‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 38 sur 136 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

POSE DES CABLES SOUS-MARINS DE L'ILE DE CANDIE AU RIVAGE ÉGYPTIEN. — CABLE DE CANDIE A SMYRNE, A CHIO ET AUX DARDANELLES. — LA TÉLÉGRAPHIE SOUS- MARINE EN AUSTRALIE. — CABLE DES ILES BALÉA- RES ETC. — NOUVELLE TENTATIVE D'iMMIRSION DU CABLE DE MARSEILLE A- ALGER. — NOUVEAUX CABLES ENTRE i/ANGLETERRE Et ï/îSLANDE, ENTRE L'ANGLE- TERRE ET LE CONTINENT, ETC.

Si quelques succès encourageaient l'établissement général des télégraphes sous-marins, d'un autre côté, des déceptions cruelles, de graves accidents, qui entraînaient des pertes considérables, arrêtaient l'essor des capitaux. Des divers conducteurs sous-marins dont nous avons parlé dans les pages précédentes, plusieurs s'étaient rompus, après un très-court service. Tel fut par exemple, le sort du câble qui avait été jeté entre les îles de Malte et de Corfou, pour relier la Sardaigne à la Turquie.

Trois tentatives étaient restées infructueuses pour relier l'île de Candie à Alexandrie, sur le rivage égyptien. La profondeur de la mer en ces parages, allait jusqu'à 3,000 mètres. Le câble employé dans une des tentatives, n'avait qu'une armature de chanvre, que les tarets (mollusques marins), eurent bientôt détruite, Dans un autre essai, le câble se rompit pen-

LA TÉLÉGRAPHI

dant l'immersion, et il fallut remettre l'opération au printemps suivant. MM. Newall, qui étaient chargés de la fabrication et de la pose, utilisèrent le câble restant, en l'immergeant entre Athènes et l'île de Syra,

Ainsi les revers et les succès alternaient dans ces entreprises trop nouvelles encore pour que Ton pût se flatter d'y procéder à coup sûr.

Vers 1859, le réseau oriental avait été étendu; il reliait l'île de Candie à Smyrne, à Chib et aux Dardanelles.

Dans les Indes , Singapore et Batavia voyaient fonctionner un excellent câble. Un autre fut immergé dans le détroit de Bass, de l'Australie à Ring*s-lsland, et un peu plus tard, de cette dernière île à la terre de Van- Diémen (Tasmanie).

On avait donc poussé les lignes télégraphiques jusqu'aux confins du monde habité.

Malheureusement, une partie du câble d'Australie se trouva bientôt hors de service.

Dans la même année 1859, en Europe, on avait établi une nouvelle ligne sous-marine entre l'Angleterre et la France, de Folkstone à Boulogne ; et 1 80 kilomètres de câble avaient été posés entre la France et les îles avoisinantes, telles que Belle-Ile, Noirmoutier, Ré, Oléron dans l'Océan, et les îles d'Hyères dans la Méditerranée. Des conducteurs avaient été posés dans les bouches du Danube ; enfin la Suède et l'île de Gothknd venaient d'être mises en communication de la même manière.

L'Espagne, en 1860, relia à son continent les îles Baléares* Nous dirons un mot de cette opération.

La Buenventura eflectua les sondages, sous le commandement de l'amiral Martines Péry. MM. Henley et Gie avaient l'entreprise de la pose ; sir Charles Bright était à bord du navire, comme ingénieur. Le navire anglais Stella apporta le câble, et l'immersion commença le 29 août 1860. Les divers tronçons de câble reliant les trois îles Baléares à la

côte d'Espagne, furent posés sans difficultés.

Une autre communication télégraphique fut établie entre la côte d'Espagne et les îles Baléares, le 16 janvier 1861. Un cable fut posé entre Barcelone et l'île de Minorque, à Mahon.

Ici se place, dans Tordre historique, une nouvelle tentative pour établir un câble télégraphique de la côte de France à celle de l'Algérie, car le câble posé entre la Sardaigne et la côte de Tunis en 1857, était depuis longtemps détruit.

