; KARNAK
qui lui faisait pendant. Tout autour, l'imagination relève sur leurs bases les soixante -deux piliers sculptés en forme de cariatides géantes.
Plus loin, annoncé par deux obélisques plus petits, un temple en ^anit rose, très-orné, laisse reconnaître encore deux séries parallèles de chambres où se logeaient les prêtres . Il précède le portique du palais de Mœris. Trois des parois de ce vestibule, que soutiennent trente-deux piliers carrés et vingtr quatre colonnes, présentent aux yeux quatre rangs superposés de personnages assis ; il y a là soixante rois qui tous ont près d'eux leur nom. C'est ici, pense-t-on, la partie la plus antique de Karnak; c'est aussi la plus mutilée. Des cours de décombres, des chaos de colonnes et de bas-reliefs sont tout ce qui reste du palais de Mœris.
A trois ou quatre cents mètres au nord se voit un grand propylone élevé par les successeurs d'Alexandre, et que reliait à la masse centrale une avenue couverte de débris. Au sud, un temple majestueux, dédié au dieu Kons, également rattaché à la salle Hypostyle, commande dignement une . grande voie qui est aujourd'hui perdue dans les cannes à sucre et les palmiers, mais dont on distingue encore la direction. Cette route triomphale était bordée dans toute sa longueur de sphinx monolithes; on en compte cent douze répartis mnv un e ' ^fmj, cents mètres ; le troupeau
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complet se composait donc au moins d'un millier, puisque le chemin a bien deux kilomètres. L'avenue aboutit au palais de Louqsor.
De Thèbes à la seconde cataracte, en remontant le Nil, on passe en revue de nombreuses ruines, Hermonthis, Esneh, Edfou, Gom-Ombos, Philœ, rile des colonnades, Déboud, Kartas, KaJabché, Talmis, Dandour, Ghirch-Husséin, Pselcis, Maharakka, Séboua, Déer, Ibrim ; c'est à quelque distance des rapides d'Ouadi-Alfa, au fond de la Nubie,
que s'ouvrent dans le roc, sur les bords du fleuve,
les deux temples d'Ipsamboul^ cavernes uniques et qui disparaîtront seulement quand le monde changera de forme.
Le grand temple, long de quarante-quatre mètres, haut de quarante-trois, est précédé de quatre statues assises, adossées à la montagne dont elles font partie, et qui n'ont pas moins de trente-sept mètres. Trente dieux assis décorent la corniche. Dans les salles intérieures, on passe auprès de petits colosses qui mesurent encore huit mètres. Les parois sont couvertes de vastes bas-reliefs. Partout, même sur l'autel des trois démiurges, Ammon, Phré et Phta, se retrouve l'image de Ramsès-Méïamoun (Sésostris) , conquérant de l'Afrique et de l'Asie; sa femme, Nofré-Ari, divinisée comme lui, servit de modèle au statuaire pour les six colosses hauts de douze mètres, debout devant la façade du
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petit temple, qu'elle dédia elle-même à la déesse Hator. La sévère obscurité de ces sanctuaires a été bien interprétée par Lamennais. « Une pensée, dit-il, domine l'Egypte, pensée grave et triste dont nulle autre ne la distrait, qui, du Pharaon environné des splendeurs du trtoe jusqu'au dernier des laboureurs, pèse sur l'homme, le préoccupe incessamment, le possède tout entier, et cette pensée est celle de la mort. Ce peuple a vu le temps s'écouler comme les eaux du fleuve qui traverse ses/ plaines nues, et il s'est dit que ce qui passe si vite n'est rien, et, se détachant de cette vie caduque, il s'est reporté par sa foi, par ses désirs et ses espérances, vers une autre vie permanente, immuable. Pour lui l'existence commence au tombeau; ce qui précède n'est qu'une ombre, une fugitive image. Ainsi, ses conceptions religieuses et philosophiques, ses dogmes, en un mot, venant aboutir à ce grand mystère de la mort, son temple a été un sépulcre. »
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