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Ma foi, dit Auguste, si j'avais élé le bon Dieu , ilme semble que j'aurais mieux aimé envoyer sur la terre les alimens tout préparés, les mélaux tout forgés , les glaces toutes fondues, et les bains tout chauflés. — C’est-àdirequetun’aurais pas laissé à l'homme ses plus belles attributions, puisque son génie n'aurait eu aucun intérêt à prendre lPessor.
Ces inventions dues à l'intelligence humaine, ces découvertes si ingénieuses, ces arts si sublimes, dont les merveilles étonnent et forcent à l’admiration, tout cela n’existerait pas ; puisque l’homme, engourdi dans sa molle oisiveté, ne serait resté qu’une
machine qüe mille impression géné-
DE LA CRÉATION. 27 reuse n'aurait animé ; et alors de com-
bien de chefs:d’œuvre n’aurions-nous pas.élé privés ?.
Mais, papa, dit Gustave, à quoi servent les volcans? c’est encore du feu , cela?—Mon ami, lorsque Dieu, par sa volonté toule puissante , tira du chaos ce vaste univers , 1l aétabli dans le cours des astres, dans le renouvellement des saisons , dans l’alternative des jours et des nuits un ordre immua-
ble ; mais il a établi dans la nature des
eauses secondes, qui semblent desti-
nées à varier l'uniformité de ce grand assemblage : c’est par leurs combinaisons, multipliées à l'infini, que dans diflérens points du globe se trou-
vent cesmontagnes couvertes de neiges
éternelles , ces rochers sourcilleux qui servent de barrières aux flots de l'Océan, ces monts qui recèlent dans leurs flancs une plus grande quantité de matières inflammables, qui se sont mises en fusion par le frottement ou d’autres causes qui nous sont inconnues, et qui s’échappent de temps en:
temps, avec un grand fracas , de leurs spacieux réservoirs, venant menacer, par leurs dangereuses éruptions , les hommes téméraires ow imprévoyans qui ont osé braver un si dangereux.
voisinage en y fixant leurs habitations.
L'homme audacieux. oserait-il demander compile à Dieu de tous les prodiges émanés de sa puissance ? Son
intelligence a des bornes , sa curiosité
doit en avoir aussi, et s’arrêier où elle ne peut plus comprentre.
IL est reconnu que les volcans sont des amas de soufre, bitume et autres matières combustibles , contenues dans les entrailles de la terre: quelques causes sur lesquelles les savans ne sont pas d'accord, les ont embarassées. Mais l’action du feu étant trop puissante pour être toujours comprimée , il s’est frayé un passage à travers les montagnes qui le récèlent.
Mais, ajouta encore Gustave , comment ces montagnes, qui contiennent dans leurs flancs tant de matières combustibles , peuvent-clles en conserver encore ? [1 me semble qu’une fois allu-
mées , elles auraient dàù brûler jusqu’à k ] LE]
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5a LES MERVEILLES
ce qu’elles fussent tout-à-fnit Consumées ? — Ton objection embarasserait peut-être plus d'un savant, mon ami. Mais commé sur des sujets aussi inconnus , on ne peut établir que des systèmes, c’est-à-dire des conjectures, qui offrent plus où moins de probabilités , il ‘est présumable que ces foyers éternels se renouvelient d'eux-mêmes , commeles pierres dans la carrière , les métaux dans les mines, les forêts qui se reproduisent après que l'on en a coupé la surface. Il paraît que cen’est que dans quelques points du vlobe, heureusement très-rares , que ces volcans , tels que le Fésuve, PEina et VHécla, ont bravé la suc-
cession des siècles; car dans beaucoup
DE LA CRÉATION. 3 d’autreserndroits, on trouve des vestiges de petits volcans éteints ; en France , PAuvergne et le Dauphiné sont les deux provinces qui paraissent en avoir eu d'avantage. Ah! dit Victor , que je n’aimerais guère habiter dans ces provinces ! j'aurais toujours peur que ces volcans ne vinssent: se rallumer :
eh!" celà doit faire un effet épouvantable? — Presque loujours , les éruptions de volcans sont précédées ou suivies de tremblemens de terre. — Si vous vouliez nous raconter, mon papa, quelqu’histoire :1à-dessus. — Je le veux bien, «et-je n'aurai pas besoin d'aller ‘püuiser:dans des époques bien réculées, car ten 1755 , il y eût un
tremblement deterre à Lisbonne, cas
