CHAPITRE VII
LE TÉLÉGRAPHE DE L'iNDE. — PREMIÈRES TENTATIVES EN 4856. — PROJET DE SIR CH. BRIGHT EN 4862. — EXÉCUTION DE LA LIGNE.
Il nous reste à parler de la grande ligne télégraphique de l'Inde, en partie sous-marine, qui a été terminée au mois de mars 1865, de telle sorte qu'on peut aujourd'hui transmettre des dépêches depuis l'Angleterre jusqu'aux Indes et même jusqu'aux frontières de la Chine.
Déjà Je gouvernement britannique avait songé à créer différents tronçons de lignes sous-marines , pour communiquer de Londres avec l'Inde. En 1856 on exécuta un premier essai : on avait créé tout un réseau télégraphique passant par Alexandrie et Suez en Egypte, ensuite par la mer Rouge, Aden et r océan Indien. M. Siemens avait posé un câble de 5,500 kilomètres de longueur, divisé en six sections et allant de : Suez à Cosire, à travers la mer Rouge, de Cosire àSouakin, de Souakin à Âden, à la pointe méridionale de l'Arabie, d'Aden à la petite île d'Hallani, d'Hallani à Mascate (Arabie), enfin de Mascate à Kurrachie, port de la côte de l'Inde à travers l'océan Indien. Là, en empruntant les télégraphes aériens qui allaient jusqu'à Calcutta, on espérait pousser jusqu'au fond des Indes. Mais ces diverses lignes n'avaient eu qu'une durée éphémère. Le câble de la mer Rouge n'eut qu'une courte existence, en raison de la haute température de cette mer et de son fond rocailleux. Celui de l'océan Indien de Mascate à Kurrachie ne fonctionna que quelques jours. L'entreprise avait donc été abandonnée.
En i 862 sir Charles Bright, qui venait d'essayer de réparer le câble de la mer Rouge, présenta un projet tout différent. Il consistait à arriver, autant que possible, au territoire indien par des lignes terrestres. Le réseau télégraphique européen atteignait Constantinoplc, il fallait le prolonger à travers
l'Asie, jusqu'à la presqu'île indienne. Le projet consistait donc à traverser par une ligne aérienne, la Turquie d'Asie, à pousser ainsi jusqu'aux bords de FEuphrate, et à descendre le long de ce fleuve, jusqu'au golfe Persique. On devait traverser par un câble sous-marin, Le golfe Persique, pour atteindre l'île d'Elphinstone sur la côte orientale de l'Arabie. De là, jusqu'à la presqu'île de l'Inde, il fallait suivre la voie sous-marine, à cause du peu de sécurité qu'offraient les barbares habitants de ces contrées. Un câble sous-marin devait donc traverser le golfe d'Oman, aborder à Gwatter, sur la côte du Mekran (Béloutchistan) , 'd'où un fil télégraphique aérien traversant le Béloutchistan , pénétrerait dans l'Inde.
Fig. 130, — Latiwer Clark, ingénieur du télégraphe
anglo-indien.
Le colonel Stewart, en 1862, fut chargé d'explorer dans ce but, les côtes du Mekran, du Béloutchistan, du golfe Persique et la Turquie d'Asie, depuis Bassorah jusqu'à Constantinople.
Sur son rapport favorable, l'entreprise fut décidée. Le colonel Stewart eut la direction
des travaux, sir Charles Bright et M. Lalimer Clark furent désignés comme ingénieurs électriciens.
Le câble qui fut construit pour la traversée du golfe Persique, diffère essentiellement des autres. Le conducteur est composé de quatre fils étirés dans un tube creux, et présente l'apparence d'un fil massif, dont il a tous les avantages, tandis que sa conductibilité est augmentée de 28 pour 100. L'enveloppe isolante, composée de quatre couches de gutta-percha, fut appliquée avec tant de soins que le degré d'isolement obtenu était sans exemple. Recouvert ensuite d'une enveloppe de chanvre humide, le câble reçut une armature de douze fils de fer n° 7. La résistance de ce câble à la rupture devint ainsi de 8 tonnes. Enfin, pour le préserver de la corrosion de l'eau de mer, il fut recouvert d'une double enveloppe de chanvre et d'un composé bitumineux inventé par MM. Bright et Clark.
Commencée en février 1863, la construction de ce câble fut achevée au milieu du mois d'octobre de la même année. Sa longueur était de 1,413 kilomètres, son poids total de 6,000 tonnés. Le transport d'une pareille masse à une grande distance n'était pas chose aisée. Il fut effectué par six vaisseaux, pourvus chacun de trois bassins de fer pleins d'eau dans laquelle le câble fut tenu constamment immergé.
