‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 37 sur 136 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

ENTRE jL^ALIE ET LA SICILE', L'ILE DE TERRE- NEOVE , L'iLE DU PRINCE EDOUARD ET LE NOUVEAU BRUNSWICK SUR LE TERTtITOl RE AMÉRICAIN. — CABLES " DU LAC DE CONSTANCE ET DES QUATRE CANTONS EN WJSS/E. :— :CAjBLE DE SAINT-PÉTERSBAIIR& A CRONSTADT. — DE LA SARDAIGNE A MALTE ET A CQRFOU. — AUTRES CABLES ENTRE LES ILES DU DANEMARK; DE L'iTALIE ET DE L*A^GLETERRE. — DE L'iLE DE CEYLAN A LA PRESQU'ILE DES INDES. — PROCÉDÉ EMPLOYÉ PQUR RÉPA- RER LES CABLES SOUS-MARINS AYARIÉS.

En 1885, l'Italie et la Sicile furent reliées par un conducteur électrique.

Dans cette même a-miée, une compagnie ayant à- sa tête un physicien anglais, M. Gis-

(1) Nouveau Traité cfe télégraphie éleçtrigue . ip-8°, .paris, Î867, t. II, -pages 108, 10y:

T. II

borne, essayait de réunir l'île de Terre-Neuve au continent américain , à travers le golfe Saint-Laurent.

L'opération, commencée eu août 1 , fut arrêtée par une tempête si violente qu'il était de toute nécessité de couper le câble ou de perdre le bâtiment avec l'équipage. On avait, du reste, filé une quantité trop grande de câble, et il n'en restait pas suffisamment pour gagner la côte, bien qu'on eût changé de route, et qu'on se dirigeât sur l'île de Saint-Paul . La compagnie éprouva donc une perte sérieuse.

En 1856, l'épreuve fut tentée de nouveau, et cette fois, elle réussit parfaitement. Le conducteur ne différait du premier qu'en ce qu'il était plus léger. On parvint à relier le cap Ray, de l'île de Terre-Neuve, à l'île du prince Edouard, à la pr<orôice du Nouveau- Brunswick et à l'île fa ^ Breton. Le nouveau monde semblait .e^sii^er ,de se rapprocher de l'ancien continent. 3Mpi quelques velléités se produisaient de faire l'essai d'un câble qui pourrait traverser l'Océan tout entier, de l'Amérique à l'Angleterre, mais le moment n'était pas encore venu pour cette grande merveille de notre temps.

Revenons donc en Europe.

En 1856, un conducteur électrique fut

posé dans le lac de Constance (Allemagne et Suisse), entre Friedericlishaven et Romanbhorn. Il avait été fabriqué par MM. Felten et Guillaume, dans leur usine de Cologne. Sa longueur était de 12,000 mètres et il avait coûté 20,000 fr. La figure 121 donne une coupe de ce câble.

Fig. 121. — Câble du lae de Fig. 122. — Câble du lac Constance- des quatre Cantons.

La figure 422 représente un autre câble qui fut posé dans le lac des quatre Cantons, en Suisse, de Fluelen à Bauen(6 kilomètres). Il diffère de ceux que Ton construit habituellement, en ce que son conducteur est en fer et son armature composée de deux rubans de fer roulés en spirale. Il avait coûté 10,000 fr. La plus grande profondeur du lac fut trouvée de 227 mètres.

Dès les premiers temps, l'isolement de ce câble était imparfait ; mais on parvint à réparer ce défaut par un moyen qui mérite d'être signalé. On fit passer à travers le câble un courant d'électricité positive très-fort ; le fer fut oxydé, et il se produisit une croûte d'oxyde de fer isolante. C'était jouer gros jeu, mais Y événement donna raison à cette expérience hardie.

Fig. Î23. ■— Câble russe (grandeur naturelle).

Les figures 123 et 124 représentent la coupe des modèles de câbles employés en Russie. La figure 124 particulièrement, re-

présente le câble qui a été immergé de Saint- Pétersbourg à Cronstadt.

