‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 19 sur 110 · LE PARTHÉNON · texte numérisé non relu

LE PARTHÉNON

de le reconstituer dans son ensemble et presque en tous ses détails.

L'ancien sanctuaire de Minerve avait été si complètement anéanti par les Perses de Xerxès que Thémistocle ne craignit point d'en employer les débris à la reconstruction des murailles. Périclès chargea Ictinus et Callicrates, sous la direction de Phidias, d'élever un nouvel édifice digne de la déesse et de la puissance d'Athènes. Les architectes adoptèrent le style dorique, à cause de sa noblesse et de sa simplicité; mais ils se réservèrent d'en alléger les proportions trapues et d'en atténuer la rudesse par la précision et le fini du travail ; admirablement inspirés par la destination de leur œuvre, par Minerve elle-même, ils ne perdirent jamais de vue la vierge divine , imposante et tlouce transfiguration d'Athènes , dont Phidias fixait dans le marbre la fidèle image. Minerve , éclose du cerveau de Jupiter, forme de la pensée suprême, était un idéal où la force n'excluait pas la grâce. Aussi nulle part l'architecture n'allia plus d'élégance à plus de sérénité ; sans sacrifier aucune des données traditionnelles de l'ordre dorique, on les subordonna à l'idée qu'il fallait rendre. Des colonnes plus élancées, plus espacées, moins coniques, portèrent des chapiteaux moins saillants et un moins lourd entablement; une décoration plus riche et ^ ~ ~^te fut appliquée aux fri-

ses ; dans les moindres détails respira Tesprit le plus distingué, le plus attique.

Le temple, long de soixante-douze mètres sur trente environ, tout entier de marbre blanc penlélique, était entouré d'un péristyle soutenu par quarante-six colonnes, dont huit portaient chaque fronton. Les colonnes, assises sans base sur trois degrés , hautes de dix mètres , mesuraient près de deux mètres de diamètre ; Fentre-colonnement était d'un diamètre et demi environ. Quarante-six à quarante-huit figures colossales (trois à quatre mètres de haut) admirable ment groupées, et appliquées aux frontons, ressoftaient en blanc sur un fond rougeâtre. On pense qu'elles représentaient la lutte de Neptune et de Minerve et la naissance de la déesse. Au-dessous, entre les triglyphes peints en bleu, couraient sur les quatre-vingt-douze méto»pes de la frise extérieure ces fameux hauts-reliefs de Phidias, les Centaures, lesLapithes, Hercule et Thésée, Persée et Bellérophon ; au milieu des dieux et des héros, une place était réservée aux hommes; les principaux épisodes de la bataille de Marathon, gagnée par les Athéniens sur les Perses, occupaient les métopes de la façade occidentale. En dedans de la colonnade, sur la muraille extérieure du temple, se développait encore une longue frise aux sujets traités en très-bas-relief, en manière de camées , avec un fini merveilleux : c'étaient des processions

I£ PANDROSÉION. 63

religieuses venant, des deux cdtés à la fois, honorer les dieux figurés sur la façade. Dans le sanctuaire, une Minerve colossale, haute de treize mètres, revêtue d'une tunique d'or, tenait dans sa main une Victoire d'ivoire.

L'Acropole d'Athènes contient encore les deux temples accolés d'Érechthée et de Minerve Poliade, « chefs-d'œuvre eux-mêmes, dit Lamartine, mais comme noyés dans l'ombre du Parthénon. • Cependant nous do» "•» mentionàun édîcule accolé

au temple d'Érechthée, et qui présente une disposition que nous n'avons pas encore observée. Des statues y remplacent les colonnes. Six belles cariatides en marbreblanc, coiffées d'élégants chapiteaux, supportent un entablement allégé par la suppression de la frise. Un poids trop lourd les aurait obligées à un effort douloureux dont rexpression est étrangère à l'art grec. Au contraire, elles montrent sous leur architrave une sérénité sans égale, et même un peu de cette dignité froide et de ces formes géométriques qui siéent mieux encore à l'architecture qu'à la statuaire. Leurs bras coupés entre l'épaule et le coude, les plis droits de leurs vêtements, qui, par derrière surtout, ressemblent à des cannelures, tout en elles éloigne l'idée de la vie humaine, tout caractérise des supports. Leurs pieds reposent sur un assez haut piédestal continu. L'art moderne peut à peine leur opposer les délicieuses cariatides de la tribune du Louvre, chefd'œuvre de Jean Goujon, où la grâce, l'ampleifr, la naïveté charmantes remplacent et suppléent l'étonnante noblesse et la pureté absolue de ces colonnes féminines, qui gardaient ici le célèbre olivier, ar- , bre et présent de Minerve. Ce petit temple était dédié à la nymphe Pandrose, l'une des filles de Gécrops, et on lui donne généralement le nom de Pandroséion.

Parmi les monuments si nombreux dont on a re-

LE MONUMENT CHORAGIQUE. 65

trouvé les traces ou du moins remplacement sur Iç sol d'Athènes, il en est peu d'aussi entiers que le temple de Thésée, le plus beau, après le Parthénon, que la Grèce ait élevé à ses dieux ou à ses héros. Il est conçu dans le même goût et présente la même ordonnance; des combats de Centaures et de Lapithes décorent sa frise. Sa masse harmonieuse et ses belles colonnes se détachent bien sur le ciel profond de TAttique ; il couronne un tertre isolé, sauvage et tout hérissé de rochers. C'est, comme le Pécile et le théâtre de Bacchus, un ouvrage de Cimon.

Un petit momiment jadis connu sous le nom de Lanterne de Démosthènes, et dont une copie occupe, à Saint-Cloud, le sommet d'une tour bien connue des promeneurs parisiens, doit nous arrêter encore, comme un des rares échantillons de Tordre corinthien que l'on puisse citer en Grèce. C'était un de ces édicules destinés à porter les trépieds que recevaient les vainqueurs dans les jeux scéniques,et dont la série toujours accrue formait la décoration d'une des principales rues d' Athènes, la rue des Trépieds. Au-dessus d'un piédestal rectangulaire, s'élève une petite chambre ronde, hermétiquement fermée par six panneaux de marbre que couronnent une frise et une corniche circulaires, et dont les jointures sont dissimulées par $ixcolonnescannelées,àdemi engagées, hautes

de moins de quatre mètres. La coupole, sculptée avec délicatesse dans la partie supérieure, où elle imite une couverture de feuilles de laurier, supporte un ornement en forme de fleuron, très-inattendu, mais plein de caprice et d'art dans la combinaison des feuillages ; c'est là qu'était scellé le trépied. Sur Tarchitrave est gravée cette inscription: «Lysicrate de Cicyne, fils de Lysithidès, avait fait la dépense du chœur. La tribu Âcamantide avait remporté leprix parlechœur des jeunes gens. Théon était le joueur de flûte. Lysiadès, Athénien, était le poète ; Évanétès, l'archonte. » Ce dernier nom assigne à la construction du Métnmnent cft^oragîque de Lysicrate la date de' 330 avant notre ère, et indique vraisemblablement l'époque où naquit le style corinthien; c'est le temps où vivaient Démosthènes, Apelles, Lysippe et Alexandre le Grand.

Page 1