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DE LA CRÉATION. 113 d'armée ; ce sont autant de chefs qui surpassent les autres en grosseur , et qui dirigent leur marche. Malheur alors à l’imprévoyance qui aurait pu oublier de mettre à l’abri de leurs attaques quelques provisions, car elles s'en emparent, êt se relirent. avec beaucoup d'ordre , en emportant leur butin.
Un jour, une armée de ces fourmis s’introduisit dans un château à.la pointe du jour; l'avant-garde entra dans la chapelle , où quelques nègres étaient encore endormis sur le plancher ; ils furent éveillés par les assaillantes, et effrayés par leur nombre , quoique leur arrière-garde n’eût pas
encore pénétré dans celte demeure ;
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ils mirent une longue traînée de poudre sur le sentier que les fourmis avaient tracé, ainsi que dans tous les endroits où elles éommençaient à se disperser. On en fit sauter ainsi plusieurs milliers qui étaient dans la chapelle ; l’arrière-garde, avertie du dan ver, fit tout-à-coup volte-face , et regagna son camp en toute hâte.
Les rats, et plusieurs autres animaux de la même grosseur, ne peuveñt éviter lés atteintes de ces fourmis ; elles se jettent sur leurs corps, les accablent de blessures , et les entraînent ensuite où elles veulent.
On prétend même; mais ici, je crois qu’on peut accuser d'un peu
d'exagération Les voyageurs qui racon-
DE DA CRÉATION. 135 tent ces faits ; On prétend, dis-je, que, dans une seule nuit, ces insectes redoutables sont capables de dévorer des chèvres et des moutons , dent il nérreste absolument que les os. Ces fourmis si redoutables sont blanches ; elles font leurs fourmilières élevées, en forme de pyramides, unies et cimeniées au - dehors ; elles n’ont qu'une seule ouverture, qui se trouve à peu près au tiers de la pyramide: dont les fourmis descendent sous/Lérre par UP rampe circulaire. À Surinam, aux grandes Indes , les. habitans voient arriver des armées de fourmis , qu'ils appellent vissteuses ; elles extermiment les rats , les souris, ct autres animaux
nuisibles ; aussi, dès qu'on les voit
paraître, on s’empresse d’ouvrir les coffres et les armoires, afin qu’elles puissent y pénétrer, et détruire les souris. Leurs visites sont moins fré-
quentes qu’on nele désirerait, car elles
sont quelquefois irois ans sans -pa-
raître. Si on les irrite par quelques contrariétés , elles se jettent sur lesbas et les souliers des agresseurs, et les mettent en pièces. Ces visiteuses sont aussi utiles et aussi désirées que les armées: de fourmis de Guinée sont redoutées. Si les fourmis d'Europe sont moins utiles, elles sont aussi moins cruelles envers les autres animaux.
Cependant, en Suisse et en Prusse, on en tire un grand parti contre les
chenilles ; et voici comme on sy
DE LA CRÉATION. 117 prend : si un arbre est infecté de chenilles, on enduit le bas du tronc de poiæ molle , et l’on accroche au haut de l'arbre un sachet rempli de fourmis, auquel on laisse une ouverture par où elles peuvent passer : elles parcourent l'arbre aussitôt, mais elles ne peuvent l’abandonner, parce qu'elles sont arrêtées par la poix gluante; pressées par la faim, elles se jettent sur les chenilles, les dévorent, jusqu’à ce qu'il n’en reste pas une seule.
J'aurais encore beaucoup à vous dire, mes enfans, sur la différence des espèces , la multiplicité des merveilles qu’elles opèrent; et vous pouvez juger, par ce léger aperçu, sur un
seul animal , si chétifet si petit, com-
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ni A4 ral. .s « M | + … L 4 AUS ù = + AT y Le: 1 s-T 7
118 LES MERVEILLES È bien de volumes on doit avoir écrits sur les diverses espèces d'animaux qui composent le règne animal !
En eflet, dit Auguste; mais c’est ‘üne étude qui doit être bien amusante; car s’il y à beaucoup d’animaux qui aient autant d'adresse et d'intelligence que des fourmis, leur histoire est vraiment curieuse. — Tous les animaux n’ont pas la même portion d'intelligence ; mais parmi les animaux domestiques , c’est-à-dire ceux que l'homme a su soumettre, pour ses besoins, au joug de l’obéissance , Combien ne voyons-nous pas de choses étonnantes dues à leur instinct, à leur attachement, au senti-
ment de la reconnaissance ? Dans ce
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DE LA CRÉATION. 119 genre , le chien est l'animal qui fournit le plus fréquemment des anecdotes intéressantes. — Ah! mon papa, voulez-vous nous en raconter quelquesunes? — J'y consens : aussi-bien , cela animera un peu notre entretien, que vous avez peut-être trouvé trop sérieux ?
Non, papa, dit Victor ; et je vous assure que les armées de fourmis m'ont fort amusé, et que je ne manquerai pas, dès que je pourrai M emparer d’une grenouille, de la fourrer dans une fourmilière : par ce moyen, je commencerai mon cabinet d’anatomte.
