‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 92 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LES ASCENSIONS AËR03TAT1QUES CÉLÈBRES. — UN VOYAGE DE NUIT EN BALLON. — GREEN PARCOURT EN BALLON LA DISTANCE DE L'ANGLETERRE AU DUCHÉ DE NASSAU. — VOYAGE DE BELGIQUE FAIT, EN 1850, PAR l' AÉROSTAT LA VILLE DE PARIS, MONTÉ PAR LES FRÈRES GODARD. — LE GÉANT. — M. NADAR ET LE SYSTÈME DU PLUS LOURD QUE L'AIR. — PREMIER VOYAGE DU GÉANT* — DESCENTE A MEAUX. — DEUXIÈME VOYAGE DU GÉANT J CATASTROPHE DU HANOVRE. — AUTRES ASCENSIONS DU GÉANT EN BELGIQUE EN 1864 ET A PARIS EN 1S67.

Le même aéronaute Green, dont nous venons de raconter l'étrange aventure avec un échappé de Bedlam, est célèbre dans l'histoire de l'aérostation, non-seulement par les mille ascensions qu'on lui attribue, mais parce qu'il fit, en 1836, le voyage aérien le plus long qui ait jamais été exécuté. Il se transporta de Londres à Weilberg, dans le duché de Nassau, et passa toute une nuit, perdu dans las airs.

L'aérostat qui servit à ce voyage mémorable, était un des plus grands que l'on eût encore vus : il cubait 2,500 mètres. Parti de Londres, le 7 novembre 1836, M. Green avait pour compagnons de voyage, MM. Holland et Monk-Mason. Ne sachant en quel pays le vent les porterait, ils s'étaient munis de passe-ports pour tous les Etats de l'Europe, et d'une bonne provision de vivres.

Le ballon s'éleva majestueusement à une heure et demie ; et entraîné par un vent faible du nord-ouest, il se dirigea au sud-est, sur les plaines du comté de Kent. A 4 heures, la mer se montra à nos voyageurs aériens, toute resplendissante des feux du soleil couchant.

Cependant le vent vint à changer presque subitement, et à tourner au nord ; de sorte que le ballon était poussé au-dessus de la mer d'Allemagne, et cela à la tombée de la nuit. M. Green jugea prudent d'aller chercher un courant d'air d'une direction plus favorable : il jeta un partie de son lest, et s'éleva ainsi dans une région supérieure, où il trouva un courant atmosphérique, qui, les

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ramenant en arrière, les conduisit, en quelques minutes, au-dessus de Douvres. Toujours poussés par le vent, ils s'engagèrent, pardessus la mer, dans la direction du Pas-de- Calais.

Il était près de 5 heures de l'après-midi, lorsque les voyageurs aperçurent la première ligne des vagues se brisant sur la plage ; et le spectacle qui apparut à leurs yeux était vraiment sans égal* Derrière eux, se dressait la côte d'Angleterre, avec ses falaises blanches, à demi perdues dans les brumes lointaines, et reconnaissables seulement à l'éclat du phare de Douvres. A leurs pieds, l'Océan, dans toute sa sombre majesté, s'étendait jusqu'à l'horizon, déjà enveloppé dans les ombres du crépuscule.

La nuit arriva bientôt. Devant eux apparaissait une barrière de nuages, qui prenaient , dans l'obscurité naissante , toutes sortes d'aspects fantastiques : de bizarres parapets , des tours d'une hauteur interminable, des bastions, des murs crénelés, semblaient défendre la route des airs. Bientôt l'obscurité augmentant de plus en plus, ils flottèrent au sein de nuages épais, entourés de toutes parts, de brouillards, dont l'humide vapeur se condensait sur l'enveloppe de l'aérostat. Aucun bruit ne se faisait entendre, pas même celui des vagues. .

