‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 81 sur 110 · LE DÔME DE MILAN · texte numérisé non relu

LE DÔME DE MILAN

un vrai joujou pour des enfants de géant. » L'intérieur est plus austère. Ses cinq nefs sont soutenues par des piliers octogones flanqués de colonnes et couverts d'immenses chapiteaux à statues plus grandes que nature. Les voûtes, belles et hardies, sont à quarante-six mètres du sol. Tout dans cette construction, qui mesure cent soixante mètres sur cinquante-six, est de marbre blanc, on n'y trouverait pas un morceau de bois. Les combles ne sont pas une des parties les moins curieuses du monument. De nombreuses aiguilles les couronnent ; la principale s'élève à plus de cent mètres; sa pyramide, en filigrane de marbre blanc, porte une grande statue de la Vierge. On y monte par un escalier d'où l'on découvre des aspects variés sur toute la plaine de la Lombardie. Vers le nord, les Alpes découpent nettement leur dentelure blanche sur l'horizon bleu ; au sud et à l'ouest l'Apennin aligne ses sommets roux. L'espace qui s'étend entre les montagnes semble un océan de verdure, diapré çà et là de points. blancs qui sont des villes et des villages.

Commencé en 1386, sous Jean-Galéas Vîsconti , par des architectes allemands et français, continué pendant 474 ans, presque achevé par Napoléon, ce grand édifice, moins beau qu'extraordinaire, n'est cependant pas encore terminé.

Que d'admirables moniunents nous laissons de

côté! Et les paJais-forteresses de Sienne et de Florence, ettant d'églises, et la Chartreuse de Pavie, et surtout ce fameux palais ducal de Venise où le goût sarrasin et le style grec se mêlent si délicieusement au gothique orné I Cette première renaissance a tant de charme et de grâce I Mais voici que l'esprit nouveau tend de plus en plus à se dégager du moyen âge, pour s'inspirer de l'antiquité* San- Gallo, Bramante, Michel-Ange, vingt autres, couvrent Rome de palais et d'églises qu'il nous Êiut parcourir et juger.

§ 2. Renaissance du xvi* siècle. Les palais de Rome : le palais Massimi, le Dé Famèse, Saint-Pierre de Rome.

La plupart des palais dont les plus fameux architectes du seizième siècle ont rempli Rome et ses environs, n'égalent point, d'ordinaire, en originalité pénétrante, les monuments qui leur sont antérieurs d'un ou deux siècles. Le plus souvent, lorsqu'on cherche à les désigner par leur caractère propre et leur physionomie, la mémoire ne fournit que des noms et des traits confus : palais Doria, palais Ghigi, palais Barberini que de Brosses tenait en grande estin^e , toutes demeures magnifiques, pompeuses, mais dont les richesses intérieures éclipsent les beautés architecturales. Ce

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sont des musées, et le souvenir, forcé de faire un choix, préfère aux colonnes, aux frontons et aux corniches les tableaux et tes statues, plus humains et plus saisissants. La noble masse flarentine du palais de Venezia, élevé en U64 sur les dessins de Julien deMMano, la colonnade intérieure du palais de la Chancellerie, ouvrage de Bramante , la cour des Loges, au Vatican, disposée et décorée par Raphaël, enfin le portique ingénieux du palais Hassimi et le célèbre palais Farnèse, voilà àpeu près le compte de ce qui laisse aui yeux une impression durable.

Le palais Massimi, objet de l'admiration et de l'étude assidue des architectes, montre ce que le talent peut faire d'un espace irrégulier et étroit. Sa façade courbe donne entrée dans un vestibule dorique et dans trois cours d'une exquise élégance. Élevé vers 1532, il passe pour le chef-d'œuvre de Baldaasare Peruzzi, de Sienne, qu'on a surnommé le Raphaël de l'architecture.

Le palais Farnèse est le plus beau et le plus superbe palais de Rome. Sa figure est un carré parfait, ce qui le hit appeler communément le Dé Farnèse. Chacune des quatre faces est percée de trois rangs de croisées. Par la grande porte extérieure on entre dans un vestibule orné de douze colonnes doriques de granitteontées sur des bases.