Ce nouveau câble était formé d'un toron de sept fils de cuivre, ayant ensemble un diamètre de 2 millimètres. Quatre couches de gutta-percha alternaient avec quatre couches de mastic Chatterton, et enveloppaient le conducteur, ce qui donnait au tout un diamètre considérable; enfin un revêtement de filin goudronné complétait l'âme du câble, qui était enveloppée d'une armature de fils d'acier, de 2 millimètres de diamètre, garnis eux-mêmes de filin goudronné. Cette dernière enveloppe variait en raison de la profondeur.

La figure 126 donne, de grandeur naturelle, la coupe du câble qui fut construit en 1860 pour être posé entre Marseille et Alger.

Fig. 126. — Câble construit en 1860 pour la ligne de Marseille à Alger (Câble côtier et câble de fond, grandeur naturelle.)

Le prix convenu entre l'administration française et une compagnie anglaise, qui

s'était offerte pour poser îe câble, fut de 1,900,000 francs.

La distance entre Marseille et Alger, étant de 750' kilomètres, la longueur qui fut donnée au câble, fut de 885 kilomètres.

La résistance de ce câble était de 6,000 kilogrammes ; ce qui lui permettait de demeurer suspendu verticalement dans l'eau, à des profondeurs considérables. Au moment de l'expérience où ce câble se rompit, son allongement était d'environ 0,33, sans que les spires des fils de fer fussent écartées, il ne se produisait qu'une simple diminution de diamètre et un suintement de goudron. Dans cette épreuve, le conducteur et la gutta-percha n'avaient éprouvé aucune avarie.

Le câble, après avoir subi d'excellentes vérifications, pour la conductibilité électrique, fut placé à bord du William Cory, qui se rendit à Alger, le 9 septembre 1860.

Après avoir fixé au rivage le gros câble, l'immersion du petit câble commença le 10 septembre, avec une vitesse moyenne de 8 kilomètres par heure. Le lendemain, une coque passa dans les freins, et les communications furent arrêtées, sans qu'il y eût rupture du câble.

Le câble fut relevé d'une profondeur de 2,600 mètres et Ton put atteindre la coque. L'armature n'était pas brisée, mais elle était endommagée : au moment où le câble s'était redressé , la gutta-percha par , suite de la tension, avait fait saillie entre deux fils de l'enveloppe, et elle avait été coupée par leur rapprochement. La partie détériorée du câble fut retranchée, on fit une soudure, et l'opération reprise, marcha bien jusqu'au lendemain. La mer devint alors tellement agitée, qu'il fut impossible aux hommes chargés du déroulement d'empêcher la formation de nouvelles coques. Le câble ne put résister, il se rompit à 80 kilomètres de terre, au-dessus d'une piofondeur de 2,400 mètres.

Il fallut donc abandonner l'entreprise, et rentrer à Marseille. Seulement, pour profiter

de la portion de la ligne immergée jusqu'aux îles Baléares,le câble fut relevé près de l'île de Minorque, où il passait, puis mis en communication avec les câbles qui réunissent ces îles à l'Espagne. Il fallut quatre jours, du' 27 au 30 septembre, pour pouvoir ressaisir le câble, mais on en vint à bout.

Le William Cory chargé d'un nouveau câble, semblable au précédent, escorté du Gomer, vaisseau de la marine impériale, recommença l'opération delà pose, le 14 novembre 1860. Malheureusement à 162 kilomètres, un abordage eut lieu entre les deux navires. Le Gomer^ par suite d'une fausse manoeuvre, étant venu se jeter sur le William Cory, la machinerie et les cheminées furent brisées. Il fallut couper le câble, après y avoir placé une bouée et regagner au plus vite la côte.

Le 13 janvier 1861, on tenta de relever ce câble; mais la corde du grappin cassa, à la profondeur de 1,700 mètres, et le dragage étant impossible par de pareilles profondeurs, il fallut renoncer à profiter de la partie immergée.

L'opération fut encore reprise en août 1861, en adoptant le tracé de Mahon à Port-Vendres. Elle fut effectuée heureusement par le steamer le Berwick, escorté de l'aviso à vapeur le Brander. Du 31 août au 7 septembre 1861, on immergea 418 kilomètres de câble, pour une distance de 344 kilomètres, c'est-à-dire un cinquième de plus que la longueur en ligne droite.