Le premier des navires, le Marian-Moore portant 300 kilomètres de câble, parti d'Angleterre, arrivait à Bombay, le 22 décembre 1863, suivi du Kirkhan^ portant le reste du câble destiné au golfe Persique, et l'on se prépara à immerger la première section, qui embrassait l'intervalle de Gwatter, petite ville du Béloutchistan, sur la côte du Mekran, à la baie de Malcolm,près du cap Moussendon, à l'entrée du détroit d'Ormouz, qui est comme la porte du golfe Persique, et se trouve en face des rivages de la Perse.
Le lieu d'atterrissement choisi était une petite île rocheuse, nommée Elphinstone,
LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE
Fig. 131
Visite des cheiks arabes du golfe Persique atix navires anglais posant le câble sous-marin dans la baU>
d'Elphinstone (page 252).
qui permettait d'échapper aux déprédations des habitants de ces contrées.
Le Coromandel, laZénobie et la Sêmimmis, de la marine royale, destinés à seconder les deux autres navires, composaient l'escadrille . Le Coromandel traçait la route, les deux autres servaient de remorqueur. Après sept jours d'un voyage difficile, vu le grand chargement de ces navires, la flottille mouillait à Guadur, oîi la Clyde, chaloupe canonnière d'un faible tirant d'eau, procéda de suite à l'atterrissemeiit.
Le 9 février, le Kirkhan remorqué par la Zéîiobie, commença à filer le câble^ en se dirigeant vers le cap Jask, L'opération s'effectua sans encombre.
Comme l'un des deux navires remorquait l'autre, il importait de bien assurer la simultanéité, la concordance de leurs mouvements,, On y parvint en faisant usage d'un
système de communication moins incertain que celui des feux et des pavillons. Véritable imitation du système de signaux inventé par Polybe, il y a quelque deux mille ans, et que nous avons décrit et figuré dans les premières pages de ce volume, ce système consistait à placer une lampe derrière un écran mobile. En faisant varier à volonté la visibilité de la lumière, on représentait tous les signaux de l'alphabet télégraphique de Morse. Ces signaux néo-antiques furent si habilement employés, que les dépêches les plus compliquées furent échangées entre les deux vaisseaux, à raison de vingt mots par minute.
La profondeur de l'eau variait de 50 à 60 mètres, et le câble filait avec une vitesse de quatre à cinq nœuds.
Le 6, à 10 heures du matin, le Kirkhan jetait l'ancre devant le cap Kungoun, à 290 ki-
lomètres ouest de Guadur. Il avait filé la totalité de son câble. On procéda alors au transbordement à bord du Marian-Moore de l'équipage et des vivres.
Le 7 au matin, la flottille, moins la Sémiramis et le Kirkhan* qui retournaient à Bombay, reprit la pose du câble. Elle côtoya les rochers escarpés qui bordent le Béloutchistan et s'arrêta le 8, au cap Jask. Enfin, le 0, après avoir franchi le détroit d'Ormouz qui commande le golfe Persique et doublé le cap Moussendon, on put voir les hautes montagnes de la côte arabique rapprochées en apparence, mais dont les points culminants, hauts de 3,000 mètres, étaient encore éloignés de plusieurs kilomètres.
Les vaisseaux continuaient à s'approcher de la côte, maison n'apercevait encore que quelques rochers, lorsqu'enfin, à une distance d'environ 90 mètres du rivage, on signala l'entrée de l'étroite baie de Malcolm. Après avoir traversé cette porte naturelle, les vaisseaux de l'escadre se trouvèrent environnés de rochers escarpés, d'une hauteur prodigieuse, qui ont à leurs pieds une série de lacs d'une beauté sauvage.
Les navires anglais, en s'approchant du rivage, tirèrent plusieurs coups de canon, pour faire connaître leur présence aux Arabes, et montrer en même temps leurs moyens de défense. Ces décharges d'artillerie, se répercutant de roche en roche, dans la baie de Malcolm, avec le bruit du tonnerre, produisaient sur l'esprit des habitants de ces rivages une impression de vive terreur.
Enfin, le 12 février, la communication était ouverte, entre Gwatter et le golfe Persique, par une ligne de 600 kilomètres de câble.
1) fallait attendre que de nouvelles longeurs de câble arrivassent d'Angleterre, pour procéder aux opérations ultérieures. Au commencement de février, la Tweed et YAssaye apportaient 1,200 kilomètres de câble. Le 1er mars, ces deux navires, remorqués par la Zénobie et la Sémiramis, entrèrent dans le
golfe Persique, et le 10, dans la baie d'Elphinstone.
