‹ Les merveilles de la créationChapitre 14 sur 56 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Vicror, qui avait moins de présomption qu’Auguste et plus le désir de s’instruire que Gustave, fut le premier à rappeler à son papa la promesse qu’il avait faite quelques jours auparavant. Se prêtant avec complaisance à cette demande, qui le flattait intérieurement, parce qu'il y voyait le désir de s’instruire, il prit avec ses enfans le chemin d’une prairie charmante , traversée par un ruisseau limpide, garni Sur, $es bords de deux

rangs de saules. La fraicheur du ga-

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DE LA CRBATION. 59 zon, les agrémens du lieu, imspirèrent d’abord le désir d'y courir ‘et de s'y amuser, en se livrant à différens jeux de leur âge, Mais, quoique Victor se für laissé entraîner: au plaisir de sauter et de courir, il ne perdait pas de vue le but principal de la promenade; et, s’asseyant aux pieds de son papa, il lui rappela d’un ton caressant la promesse qu'il avait faite précédemment à.ses enfans. | Mes bons amis, dit M. de Lormeuil à Auguste et Gustave, qui avaient suivi l’exemple de Victor, je n'ai que l'embarras du choix, dans les sujets dont je voudrais vous entretenir ; la puissance de Dieu à tellement mul-

tiplié les merveilles de la création,

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€o LES MERVEILLES que presque toutes ayant un égal degré d'intérêt, on ne sait par où commencer, et j'ai bien envie de m’en rapporter à vos désirs pour savoir quel est le sujet que nous voulons traiter aujourd’hui. Surtout, si j’ai manqué mon but, et qu’au lieu de vous amuser je ne cause à votre intelligence que de la fatigue, dites-le-moi avec cette franchise que je vous permets.

Eh bien ! Auguste, tu es l’aîné; dis ton avis le premier. De quoi voulons-nous causer aujourd’hui ? — Une chose m'a quelquefois étonné, c’est d'entendre parler souvent des régnes de la nature; voulez-vous nous expliquer, mon papa, ce que cela veut dire ? — Volontiers ; mais comme au-

jourd’hui je suis à la discrétion detes

frères comme à la tienne, il faut bien que je les consulie. À toi, Gustave?

— Moi, j'aimerais à connaitre ce que je suis, et par conséquent je voudrais bien que vous nous entretinssiez de ce qu'est l'homme. — À merveille.

Et à toi, mon Victor ? — Oh! comme j'aimerais savoir comment viennent les plantes, et à quoi elles sont bonnes!

Eh bien! mes enfans, ce que vous me demandez séparément rentre dans la première question d’Auguste, car on a divisé toutes les productions de la nature en trois règnes , appelés ainsi pour mettre plus d'ordre dans les différentes classifications des objets

qu’ils renferment. Le premier esi ap-

82 LES MERVEILLES pelé règne animal ; il comprend tous les êtres animés qui respirent et ont du mouvement. Ainsi tu vois, Gustave, qu'en te parlant de ce règne, nous arriverons naturellement à parler de l’homme , puisque tu désires le connaître.

Le second règne s'appelle vésétal ; il comprend tout ce qui prend de l'accroissement , se développe, se reproduit par les racines qui sont dans la terre ; les plantes , les fleurs , les arbres , sont compris dans cette nomenclature. Ainsi, mon Victor, lorsque nous en serons à celle partie, ta curiosité sera salisfaite, puisque nous aurons à parler d’une science appelée

botanique, qui est précisément celle

DE LA CRÉATION. 85 qui apprend à connaître les plantes et leurs propriétés.

Le troisième règne, appelé minéral, est celui qui comprend toules les matières contenues dans les entrailles de la terre, comme lesmétaux, les pierres, les marbres, les mineraux, tels que le soufre, le charbon de terre ou houille, et une quantité d’autres objets dont la dénomination tiendra sa place lorsque nous en serons à ce règne.

En commençant la description rapide du règne animal, nous meltrons en tête l’homme, comme étant le rot de l'univers, car tout sert à nous démontrer que la bonté du Gréateur l’a

placé, par l'excellence de sa nature,

bien au-dessus des autres espèces. La différence qui existe entre l’homme et les animaux est immense, puisque c’est.un êlre qui sent, qui pense, réfléchit, invente et travaille. Aucun élément ne létonne ou l’effraie; aucun climat n’arrêteses pas; sa volonté sait franchir tous les obstacles, braver toutes les difficultés ; il vit en société d’après les lois qu'il s’est faites ; il est le seul des animaux qui se soutienne perpendiculairement sur ses deux jambes, et le seul aussi qui ne soit pas vêtu par la nature, comme si le Créateur avait compté sur l’intellisence dont il Pavait pourvu , afin qu'il pût donner l'essor à son industrie , et

faire ces ingénieuses découvertes , ces

DE LA CRÉATION. S5 inventions merveilleuses qui ont amené pour lui les recherches du luxe et les jouissances de tout ce qui devait le faire paraître d’une manière plus somptueuse , ou l’entourer de tout ce qui lui paraissait plus commode.

