‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 3 sur 110 · MONUMENTS CELTIQUES · texte numérisé non relu

MONUMENTS CELTIQUES

geàies de pierres- fiches y pierres- fittes^ pierres-droU^. Gomme elles abondent dans nos départements de l'ouest et surtout en Bretagne, il est d'usage de les appeler men-hirs ou peul-vxns, en breton pierre longue ou pilier de pierre. Leur destination était tantôt funéraire, tantôt monumentale dans le sens étymologique, c'est-à-dire consacrant la mémoire d'un événement, tantôt purement religieuse.

Quelquefois, des men-hirs sont groupés encercle autour d'un men-hir plus élevé et forment des cromlechs ou cercles sacrés. Ces enceintes étaient des temples et des lieux d'assemblée. Souvent les cromlechs entourent des tumulm ou tertres funéraires, comme pour mettre les tombeaux sous la protection du cercle consacré. D arrive que deux ou trois cromlechs sont reliés et entourés par des lignes courbes ou droites de men-hirs; les pierres de ces cercles ont parfois subi un certain travail de m^in d'homme : elles sont groupées en trilUheSj deux men-hirs debout supportant une sorte d'architrave qui les réunit, à l'aide de mortaises et de tenons grossièrement figurés.

Cette disposition, inconnue en France, existait peut-être à Abury et subsiste dans le Câr-gawr (danse des Géants) de Stone-Henge, près Salisbury, dont on reconstitue aisément la figure primitive : ce Câr-gawr se compose de deuxcerH^»» «* He deux ovoïdes impliqués les uns d»

300 pieds anglais de circonférence : les trilithes de ^enceinte intérieure mesurent neuf mètres de haut iur deux mètres trente de large.

Les combinaisons de men-hirs qui ne forment pas exclusivement une figure fermée se nomment alignements. Le Morbihan en conserve d'admirables ; et le plus beau de tous est situé à Carnac, à peu de distance de la mer. Malgré les ravages du temps, on y compte encore plus de douze cents pierres debout qui suivent un ordre visible et se distinguent au milieu des multitudes de men-hirs et d'autres monuments répandus dans le pays. Il y avait là un temple immense, long de plusieurs kilomètres, où les cérémonies druidiques s'avançaient par dix nefs parallèles vers un hémicycle qui formait le sanctuaire et arrêtait les onze lignes de piliers.

L'architecture celtique ne s'est pas bornée aux men-hirs ; à dire vrai le men-hir peut être mis en dehors de l'architecture ; il n'en est pas de même du dolmen, (toly table, et men, pierre) qui a reçu les noms de pierre-iate ou pierre-léCy pierre-couverte ou couverclée^ table ou tuile du diable ou des fées; en breton, alikorrigan ou maison des fées. Les dolmens les plus simples ne consistent qu'en trois pierres, une table horizontale et deux supports. Le plus souvent, ils en ont quatre ou davantage, sont ornés par un bout et forment grotte. Parfois, il y a deux ou trois

OARSAC.

tables supportées par unedouzaînedepierres-levêes, et les proportions sont trÈs-j,'randes. Le demi-dolmân, soulevé seulementpar un bout, présente une siirfaceinclinée.

:, dans le Mortiitian.

Le dolmen rappelle les monuments de pierres brutes qu'Arrien ditavoirvus dans l'Asie Mineure, et mieux encore ceux dont parle Calpurniiis dans sa troisième églogue: • Moi, je me tiendrai à l'abri

dans les roseaux, ou me cachant, comme je l'ai fait souvent, sous l'autel voisin. » Strabon, le célèbre géographe, voyageant en Egypte, rencontra sur son chemin des temples de Mercure composés de deux pierres brutes qui en soutenaient une troisième : ne sont-ce pas tous les caractères du dolmen ?

Les dolmens, cependant, sont en général des tombeaux et non des autels,, comme on l'a cru longtemps ; les autels ne paraissent pas avoir eu cette forme de chambre ou de grotte; la plupart de ceux qu'on prétend reconnaître consistent en une table posée sur un ou deux blocs, ou même en un bloc informe portant sur d'autres blocs. Les pierres à bassins, dont on a beaucoup parlé, se rapporteraient à cette catégorie. On a voulu y voir des cuvettes avec des rigoles où coulait le sang de la victime. Le géant des dolmens, en Gornouailles, est ainsi couronné de bassins dont le plus grand a un mètre de rayon. La table, placée sur deux roches naturelles peu élevées, mesure onze mètres de long sur six de large et cinq d'épaisseur, et.pèse sept cent cinquante mille kilogrammes. Ce n*est pas là un vrai dolmen.