La petite baie dans laquelle l'escadre jeta l'ancre, est presque entièrement enveloppée par les terres. Elle est entourée de rochers aux pentes abruptes, qui plongent perpendiculairement dans la mer, et s'élèvent à une hauteur de 1 ,000 à 1 ,200 mètres.
L'aspect de l'île et de la baie d'Elphinstone s'accorde parfaitement avec le caractère de ses habitants, qui sont cruels et sauvages. Ces enceintes montagneuses, véritables places fortes, auxquelles on n'arrive que par des passages sombres et tortueux, sont parfaitement disposées pour servir d'abri aux hordes dangereuses de pirates, qui les fréquentaient peu d'années auparavant, sous Ben-Sagger, sultan de Ras-el-Khimer. Les habitants de cette île, sauvages et pillards, relèvent de l'iman de Mascate, mais la domination de ce prince est plus apparente que réelle. Ils ne peuvent plus s'adonner ouvertement à la piraterie, ce que rend impossible la surveillance continuelle des bâtiments de ïa marine indienne, mais, naturellement violents et farouches, ils préfèrent au travail de la pêche des perles, tout bénéfice obtenu par la violence.
Il était difficile d'entrer en accommodement avec de tels barbares, qui promettaient pourtant d'approvisionner l'expédition et de faire respecter la station télégraphique. On eut recours à tous les moyens de conciliation. On invita les cheiks à venir à bord du Coromandel, et on leur offrit tous les objets qui pouvaient leur plaire.
Les cheiks de la baie d'Elphinstone paraissaient sensibles à ces marques généreuses, car ils arrivaient en nombre considérable. Leur nombre même et la succession continuelle des cheiks qui venaient recevoir des présents à bord du Coromandel, finirent par étonner, et l'on découvrit alors que le véritable cheik, après avoir obtenu son audience et reçu son présent, s'éloignait et envoyait successivement tous ;se's bateliers,
revêtus de ses propres vêtements, pour figurer un autre cheik, La plaisanterie parut bonne, mais on se hâta d'y mettre un terme.
Bien qu'amicales, les négociations avec les Arabes du golfe Persique étaient si peu sûres, qu'il fallut reculer la station télégraphique dans l'intérieur de l'île d'Elphinstone, où YEuphrate et le Constance restèrent avec la chaloupe la Clyde, pour protéger le personnel employé à la station.
Sur ces entrefaites l'escadre s'accrut des bâtiments de la marine royale, la Victoria et le Dalhousie. La petite flotte se trouva ainsi composée de dix navires, force nécessaire pour imposer aux Arabes.
Le 13 et le 16 mars, un double câble côtier fut posé entre l'île et le continent, en prévision de l'usure contre les rochers.
Le 18, l'expédition partit pour jeter la suite du câble le long du golfe Persique, la Tweed filant le câble et étant remorquée par la Zênobie. L'escadre se dirigea sur Liviga, le câble continuant à se dérouler avec une parfaite régularité.
Le 19, les hautes terres de l'île Kishim à l'entrée du golfe Persique, apparaissaient comme une ligne de collines arides, d'un triste aspect. A 1 heure et demie du soir, les 148 kilomètres de câble qui remplissaient le bassin de l'avant du navire, ayant été filés, on ralentit la vitesse, et le changement au bassin de l'arrière s'effectua avec succès.
Quelques heures après un vent violent s'éleva, et fit craindre un moment qu'il ne fût nécessaire de couper le câble, pour l'attacher à une bouée. Le vent tomba, mais l'électricien, M. Laws, était très-gêné dans ses expériences , par les courants produits par la différence de tension de l'électricité terrestre aux deux extrémités de la ligne. La direction de ces courants changea fréquemment pendant la nuit, et les signaux envoyés de l'extrémité de la ligne, apprirent qu'un violent ouragan avait éclaté vers le cap Mousseridon.
Un phénomène plus curieux encore se pro-
duisit. Le plan horizontal des spires du câble placé dans la cale du navire, formait un angle aigu avec la direction du méridien magnétique terrestre ; de sorte qu'à chaque changement de direction du navire, il se produisait dans le fil du câble, des courants d'induction qui traversaient la ligne et gênaient beaucoup les opérateurs.
Les 20 et 21 mars, \&Zénobie et la Tweed filaient leur câble avec la plus grande régularité. La Tweed achevait le 21 au soir, défiler son câble, à 64 kilomètres de Bushire port de la côte de Perse. Elle en avaitdéroulé S 70 kilomètres en 74 heures. L'état électrique du câble s'était considérablement amélioré , et l'isolement était parfait.