L cour est exactement carrée; elle est décorée

dans son pourtourde troisordres, dorique, ioniqne, corinthien, superposés. Les deux premiers supportent les arcades de portiques à jour; des pilastres séparent les fenêtres.

Un magnifique escalier conduit à la galerie da premier étage, dont la voûte a été peinte à fresque par Ânnibal Carrache et ses élèves. C'est une décoration splendide et que Poussin rapprochait des œuvres de Raphaël.

Antonio de San-Gallo, le premier architecte qui ait attaché son nom au palais Farnèse, en dessina le plan pour Paul III, lorsque ce pontife n'était que cardinal. Il éleva la façade principale jusqu'au second étage ; on remarque que la porte d'entrée ne répond pas à l'importance de Tédifîce; c'est qu'elle était construite lorsque Paul III, devenu pape, eut l'idée d'élargir la façade. En 1544, le couronnement du palais fut mis au concours, et un projet de Michel-Ange l'emporta sur les dessins de San-Gallo lui-même. On suppose que Michel -Ange se fit aider par Vignole. C'est à cette collaboration d'un génie incorrect etd'un talent classique qu'est due la corniche étonnante, admirée des architectes et des voyageurs.

Algnole succéda à Michel-Ange, mort en 1564; Jacques de la Porte acheva en 1589 la façade postérieure du palais, digne aussi d'être vue. La construction est en briques ; l'entablement , les ban-

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deaux, les bossages, les croisées, colonnes et frontons, sont en travertin qui provient en partie du Colysée et du théâtre de Marcellus.

Il ne manque pas, à Rome, de belles églises de la Renaissance et de l'âge moderne. Mais elles ne présentent ni l'intérêt des basiliques anciennes, plus ou moins restaurées, ni la grandeur de nos cathédrales romanes et gothiques. Ste Marie des Anges, St-Louis des Français, le Jésus, où travaillèrent Michel-Ange, Jacques de la Porte et Vignole, sont assurément remarquables, soit par leur grandeur, soit par leur façade et surtout par leurs ornements plus fastueux que beaux. Mais il est inutile d'en parler quand la basilique de St- Pierre est là, qui les dépasse dans leurs qualités les plus éclatantes et les égale parfois dans leurs défauts.

L'ancienne basilique de St-Pierre menaçait ruine depuis longtemps, lorsque Jules II chargea Bramante de la reconstruire. La première pierre fut posée en grande pompe le 18 avril 1506. En 1514, les hémicycles étaient terminés, et l'on avait voûté les quatre grands arcs destinés à porter le dôme (car le dAme avait été conçu par Bramante.) Bramante, arrêté par la mort, eut pour successeurs Giocondo, Julien de San-Gallo, Raphaël, Peruzzi, Antoine de Son-Otllo. On était arrivé à l'année 1546. jet non-seulement rien n'était terminé, mais même

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on était indécis sur ce qu'il y avait à faire. Ces alors que sur les instances du pape, Michel-Angi âgé de soixante-douze ans, consentit à grand'pein à reprendre les travaux en désarroi. Ses prédéce^ seurs avaient toujours hésité entre la croix latin et la croix grecque ; il se décida pour celle-ci, peu sant avec raison qu'il fallait faire de la coupole 1 centre de l'édifice. A l'époque de sa mort (1564,: avait près de quatre-vingt-dix ans), le tambour d dôme était élevé ; il restait à construire, d'aprè ses dessins, la double voûte sphérique, la branch antérieure de la croix et le portique de la façade La coupole ne fut terminée que sous Sixte- Quini Charles Maderne, chargé par Paul V d'achever, su un plan nouveau et plus conforme aux nécessité liturgiques, la nef et la façade, changea en croi: latine la croix grecque de Michel-Ange, par Taddi tion de trois travées, et appliqua à la basilique aiiu prolongée ces portiques superposés qui lui donnen l'apparence d'un palais. Enfin le Bernin, avec ui véritable génie, enferma cette fastueuse perspec tive dans deux colonnades courbes qui entouren une vaste place décorée de deux fontaines monu mentales et d'un grand obélisque.

« La construction de Saint-Pierre de Rome abstraction faite des sacristies et de nombreuse; mosaïques exécutées dans le cours du dix-huitièm< siècle, a duré plus d'un siècle et demi; a vu passeï

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