PESTUM
Silarus. Sa décadence est aatérieure de trois siècles à notre ère ; elle végéta sous l'empire, et tomba aux mains des Sarrasins qui, en 915, Tincendièrent avant de l'abandonner aux Italiens. Outre trois temples famieux, il en reste encore une portion de murs d'enceinte formés d'énormes blocs. Sur l'espace de quatre nàilles qu'ils circonscrivent, on trouve çà et là des fragments de colonnes, des corniches, des flaques d'eau où croissent des joncs, tristes successeurs de ces roses si vantées des 1^ oëtes. Dans cette plaine basse les soldats de Crassus écrasèrent l'armée longtemps victorieuse de Spartacus. Mais les morts n'ont point fécondé ce sol marécageux; aucune apparence de vie, aucune animation intempestive ne vient troubler l'impression solennelle, l'effet imposant des vieux temples solitaires. C'est ici le sanctuaire de l'ordre dorique dans ce qu'il a de plus trapu et de plus farouche.
Le plus petit, à l'ouest, a perdu: toute trace de murs intérieurs, il n'a gardé que ses robustes colonnes et deux frontons, d'.où retombent des broussailles et des ronces. Le plus grand, vers l'est, a perdu même sesfrontons j il a neufcolonnesdeface et treize de côté, toutes dorées parle soleil du midi. Au-dessus de l'entablement règne une frise avec modules ; il y a encore trois colonnes sur pied au dedans et beaucoup de débris etde fûts.
^ Le mieux conservé des temples de Pestum, celui qu'on place avec raison au nombre des plus beaux ouvrages de l'antiquité, est situé entre les deux autres. Il était dédié à Neptune. Ses colonnes cannelées sans base, dont six sur les fardes et quatorze sur les côtés, reposent sur trois gradins d'une belle proportion; elles sont bassQg, et leur hauteur ne dépasse pas quatre mètres et demi. La diminution de leur diamètre, très-prononcée de bas en haut, leur donne quelque chose de la 'solidité de la pyramide. Leur espacement, qui n'est guère plus grand que leur épaisseur, en accuse fortement les reliefs et les ombres.
« Les chapiteaux sont très-saillants ; l'entablement est un peu plus de moitié m6ins haut que la colonne. Au-dessous du chapiteau sont placés quatre petits filets, ornements fins et légers qui forment opposition, le font valoir et donnent une grande délicatesse à l'ornementation. A quelque distance au-dessous, trois petites rainures sauvent ce qu'il y aurait eu .de trop sec à prolonger la colonne sans interruption jusqu'à la naissance du chapiteau. » (Léonce Reynaud.)
On peut encore juger de la disposition du sanctuaire, orné de pilastres et de deux rangées de colonnes qui supportent une architrave où s'appuie un nouvel ordre de colonnes plus petites, destinées sans doute à supporter la toiture. Il n'y a guère
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d'autre exemple de cet artifice et de cette superposition d'ordres chez les Grecs.
La Sicile fut de bonne heure colonisée par les Doriens dont elle conserva le dialecte. Malgré les conquêtes successives qui la dévastèrent et en firent le superbe et malheureux pays qu'on admire aujourd'hui tout en craignant les voleurs et les brigands, elle conserve des restes imposants qui sont en tout dignes de la mère patrie. Le plus complet est le temple de Ségeste.
La ville d'Égesta, Ségesta, dont la fondation est attribuf^e au fabuleux Aceste, contemporain d'Énée, a dû ^tre détruite par les Sarrasins au onzième siècle. Il n'en reste plus qu'un temple, un théâtre et quelques débris informes, situés àpeu de distance de Galatafimi. Le temple, majestueusement posé sur un promontoire comme sur une large base, semble avoir été toujours isolé de la ville, et c'est probablement ce qui Ta préservé de la furie des dévastateurs de Ségeste. Peut-être était-il consacré à Gérés, peut-être à Diane; les antiquaires ne sont point d'accord à cet égard. Il a la forme d'un carré long, entouré de trente-six colonnes. Son pourtour a plus de cinq cents pieds d'étendue, et ses petits côtés sont dirigés vers l'orient. Il est d'ordre dorique. Des colonnes sans bases, renflées du bas, des chapiteaux arrondis, une architrave, une frise et une corniche, avec des triglyphes et des métopes, un
double fronton, quatre gradins échancrés à l'endroit où les portes s'ouvraient, telles sont les parties dont se composait le temple de Ségeste. Les colonnes sont en tuf calcaire, et sans doute elles devaient être revêtues de stuc. Quelques indices, des commencements de cannelures aux colonnes, des avances laissées aux pierres de la base, et qui avaient sans doute servi pour leur transport, donnent lieu de penser que le temple de Ségeste n'a jamais été terminé. On n'y trouve aucune trace d'autel, d'escalier ni de portiques intérieurs. On croit que la construction en a été interrompue au moment ou Agathocle dévasta la ville (pendant les guerres puniques). Du reste, la conservation de l'édifice est aussi parfaite que possible. L'intérieur est complètement dégarni ; l'herbe y pousse et les troupeaux y viennent brouter à l'ombre des colonnes. Le toit manque, il n'y a pas d'autre voûte que la voûte du ciel. Du dehors, ce colosse solitaire que dominent les montagnes, ces colonnes rougeâtres rongées par les siècles, cette ruine abandonnée au milieu d'un désert, frappent d'admiration et de respect. (Félix Bourquelot, Voyage en Sicile.)
