LE CAMPANILE DE FLORENCE
boutants, ni d'armature de fer, ni de pilier central, artifices proposés par ses concurrents. On le traita de fou; mais faute d'autre projet praticable, il fallut bientôt le rappeler, et le prier d'exécuter son plan, qu'il ne voulut montrer à personne. Il avait alors un peu plus de trente ans. La construction de son dôme l'occupa toute sa vie, concurremment avec beaucoup d'autres ouvrages fameux, et lorsqu'il mourut, le couronnement n'en était pas encore achevé. On l'exécuta sur ses dessins. Ainsi fut élevé le premier dôme proprement dit; jusque-là les coupoles n'étaient que la toiture circulaire, plus ou moins élégante, d'une salle ronde ou polygonale ; dès lors les dômes furent des édifices plantés sur le vide, au-dessus de l'édifice inférieur. Plus tard. Bramante et Michel-Ange parlaient d'élever le Panthéon d'Agrippa sur les voûtes du temple de la paix. Ils avaient été prévenus par Brunelleschi.
A droite de la cathédrale, s'élève le campanile isolé, ouvrage de Giotto, tour carrée, demi-gothique, et qui serait austère sans le revêtement polychrome qui donne une physionomie particulière à tous les monuments de la Toscane. Ses formes sont d'une simplicité extrême, et l'on ne peut dire qu'il n'ait été surpassé. Cependant par ses belles proportions et sa hauteur (81 mètres), il accompagne bien la façade de San
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drait un pendant. L'église paraîtrait comme un temple égyptien flanqué de deux obélisques géants.
Le célèbre baptistère dont Ghiberti a sculpté les portes de bronze, et qui fut construit, durant la période latine, sur les fondations et avec les débris d'un temple antique, complète la décoration de la place du Dôme. On y voit des chaînes de fer, trophée rapporté de Pise en 1502, de Pise définitivement vaincue par Florence, aussi bien dans la sphère de l'art que dans celle de 1^ politique.
Tandis que le Gothique tendait .à disparaître de l'Italie centrale, sur la un du quatorzième siècle, il se maintenait en Lombardie, prodiguant toutes ses richesses dans la cathédrale de Milan. Mais cet édifice, malgré sa magnificence, sa grandeur et sa renommée, ne peut entrer en comparaison avec les merveilles du Gothique français. Telle est Fimpression de la plupart des voyageurs. « De loin, écrit Heine, on le dirait de papier blanc découpé; on approche, et l'on est stupéfait en reconnaissant que cette découpure est d'un marbre incontestable. Les innombrables statues de saints qui couvrent tout Tédifice, regardant dans toutes les directions sous leurs petites niches gothiques, et fichées bien haut sur toutes les aiguilles, forment un peuple à en troubler l'esprit. Quand on considère cet ouvrage un peu longtemps, on finit par le trouver tout à fait joli, colossalement mignon.