Le 1er octobre une perte d'électricité se déclara; on s'occupa donc de relever le câble d'une profondeur de 2,400 mètres, et cette opération périlleuse fut menée à bonne fin. Le 5 du même mois, 30 kilomètres étaient relevés, et le point vulnérable signalé. La pose se termina le 7. La communication immédiatement établie jusqu'à Alger, donna pour une longueur totale de 850 kilomètres, une vitesse de 8 à 10 mots par minute.

Malheureusement on s'était servi, pour

LA TELEGRAPHIE SOUS-MARINE

cette dernière partie de la ligne, d'un câble construit depuis un an. Aussi, au bout de quelques mois, ne fonctionnait- il plus. Peu de temps après, l'autre portion manqua à son tour, si bien que le malheureux conducteur demeura hors de service dans sa totalité.

La perte defadministf ation française s'éleva, dans cette fâcheuse occurrence, à 2,825,000 fr.

Le William Cory, qui venait d'effectuer cette expédition si mal terminée, partit de Toulon, le 27 janvier 1861, pour se rendre à Otrante, où il devait jeter un câble de cette ville à Corfou.

Lorsque tout le câble fut déroulé, le bâtiment se trouvait encore à 28 kilomètres de Sidari. Une bouée munie d'une chaîne de 160 brasses, fut attachée au câble; mais elle disparut : la profondeur au lieu d'être de 100 brasses, comme l'accusaient les cartes, était de 420 brasses.

Le William Cory, après être allé chercher un câble additionne], revint le 30. La nature du fond fut soigneusement examinée le 31. La recherche du câble commença enfin le 6. A S heures du soir, le câble, accroché a 80 brasses de profondeur, fut relevé, mais la chaîne se rompit et il fallut recommencer. Le 7 février cependant il fut amené à bord, soudé à l'autre câble, et l'immersion recommença. Les 19 kilomètres de câble qùe l'on avait sous la main, furent filés. Le câble fixé à une bouée fut abandonné. On n'était qu'à 2 îieuès de Sidari, dans une eau de 30 brasses de profondeur. Le 8, à 5 heures du soir, la ligne fut complétée. Les essais étaient satisfaisants.

Mais le William Cory ne devait pas rentrer sain et sauf à Otrante. Le vent du sud se mit à souffler avec une telle force, que le bâtiment avait peine à se soutenir. Enfin, le 12, il échoua à 4 lieues au nord d'Otrante, heureusement sur une plage de sable. Il fut remis à flot et put regagner Malte. L'opération de ia pose avait été dirigée par M. Samuel Canning, ingénieur de MM. Glass et EÎliott.

En juin 1861, un câble exactement pareil au précédent, fut posé par les mêmes navires, entre Toulon et Ajaccio. Mais, hélas ! au mois de juillet 1863, il ne fonctionnait plus.

En 1861, une compagnie anglaise établit entre l'île de Malte et Alexandrie un câble qui atterrissait en même temps à Tripoli et à Benghazi.

- Le steamer le Ranzoon fut chargé de Topération, la corvette an glaise ifef edina avait effectué les sondages. L'immersion ne dura pas moins de cinq jours, entre l'île de Malte et Alexandrie. Le câble ne se trouvant pas assez long, il fallut mouiller sur les roches d'un îlot voisin et le fixèr à une bouée, en attendant que la ligne fût complétée. Cette ligne a 2,470 kilomètres de longueur.

La figure 127 représente ce dernier câble, qui présente trois grandeurs différentes, sur les côtes d, dans la moyenne profondeur <?, et dans les eaux profondes /.

Fig. 1 27. — Câble de Malte à Alexandrie (Grandeur naturelle).

Pendant ce temps, la ligne de Singapore à Batavia (880 kilomètres) cessait de fonctionner ; et les câbles des Dardanelles à Chio et de Chio à Candie, se rompaient à leur tour.

Le 22 juin 1862, YAsia, bateau à vapeur ayant à bord 132 kilomètres de câble, arrivait à Dieppe, pour poser un câble entre Puys (près Dieppe) et Newhaven. Le 23 à 6 heures l'opération commençait. M. Henley, qui avait

construit le câble, se chargeait de la pose à ses risques et périls.

