LES PYRAMIDES
de Chéops et à la couvrir de cette montagne factice, qui mesure cent quarante six mètres de haut sur deux cent trente de côté. Toute en pierres de trente pieds parfaitement ajustées, la grande Pyramide s*élève jusqu'au faite en gradins égaux, jadis dissimulés sous un revêtement rougeâtre qu'Hérodote put voir encore, tout couvert d'inscriptions; ses faces étaient unies comme des miroirs, et sa pointe aiguë, inabordable, semblait couper Tazur; aujourd'hui elle est terminée par une plate- forme,'* œuvre du temps.
Les Pyramides, posées, à deux lieues du Nil et du Caire , sur les premières assises de la chaîne libyque , encore exhaussées par leur base , dominent au loin l'horizon. On les voit de dix lieues; elles reculent sans cesse et l'on se croit toujours à leur pied ; « enfin Ton y touche, et rien, dit Volney, ne peut exprimer la variété des sensations qu'on y éprouve. La hauteur de leur sommet, la rapidité de leur pente, l'ampleur de leur surface, le poids de leur assiette , la mémoire du temps qu'elles ont coûté , ridée que ces immenses rochers sont l'ouvrage de l'homme si petit et si faible, qui rampe à leurs pieds : tout saisit à la fois et le cœur et l'esprit d'étonnement, de terreur, d'humiliation, d'admiration, de respect. »
Si l'impression est déjà grande au pied de la pyramide , lorsque le spectateur, face à face avec
cette masse énorme , voit les angles et le sommet échapper à sa vue, c'est seulement à la ctme qu'on prend une juste idée de l'ensemble et que l'attente est dépassée par le spectacle. De là , on verrait à douze lieues de distance, si la vue pouvait y atteindre. Une pierre lancée du fâtte avec la plus grande force ne tombe qu'à grand'peine à la base ; une illusion d'optique l'éloigné considérablement au début de la course et l'on s'attend à la voir tomber très-loin; mais bientôt l'œil qui la suit croit la voir revenir à lui, décrivant une courbe rentrante.
L'intérieur de la grande Pyramide semble plein. On n'y a encore découvert qu'une longue galerie , plus petite en proportion que le travail d'une taupe sous un sillon. Une ouverture imperceptible, placée à quatorze mètres et demi au-dessus de la base , donne accès dans une suite de couloirs obscurs. Notons en passant une inscription française qui rappelle notre expédition d'Egypte. Le trajet est long et périlleux, la chaleur extrême, l'air épais et étouffant ; on avance le dos courbé, les pieds posés sur d'étroits rebords au-dessus d'un abîme noir. A cet affreux chemin , succède une galerie basse où Ton rampe sur une pente roide ; puis un puits sans parapet et qu'il faut tourner. Enfin , poussé, tiré, plié en deux pour éviter les chocs, porté même sur de robustes épaules, on traverse la chambre dite