Fig. ]24. — Câble de Saint-Pétersbourg à Cronstadt (grandeur naturelle).

I On parvint, à cette époque, à relier l'île de i Malte et celle de Corfou avec la Sardaigne. MM. Newall avaient construit et posèrent ce câble comme nous allons le dire.

Le bateau à vapeur l'Elbe arriva à Cagliari (Sardaigne) le 10 novembre 1 857, ayant à bord 1,200 kilomètres de câble. Le Desperate avait fait les sondages et le Blazer guidait la marche.

Le 13 novembre, la flottille mit à la voile pour Sainte-Éliza, à quelques kilomètres sud de Cagliari. On procéda à l'atterrissement, et ! le 14 la pose commençait.

Le 15, une violente tempête assaillit le navire ; à minuit elle devint si violente, que les vagues balayaient à chaque instant le pont. ! Le navire filait toujours, mais irrégulière- I ment. Le 16, à 11 heures, pendant que le navire luttait contre les vagues, une lame violente le jeta de côté, et embrouilla le lovage du câble.

Le 17, l'île de Gozo qui touche à celle de Malte, était en vue, et bientôt après, la flottille entrait dans la baie de Saint-Georges, au nord de La Valette (île de Malte). La pose du fil avait pris soixante- douze heures ; on en avait filé 600 kilomètres.

De Malte à Corfou, la pose fut diflérée, à cause du mauvais temps. Pour ne pas avoir le vent debout, on décida de commencer la \ pose de Corfou en se dirigeant sur Malte. Le 1er décembre, le Desperate et le Blazer étaient rendus à Corfou et l'immersion com-

LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE

mença. Le Desperate traçait la route et le Blazer servait de remorqueur. Le temps était beau, et par conséquent le succès presque assuré. On avait franchi, le 3 décembre, la plus grande profondeur (2,600 mètres), et le 4 à midi, tout le câble était immergé sans accident. On avait déroulé 650 kilomètres de fil en soixante-douze heures.

La nouvelle de cette victoire pacifique de la science sur les éléments, était connue le 5 à Londres, Cette longue ligne qui reliait la Sardaigne à la Turquie, avait coûté 3,125,000 francs.

Vers la même époque, des câbles furent immergés entre Weilcouri^ï, comté de Norfolk (Angleterre) et Emden (Hanovre) , et rattachèrentCromer(Angieterre)àTonningen (Danemark) par l'île anglaise d'Helgoland dans la mer du Nord. La figure 125 fait comprendre la disposition de ces deux derniers câbles.

Fig. 125. — Câble entre l'Angleterre et le Hanovre (grandeur naturelle).

MM. Glass et Elliott posèrent, pour le compte des gouvernements danois et norwégien, dans les détroits, baies, golfes, etc., vingt-quatre câbles, dont le plus long avait 6 kilomètres, par des profondeurs qui variaient de 195 mètres à 487 mètres, et au prix de 2 francs par mètre.

Le 2 juin 1858, on immergeait avec succès un deuxième fil entre la citadelle de Messine (Sicile) et le château de Reggio (Calabre).

Pendant la même année, Orfordness et Harlem (Angleterre et Hollande), Liverpool et Holyhead (Angleterre), étaient reliés électriquement.

Le 7 septembre 1858, les îles anglaises de la Manche, Aurigny, Guernesey, Jersey,

furent réunies à l'Angleterre. La plus grande profondeur rencontrée avait été seulement de 80 mètres; aussi l'armature n'était-elle composée que de neuf fils de fer, de 5 millimètres et demi de diamètre ; ce câble coûta 650,000 francs.

Au mois de mars 1858, l'île de Ceylan fut réunie à la presqu'île de l'Inde.

Le 26 novembre de la même année, le bateau à vapeur autrichien le Cemr-Nair arrivait devant Lésina, île de l'Adriatique voisine de la Dalmatie, et atterrissait l'extrémité d'un câble dont l'autre extrémité était fixée à Antivari (Albanie). Le câble qui fut immergé était le même que celui qui avait servi aux armées alliées dans la guerre de Crimée, et qui avait été posé entre Eupatoria et Balaclava : sa longueur était de six lieues.