Nous allons parler un peu du chien
qui, indépendamment de la beauté de
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sa forme , de sa vivacité, de sa force, de sa légèreté, a, par excellence , toutes les qualités qu’on pourrait appeler morales , et qui sont faites pour fixer les regards de l’homme , et lui inspirer de l’attachement pour l'animal fidèle et dévoué , qui le protége, au péril de sa vie , contre une dangereuse agression , dont la constante vigilance éloigne de lui les malfaiteurs, et le préserve des attaques imprévues, dont la soumission sans bornes, le rend docile à exécuter tout ce que lui prescrit son maître, dont les caresses touchantes l’avertissent qu'il a un ami sûr, zélé, que l’infortune n'éloïgnera jamais de lui, et dont l’atta-
chement ne S€ démentira en aucune
DE LA CRÉATION. iai circonstance. Dans les différentes variétés qui composent cette espèce , le chien de berger n'offre pas l'extérieur le plus agréable ; mais quelle adresse et quelle intelligence ne déploie-til pas pour maintenir dans l’ordre et la dépendance , le troupeau qui lui est confié ? avec quelle force et quelle vigilance, il le garantit contre l’attaque des loups ! Le chien de chasse , si précieux pour ceux qui se livrent souvent au plaisir de poursuivre le gibier, ne montre-t-il pas aussi combien il est jaloux de contribuer aux distractions , qui font l’amusement de son maître ? la finesse de son odorat, les ruses qu'il emploie pour suspen-
dre la course du gibier, afin que son
maître puisse l’atteindre plus facilement: sa fidélité à rapporter, Sans l’endommager , le gibier qu'il est allé chercher, toutes ces manies , dis-je, n'annoncent-elles pas une sorte de raisonnement, qui place le chien audessus de beaucoup d’autres animaux?
La moindre caresse le récompense des soins qu'il a pris, des fatigues auxquelles s’est livré, souvent même, si un excès de mauvaise humeur le repousse lorsqu'il flaite ; le frappe, lorsque ses démonstrations Ccaressantes importunent , 11 baise la main qui l’a frappé: l'humilité de son attitude, son regard suppliant , paraissent dire , l'homme : Permeis-moi de t'at-
mer. SL URC douce parole, ou un
DE LA CRÉATION. 123 sourire l’encouragent à donner des preuves de son affection, il saute, bondit, aboye d’une manière caressantes tous ses mouvemens annoncent la joie et le délire du contentement. Combien de fois n’a-t-on pas vüu des malheureux ne pas se croire totalement à plaindre , parce qu'il leur restait un chien? car le premier besoin de l’homme est d’étre aimé; c’est dans ce sentimént qu'il trouve une compensation à toutes les privations qui viennent l’assaillir.
Un monsieur et une dame avaient un très-beau chien caniché, auquel ils tenaient beaucoup; ils avaient été se promener, sans emmener avec eux
Médor, qui était resté dans la même
chambre, où reposait un jeune enfant placé dans une bercelonnette.
Pendant l’absence de ses maîtres, un irès gros serpent s'était introduit dans la chambre où reposait cet enfant, et paraissait disposé à vouloir l’étouffer, en s’élançant sur le berceau; veillant sur le dépôt qui lui était confié; Médor s’élança sur le dangereux animal, et, lui faisant sentir sa dent acérée, le force à rétrograder dans son entreprise. Alors le combat s'engage corps à corps, et Médor finit par être vainqueur; mais le combat avait été sanglant, et la gueule du chien, empreinte du sang noir, qu'il avait fait verser à son ennemi, altestait que la
victoire avait été vigoureusement dis-
| putée, Pendant la bataille, le berceau
-de l’enfant s’était renversé sur lui, et
semblait lui faire un rempart capa-
ble de le défendre contre une nouvelle attaque.
Lorsque-le mari et la femme ren:
trèrent, ils furent bien élonnés de voir le berceau renversé, et de ne plus apercevoir l'enfant. Médor, glorieux d’avoir servi si utilement son maître, s'élançait contre lui, pour le caresser, en poussant des hurlemens
| de joie, qui furent interprêtés d’une manière bien différente, car le sang dont sa gueule était teinte , fit présu-
mer à son maître qu'il avait dévoré
l'enfant.
Cédant à la fureur que cetle per- | Le | HA ” Lan FA % A "4 4 2 Fr Aié 7; | PARCS à
126 LES MERVEILLES suasion lui inspirait, sans se donner le tems d’en approfondir la réalité, comme il tenait à sa main un gros bâton d’épines, il en déchargea sur la tête du.chien, un grand coùp, 6t l’étendit expirant à ses pieds.
Le pauvre animal, si mal récompensé de l'important service qu'il venait de rendre, tourna une dernière fois vers son maître, un regard Janguissant qui semblait lui reprocher toute son ingratitude. Mais, lorsque le berceau fut relevé et l'enfant trouvé parfaitement sain et sauf, et le serpent privé de vie dans un coin de la chambre, la vérité s’expliqua facilement. Le maître fit tous ses efforts,
pour rappeler Médor à la vie, mais