Au bout d'une heure, le détroit était franchi. Déjàle phare de Calais était visible, et le bruit éloigné des tambours, battant aux environs de la ville, montait jusqu'à nos voyageurs. La nuit était si obscure que l'on ne pouvait obtenir quelque connaissance des pays que l'on traversait, que par le nombre de lumières apparaissant sur la terre, tantôt isolées, tantôt réunies. On ne distinguait les villes des villages, qu'aux masses de lumières agglomérées ou séparées. L'incertitude sur le lieu ou ils se trouvaient, augmentait à mesure que la nuit épaississait les ténèbres autour de nos voyageurs. Le ballon faisait plus de dix lieues à l'heure.

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C'est ainsi que Green et ses compagnons, parcoururent une partie du continent du nord de l'Europe. Vers minuit, ils se trouvaient en Belgique, au-dessus de Liège.

Remplie d'usines et de hauts fourneaux, située au milieu d'un canton très-peuplé, cette ville se montrait éblouissante de lumière. On distinguait sans peine les rues, les places et les grands édifices, éclairés par le gaz. Mais, à minuit, toute lumière s'éteint sur la terre ; bientôt tout rentra dans l'ombre, et nos voyageurs n'aperçurent plus rien.

Ils continuèrent, poussés par le vent, leur course aérienne à travers les ténèbres. La lune n'apparaissait pas, et les espaces célestes étaient aussi noirs que les régions inférieures. Les étoiles seules brillaient sur la voûte du ciel, comme le seul phare naturel de nos navigateurs errants. En avançant dans ce gouffre mystérieux, il leur semblait pénétrer dans une masse de marbre noir, qui s'ouvrait, s'amollissait, et cédait à leur approche.

Dans un aérostat, rien, pas même le plus léger balancement, ne trahit le mouvement ; l'immobilité semble parfaite. Joignez à cela l'effet de l'obscurité et du silence, un froid de glace, car il gelait à 10 degrés, l'ignorance absolue du lieu où l'on se trouvait, la crainte d'aller se briser contre quelque obstacle, comme une montagne ou le clocher d'une église, et vous comprendrez les préoccupations d'un voyage si aventureux

Depuis plus de trois heures, les aéronautes se trouvaient dans cet état, flottant à une hauteur de 4,000 mètres, lorsque, tout à coup, une explosion se fait entendre; la nacelle éprouve une forte secousse, la soie du ballon s'agite, et paraît tressaillir. Une seconde, une troisième explosion, se succèdent, accompagnées chaque fois, d'un ébranlement de la nacelle, qui menace de les précipiter tous dans l'abîme. D'où provenait cet étrange mouvement? A la hauteur de 4,000 mètres à laquelle le ballon était porté, le gaz hydrogène de l'aérostat, placé dans un milieu excessivement

raréfié, s'était extrêmement dilaté, comme il arrive toujours dans cette circonstance. L'étoffe du ballon, pressée par l'expansion du gaz intérieur, avait fait effort de toutes parts, et brisé une partie du filet, qui était rempli d'humidité, déjà raidie par le froid. Telle était la cause des bruits qui avaient retenti au-dessus de leur tête, en secouant affreusement la nacelle. Heureusement, cette crise n'eut aucune suite fâcheuse; les voyageurs en furent quittes pour la peur.

Les premières lueurs du matin, si lentes à apparaître au mois de novembre, commencèrent enfin à se montrer, et les voyageurs purent savoir s'ils planaient sur là mer ou sur le continent. En effet, plus d'une fois, pendant la nuit, ils avaient entendu sortir, des vapeurs environnantes, des bruits qui ressemblaient tellement à celui des vagues qui se brisent sur une plage, que Green se croyait transporté sur les rives de la mer du Nord, ou au moment d'atteindre les parages, plus éloignés, de la mer Baltique. L'arrivée du jour dissipa ces craintes. Au lieu de la mer, on découvrit un pays cultivé, traversé par un fleuve majestueux , dont la ligne sinueuse partageait le paysage, et allait se perdre aux courbes lointaines de l'horizon.

