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DE LA CRÉATION. 61 coordonné l’ensemble , et a laissé aux causes secondes la direction des détails.
Apropos, dit Victor, vous avez oublié de nous parler de ces voyageurs aériens qui prétendent se diriger dans l'air avec leurs ballons, comme s'ils étaient sur une grande route dans une bonne voiture. — Jusqu'à présent , ils n’y ont pas réussi, et plus d’un de ces voyageurs audacieux a payé de sa vie la témérité de ses prétentions. Il y a même peu d’années qu’une dame , appelée Blanchard, qui passait pour une des plus intrépides aéraunautes , tomba, dans son voyage aérien, Sur le toit d’une maison, à la vue des
nombreux spectateurs dont elle venait I, 2 CE
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62 LES MERVEILLES d’intéresser les plaisirs, et fut brisée sur le pavé sans qu'on eût pu trouver un moyen de prévoir ou d'empêcher sa chule.
Pour moi, dit Auguste, je trouve bien ridicule que des femmes aillent s’exposer à de pareils risques. N'est-ce pas, mon papa, que les occupations dangereuses ne doivent pas être pratiquées par les dames ? — de suis assez de ton avis, surtout lorsqu'il n’y à aucune nécessité. — Un homme, à la bonne heure, cela montre qu'on a du courage; el j'aimerais assez monter dans un ballon; je suis sûr que je n'aurais pas peur. — Je ne souhaite pas fe voir exposé à une pareille
cpreu‘e, CE peut-être l'en lirerais-tu
DE LA CRÉATION. 63 moins bien que tu ne Je penses ? — Bah! mon papa, je n'ai jamais peur.
— Non; témoin le jour où le maçon qui raccommodait le toit de la maison te fit monter sur son échelle, et ne voulut pas te donner la main lorsque tu fus au dernier échelon, tu fis alors des cris épouvantables.— C’est que la tête me tournait. —Eh! crois-tu qu’elle ne te tournerait pas, si tu étais dans la nacelle d’un ballon? La vraie sagesse est de ne pas s’exposer à un danger dont on ne connaît pas les résultats , et, si la nécessité y a conduit, il faut conserver assez de sang-froid pour y opposer tous les préservatifs possibles.
Mais voyons encore d’autres bien-
faits dus à l’élément dont nous parlions tout-à-l’heure; c’est lui qui fait tourner les moulins qui fournissent à notre nourriture ; il tempère les grandes chaleurs de Fété, et nous les rend plus supportables. Vous avez sans doute remarqué quelquefois que, quand il doit y avoir des orages, à peine on peut respirer; les animaux mêmes semblent être soumis à cette triste influence; ils bêlent, mugissent, et expriment , chacun à eur manière, combien ils souffrent par la pesanteur de l'élément, qui fournit à peine dans ce momentau besoin de la respiration.
Sans la coopération de l'air, toutes
les créatures animées cesscraienk
d'exister ; c’est donc a bien jnste titre
DE LA CRÉATION. 63 qu'on lui à accordé le nom d’élément.
Papa, dit Gustave, cet élément est moins beau que les autres, car il échappe à nos sens, puisqu'on ne peut ni le voir, ni le toucher, quoique on en sente l'impression. — On peut cependant l'enfermer, le comprimer, le décomposer. — Gomment cela ?
puisqu'on ne peut pas le saisir ? — Voilà avantage que donnent les cciences ; elles font découvrir les moyens d'utiliser tout ce qui existe dans la nature , et d'expliquer ce qui, sans elles, nous paraît incompréhensible ; mais ces découvertes n'ont eu licu qu'après d'immenses recherches.
Parle moyen d’une de ces sciences, apr
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66 LES MERVEILLES pelée chimie, on est venu à bout de décomposer air, de lui donner de la fixité, et de le faire entrer dans les moyens que la médecine emploie pour guérir. — Je voudrais bien savoir comment tout cela s'opère. — Si tu conserves le même désir lorsque tu seras plus grand , et que tu auras fait des études suivies, que tu Le seras particulièrement attaché à approfondir quelques sciences, tu pourras trouver dans la physique et la chimie une grande variété d’amusemens: mais, pour faire toutes ces expériences, il faut des machines, des appareils coûleux qui ne sont pas faits pour votre âge ; san , ils ne serviraient à
rien, puisque vous n'avez pas les con-
DE LA CRÉATION. 67 naissances qui sont nécessaires pour s’en servir.
Je n’ai que dix ans, dit Victor, et il me faudra attendre bien long-temps pour apprendre toutes ces belles choses; c’est bien dommage, car le plus grand plaisir que je pourrais éprouver serait d’être savant : je le préférerais d'être missionnaire. M. de Lormeuil sourit à l'enthousiasme de son fils en faveur de la science, et, reprenant son instruction ; il continua à parler des élémens.
Récapitulons , dit-il, ce que je n'ai
fait que vous expliquer d’une manière bien succincte , mais assez cependant | pour vous en donner une légère idée.
Les quatre éfémens sont des corps
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En 243
68 LES MERVEILLES primitifs qui entrent dans la compo-
siion de tout ce qui existe; c’est pour-
quoi ils ont acquis le nom d’élément ; ct, par leurs différentes combinaisons, on en a tiré ces combinaisons variées que la nature nous présente à l'infini.
