LES THERMES DE GABAGALLA
Au pied du mont Aventin, dans une région de Rome absolument déserte, au milieu de vignes en désordre, s'étendent les vastes ruines, dont le temps a comme émoussé la forme extérieure. Les lézards y vivent en paix, au soleil; et un gardien, souvent absent, a adossé aux massifs antiques une pauvre hutte où le portier de l'empereur Garacalla n'eût pas voulu loger ses chiens. A de certains endroits on peut escalader de pierre en pierre ces berges verdâtres qui furent des portiques et des colonnades. L'œil embrasse alors un chaos de chambres et d'enceintes ruinées. C'était là que les baigneurs trouvaient seize cents sièges de marbre, des salles particulières ou communes, des bassins d'eau , froide ou chauffée à diverses températures. L'une de ces piscines, circulaire, et en saillie vers le midi,, de manière à recevoir les rayons du soleil,, avait trente-trois mètres de diamètre ; une autre mesurait en largeur et en longueur vingt-quatre et cinquante-six mètres, non compris de grandes niches latérales et deux salles aux extrémités. Les voûtes s'appuyaient sur des colonnes de quatorze mètres; on en a transporté une sur la place de la Trinité, à Florence, où elle est surmontée d'une statue en porphyre rouge.
L'aspect était monumental. Sur la voie Appienne se développaient deux étages de portiques; der- ^^^^ ^erie longue de trois cent soixante
rencontrera bien des ruines curieuses qiie nous ne pouvons que mentionner : ici, le petit temple de Vesta, charmant édifice sphérique jadis ouvert de tous les côtés et coiffé d'un petit dôme que portaient vingt colonnes cannelées de marbre blanc, aujourd'hui noyées dans une maçonnerie de briques et affublées d'un toit écrasé ; là, les arcs de Janus Quadrifrons et des Orfèvres; plus loin, l'ouverture de la Cloaca-Maxima^ admirable égout qui remonte aux rois de Rome ; à quelque distance encore, le très-beau temple de la Fortune-Virile, depuis longtemps converti en église sous le vocable de Marie-Égyptienne. Mais j'ai hâte de vous conduire devant Tun des restes les plus beaux et les mieux .coi)servès de l'antique Rome, le Panthéon d'Agrippa.
La place du Panthéon est laide et sale. On y tient un marché autour d'une aiguille de granit, autrefois obélisque de Sèrapis, et d'une fontaine qui retombe dans un grand bassin de porphyre. Le terrain s'est exhaussé, ce qui fait tort au temple, jadis élevé sur cinq gradins; il ne lui en reste plus que deux.
Le Panthéon présente deux parties bien distinctes et qui ont été rarement accolées aussi franchement : un portique rectiligne, et un corps circulaire. Aujourd'hui, on peut même trouver quelque défaut d'harmonie entre la façade ornée
mètres, une vaste plate-forme, à la hauteur du premier étage, portait rédifice, entouré de plantations et dont les dimensions n'étaient pas moindres de deux cent dix-huit mètres sur cent douze. A Tentour, toutes sortes de constructions accessoires étaient disposées pour les exercices du corps et les distractions de Tesprit, que les anciens ne séparaient pas. Tout avait sa destination et son caractère; et cette infinie variété, tant elle répondait bien à des besoins et à des plaisirâ savamment réunis en ce lieu, ne contrariait en rien l'imposant eflFet de l'ensemble. Ici l'impression du Cotisée luimême est dépassée. Nulle part on ne sent mieux la concentration de l'universelle richesse en une seule main. On saisit dans ses raffinements la vie intense, monstrueuse et délicate du peuple romain. II faut reconstituer par la pensée ces thermes, à la fois bains publics, restaurant, gymnase, promenade, bibliothèque, salle de déclamation et de conférences, avant de nous glorifier de notre civilisation et de notre bien-être.
§2. Le Panthéon; le théâtre de Marcellus; la colonne Trajane; les Môles d'Auguste et d'Adrien; tombeaux, aqueducs. Coup d'oeil sur l'Italie romaine.
De l'autre côté du mont Aventîn, près du Tibre, en revenant vers les quartiers habités de Rome^ on
rencontrera bien des ruines curieuses que nous ne pouvons que mentionner : ici, le petit temple de Vesta, charmant édiGce sphérique jadis ouvert de tous les côtés et coiflFé d'un petit dôme que portaient vingt colonnes cannelées de marbre blanc, aujourd'hui noyées dans une maçonnerie de briques et affublées d'un toit écrasé ; là, les arcs de Janus Quadrifrons et des Orfèvres; plus loin, l'ouverture de la Cloaca-Maximay admirable égout qui remonte aux rois de Rome ; à quelque distance encore, le très-beau temple de la Fortune-Virile, depuis longtemps converti en église sous le vocable de Marie-Égyptienne. Mais j'ai hâte de vous conduire devant Tun des restes les plus beaux et les mieux .conservés de l'antique Rome, le Panthéon d'Agrippa.
