LE THÉÂTRE DE BORDEAUX
ments; subsiste encore dans son état primitif. Ces tours sont un peu plus hautes que celles de Notre- Dame; mais il s'en faut bien qu'elles aient leur majesté.
Tel qu'il est aujourd'hui, et bien qu'il ne réalise plus toute ridée de son auteur, le péristyle de Saint-Sulpice, avec ses escaliers de seize marches, ses deux ordres de colonnes doriques accouplées en profondeur et de pieds-droits à colonnes Ioniques, avec ses architraves au premier étage, ses archivoltes au second, et ses deux tours d'angle, demeure exempt de la mesquinerie justement reprochée aux églises du dernier siècle.
Les mœurs nouvelles, incapables d'inspirer les constructions religieuses, encourageaient au contraire l'architecture mondaine des hôtels et des théâtres, art qui n'a point dit son dernier* mot et qui dotera sans doute notre siècle de quelques édifices originaux et bien entendus. Nous avons vu déjà Gabriel construire à Versailles une brillante salle de spectacle. Bordeaux nous présente avec fierté son théâtre, élevé vers 1780 par l'architecte Louis : c'est un carré long de cinquante mètres sur quatre-vingt-dix, entouré d'un beau péristyle soutenu par des colonnes et des pilastres corinthiens ; au-dessus de la façade règne une balustrade ornée de statues. L'intérieur comprend une salle de concerts et une salle de spectacle. Celle-ci est d'un bel
aspect ; et son ellipse, avec ses douze grandes colonnes composites et ses balcons dorés, bien qu'on lui reproche de ne pas favoriser le gracieux étalage des toilettes féminines, ne manque ni d'élégance ni d'originalité. Mais les plus belles parties du théâtre de Bordeaux sont assurément le café, le vestibule et l'escalier.
Le grand et magnifique escalier, ainsi parle M. Léonce Reynaud, s'avance, entièrement découvert, au centre d'un vestibule embrassant plusieurs étages dans sa hauteur. Il est accompagné d'élégantes galeries. Les deux rampes supérieures se retournent à angle droit sur la première pour aboutir à deux vestibules opposés. L'effet de cette disposition est séduisant, surtout aux jours de bal et à la sortie des représentations qui ont le privilège d'attirer la foule.
Seize colonnes cannelées soutiennent le plafond du vestibule; les ornements, distribués avec autant de grâce que de noblesse, saisissent le spectateur d'admiration.
La belle ordonnance des bâtiments qui entourent le jardin du Palais-Royal, à Paris, fait encore honneur à Louis. Les hauts pilastres cannelés sont pleins de légèreté et de richesse ; la courbe des arcades, un peu surhaussées, parait beaucoup moins monotone que les demi-cercles de la rue de Rivoli.