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violënce, ses mémbres déjà meurtris, Dans le nombre’des gémissemens qui fra sppent éon oreille, it croit distinguer T° Voig de sa chère Isabelle ; elle ihplore son ‘sécours ; il lur répond par d’impuissans efforts ;°en vain, il veus S'arracher de l’étroite prison où il est'écimprité dans tous les sens ; chaqüe mouvement ne fait qu'accroître la violence de ses tourmens , étides huriemens de rage si£ nalent ses souffrances et ses regrets.
Peut'à petit, les cuis d'Isabelle diminuent dé force ; son époux croit deviner les dérnières convulsions de son ägonie ; elles retombent sur son Cœur , et lui font connaître tout ce que la douleur morale feut avoir de
plus poignant.
TD, mme
Il entend les cris. de détresse et de désespoir des malheureux Portugais qui fuient dans la campagne,
Le bruit. sourd de la. commotion générale; le fracas que font les édifices en s’écroulant ; les gémissemens des victimes atteintes par leurs débris ; rien ne manqua à l'horreur de ce tableau. Mais après vingt-quatre heures de bouleversement , Le silence renait :
c’est celui de la mort, car il n’est interrompu par aucun signe d’existence, les ténèbres ,: dont le soleil s'était voilé, disparaissent , et quelques pâles rayons , en répandant une lumière incertaine sur les: objets , leur prêtent mille formes fantastiques,
faites pour effrayer l'imagination.
4ü LES MERVEILLES
Brown cherche à déviner toutes les possibilités , il n’en trouve que d’effrayantes ; et, malgré le désespoir qu'il A
éprouve , malgré les douleurs cuisantes
qui lui font souffrir mille supplices, il
commence à éprouver ‘un tourment
nouveau et insurmontable : la faim.
Incapable de soulever les colonnes
qui l’écrasent de leur poids, ila besoin |
d’un seçours étranger pour le délivrer {
de la torture qu'il subit , et aucuns pas
ne se font entendre ; aucun mouve-
ment ne l’avertit qu'il n’est pas le seul L
être vivant. Les tristes réflexions qu’il
fait, sur la félicité dont il allait jouir,
et qui lui a échappé d’une manière si L
cruelle , étoufflent encore, pendant
quelques heures , limpérieux ascen-
DE LA CRÉATION. 41 dant du besoin physique, mais elles pe peuvent en anéantir totalement l'impression , et'bientôt il se renouvelle avec plus de force ; ses entrailles sont desséchées ; son gosier altéré , aurait besoin d’une goutte d’eau !..….
et il n’a que la ressource de ses armes pour l’humecter.
Trois jours se sont déjà écoulés dans ces angoisses terribles. Si du moins il pouvait mourir ! mais non ; Ja violence de la douleur ne lui prouve que trop , combien les ressorts de sa vie ont encore de force : il faudra donc qu'il expire dans les tourmens de la plus eflroyable agonie ? qu'il aspire la mort, pour ainsi dire , goutte à coute ?
Dans l'événement qui venait de
ka LES MERVEILLES faire tant de victimes en quelques
heures, M. Brown ne s’était occupé,
que de ses regrets, ses souffrances ou son désespoir. Tout-à coup, une pensée nouvelle se présente à son imagination ; C’est dans un temple consacré à Dieu , où son bonheur allait se réaliser , et où s’est effectué son supplice. S'il invoquait ce Dieu puissant , qui daigne si souvent dans sa bonté, accueillir la prière du malheureux ! Mon Dieu, s’écrie-t il en levant ses yeux mourans vers la voûte céleste, mon Dieu ! prenez pitié des tourmens que j'endure, ou daignez les abréger par une mort prompte , si votre volonté s'oppose à ce que
CE e } existe.
