CHAPITRE PREMIER
Dans un de ces beaux jours que ramène le printemps, M. de Lormeuil avait conduit à la promenade sa pelite famille , composée de trois fils. Jouir d’une matinée délicieuse en prolongcant la course jusqu’au moment où l'appétit forcerait de s'arrêter, avait été le vœu unanime des trois enfans :
et, partis à six heures du matin , il en était près de neuf lorsqu'on apercut
Le 1
2 | LES MERVEILLES un jolie métairie où l’on devait naiu-
rellement espérer de trouver d’excel-
épais laissait un vaste champ à l’espérance , ainsi qu’à la friandise, pour $ pouvoir y rencontrer des fraises bien
parfumées , qui devaient donner pres-
que autant de plaisir à les cueillir qu'à
les manger.
Parfaitement d'accord sur les agrémens que ce lieu offrait pour y déjeûner , on s'y arrêla.
Des trois fils de M. de Lormeuil , l'un s'appelait Auguste ; il avait treize ans. Son caractère était aimable; mais
il avait une présomption qui le con-
. duisait à vouloir tout juger par lui-
même; et, comme les lumières d’un
lente crême. Le voisinage d’un bois .
DE LA CRÉATION. 3 enfant n'ont pas encore été soutenues
du flambeau de l'expérience, Auguste faisait de fréquentes bévues ; chose qui arrive toujours à celui qui, au risque de se tromper, ne consulte que Jui seul,
Le second s'appelait Gustave, et avait onze ans. Vif, ardent , impétueux , il voulait tout voir, tout connaître ; mais sa vivacité lui faisait souvent manquer le but qu’il se proposait d'atteindre ; car il ne s’attachait qu’à la surface des choses, n’approfondissait rien , et s’égarait souvent dans ses idées superficielles.
Le plus jeune, âgé de neuf ans, s'appelait Victor ; il annonçait beaucoup de bon sens , un jugement réflé-
k LES MERVEILLES
chi ; il était doux et tellement attaché à son père, que ses avis ou ses décisions avaient pour lui la force des oracles.
Ces enfans avaient perdu leur mère dans un âge où ils n'étaient pas encore en état de sentir toute l’étendue d’une telle perte.
M. de Lormeuil était trop bon père
pour risquer de donner à ses enfans
une belle mère , qui aurait pu les ren-
dre malheureux, et ne pas avoir pour eux la tendresse qu’il aurait désiré.
Aussi, sa tendresse lui avait fait renoncer à une place lucrative, mais dont les devoirs enchaînaient trop ses momens; et, pour se consacrer plus
entièrement à l'éducation de ses fils,
DE LA CRÉATION. 5 il avait fixé son domicile dans une Campagne charmante, où tout concourait à favoriser son plan. | Des talens agréables , des connaissances variées, une insiruction solide, des principes sûrs, étaient les qualités que M. de Lormeuil possédait, et qui sontsi essentielles à un boninstituteur.
Aussi c'était plutôt comme un indulgent ami que comme un maître exigeant, qu'il dirigeait les études de ses élèves , à qui il accordait toute la laüitude possible pour lui faire les questions ou les observations qui devaient éclairer leur jeune intelligence ; il y répondait toujours avec une palience et une complaisance admirable ; et à
cet égard Gustave usait largement de
rl cer PARC ET RE ES:
À L d ere CRE 2e KO 420 a : ASE
RES S A RASERS EUE 21
s- ge. . PT A = es sr Er Cr 7 SRE D
6 LES MERVEILLES la permission qu’on lui avait donnée; Ja moindre chose lui fournissait l’occasion de dire une si grande quantité de paroles inutiles, qu'il fallait toute la patience de son père pour tolérer cette abondance de questions et y répondre.
Les enfans avaient couru dans le bois pendant que la fermière préparait un fromage bien gras, de la crême très-fraîche, et du pain bis savoureux.
Le résultat de leurs recherches fut un énorme panier de fraises, qui complèta les apprèts du déjeuner.
L’appéut était si grand , les mets qui devaient Île satisfaire si exquis , que pendant long-temps le plaisir de
manger int en bride le plaisir de ba-
DE LA CRÉATION. 5 biller, Mais, lorsque le repas fut ter-
miné, et que M. de Lormeuil proposa à sa joyeuse famille de choisis entre le plaisir d’aller se promener encore plus loin, ou de s’amuser sur une pelouse charmante, ombragée par de beaux accacias, Auguste, qui se chargeait volontiers du soin des décisions , prononça d’un ton aflirmatif que le soleil était trop chaud pour en affronter les rayons, et qu'il valait beaucoup mieux se rouler sur le gazon.
Ce vœu étant devenu celui de ses frères, dont il avait toujours l’art d’entraîner les suffrages , M. de Lormeuil y accéda; êt, tirant un livre de sa poche, dont il avait ordinairement le
soin. de se munir, il laissa ses enfans
tennis - sstts ee = an LITRES à D Le DR = vo PRET ARTS