Sa suprématie sur les animaux est incontestable , puisqu'il est doué de la raison, et que l'animal brute est un être sans raison ; aussi , l'homme le plus stupide suffit pour conduire le plus fort et le plus spirituel des animaux. L'homme lui commande, le fait servir à son usage, el l'animal obéit.

Il y a une chose qui me fait de la peine , dit Gustave, c'est que les petits

des animaux n’ont pas besoin qu'on À 3,

leur apprenne à marcher , tandis que les enfans sont incapables de se remuer ou de pourvoir à leur subsistance pendant bien long-temps. — Ta remarque tendrait à accuser le Créateur d’avoir traité l’homme avec ri:

gueur , tandis qu'il a fait tout pour lui. — Excepté qu'il n'aurait pas dû le faire venir au monde souffrant ; car je me rappelle que quand Victor naquit , pendant plus de trois semaines.

il ne fit que crier; je demandais ce qu'il avait; on me disait que c'était des coliques qui le tourmentaient ainsi ; je n'ai jamais vu les petits chats que fait noire Minette tous les ans, crier ainsi ; au bout de quinze jours ,

ils courent tout seu:s : ils sont donc

DE LA CRÉATION. 87 mieux traités que nous ! — Ton argument n'est pas sans réplique , mon ami , car s’il y a des enfans qui souffrent , il y en a aussi beaucoup qui ne souffrent pas ; cela tient au genre de nourriture que leurs nourrices prennent : les animaux ont, pour les guider dans ce choix, ce qu’on appelle l'instinct. Ce sentiment , qui naît avec eux, tend à leur conservation, les dirige dansla nourriture qui leur est propre. — Et pourquoi l’homme n’atil pas le même instinct ? — Tu vois que tant que sa raison n’est pas développée , l'instinct le porte à saisir le sein de sa nourrice , et à en exprimer le lait qui doit lui conserver l'exis-

tence. Si on lui présente une autre

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nourriture , il n'accepte que celle qui est en rapport avec la faiblesse de ses organes; lorsque la raison l’éclaire, que sa volonté lui laisse la liberté de choisir , il en use à son gré : et pourrais-tu regretter qu’il fût doué du privilége de se diriger autrement que par une impulsion indépendante de sa volonté? C’est alors qu'il entre au contraire, en possession de la plus belle de ses attributions. Quant à la durée de sa dépendance, dont ses besoins et sa faiblesse lui font une loi, elle est proportionnée à la durée &e son existence ; et puisqu'il t'a plu de prendre un petit chat pour point de comparaison , suivons cette compa-

raison de ton choix.

DE LA CRÉATION. 89 L'animal que tu me cites, ne prolonge guère sa vie au-delà de sept ou huit ans , tandis que celle de, l'homme va quelquefois jusqu’à cent. di n'y à aucune différence dans les époques de la vie des animaux ; tout se borne pour eux à naître, se reproduire et mourir ; l’existence de l'homme a au contraire quatre époques bien disüinctes, l'enfance, où sa faiblesse etson inexptrience le rendent tribulaire de tout ce qui l'entoure, l'adolescence , époque où il semble s’essayer à vivre , où il commence à sentir toute la douceur des sentimens qui unissent les hommes , et font le charme de la sogiélé ; il peut apprécier les délices de l'amitié , les charmes de la confiance ,

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l'intérêt qui est attaché à la bienfaisance , la douceur que procure la pratique d’une vertu; c'est surtout à ce moment où s'établit cette ligne immense de démarcation qui sépare l’espèce humaine de toutes les autres espèces d'animaux; ce ne sont plus seulement ses sensations qui se développent , mais ses sentunens, ses affections , ses besoins immédiats ; cette faiblesse absolue, cette indépendance totale que tu regrettes pour la première enfance , sont cependant les causes qui établissent les liens touchans, ces rapports si intimes , celte tendresse si vive qui existe entre une mère etses enfans. Remarque que

l’amour et la sollicitude des animaux

DE LA CRÉATION. gl disparaissent dès que leurs petits n’ont plus besoin d'eux ; ils ne les reconnaissent seulement plus, et n’établissent aucune différence entre eux et tous les animaux de leur espèce; les soins qu’ils en ont reçus, la sollicitude qui protégeait leur faiblesse n’était donc qu’une suite de linstinet qui tend à la conservation de l’espèce.

Vois au contraire cette mère si dévouée , qui a consacré tant de nuits à son nourrisson malade; la peine qu'elle a prise pour lui, n’a fait que développer davantage son amour maternel; c’est dans son premier sourire, dans sa première caresse où elle trouvera la récompense de ses soins; et

lorsque le sentiment de la reconnais-

92 LES MERVEILLES sance, plus développée , inspirera - à l'enfant tout ce qu'il doit à sa mère, lorsque les soins de l'instruction succéderont à ceux qu’elle prenait uniquement pour lui conserver la: vie ; que léducation viendra ajouter de nouveaux bienfaits à ceux qu'il a déjà reçus, crois-tu que cet échange de tendresse mutuelle ne signale pas d’une manière victorieuse la prééminence de l’homme sur la brute?