Le 22, l'opération du transbordement s'effectua sans accidents et YAssaye continua la pose.
Dans la matinée du 23 mars, on découvrit ; les hautes montagnes neigeuses qui s'élèvent ! autour de Bushire. A 9 heures, la flottille | mouillait à 5 kilomètres de cette ville. C'était précisément le point de la côte où les vaisseaux anglais, dixans auparavant, avaient jeté | l'ancre, pour débarquer des troupes destinées i à faire le siège de Bushire, pendant la guerre contre la Perse.
Le 24, l' atterrisse ment terminé, la communication fut ouverte sur une longueur de 650 kilomètres entre le cap Moussendon et Bushire.
Enfin , le 25, le second câble côtier fut fixé, et l'escadre se dirigea sur Fao, ville du terri- ! toire ottoman, aux embouchures réunies de TEuphrate et du Tigre.
Le 27, on retrouvait la Victoria, qui avait été envoyée en avant, pour faire les sondages. A 4 heures du soir les navires étaient à environ 40 kilomètres de Fao ; et c'est alors qu'ils commencèrent à ressentir le dangereux effet des courants que l'Euphrate et le Tigre versent dans le golfe Persique. Les vaisseaux i donnaient au loch une vitesse de six nœuds , et demi, tandis qu'ils n'avançaient en réalité,
par suite du courant de surface, que de deux nœuds et demi.
A sept heures du soir, on se trouvait à 41 kilomètres du rivage, et Feau était tellement basse, qu'on jugea prudent de se mettre à Fancre pour la nuit. On avait filé depuis Bushire^ 547 kilomètres de cable.
Le 28, au matin, ceux qui ne connaissaient pas ces parages furent surpris de n'apercevoir aucune terre, La mer était extrêmement basse, et les eaux fangeuses des deux grands fleuves couraient avec une étonnante rapidité, ce qui prouvait que l'on approchait du rivage. On n'apercevait pourtant, dans un rayon de 80 kilomètres, aucune trace de terre. Sir Charles Bright fut convaincu, au premier coup d'œil, que Fatterrissement d'un câble dans une eau si fangeuse et si rapide, offrait de graves difficultés.
Fig. 132. — Charles Bright, ingénieur du télégraphe
anglo-indien.
Aucun bâtiment de l'escadre ne pouvait approcher à plus de deux lieues du rivage. Les chaloupes mêmes? tout en profitant de la marée haute, ne pouvaient s'approcher à plus de 3 kilomètres. Il fallait, en outre, pour
atteindre la station flottante du fleuve, traîner le câble à une distance de 6,400 mètres, sur un banc fangeux et sans consistance, que la haute marée venait recouvrir.
Dans ces conjonctures difficiles, sir Charles Bright prit le parti suivant. Il fit couper en fragments de 1,600 mètres de longueur, la quantité de câble nécessaire pour traverser le banc de vase, et il fit embarquer ces fragments à bord du bateau plat la Comète. Puis on réunit cinq-cents Arabes, que l'on chargea de traîner ces fragments de câble à travers la vase7 et de les disposer bout à bout. Les extrémités de ces tronçons furent ensuite soudées deux à deux, et la communication fut complétée entre la station flottante de Fao et le rivage à Khor-Abdallah.
Il ne restait plus qu'à fixer à terre l'extrémité du câble pour achever la ligne jusqu'à Bassorah (Turquie d'Asie), et établir ainsi la liaison télégraphique de F Asie Mineure et de la Turquie.
Bien qu'il y eût à peine une distance de quelques lieues à faire le long du Tigre, cet atterrissemënt était un travail d'une difficulté extraordinaire, à cause du manque d'eau dans le fleuve, de la profondeur de la vase et de sa faible consistance.
Le 4 avril, YAmber Witch ayant pris à son bord une certaine quantité de câble, navigua aussi près du bord que son tirant d'eau le lui permettait, c'est-à-dire à deux lieues environ. Deux lieues de câble furent alors distribuées entre dix des plus grandes chaloupes qui appartinssent à la flotte, et le 5 avril au matin, ce long cortège flottant s'éloigna de YAmber Witch, du côté du rivage.
Mais quand on eut filé 6,400 mètres de câ« ble et que les chaloupes furent à environ 4600 mètres du banc de vase auquel on donne le nom de rivage, les chaloupes échouèrent. Il y avait très-peu d'eau, mais on rencontrait toujours au fond, la vase.