Le chaland qui devait atterrir le câble, coula par suite du mauvais temps; le 25, un nouveau chaland amena le câble à terre. UAsia commença la pose, escorté de l'aviso de la marine impériale le Cuvier.

Les premiers essais de transmission électrique furent mauvais; on poursuivit cependant. Le temps, qui ne cessait d'être contraire, n'empêchait pas YAsia de filer 3 à 4 nœuds. Le 26 à 3 heures du matin , la bobine de charpente sur laquelle le câble était enroulé, se brisa. A 8 heures l'avarie était réparée ; mais à 10 heures une immense coque passa dans la machinerie, et il fallut couper le câble. L'épissure exigea sept heures de travail. A 6 heures, YAsia mouillait en vue de Newhaven ; le 27, le câble arrivait à terre.

Peu de temps après, le 8 juillet, le Victor steamer anglais, arriva à Dieppe, et remplaça par un autre câble la partie, longue de 3 kilomètres, qui avait laissé beaucoup à désirer pour la transmission électrique.

Au mois 4e. mars 1862, une compagnie anglaise faisait poser un nouveau câble entre F Angleterre et l'Irlande. Il allai! de Pembroke (Angleterre) à la pointe de Carnsore, près Wexford (Irlande). Il présentait ceci de particulier que les douze spirales de fer étaient protégées contre la corrosion de l'eau de la mer, par du chanvre goudronné enduit d'une poudre (roman cemetit) qm empêche le goudron de coller ses spires- Un câble tout pareil fut posé, le 1 4 août 1 862 , pour le compte de la même compagnie, entre Lowestoft (Angleterre) et Zandwoort de Harlem (Hollande). L'immersion fut faite avec beaucoup de soin, à l'aide d'une machinerie perfectionnée. La route avait été soigneusement jalonnée par des bateaux. La perte de fil ne fut que de 7 pour 100.

Du 17 au 18 octobre les orages qm survinrent, le brisèrent à 8 kilomètres de la côte anglaise. ïl fut relevé et réparé. Un nouvel

accident survint en 1863; mais on y remédia promptement.

Nous terminerons cette longue revue en parlant des câbles de la Sardaigne à la Sicile, et de la dernière et malheureuse tentative qui fut faite pour rétablir la ligne sousmarine entre la France et l'Algérie.

Le gouvernement italien, voulant établir une communication entre la Sicile et la Sardaigne, demanda à MM. Glass et Elliott, de se charger d'immerger entre ces deux points un câble télégraphique. Celui qui fut fabriqué avait une densité moyenne de 2,68 et résistait à une tension de 7,000 kilogrammes.

Le 17 décembre \ 862, le Eawthorns^ bâtimïnt à vapeur à hélice, arrivait à Cagliari (Sardaigne), M. Canning arrivait le 22, et le lundi 29, lé câble fut atterri à Porto- Gioco un peu au nord du cap Carbonara, sur une plage sablonneuse.

Le Malfatano, navire de guerre à roues, désigné par le gouvernement italien pour tracer la route, était parti le 28, pour terminer quelques sondages. Le 29, le Hawthorns commençait le filage, bien que l'autre navire ne fût pas de retour. 5 kilomètres de câble côtier furent immergés, et le navire, après la soudure faite au câble proprement dit, se dirigea vers le banc de Skerki qui est à 160 kilomètres de la Sardaigne. On devait, après cela, mettre le cap à l'est jusqu'à la hauteur de l'île de Maretimo.

De 9 heures du soir, 29, à 2 heures du matin, 30, la plus grande profondeur d'eau était franchie, ainsi que l'indiquait le dynamomètre.