Papa , dit Auguste , pourrait - on réunir les quatre élémens d’une manière visible? — Sans doute; et les physiciens ont accompli ton idée par une invention que l’on nomme fiole élémentaire. G’est un vase qui contient les matières propres à représenter les quatre élémens. Ces matières sont tellement différentes en poids et en.
figure , que, quand on les mêle par une violente agitation, on voit, pour
un peu de temps, un véritable chaos;
DE LA CRÉATION. 69 mais, lorsqu'on cesse d’agiter ces substances, chacune retourne au poste qui lui est assigné. — Oh! que cela doit être drôle, de voir ainsi les quatre élémens danser dans une bouteille!
Nous conviendrons donc que la terre est le plus solide des élémens, mais qu'il ne produirait rien sans le concours des autres ;
Que l’eau est un corps sans couleur, transparent, inodore, qui à la propriété de mouiller tout ce qu'il touche, parce qu'il est ordinairement fluide, je dis ordinairement , parce que , lorsque l’eau est glacée , elle a perdu sa fluidité.
Et alors je ne vous parle que de
l’eau simple, telle que celle des ri
vières , des fontaines, des puits, car je vous ai légèrement parlé des eaux composées ou minérales, qui prennent leurs qualités des matières sur lesquelles elles passent.
Le feu est regardé comme le principe de la lumière et de la chaleur ; il peut donner l’un et l’autre en même temps , et produire l’un des deux effets sans être la cause du second : c’est à dire que le feu peut donner de la lumière sans chaleur, et de la chaleur sans lumière. Le feu est dans la composition de tous les corps, et les hommes, pour l’approprier à leurs besoins, ont inventé les moyens de le faire pa-
raître , soit par le choc ou le frotte-
ment des corps durs, ou le mélange
DE LA CRÉATION. ñ de certaines liqueurs; des miroirs qui réunissent plus facilement, par leur forme , les rayons du soleil , sont encore un des moyens que l'industrie des hommes a imaginé pour commander, en quelque manière , à cet élément.
Lorsque le feu est caché dans les corps, il y est paisible et dans une sorte d'inertie ; mais, s’il agit visiblement ; il consume et dévore tout ce qu'il atteint et qui à des qualités combustibles, c’est-à-dire qui s’émbrase facilement , comine le bois, la tourbé, les corps gras; mais vemarquez atissi que, pour faciliter laction du feu, 1 faut le concours de l'air.
L'air est aussi un fluide mobile,
inodore , sans couleur, et transparent au point d’être invisible. Nous l'aspirons et le respirons continuellement ; il n’affecte point nos sens , excepté le toucher, et il est répandu autour de nous jusqu’à une ceriaine hauteur que l’on évalue de dix-huit à vingt lieues.
C’est un des agens les plus considérables et des plus universels qu'il y ait dans la nature, tant pour la conservation de la vie des animaux, que pour la production d’une infinité de phénomènes qui existent. Mais, si l'air a des qualités vivifiantes pour tout ce qui est organisé, par un second bienfait de la Providence , il en a de destructives et d’absorbantes pour les
corps désorganisés.
DE LA CRÉATION. 73 Vous venez de voir quelseffets mer-
veilleux résultent de lharmonie des élémens: ils ont tous un besoin mutuel les uns des autres. La terre serait stérile sans l’eau , l’eau perdrait sa fluidité si le feu l’abandonnait, et sans l'air, le feu ne pourrait conserver son aclion.
C'est aussi l'air qui nous transmet les sons; s’il n'existait pas, l’ouie serait un organe inutile ; les semences demeureraient dans le sein dela terre sans se développer ; sans lui, point d'existence sensitive.
Mais en voilà bien assez sur des objets dont un plus grand développement serait au-dessus de votre intelligence ; je crains même d’avoir trop prolongé
cet entretien.
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Oh! non, mon papa, je vous assure, dit Victor, en sautant au cou de son père, je suis le plus jeune, et sans doute celui dont l'intelligence est la moins avancée, eh bien, j'ai pris beaucoup de plaisir à vous écouter ; cela fait que je pourrai entendre au moins parler de ces choses avec intérêt, et les comprendre , au lieu que j'aurais été honteux de ne pouvoir pas répondre à une question aussi simple que celle de demander qu'est-ce qu’un élément? Il y a bien des choses qui m’embarrassent souvent, quoique en apparence elles soient toutes simples, et je trouve si amusant tout ce qui tient à l’histoire naturelle, que, si vous
aviez la bonté de nous donner quel-
ques explications sur les merveilles qu’elle renferme , vous a2ous rendriez bien heureux ; je dis nous, car je suis bien sûr que mes frères pensent comme moi.
Auguste et Gustave ayant donné leur approbation à ce que venait de dire Victor, M. de Lormeuil accéda au désir de ses enfans, et il fut convenu que, pendant toute la belle saison, on consacrerait deux jours de la semaine à parler des objets sur lesquels ils paraissaient curieux de s’instruire.
Ce sera un moyen, ajouta M. de Lormeuil , de vous pénétrer, mes enfans, de la reconnaissance que l’homme
doit à Dieu, car, en approfondissant
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toutes les merveilles dont il a enrichi l’homme , toutes les jouissances qu’il a mises à sa disposition, tous les trésors dont il l’a rendu maître, qui pourrait être assez ingrat pour ne pas rendre à un si généreux bienfaiteur le juste tribut d’hommages que l’on doit encore plus à sa bonté qu’à sa puissance ? (
Comme l'heure était avancée, la petite famille , qui avait employé son temps si agréablement, reprit gatment le chemin de la maison, non sans disserter, pendant le trajet, sur tout ce qu'elle rencontrait, et qui avait quelque rapport avec ce que M. de Lormeuil venait de lui dire. Ce
bon père eut la satisfaction de voir
DE LA CRÉATION. =7 que, sans fatiguer n1 ennuyer ses enfans, il en avait été parfaitement compris.
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