Il n'y avait pas à hésiter ; il fallait à tout prix fixer le câble à un point quelconque. Sir
Fig. 133. — L'atterrissement du câble indien aux embouchures de l'Euphrate et du Tigre, par les équipages
des navires anglais.
Charles Bright sauta le premier hors de la chaloupe ; il s'enfonçait dans la vase jusqu'à la ceinture. Son exemple fut suivi par les officiers et tout l'équipage, au nombre de plus de cent hommes. Tous se jetèrent dans la vase, où ils disparaissaient jusqu'à la poitrine, sans toutefois lâcher le bout du câble qu'ils tiraient avec eux.
On comprend combien devait être lente et difficile la marche dans ces conditions. Il fallait tantôt nager et tantôt marcher ; on ne pouvait s'arrêterun moment sans risquer de disparaître au fond d'un lit de boue. Cependant aucun des hommes n'eut la pensée d'abandonner le câble.
ïl n'était que 2 heures, quand le détachement quitta la chaloupe, et le banc à traverser n'avait guère que deux kilomètres d'étendue ; cependant il était presque nuit . ». h.
lorsque les derniers, au nombre de vingt, eurent atteint le bord. Couverts de fange, ils étaient presque nus, ayant perdu ou abandonné plusieurs parties de leurs vêtements dans leurs efforts pour atteindre le bord. Mais le câble était fixé, et ce résultat faisait oublier à ces braves gens leurs peines et les périls qu'ils venaient de traverser.
Le petit détachement n'était pas au terme de ses fatigues. On s'aperçut que les vaisseaux de l'expédition qui attendaient dans le Tigre, se trouvaient en panne, de l'autre côté d'un autre banc fangeux, mais un peu plus consistant que celui qui venait d'être traversé, et d'une étendue de prè* de deux lieues. En outre, un ouragan tout à îait tropical par sa violence, vint à se déchaîner, et le niveau de l'eau qui recouvrait la vase s'éleva rapidement.
Néanmoins tous les hommes réussirent à atteindre les vaisseaux, à l'exception d'un seul qui, vaincu par lafatigue, disparut, avant qu'on pût lui porter secours. Tous étaient épuisés, et quelques-uns se trouvaient dans un tel état de faiblesse que leurs compagnons durent les porter dans leurs bras.
Le câble était fixé sur la terre ferme, à Bassora (Turquie d'Asie). Mais il restait à relier cette station à la station flottante que l'on avait précédemment établie sur le Tigre. 11 fallait faire traîner encore à travers la vase deux lieues de câble ; six cents Arabes furent employés à ce dernier travail, qui s'accomplit avec le plus grand bonheur.
La ligne fut ainsi achevée depuis l'Inde jusqu'aux bouches de l'Euphrate et du Tigre, grâce aux deux câbles sous-marins qui traversaient le golfe d'Oman et le golfe Per-
sique. 1
Les lignes de télégraphie aérienne qui courent du golfe Persique à Bagdad (Turquie d'Asie), de Bagdad à Aïep et d'Alep àConstanlinople, à travers toute la Turquie d'Asie, mettent l'Europe en rapport direct avec l'Inde. Les télégraphes aériens qui existent à l'intérieur de l'Inde, de Gwatler à Kurrachi, mettent l'est de l'Inde en rapport avec la grande ligne venant d'Europe.
Pour assurer la durée de la ligne sousmarine, ce câble sous-marin a été doublé dans les parties qui semblent les plus exposées aux accidents. Enfin, comme il restait une grande longueur de câble, et que, de plus, la ligne aérienne de Gwatter à Kurrachi, paraissait peu sûre, on se résolut à compléter la communication par mer, et le 1 2 mai 1865, l'opération de la pose d'un câble sous-marin entre ces deux villes du Bélouchistan et de l'Inde s'achevait avec succès.
Depuis cette époque, on a établi une seconde ligne aérienne qui part du fond du golfe Persique/traverse la Perse et va se relier aux lignes télégraphiques russes, près de Tiflis.
C'est par cette double voie que les correspondances instantanées sont assurées aujourd'hui, entre la Grande-Bretagne et ses possessions de l'Inde. C'est ainsi que le négociant de la Cité de Londres fait maintenant parvenir, en douze heures, un message à Calcutta ou à Bombay.
On croit rêver quand on entend ces choses, et pourtant le récit que nous venons de faire des opérations diverses par lesquelles cette ligne immense a été établie, prouve que ce n'est pas là une chimère de l'imagination, mais un résultat calculé de la patience, du génie et de la science de l'homme.