LA COLONNE TRAJANE
Vendôme est une reproduction en bronze. Longtemps enfouie, la colonne Trajane fut dégagée pour la première fois en 1540; elle n'est tout entière hors de terre que depuis 1813. Sa hauteur a été souvent dépassée ; mais on n'a guère égalé la juste harmonie de ses proportions. Son piédestal est admirable, et les bas-reliefs en spirale qui se déroulent sur son fût de marbre blanc ont été consultés avec fruit par Raphaël et Jules Romain. Pour le piédestal, le fût, le chapiteau dorique et la statue de Trajan, aujourd'hui remplacé par saint Pierre, trente-quatre blocs de marbre merveilleusement joints sufflrent à Apollodore de Damas , l'architecte du forum de Trajan. La colonne est percée dans toute sa longueur par un escalier qui conduit au sommet. Ce qui fait la beauté absolue de la colonne Trajane, c'est l'unité de conception; tout y est varié, rien n'y est incohérent. En terre était l'urne d'or qui renfermait les cendres de Trajan ; sur le piédestal, au-dessus des dépouilles que gardent des Renommées, les aigles romaines tiennent suspendues les guirlandes de chêne, symbole de la paix. La base de la spirale est ceinte de Ifiqriers.Sur le fût montent deux mille cinq cents figures de soldats et de prisonniers, avec une infinité de chevaux, d'éléphants, d'armes, de machines de guerre ; tout en haut, le vainqueur assiste au défilé sublime et se repatt de sa victoire. Sur
la tombe, le trophée; sur le trophée, Tapothéose; et, rare fortune pour un monument, aucune restriction ne vient contrarier dans l'esprit du spectateur Tcffet de cette progression grandiose : Tn^an méritait de pareils honneurs.
Les colonnes n'étaient qu'accidentellement des tombeaux. Parmi les formes quelesRomains affectaient le plus volontiers aux constructions funéraires, le tumulus et la tour ont été les plus considérables et les plus riches. Le môle d'Adri.en, cette masse énorme, qui a plusieurs fois servi à Rome de citadelle, sous le nom de château Saint-Ange , n'est autre que le mausolée d'Adrien, t J'ai bien moins de plaisir, écrit de Brosses, à voirie château Saint- Ange muni de ses cinq bastions, qu'à me le figurer tel qu'il était autrefois, en tour à trois étages, entouré de portiques et de statues. » La masse du tombeau s'élevait sur un soubassement carré, orné de niches et de colonnes doriques ; elle était circulaire; ses deux portiques superposés, en retraite l'un sur l'autre, portaient un couronnement conique terminé par une énorme pomme de pin en bronze, que Ton voit aujourd'hui dans les jardins du Vatican. Le revêtement de cette montagne était .de marbre blanc; le pourtour du corps carré mesurait trois cent soixante mètres, la circonférence du premier portique, cent quatre-vingts; la hauteur totale, quatre-vingt-quinze. C'est, après les Pyra-
la cidoime Tiajuis, à Rome.
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mides d'Égyptê, le plus grand des sépulcres que les hommes se soient construits, r Le môle d'Adrien faisait pendant à celui d'Auguste, dont on montre encore les ruines sur Taûtre rive du Tibre, près du port de Ripette. Le tombeau d'Auguste fut détruit, pense-t-on, par le Normand Robert Guiscard, versie onzièmejsiècle ; il ne reste plus rien de sa coupole ni de ses portiques ; les deux obélisques qui en précédaient l'entrée ornent aujourd'hui le chevet de Sainte-Marie Majeure et la place de Monte-Cavallo. Sur le terre-plein formé par ses voûtes eflfondrées, on a pu établir une arène entourée de loges et de gradins, datis laquelle se donnent des combats de taureaux et autres spectacles du même genre.
La richesse des tombeaux romains s'explique par leur destination ; ils décoraient les grandes rues de la cité. Celui d'Auguste était le centre d'une vaste nécropole.
