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était venu le trouver, et l'avait forcé à se noircir tout le corps, pour se donnér l'apparence d’un nègre, il avait même poussé la prévoyance jusqu’à lui couvrir la tête d'une perruque qui imitait la chevelure frisée d'un nègre; qu'ensuite , après lui avoir fait prendre tout l'argent qu'il avait pu porter , il l'avait conduit par des sentiers détournés jusqu’à celui qui devait l’amener à la grotte; mais que dans le chemin, ils avaient trouvé un parti de nègres qui, ayant témoigné à Âzor quelque inquiétude sur sa course rétrogradée , entreprise à celte heure, avaient exigé le mot d'ordre de M. Marin, auquel il n’avait pu répondre,
faute de le savoir; qu’alors un vif
er
DE LA CRÉATION. 199 combat s'était engagé, qu’Azor lui avait fait constamment un rempart de son corps, et s'était défendu si vaillamment, qu'il avait mis ses adversaires hors de combat; que, réunissant toute sa force , il avait couru , en laissant sur sa route des traces sanglantes , et qu’au moment oùils étaient arrivés, le pauvre Azor venait encore de lui dire : Maître à moi, sauve-toi; moi meurs pour loi. Si jamais tu a5 ENCOre esclave, sois bon pour eux, et ne les traite pas comme pauvre Âzor.
Le généreux nègre était mort ellectivement , et les secours qu'Adèle essaya de lui donner furent inuules.
M. Marin et sa fille, par le dévoue-
ment de cet esclave, purent gagner
200 LES MERVEILLES les États-Unis, au moyen des sommes qu'il avait aidé son maître à emporter.
Mais il est tard , mes enfans, remettons à un autre jour le plaisir de parler des merveilles d’un autre genre, et contentons-nous , pour cette fois, de récapituler en combien de classes on divise le règne animal; un des plus célèbres naturalistes en reconnaît six : la première comprend les quadrupèdes ; la seconde les oiseaux ou bipèdes ; la troisième les amphibies ou animaux qui vivent également dans l’eau et sur la terre ; la quatrième les poissons, quine vivent que dans l'eau; la cinquième les insectes , et la sixième les vers.
Dans la foule d’objets que nous ] Ï
DE LA CRÉATION. 201 présente ce vaste univers, dans le nombre infini des différentes productions qui couvrent sa surface , les animaux tiennent le premier rang, ei sont le premier anneau de la chaîne qui lie tant de merveilles : la conformité qu’ils ont avec nous , la supériorité que nous leur reconnaissons sur les végétaux ou les êtres inanimés ; leurs sens, leur forme, leurs mouvemens, établissent beaucoup plus de rapports avec les choses qui les environnent que n’en ont les végétaux ; etles végétaux, par leur développement, leur figure, leurs ‘accroissemens et leurs différentes parties, ont aussi un plus grand nombre de rap-
ports avec les objets extérieurs que
202 LES MERVEILLES n’en ont les minéraux et les pierres, qui n’ont aucune sorte de vie. G’est par cette raison que l'animal est audessus du végétal, et que le végétal est au-dessus du minéral.
L'animal est donc, selon notre manière de voir, l’ouvrage le plus complet du Créateur , et l’homme en est le chef-d'œuvre.
Eneffet, si l’on considère l'animal, que de ressorts, que de forces, de
machines et de mouvemens renfermés dans cette portion de matière qui compose le corps d’un animal; que de rapports, de correspondance, d'harmonie dans toutes ses parties ; que de combinaisons , de causes, d’arrange-
meps , qui tous concourent au même
DE LA CRÉATION. 203 but; ét que nous ne connaissons que par. des résultats si difficiles à comprendre, qu'ils n’ont pu cesser de nous paraître des merveilles, que par lhabitude que nous avons prise d’en jouir sans ‘y réfléchir !
Contens des détails que M. de Lormeuil leur avait donnés , ses enfans, loin de s’en ennuyer’, calculaient avec impatience que le jour où il devait leur en donner de nouveaux était encore bien éloigné ; ils reprirent gaiment le chemin de la maison, se félicitant de pouvoir déjà entendre parler avec intérêt d’une partie des merveilles de la création , et se proposant d'apporter toute l'attention dont ils
étaient susceptibles aux conversations
que ce bon père avait la complaisance d’avoir avec eux, afin de lui donner la satisfaction d’en bien profiter.