pitale du Portugal , qui détruisit cette:
ville de fond en comble. L'horreur de la destruction se multipliait sous toutes les formes , car les malheureux habitans, voyant leurs maisons s’écrouler , cherchèrent un abri dans les campagnes , et au moment où ils se croyaient en sûreté , la terre trembla de rouveau, s’entrouvrit sous leurs pas, et beaucoup furent enterrés vivans : d’autres, réservés à des supplices plus cruels qu'une ‘mort prompte ; ne furent ensevelis qu'à moitié. — Ge devait être un spectacle affreux que de voir ces infortunés , re pouvoir se débarasser desentraves qui les retenaient prisonniers dans les en-
trailles de la terre , souffrir sans pour
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DE LA CRÉATION. - 53 voir les satisfaire, tous les besoins nécessaires au soutien de l’existence , comme la faim , la soif? - Pendantce temps , la ville de Lisbonne offrit l’image de la plus horrible destruction, les édifices renversés , les habitans écrasés, dontune partie conservait encore la faculté de souffrir , faisaient retentir les échos de leurs cris lamentebles ; le feu ajoulait ses ravages à l'horreur de cette catastrophe ; car, ayant pris aux bâlimens écroulés , il n’y avait personne pour l’éteindre , et l'embrasement devint bientôt général. Le peu d’habitans qui échapèrent à ce désastre, ne trouvaient plus de moyens pour se nourrir. Privés de
leurs familles , de leurs asiles , de leurs
34 LES MERVEILLES moyens d'existence , ils contemplaient d’un œil farouche , ces ruines fumantes , ces membres épars et encore palpitans. Ils n’osaient se réjouir d'avoir conservé la vie, puisque désormais elle ne pouvait être empreinte que des plus déplorables souvénirs.
Dans le nombre de ces familles dé-
solées , on en cite une qui connut , dans vingt-quatre heures , tout ceque l’adversité peut réunir de calanntés sur la tête d’un mortel.
Le jour où arriva Île tremblement de terre était fixé pour célébrer le mariâge d’un jeune anglais , éperdue-
D L] 9e ment amoureux d'une portugaise qu il Le avait eu beaucoup de peine à obtenir
de ses parens. Tous les préparatifs qui
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DE LA CRÉATION. 35 pouxaient rendre dla cérémonie plus magnifique et plus solennelle, étaient faits ; le fuiu. comblé de joie, de pouvoir appeler dans quelques heures son épouse, celle a qui il avait voué toute son aflection, venait de se rendre auprès d’elle , pour la conduire à l’autel.
L'air était embrasé. et chargé des plussombres nuages mais M. Brown ( c'était le nom de l'anglais ) n’avait
jamais trouvé le ciel plus brillant que
le. jour qui devait éclairer son union
* avec’ sa chère Isabella ; tous les parens
et amis étaient réunis dans le salon
où la fiancée, parée des plus riches
| vêtemens, donnait la main à son père,
qui devait la conduire à l’église.
36 LES MERVEILLES , Le cortège suivait l’heureux couple, et les saints mystères, célébrés à Pin tention des deux époux, dévaient atrer sur eux les bénédictions du Très-
Haut.
Les paroles sacramentelles étaient
prononcées ; le consentement mutuel
des époux venait de les enchaîner irrévocablement l’un et l’autre ; la bénédiction nuptiale allait terminer la cérémonie , lorsqu'un mugissement | sourd et épouvantable vint glacer
d’effroi tous les assisitans , et arrêter,
sur les lèvres du prêtre , les dernières paroles qu’il avait à prononcer. La voüte du temple craque avec un bruit horrible ; les tombes qui recouvraient
les cercueils se soulevent , et semblent
vouloir rendre , à la lumière du jour,
les victimes quela mortleur a confiées, mais hélas ! ce n'est.que pour en .engloutir de nouvelles ; et soudain , les colonnes qui soutiennent.le temple, s’écroulent ,. et entraînent. dans: leur chule la voûte, de l’église. Fixées, par
la stupeur sur le sol qui s’entrouvre
sous leurs pieds, , les, personnes qui
composent la noce, sont ou écrasées, ou englouties. M. Brown a vu disparaître, dans les souterrains entr’ouverts , l’épouse que son amour et son désespoir allaient. l’engager à suivre , mais sa volonté était enchaînée, et un bloc de marbre tombé à ses pieds, le renverse mourant entre deux fûts
de colonnes, qui compriment avec Le 2