A minuit, un steamer fut signalé. Le Hawthorns fit partir une fusée, espérant que c3 était le Malfatano ; mais on ne reçut aucun signal en réponse. A 8 heures du matin, la sonde donnait 300 mètres, avec fond de sable. A midi, les courants l'avaient entraîné â 25 .kilomètres au sud-ouest de là route prévue. Il ne devait pas rester assez de câble

LA TELEGRAPHIE

pour atteindre le but. Les instructions nautiques sur le banc de Skerki disent : « Les courants sont violents et sans direction certaine, ce qui rend la navigation très-difficile dans cette partie de la Méditerranée. »

A midi et demi, Me de Maretimo étant visible à 70 kilomètres, par estime, M. Canning résolut de conduire le câble dans les bas-fonds qui l'entourent. On se dirigea droit sur cette île. Les courants dérangeaient constamment la direction; mais, la terre étant en vue, on gouvernait en conséquence. A

3 heures, la houle devint de plus en plus forte. A 7 heures, le navire était au large de Maretimo, le vent et la mer grossissaient ; @n voyait paraître des indices de mauvais temps, le bout du câble fut scellé et attaché à une bouée, à 250 mètres de la côte, par 110 mètres d'eau. Le navire prit le large se disposant à atterrir le lendemain ; mais un grain s'éleva, et il dut se réfugier à Farignano, où lè Malfatano vint le rejoindre. Tous deux repartirent pour Trapani, afin de demander à Londres, par le télégraphe, l'autorisation d'employer à compléter cette ligne, la partie qui restait du câble d'Alexandrie, déposée à Malte en septembre 1861 .

Le 12 janvier 1863, le Eawtkorns, après avoir été chercher le câble, reprit l'immersion; mais la mer redevint houleuse. A 10 heures du soir la nuit était noire, l'eau profonde, des récifs apparaissaient; on jeta l'ancre. Le 14, la mer était calme, les bateaux purent amener le câble à la côte à

4 heures du soir , l'extrémité fut attachée dans une vieille tour sarrasine appelée Torre Nubia, à 18 kilomètres de Marsala et à 2,500 mètres de Trapani.

La longueur des câbles ainsi posés est de 390 kilomètres ; la distance réelle est de 280 kilomètres ; la perte de fil pendant la pose s'était élevée à près de 40 pour 100, ce que l'on comprend sans peine d'après l'absence du navire qui était chargé de tracer la route.

En 1863, un petit câble fut posé entre t. u.

File d'Elbe et la Toscane ; un autre entre Otrante et Aulona. Ce dernier se brisa en 1864; mais M. Henley réussit à le relever d'une profondeur de 1,040 mètres, et à le réparer.

Le câble posé entre Malte et Alexandrie et atterrissant à Tripoli et Benghazi, se rompit également en 1864, à deux reprises différentes ; mais il fut réparé , grâce au peu de profondeur de la mer dans ces parages.

Fig. 128. — Troisième câble de l'Algérie, construit par M. Siemens, de Berlin (grandeur naturelle).

Au mois de juillet 1863, une troisième tentative fut faite pour relier la France à l'Algérie. Le câble qui fut immergé était d'un modèle nouveau, dû à M. Siemens, célèbre physicien de Berlin, directeur des télégraphes de Prusse. Il se composait {fig, 128) d'un toron de sept fils de cuivre A, d'une enveloppe de gutta-percha B , couverte d'un revêtement de caoutchouc G, formant la gaîne isolante, de deux couches de fortes cordes de chanvre D, E, saturées de goudron, appliquées à spires croisées, enfin d'une armature F, faite de bandes flexibles de cuivre, dont les spires se recouvraient. Le diamètre

in

total était de 13 millimètres; l'enveloppe ex- , térieure du câble côtier était composée de fils de fer.

M. Siemens, au lieu de lover le câble dans un plan horizontal, à fond de cale, l'enroulait autour d'une bobine verticale. Cette bobine, traversée par un arbre en bois, se terminait, au sommet, par un axe s'emboitant dans un grand madrier, et à la partie inférieure, par un manchon en cuivre, qui tournait dans un cylindre creux en fonte. Par l'intermédiaire de rouages et de courroies, une machine à vapeur mettait en mouvement l'appareil d'émission. Le plateau inférieur de la bobine portait des galets roulant sur un rail circulaire. Le câble en se dévidant passait successivement sur deux poulies et tombait directement à la mer, ce qui rendait impossible la formation de coques pendant le déroulement.

Le câble devait suivre le tracé d'Oran à Carthagène, en atterrissant sur la plage d' Aineï-Turk en Afrique et à l'Algameca-Chica sur la côte d'Espagne. On évitait ainsi les grandes profondeurs de 2,600 mètres que l'on rencontre sur les autres points, les fonds sur cette ligne ne sont guère supérieurs à 2,000 mètres.