Le câble existant de Douvres à Calais, entre l'Angleterre et la France, depuis 1852, était devenu insuffisant, en raison des nombreuses relations de ces deux grands pays. On voulut jeter un second câble aboutissant à Saint-Malo (côtes du département d'ïlle-et- Vilaine), et qui, par conséquent, devait être plus long que celui de Douvres à Calais.

Cette opération rencontra des difficultés, mais le peu de profondeur de la mer permit de les surmonter. Une bourrasque amena la rupture du câble. Quelques mois après, la marée qui parcourt ces rivages avec une grande vitesse, provoqua le même accident. ! On répara le câble, qui fut déplacé et fixé | au rivage, au moyen de fourches de fer : scellées dans le roc. Un autre accident, causé par un orage, détériora ce câble. La foudre vint le frapper dans sa partie aérienne, traversa le bureau et les appareils, parcourut 28 kilomètres de fil et s'échappa par une partie faible de l'enveloppe isolante.

Le 20 octobre 1858, une ancre de navire rompit le câble de Douvres à Calais, et il fallut remédier à ce grave accident.

Nous saisirons cette occasion et interrorn-

prons, en ce point, notre récit, pour donner ; quelques détails sur les procédés qui sont j employés pour la réparation des câbles sub- ! aqueux. Ces procédés sont, en effet, à peu près les mêmet 'dans tous les cas.

Pour aller à la recherche d'un câble rompu ou perdu, on commence par déterminer approximativement, à l'aidé du galvanomètre, le point sur lequel s'est fait la rupture. L'ingénieur trace sur une carte marine, la route qui a été suivie à l'époque de la pose du câble ; puis il se porte avec un bateau à vapeur, à 1 kilomètre environ au-dessus ou au-dessous du câble, selon que la marée descend ou monte.

Dans cette position on jette un grappin à cinq crochets, qui draguent le fond de la mer. On attache une vingtaine de mètres de chaîne de fer à ce grappin, pour en augmenter le poids, et Ton fixe le tout à une corde qui s'enroule sur une poulie solidement fixée sur le pont du navire.

Lorsque le grappin a rencontré le câble, la corde se tend et le navire est pour ainsi dire à l'ancre. Alors, pour amener le conducteur à la hauteur de l'avant du navire, on tire, soit par les bras de l'équipage, soit au moyen d'une petite machine à vapeur spéciale que les Anglais appellent Donkey- Engine. Seulement il faut prendre de grandes précautions pendant le relèvement, qui doit se faire avec une extrême lenteur.

Lorsque le câble est relevé, on le hisse à bord, après l'avoir attaché à une chaîne ; puis on suspend une poulie sur le côté du navire. On engage le câble retiré de l'eau sur la gorge de cette poulie, sans détacher le câble de la chaîne, afin qu'il ne retombe pas à la mer. Cette chaîne est fixée solidement à bord, de sorte que, lorsque le navire, après avoir marché dans la direction du point de rupture, reconnaît qu'il s'en approche, à ce que le déroulement du câble devient très-fort, on tend fortement la chaîne qui le retient, on le hisse à bord pour mettre à l'épreuve sa conductibilité électrique et fixer son extrémité à

une bouée, puis on rejette le tout à la mer.

La même opération se faitpour l'autre bout du conducteur ; seulement on soude à son extrémité un morceau de câble, et on le déroule soigneusement en se dirigeant sur l'autre bouée abandonnée précédemment. Là, on fait une nouvelle épissure (soudure) ; puis on attache le câble ainsi réparé à des cordes, et on le coule doucement au fond de la mer, de crainte qu'il ne se noue ou ne s'enroule.

C'est par ces moyens que fut repêché et réparé, en i858, le câble de Douvres à Calais.

Reprenons maintenant la revue historique des différents câbles sous-marins posés jusqu'à ce jour.

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