La place du Panthéon est laide et sale. On y tient un marché autour d*une aiguille de granit, autrefois obélisque de Sérapis, et d'une fontaine qui retombe dans un grand bassin de porphyre. Le terrain s'est exhaussé, ce qui fait tort au temple, jadis élevé sur cinq gradins; il ne lui en reste plus que deux.
Le Panthéon présente deux parties bien distinctes et qui ont été rarement accolées aussi franchement : un portique rectiligne, et un corps circulaire. Aujourd'hui, on peut même trouver quelque défaut d'harmonie entre la façade ornée
92 MERVEILLES DE L'aRCHITECTDRE.
et les hautes murailles rouge&tres et nues/qui ont perdu toute leur décoration extérieure. Une opinion assez accréditée veut qu'Agrippa n'ait construit que le portique ; et elle se fonde sur plusieurs faits singuliers : la Rotonde possède un fronton entièrement détaché du portique; l'entablement du portique et celui du temple ne se correspondent pas ; l'architecture du portique est meilleure que celle de l'enceinte circulaire.
Le superbe péristyle est soutenu par deux rangées de huit colonnes hautes de treize mètres environ, sans compter les bases et les chapiteauxi qui sont de marbre blanc. Chaque colonne est faite d'un seul bloc de granit oriental ; celles du devant sont de granit blanc et noir, les autres de g^nit rouge. Les entre-colonnements ne sont que peu espacés ; toutefois celui du milieu est plus large que les autres. Les colonnes de front soutienneiit un noble entablement; mais la masse du fronton s'appuie sur des cintres dissimulés par les architraves. Les bas-reliefs du fronton, l'inscription, la couverture et les poutres du portique, la grande porte du temple, étaient de bronze. Tout le métal^ enlevé, en plein dix-septième siècle, par le pape Urbain VIII, est entré dans l'immense baldaquin de l'autel de Saint-Pierre.
La grande porte qui introduit dans le temple s'ouvre entre des pilastres cannelés en bronze; elle
est elle-même revêtue de lames fort épaisses de ce métal. Le seuil est de marbre africain ; les jambages et Tarchitrave sont de marbre blanc. L'intérieur du temple n*a pas moins de noblesse que de majesté : son diamètre est de plus de quarante mètres; l'épaisseur du mur est de six. La hauteur, depuis le pavé jusqu'au sommet, égale le diamètre. La lumière n'entre dans le temple que par une seule ouverture circulaire de neuf mètres de diamètre, pratiquée au milieu de la voûte ; on monte à la coupole par un escalier de cent quati*e-vingtdix marches.
Le pourtour intérieur de la Rotonde est décoré de colonnes corinthiennes en marbre précieux, auxquelles répondent des pilastres ; les bases et les chapiteaux sont de marbre blanc; la frise, de porphyre. Au-dessus, règne un attique, percé de quatorze fenêtres aujourd'hui murées, dont l'entablement porte la coupole. Des lames d'argent et de bronze doré enrichissaient jadis les caissons de la voûte ; et des cariatides de bronze, ouvrage de Diogène d'Athènes, accompagnaient les fenêtres.
Donné aux papes par l'empereur Phocas, le Panthéon fut, dès 619, converti en église. Les saints et les martyrs y remplacèrent les dieux. Depuis, par une sorte de retour ver§i sa destination traditionnelle, il reçut les restes de quelques grands artistes, entre autres de Raphaël, ce dieu de l'art.
96 MERVEILLES DE L'ARGHITEGTORE.
L'an ^7 avant notre ère, à l'occasion de la victoire d'Actium et de la paix universelle, il avait été dédié à tous les dieux ; et tous, figurés en or, en argent, en bronze, en marbres précieux, ils étaient venus habiter fraternellement les niches de la demeure
hospitalière. De là le nom de Panthéon. C'était vraiment une grande idée que de rapprocher ainsi sous la protection de Rome les innombrables expressions de ridéal humain et de leur dédier le temple de la Tolérance.
Aux mêmes temps que le Panthéon *doit être attribué le théâtre de Marcellus, dont les restes sont accolés à une maison particulière. C'était un vaste et superbe édifice, qui avait plus de cent mètres de développement et pouvait contenir seize mille spectateurs. Auguste l'avait dédié à son neveu Marcellus , le poétique adolescent illustré par le génie de Virgile. Des quatre étages demi-circulaires qui en constituaient l'enceinte, deux seulement ont laissé des traces. On y admire l'équilibre des colonnes ioniques savamment établies en retraite sur l'ordre dorique. C'est le modèle que les modernes ont toujours suivi pour les proportions des ordres superposés.
II faut ranger les colonnes votives au nombre des formes monumentales dont Rome nous a fourni le type. Elle en possède deux, l'Antonine, dédiée à Marc-Aurèle, et la Trajane, dont notre colonne