L. Hoche
Le licenciement demandé par le général Hoche, ne fut pas accordé; mais la compagnie ne sortit pas de son inaction, malgré les réclamations du capitaine Delaunay et du lieutenant de Selle. Ce dernier, dégoûté de cette situation , quitta la compagnie, après avoir donné sa démission d'officier, et rentra en France.
La fortune qui avait souri aux débuts à l'aérostation militaire, ne cessait maintenant de lui être contraire. Nous venons de voir la fin languissante de la seconde compagnie d'aérostiers; le sort de la première compagnie fut plus triste encore.
Commandée par le capitaine Lhomond, elle fit plusieurs reconnaissances à Worms et à Manheim. À Ehrenbreistein, Lhomond fit une ascension magnifique, au milieu d'une pluie de bombes et de boulets. Mais les hauts faits de l'aérostation militaire devaient s'arrêter là. Pendant la bataille de Wûrtzbourg, livrée ie 17 fructidor an IV, l'aérostat, demeuré longtemps en observation, fut endommagé au moment de la retraite précipitée de l'armée, et la compagnie fut forcée
de se retirer dans la place, avec son matériel. Mais bientôt Wûrtzbourg fut prise, et la compagnie des aérostiers, avec tout son matériel, tomba au pouvoir de l'ennemi. Le capitaine Lhomond et le lieutenant Plazanet furent retenus prisonniers de guerre.
Quelques mois plus tard, le traité de Léoben vint rendre la liberté aux prisonniers de Wûrtzbourg. Le capitaine Lhomond et le lieutenant Plazanet allèrent alors rejoindre Goutelle, à l'école aérostatique de Meudon, pour lui demander de faire reprendre du service à leur compagnie.
En ce moment, se préparait, en grand mystère, l'expédition d'Egypte. Conté avait obtenu de faire partie de la commission de savan Is qui accompagnaient le premier consul . Il décida Bonaparte à emmener en Egypte la première compagnie d'aérostiers, sortie récemment de Wûrtzbourg.
Cette compagnie fut donc dirigée sur Tou- Ion. Elle partit de là pour l'Egypte, avec Coutelle, Conté et Plazanet. Ils débarquèrent heureusement en Egypte, et furent, dès leur arrivée, postés en avant des troupes.
Mais la fatalité poursuivait l'aérostation militaire. On avait laissé sur le bâtiment qui avait amené la compagnie d'aérostiers, le ballon, ainsi que tout le matériel pour la préparation du gaz. Ce bâtiment fut pris et coulé par les Anglais.
Ainsi privée de ses instruments, et jetée tout à fait en dehors de son but, la compagnie d'aérostiers n'avait plus sa raison d'être. Les soldats furent répartis dans les régiments.; Coutelle, attaché à l'armée comme chef de bataillon, s'en alla, presque seul, faire un , voyage d'exploration dans la haute Egypte, et Conté mit à la disposition de l'armée son génie inventif, qui lui permettait de se rendre utile en tout temps et partout.
| L'aérostation militaire ne joua donc aucun rôle en Egypte. Tout se borna à lancer quelques montgolfières les jours de réjouissances publiques.
LES AÉROSTATS
Une montgolfière tricolore de 15 mètres de diamètre, s'éleva au milieu d'une fête brillante qui fut donnée par Bonaparte , au Caire (1). Il y avait dans le spectacle de ces phénomènes majestueux, de quoi frapper l'imagination des Orientaux, et Bonaparte ne manqua pas de recourir à ce nouveau moyen d'étonner et de séduire lés populations des bords du Nil. Mais on assure que les Musulmans se trouvèrent fort peu impressionnés par ce spectacle.
L'aérostation militaire reprise et encouragée, durait certainement rendu des services pendant nos grandes guerres.- L'école aérostatique de Meudon était toujours ouverte ; Coutelle et Conté, ses directeurs, étaient encore pleins de zèle pour Pinstitution due à la République. Malheureusement, Bonaparte ne l'aimait pas. Dès son retour d'Egypte, il licencia les compagnies d'aérostiers, donna à Coutelle et aux autres officiers des grades équivalents dans d'autres armes , fit fermer l'école aérostatique de Meudon, et vendre tous les ustensiles et appareils qui restaient dans l'établissement. L'aéronau te Robertson, que nous retrouverons plus loin, se rendit acquéreur du ballon de Fleurus.
Ainsi finit l'aérostation militaire.