UÉciaireur, qui avait fait les sondages, devait tracer la route. Le 5 janvier 1864, ce navire se trouvait à Carthagène. Le 7, le Dix- | Décembre arrivait en rade,venant d'Angleterre et portant le câble à son bord. Il fut décidé que la pose commencerait par la côte d'Afrique. ' Le 42, on avait installé les machineries, et l'on s'était rendu à Ain-el-Turk ; le temps pa- j rut suffisamment beau pour atterrir. L'im- | mersion du câble côtier commence donc, j Mais à 6 heures, on laisse échapper le câble, i à l'extrémité duquel on était arrivé sans s'en apercevoir. Il fallut le 13, à l'aide d'une chaloupe, aller repêcher le câble perdu dans la 1 mer. A midi , il fut relevé, et placé sur la chaloupe que le Dix-Décembre remorqua.

A 1 heure et demie, un fil de l'armature

extérieure cassa et forma chevelure à favant de l'embarcation. On fit la jonction du câbie côtier avec le reste. Le 14, après avoir été retenu par le mauvais temps jusqu'à 2 heures de l'après-midi, on part doucement, en filant à la main le câble, YEclaireur donnant la route. Mais à 4 heures 25 minutes, un des galets sur lesquels roule la bobine, s'échauffe par suite du déplacement de certaines pièces. On s'arrête pour réparer cet accident, et un filin est attaché au câble, en prévision d'une rupture.

Fig. 129. — Siemens, directeur des télégraphes de Prusse.

A 5 heures un quart, on repart, avec une vitesse croissante. A 6 heures et demie, nouveau dérangement de la bobine. A peine se remettait-on en marche que le câble se brise. On revint au point de réunion du câble côtier avec le câble ordinaire où l'on avait laissé la veille une bouée. Le conducteur, amené à bordj fut coupé, et l'on procéda au relèvement, le 15, à 4 heures. A 5 heures et demie le câble, en partie relevé, se brisa, parce qu'il s'était engagé et demeurait fixé dans une roche du fond.

Nous ferons remarquer en passant que

LA TELEGRAPHIE S OU S -MARI NE

M. Siemens employait une méthode défectueuse pour le relèvement. Au lieu de prendre le câble par l'avant du navire, et de le haler, pour ainsi dire, dessus, il relevait le câble par l'arrière, en faisant marcher le bateau contre sa direction. Ce système est plein d'inconvénients.

M. Siemens renonça à sa méthode de poser le câble au moyen d'une bobine verticale; il fit lover le câble dans la cale. Pendant cette opération, les galets s'écaillèrent ; le frottement devint alors énorme et l'on fut obligé de s'arrêter. Après quelques réparations, on reprit la marche. Mais bientôt après la rotation des galets devint impossible. II fallut soulever le câble sur des crics pour empêcher le contact avec les galets qui ne pouvaient plus rouler.

Le 27 janvier seulement, le lovage fut achevé, et le 28, le Dix-Décembre reprit la pose. Les machines de déroulement devenues inutiles, avaient été démontées.

La soudure avec le câble côtier étant terminée, on part, avec une vitesse de trois à quatre nœuds, X Éclair eur donnant la route. La vitesse dépassait six nœuds, le temps étaitbeau, tout se comportait bien , lorsqu'à 7 heures et demie, le câble se brise, le dynamomètre n'accusant qu'une tension de 300 kilogrammes. Il ne restait plus suffisamment de câble, M. Siemens renonça à le relever, et les navires rentrèrent à Garthagène.

Au mois de septembre de la même année 1864, on essaya encore de relever ce malheureux conducteur ; mais après vingt jours d'efforts infructueux, il fallut abandonner F eni reprise. Aujourd'hui il n'existe aucun conducteur télégraphique direct entre la France et l'Algérie. Les dépêches à l'adresse de l'Afrique française, sont expédiées par la côte d'Italie. Elles vont de l'Italie à Marsala en Sicile, et de la Sicile à la côte de Tunis, par un câble sous-marin.

Une dépêche de vingt mots, de Paris à Alger, coûte 8 francs.

Page 1