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LA GRANDE PYRAMIDE

de la reine etjron arrive à la salle du roi. Le retour n'est pas moins difficile , et Ton revoit le jour, excédé, épuisé, à bout de forces.

Il est d'usage de crier dans la pièce souterraine et même d'y tirer des coups de fusil. L'écho de la Pyramide est célèbre : il répète le son jusqu'à dix fois. Il doit sa vigueur et sa pureté à la perfection des plafonds et des joints. Toute la chambre du roi est en granit, d'un poli achevé ; on découvre les assises à grand'peine. Le plafond est formé de neuf pierres qui doivent chacune peser vingt milliers.

Mais les deux chambres, larges de cinq à dix mètres, sont bien peu de chose pour le toit formidable qui les recouvre. Est-il possible qu'il n'y ait pas d'autres vides au-dessus et au-dessous. Où finit cet abîme qu'on longe? Où conduirait le puits qu'on évite, si quelque hardi chercheur s'y suspendait au bout d'une corde? Peut-être à cette île souterraine, où Hérodote croyait Chéops enterré ; à ces méanbres sombres que l'imagination de Gérard de Nerval destinait à des initiations connues de Moïse et d'Orphée. Que l'on cherche encore dans les entrailles du colosse ; on sait avec quel soin les Égyptiens dérobaient leur sépulture.

Comme un symbole mystérieux , à cent mètres en avant de la grande Pyramide, apparaît, taillé dans le roc, enfoui jusqu'aux épaules, dévoré par

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la lèpre du temps , le nez et les lèvres brisés, un sphinx dont la tête a neuf mètres de haut. Tout accroupi qu'il est, il s'élevait à vingt-cinq mètres au-dessus de sa base naturelle. À Touest, s'alignent sur quatorze rangs une quantité presque infinie de constructions rectangulaires et oblongues, parfaitement égales, et qui occupent un carré aussi spacieux que la pyramide elle-même. Une ceinture de pyramides plus petites et ruinées entoure au midi et au levant le monument de Ghéops. N était-ce point là la nécropole de Memphis , cette grande ville sainte et royale dont la place est aujourd'hui cachée par un bois de palmiers?

À plusieurs centaines de lieues plus loin vers le tropique, la vallée du Nil s'élargit pour contenir les ruines de Thèbes, l'antique rivale de Memphis , celle qu'Homère appelait Thèbes aux cent pottes ; encore la vaste cité débordait-elle sur les premières assises des montagnes occidentales et vers les gorges de Biban-El-Molouk, où sont les sépultures des rois. Médinet et Gournah sur la rive gauche , Louqsor et Karnak à l'orient, forment un majestueux ensemble que l'armée de Desaix a salué de cris enthousiastes. A part quelques bourgs , quelques hameaux , ce vaste espace est solitaire ; ce ne sont que huttes misérables, rues étroites ,^murs de boue construits sur des décombres et pareils aux végétations malsaines qui .

THÊBES, KARNAK. 27

garnissent le pied des vieux chênes. Ici les arbres sont des colonnades et des obélisques.

Les palais de Karnak, qui se présentent les pre* miers à notre vue, sur la rive droite du Nil, couvraient cent trente hectares clos d'une enceinte en briques crues, visible encore par endroits; ce qui nous reste n'est pas le dixième de ce qui a péri. Les masses principales sont groupées sur une ligne droite qu'on peut nommer le grand axe et qui court du nord-ouest au sud-est. Cet axe est coupé perpendiculairement, et sensiblement du nord au sud, par une autre série de constructions, pylônes et propylones, temples et allées de sphinx.

Sur le rivage même, les traces d'un vaste perron et de nombreux fragments de sphinx à têtes de béliers indiquent encore le sens et la dimension d'une avenue que terminent deux pylônes monstrueux, sortes de tojurs carrées plus larges du bas que du haut. Les pylônes forment l'entrée d'une cour bordée de temples ruinés, obstruée par les tronçons d'énormes colonnes votives; sur douze une seule est restée debout. On passe encore entre deux pylônes écroulés et sous un propylone, porte magnifique qui serait un arc de triomphe si une architrave n'y remplaçait le cintre.

Tout ce qui précède n'est que le vestibule de la grande salle que l'on nomme Hypostyle, comme qui dirait la salle des Colonnes.

Une forêt symétrique de hêtres ou de chênes dix fois séculaires ne donnerait pas Tidée de ces trente rangs de colonnades parallèles. Quel arbre atteindrait le diamètre, la hauteur même des douze colonnes formidables qui s'élèvent dans Taxe de la salle? Supposez douze colonnes Vendôme. Les chapiteaux monolithes qui ne les écrasent pas terrifient Timar. gination; cent hommes y tiendraient à Taise. Ja* mais masses plus énormes n'ont été établies pour Féternité. Voici des chiffres, empruntés au grand ouvrage de l'Institut d'Egypte. La salle a cent trois mètres sur cinquante et un ; les pierres du plafond reposent sur des architraves portées par centtrentequatre colonnes encore debout, dont les plus grosses mesurent trois mètres soixante en diamètre et plus de vingt-deux mètres et demi en élévation. La salle Hypostyle est l'œuvre de Sésostris et de ses deux prédécesseurs ; on peut reporter la date probable de sa construction aux quatorzième et treizième siècles avant Jésus-Christ.

Autres pylônes, autre cour où se dresse un obélisque ; puis les ruines de la galerie des Colosses. C'est là qu'on peut voir le plus grand des obélisques qui existent encore dans toute l'Egypte ; il a trente mètres de haut; ses sculptures sont d'une exécution parfaite et semblent au-dessus de ce que pourraient produire en ce genre les arts perfectionnés de l'Europe. A ses pieds gisent les tronçons de l'obélisque

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