La voie Appienne passait entre deux fîles de monuments funéraires, dont le plus fameux et le mieux conservé est la tour de Gécilia Métella, femme du triumvir Grassus. Le diamètre de la masse circulaii% est d'environ trente mètres ; la grosseur des quartiers de travertin dont est composé le soubassement n'est pas moins remarquable que l'extraordinaire épaisseur des murs, qui ne laissent au centre qu'une petite chambre conique
102 MERVEILLES DE l/ARGHITEGTURB.
OÙ l'on trouva, du temps de Paul III, le sarcophage aujourd'hui placé dans la cour du palais Farnèse.
La frise est enrichie de guirlandes et de têtes de bœuf qui ont valu à la] ruine le nom de Capo di bove. Un mur crénelé en briques, œuvre du moyen âge, a remplacé la colonnade et la coupole.
On visite encore, non loin de la porte Saint-Paul, la pyramide funéraire de Gaïus Gestius, obscur contemporain d'Auguste ; haute de quarante mètres environ, large de trente à sa base, entièrement revêtue de marbre blanc, elle repose sur un soubassement de travertin. Le caveau^ de six mètres sur quatre, voûté en plein cintre, renferme diverses peintures exécutées sur un stuc très-dur. Citons enfin, à titre de curiosité, divers tombeaux de famille, nommés Columbariums, où les urnes du maître et des serviteurs, rangées dans de nombreuses niches ou cases, font ressembler le monument à l'intérieur d'un'colombier.
Dans toutes ces constructions, arcs, temples, amphithéâtres, thermes, colonnes et tombeaux^ ce qui n'est pas énorme est cependant toujours solide et fort ; les Romains atteignent à la beauté par le déploiement de la force ; mais la beauté n'en est pas moins pour eux l'objet de leurs efforts, «lie est inséparable de l'utilité. Comme par instinct ils choi-
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sissent pour toute chose un profil, une courbe, une ordonnance qui plaise. Grande leçon à nos modernes constructeurs! Les vingt-deux aqueducs qui, encore au temps de l'historien Procope, amenaient à Rome les eaux les plus pures et les plus salubres, ne sont point seulement admirables par la perfection de leur aménagement intérieur ; ils servaient à la décoration de la campagne romaine; rien de plus noble et de plus simple à la fois que leurs files d'arcades sans nombre courant vers la ville universelle, la tête chargée de fleuves invisibles. Aujourd'hui encore, leurs ruines rompent la monotonie de ces plaines désertes où les ailes multicolores des sauterelles bruissent parmi les herbes 'sèches. A voir ce qui reste du fameux Anio' Novus, on peut aisément se représenter ce qu'il fut jadis: c'était le plus' important de tous les aqueducs ; il avait près de soixante milles de développement; en plusieurs endroits, la hauteur de ses arcades atteignait quarante mètres . Construit sous Cçiligula et Claiide , environ trente ans après notre ère, il apportait à Rome les eaux de l'Anio, rivière connue aujourd'hui sous le nom de Teverone, et qui forme les célèbres cascades de Tivoli, au pied du temple circulaire de la Sibylle Albunea.
En même temps que Rome attirait à elle toutes les richesses et les forces vives des peuples conquis, exploitant d*abord l'Italie, puis la Grèce et
rOrient, et enfin l'Espagne et la Gaule, elle débordait à son tour sur l'univers; elle répandait autour d'elle son génie et ses arts. Les édifices de tout genre gagnaient les coteaux salubres de Tibur, les rivages de la mer, embellissant Anxur, Capoue, Bala,Naples. L'Italie était sillonnée d'aqueducs et de voies ornées de tombeaux; les villas et les temples couvraient la terre. Herculanum et Pompéi, conservés dans les cendres et les laves, nous montrent encore quel luxe de bon goût régnait dans les moindres municipes. Bientôt, il n'y eut guère de ville dans l'ancien monde qui n'eût ses Arènes, son Arc de triomphe, ses Colonnes et ses Thermes. Rome se multipliait en restant toujours unique, et marquait de son empreinte encore reconnaissable la Syrie, l'Egypte même, la 7udée et l'Afrique, par-dessus tout la Gaule et l'Espagne ; hommes et choses, dès le second siècle de notre ère , tout était romain, et si profondément que les Ages n'ont pas toujours supprimé cette seconde nature.