L'âge mûr arrive ensuite ; C’est celui où l’homme est arrivé à l'état de perfection physique et morale , il jouit à son tour du bonheur d’avoir une famille , et lui prodigue les mêmes soins qu’on lui a prodigués.

La vieillesse arrive enfin; elle rap-

DE LA CRÉATION. 95 pelle à l’homme , par l’affaiblissement progressif de ses forces, qu'il doit s’occuper du moment du départ, el que bientôt il retournera dans le sein de son créateur, trouver la récompense des verius qu'il aura pratiquées sur la terre , ou recevoir la punition des mauvaises actions qu’il aura commises.

Le globe que l’homme habite est couvert des productions ou des ouvrages de son industrie ; c’est lui qui met toute la terre en valeur ; son attitude indique qu’il est roi de l’univers , car elle est celle du commandement; sa têle regarde le ciel, et présente une face augusle, sur la -

quelle est empreinte le cachet de sa

04 LES MERVEILLES dignité ; l'excellence de sa nature perce à travers son enveloppe malérielle, et anime d’un feu divin les traits de son visage ; ses pieds touchent à la terre, et l’équilibre parfait qui résulte de ses mouvemens, n’est pasun des moindres prodiges que nous ayons à admirer. De

Si l’homme a la force et la majesté en partage , la femme n’a rien à regretter dans le lot qui lui est échu, puisque la Providence la richement dotée, en lui donnant pour apanage les grâces et la beauté.

Le règne animal se subdivise en beaucoup de classes desquelles font partie les bipèdes , ou animaux à deux

pieds , tels que les hommes et les oi-

DE LA CRÉATION. 95 seaux ; ies quadrupèdes, où animaux à quatre pieds ; les poissons qui vivent dans l’eau ; les amphibies qui vivent alternativement sur la terre et dans l’eau. Ces animaux tiennent pour ainsi dire le milieu entre les poissons et les animaux terrestres, etfls participent de leurs différentes natures. Les insectes dont le nombre est infini, et qu'il me serait difficile de vous faire connaître en détail , il me suffira de vous dire, pour vous en donner une légère idée, que les animaux classés parmi les insectes , n’ont ni ossemens, ni arêtes ; parmi les insectes , les uns ont des aïîles, les autres n’en ont point ; plusieurs subissent diflérentes

métamorphoses dans leur reproduc-,

tion , telles que les chenilles , qui deviennent papillons , les mouches qui produisent des vers ; il ÿ en a qui sont si petits , que, pour les apercevoir , 1 faut se servir d’un microscope. Papa } demanda Victor, qu'est-ce qu'un microscope? — C'est un instrument de physique, où, par le moyen d’un verre qui grossit considérablement les objets, on peut en distinguer non-seulement l’ensemble, mais les analyser.

As-tu remarqué les lunettes dont se sert la vieille Marie? — Oui, papa; elles font paraître grosses comme le petit doigt , des lettres qui ne sont pas plus grosses que la tête d’une épingle.

— Eh bien, suppose que le verre du

microscope grossit les objets vingt fois

ES ET En Sr RE ME 7 ud TAC A

SRE Ré

DE LA CRÉATION. 97 autant, etiu pourras en avoir une idée.

Il y a encore les animaux appelés reptiles , qui sont ceux qui rampent ; le nombre de leurs pieds varie selon leur espèce ; il y en a même qui n’en ont point, tels que les serpens; les animaux se divisent encore en ovtpares et vivipares, c’est-à-dire que les vivipares font leurs petits vivans ; les quadrupèdes sont tous vivipares ; les ovipares sont ceux qui se reproduisent par le moyen des œufs, et alors il leur faut encore un temps déterminé pour couver les œufs, les faire éclore, et leur communiquer la vie et le mouvement; les oiseaux, les insectes, les reptiles, les pois-

sons, sont presque tous ovipares.

Le cp

Mon papa, dit Auguste avec un air très-satisfait de la remarque qu’il allait faire, l’homme est vivipare, et cependant il n'est pas quadrupède ?

Tu ne te rappelles plus, mon ami, la première époque de ta vie, où tes mains secondaient tes pieds , qui n’avaient pas encore assez de force pour te soutenir ? lorsque tu allais à quatre pattes dans le salon, ne méritais-tu pas un peu le titre de quadrupède ?

__ C'est vrai : mais à présent? — Aussi l’histoire de l’homme mérite rait-elle une place à part; el quand vous serez grands , je vous ferai lire , mesenfans , ce qu’un homme célèbre, qui a honoré sa patrie par un ouvrage

:mmortel, a écrit à ce sujet ; M. de

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