Quelques autels, plus extraordinaires, présentent une figure humaine sculptée en creux, sorte de moule où s'étendait la victime. Sous les tables de plusieurs dolmens, entre autres la célèbre

LOCHMARIAKER, GAVRINNIS. 9

Table des marchands, à Lochmariaker, on reconnaît des formes de hache à poignée, symbole primitif qui subsista jusqu'à l'époque romaine dans la formule funéraire sub ascid.

Les dolmens ou grottes funéraires sont souvent précédées d'allées couvertes qui en sont les avenues. Le diocèse de Munster, en Prusse, possède une de ces allées, où cent moutons peuvent s'abriter; mais il n'est pas besoin de sortir de France. Près de Saumur, existe encore entière une galerie longue de dix-sept mètres et haute de deux mètres vingt. ]m. largeur, hors œuvre , est de quatre mètres trente-cinq. Chacun des grands côtés n'est formé que de quatre pierres; une seule fait îe fond ; toutes sont inclinées vers l'intérieur. Quatre pierres encore composent le toit, et l'une d'elles, qui a sept mètfes, étant fendue dans toute sa longueur , est soutenue par un pilier isolé.

Les chiffres et les mesures oikt ici leur éloquence.

La plus longue de nos allées couvertes est à Essè (Ille-et-Vilaine), et la plus curieuse, près de Lochmariaker, dans la petite île de Gavrinnis. Vingt-trois pierres debout, juxtaposées, se rangent en murailles sous dis énormes dalles. Au fond, le reculement des parois forme une chambre un pea plus longue que large, oix l'on peut se tenir de- Uolent en linèa-

ments parallèles, ovales ou demi-circulaires, des vermiculations concentriques, des zigzags, des ornements en forme d'amandes, des cercles impliqués les uns dans les autres, qu'il serait plus difficile encore d'expliquer que de décrire. Cependant on voit distinctement des serpents et des coins ou haches sans manche.

On trouve maintenant d'assez nombreuses sculptures sur les monuments celtiques, mais Gavrinnis reste le plus remarquable sous ce rapport. Les dolmens à allées couvertes sont souvent et ont peut-être jadis été tous enfouis sous des monticules factices auxquels on donne le nom latin de tumulus : c'est là que l'architecture primitive de rOccident semble avoir dit son dernier mot; on y trouve quelquefois de véritables murailles faites de pierres superposées, des voûtes à peu près coniques en encorbellement, des allées transversales, des chapelles latérales , des transsepts , enfin des dispositions que nous retrouvons dans les hypogées ou excavations funéraires des Égyptiens. L'Angleterre et la France possèdent toutes deux de ces curieux échantillons d'un art qui se rapproche de nos procédés de construction. Un des plus intéressants est situé près de Caen , à Pontenay-le-Mar-' mion. Dix salles circulaires voûtées , larges de quatre à cinq mètres , communiquent toutes par des galeries à la circonférence du monticule ; en

TUMULDS. 11

fouillant le sol, on y a trouvé dés ossements humains.

Tous ces monuments, men-hirs, cromlechs, alignements, dolmens, allées couvertes et tumulus se rattachaient à un culte antique, auquel on a donné le nom de druidique, culte qui adorait la puissance suprême au sein de la nature sauvage, au milieu des forêts, des eaux, des rochers, et s'élevait à de hautes conceptions, mêlées de pratiques bizarres et cruelles. L'introduction des dieux latins dans les Gaules produisit un chaos dans la religion des Celtes. Toutefois, les druides tinrent bon et bravèrent longtemps le christianisme. Plusieurs conciles durent condamner ceux qui honoraient les arbres, les fontaines, les pierres, et ordonner la destruction de ces objets d'un culte traditionnel; nul doute que des druides et des superstitieux n'aient été brûlés comme sorciers. Le roi Chilpéric prononça les peines les plus graves contre quiconque ne détruirait pas les pierres sacrées qui couvraient nos campagnes. Plus tard, on tourna la difficulté, en consacrant au culte chrétien les monuments auxquels le peuple restait attaché, et des men-hirs furent surmontés de croix ou ornés de symboles pieux. Les dévotions aux sources de la Peur, de la Fièvre, les ex-voto suspendus aux branches de certains arbres, les croyances aux fées, aux follets, encore si répandues dans le

centre et Touest de la France, sont un legs de nos ancêtres. Essayons de nous en défaire sans détruire ce qu'ils aimaient. Faut -il abattre les grottes où demeuraient les fées pour ne plus trembler devant elles ?

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