Soudain cette courte prière, prononcée avec l'accent de la ferveur et de la confiance, fait descendre, dans le sein de l'infortuné, un rayon d’espérance. La résignation lui donne la force de souffrir ; la piété lui fait regarder ses souffrances comme l'expiation des fautes qu'il a pu commeitre, Sa pensée se détache des objets terrestres,; ce n'est plus que l'éternité dans laquelle elle plonge un avenir embelli par les récompenses célestes, se déroule à ses yeux ; il ramène le:
calme dans son âme , et un sommeil réparaleur, est la suite de cet instant de calme , dû à une confiance et une scumission parfaite aux ordres de la
Divinité.
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ëk LES MERVEILLES
… Lorsque M. Brown se réveilla , à était excessivement faible , et sa têle éprouvait des vertiges comme quand on va mourir. Son regard errait sur jous les objets environnans , sans pouvoir en distinguer auCun ; cependant , fl lui sembla voir quelque chose se mouvoir à peu de distance de lui, et, réunissant le peu de force qui lui restait , il laissa échapper un faible cri ; cet appel , d’un être souffrant , à l’humanité de ses semblables , est entendu, et un malheureux nègre, échappé au désastre général, s'approche de l’endroit où le cri s’est fait entendre. Îl voit avec horreur la situation du malheureux Anglais , mais il ne peut l'en
arracher tout seul, çar ses forces sont
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DE LA CRÉATION. 45 insuffisantes pour soulever les colon nes; cependant , il commence à soulager le besoin le plus impérieux , en lui glissant dans la bouche quelques gorgées de vin, dont ilavaitsur lui une petite bouteille. Ce secours ramène un peu les forces de M. Brown , qui supplie le nègre de ne pas l’abandonner, et qui en obunt la promesse , que, dans peu d’heures, il reviendra avec deux de ses compagnons le secourir d’une manière plus efficace.
Combien l'attente parut longue à cet infortuné ! Mais , lorsqu'il sentait le désespoir s'emparer de sa pensée , il recouroit bien vite à la prière , et son courage se ranimait.
Enfin , il vit trois nègres venir au-
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RE à 46 LES MERVEILLES
près de lui, et sa bouche allait leur exprimer, de son mieux , toute la reconnaissance qu'il leur témoignerait pour l'important service qu'ils allaient lui rendre, lorsqu'un des nègres l'interrompit.
Point vouloir de récompense , mais bien une promesse. — Eh ! laquelle , mes amis ? — C’est que papa blanc ne sera pas mauvais pour pauvres noirs qui vont le délivrer, et quineles rendra pas ses esclaves. — Que Dieu me préserve d’avoir une telle pensée !
— Eh bien, jure par le grand bon Dieu. — Je le jure ! — Nous contens à présent , et allons te déprisonner.
Les trois nègres, en réunissant
leurs efforts, eurent encore bien de
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DE LA CRÉATION. 43 la peine à déranger les colonnes , mais cependant , à force de soins, ils en vinrent à bout, |
M. Brown , qui avait éprouvé des douleurs horribles , croyait ne les devoir qu’à la violente compression de ses membres ; mais lorsqu'il voulut se redresser sur les jambes , il s’aperçut, avec un nouveau chagrin, qu'il avait un bras et une jambe cassés. Nouvel embarras ; car où trouver quelqu'un de l’art, pour remédier à ces fractüres ? et comment trouver un asile, puisque la presque totalité des maïsons était renversée ? De ce nombre, était l’habitation que M. Brown occupait.
Les nègres ne laïssèrent pas inpar-
45 LES MERVEILLES fait le service qu'ils venaient de rendre, et portant, avec précaution , le pauvre blessé , ils le déposèrent dans un hôtel superbe, qui paraissait avoir très-peu souffert du tremblement de terre. Cet hôtel était ouvertau premier occupant , Car ni maîtres, ni domestiques , ne se faisaient apercevoir.
Des meubles somptueux annoncaient l’opulence de leurs propriétaires , et les nègres placèrent l’Anglais dans un lit moelleux ; et, craignant de ne pas trouver de chirurgiens , l’un des trois, qui avait quelques connaissances, et beaucoup d'intelligence, entreprit de remettre les fractures , et il y réusit.
Malgré que l’argent parût devoir }