L'Asie est le berceau de la Grèce ; la race hellénique séjourna longtemps en lonie ; mais les dévastations des Perses et des Turcs n'y ont guère laissé de témoins de son antique architecture.
Quelques colonnes à Éphèse, quelques tombeaux, entre autres le fameux Mausolée, sont à peu près tout ce que nous pouvons citer.
Selon Pindare, le premier temple d'Éphèse fut édifié par les Amazones, du temps qu'elles faisaient la guerre à Thésée. Strabon l'attribue à l'architecte Ctésiphon; et Pline nous apprend qu'avant l'incendie c'était un type respecté déjà quant aux proportions des colonnes et des chapiteaux. Lorsqu'Ërostrate l'eut brûlé, en 356 avant le Christ, nous dit Strabon, les dons apportés de toutes parts, les aumônes des femmes pieuses, la vente des colonnes, en y joignant peut-être quelques valeurs déposées dans l'ancien sanctuaire par les rois ou les villes, permirent d'en recommencer un plus magnifique encore.
11 fut élevé en deux cent vingt ans par toute l'Asie. On l'assit sur un sol marécageux, pour le mettre à l'abri des tremblements de terre et des crevasses qu'ils produisent. D'un autre côté, pour que les fondements d'une masse aussi considérable ne posassent pas sur un terrain glissant et peu solide, on établit d'abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus. Le temple entier avait quatre cent vingt-cinq pieds de long et deux cent vingt de large ; cent vingt-sept colonnes faites par autant de rois, hautes de soixante pieds. De ces colonnes, trente-six étaient sculptées. Le grand prodige, dans
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cette entreprise, c'est d'avoir élevé les architraves. La plus grande difficulté fut au frontispice même, au-dessus de la porte d'entrée. C'était une masse énorme, elle ne se posa pas d'aplomb; l'artiste désespéré voulait se donner la mort ; mais pendant la nuit, nous dit Pline, la déesse même lui annonça qu'elle avait arrangé la pierre ; et au matin la promesse se trouva accomplie. Cet architecte était peut-être Chirocrate qui construisit Alexandrie. Des œuvres de Praxitèle et de Trason couvrirent l'autel et les parois. Les bois précieux y furent prodigués. Toute la charpente était de cèdre.
Au troisième siècle de notre ère, les Perses d'abord, puis les Scythes (en 263) pillèrent et brûlèrent le temple d'Éphèse. Les Goths et Mahomet P' en achevèrent la destruction. Il est représenté sur plusieurs médailles à l'effigie de Dioclétien et Maximîn, avec un frontispice de deux, quatre, six, huit colonnes, variations qu'il faut attribuer au seul caprice du graveur. Ce temple était le plus parfait modèle de l'ordre ionique.
On rangeait parmi les sept merveilles du monde le tombeau ou Mausolée (de là le nom) qui fut élevé au roi carien Mausole par sa veuve Artémise. Au midi et au nord, dit Pline l'ancien, ses côtés ont soixante-trois pieds, les deux autres sont moins larges. Le pourtour entier est de quatre cent onze pieds, et la hauteur de vingt-cinq coudées ; trente-
LE MAtfSOLÉE. Tb
six colonnes forment tout autour un péristyle nommé ptéron. Le côté du nord fut travaillé par ^ Bryaxis, celui de Test par Scopas, celui du sud par Timothée, celui de l'ouest par Léocharis. La reine Artémise, qui avait commandé le monument pour honorer la méipoire de son époux, mourut av^nt qu'il fût achevé ; mais les artistes crurent qu'il y allait de leur gloire et même de l'intérêt de l'art, de le terminer. La victoire entre eux est encore incertaine. Un cinquième artiste se joignit à eux, et éleva au-dessus du ptéron une pyramide de la même hauteur que le reste de Tédifice, et composée de vingt-quatre degrés, toujours décroissants jusqu'à la surface qui la termine. Sûr ce sommet est un quadrige de marbre, ouvrage de Pythis ; cet accessoire donne à la totalité de la construction plus de quarante-six mètres de haut. (Pline, 1. XXXVI, c. IV.)
D'autres tombeaux grecs, à Alinda, en Asie-Mineure, en Sicile, dans l'île de Santorin, présentent la forme d'une tour carrée, soutenue de colonnes ioniques et doriques. Ces monuments avaient succédé aux tumulus des Pélasges, que nous retrouvons chez les Étrusques et même chez les Romains*