Ce fleuve était le Rhin. Mais nos voyageurs ne connaissaient pas assez bien la carte de l'Europe, pour reconnaître, de cette hauteur, au seul aspect, le territoire qu'ils parcouraient. Ignorant la vitesse du vent qui les avait emportés, ils n'avaient aucun élément pour calculer leur distance de l'Angleterre. Seulement, comme ils avaient aperçu de grandes plaines couvertes de neige, ils se croyaient arrivés jusqu'en Pologne.

Ce lieu paraissantpropiceàratterrissement, ils se décidèrent à terminer là un voyage si accidenté. Green donna issue au gaz, jeta l'ancre au bas de la nacelle, et effectua sa descente sans accident. Il était 7 heures et demie du matin.

Alors apparurent les naturels du pays, qui

jusque-là,, s'étaient tenus prudemment cachés dans les taillis, observant les manœuvres de cet étrange équipage. Ils s'empressèrent de venir prêter main-forte aux voyageurs, et leur apprirent dans quel lieu ils étaient descendus.

C'était le duché de Nassau, et la ville la plus voisine était Weilberg.

On fit une réception d'honneur aux trois voyageurs anglais, qui, par reconnaissance, déposèrent dans les archives du palais ducal de Nassau, le pavillon qui avait orné leur nacelle, dans cette expédition aventureuse. Il prit place à côté d'un pavillon semblable que Blanchard y avait déposé, à la suite d'une ascension faite en 1785, et dans laquelle, partant de Francfort, il était descendu, par un singulier hasard, à deux lieues seulement du point où Green et ses compagnons avaient opéré leur atterrissement.

Ainsi se termina cette expédition nocturne, dans laquelle Green et ses compagnons parcoururent la plus grande étendue de pays que Ton eût encore franchie en ballon. Une portion considérable de cinq États de l'Europe, l'Angleterre, la France, la Belgique, la Prusse, et le duché de Nassau ; une longue suite de villes, Londres, Rochester, Cantorbéry, Douvres, Calais, Ypres, Courtray, Lille, Tournay, Bruxelles, Namur, Liège, Spa, Malmédy, Coblentz, et une foule de bourgs et de villages étaient venus se présenter successivement à leur horizon.

Après le voyage de Green, celui qui fut effectué, en France, le 6 octobre 1850, dans le ballon /a Ville-de-Paris, dirigé par MM. Eugène Godard et Louis Godard, et dans lequel les voyageurs, au nombre de six, allèrent descendre en Belgique, mérite d'être signalé.

Le ballon la Ville-de-Paris était monté, outre MM. Eugène Godard et Louis Godard, par MM. Gaston de Nicolay, Julien Turgari, Louis Deschamps, régisseur de l'Hippodrome, et Maxime Mazen . Il partit à S heures et

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demie de THippodrome, passa par-dessus Montmorency, Luzarches et la forêt de Chantilly. Ensuite, poussé par le vent, il traversa les départements de T Oise et de la Somme, pour arriver en Belgique. Il descendit à 10 heures du soir à Gits, près Hoôglède. Le voyage ne présenta d'ailleurs d'autre incident que ia longueur de l'espace franchi.

Le ballon la Ville- de- Paris, qui avait servi au grand voyage de Belgique, et qui appartenait aux frères Godard, devait, peu de temps après, périr de mort violente. Il fut consumé par lé feu, aux environs de Marseille, sans que Ton puisse bien s'expliquer la cause de l'événement. Nous croyons que les aimables Provençaux s'amusèrent à mettre le feu au ballon, pour faire une bonne tarce. Voici, du reste, comment le Nouvelliste de Marseille rendit compte dé l'événement :

« Une foule considérable occupait hier l'enceinte d'où le ballon de M. Godard devait s'élever dans les airs. La promenade du Prado était également remplie d'une affluence inouïe de curieux, attendant le départ de l'aérostat. Le temps était magnifique, mais un léger mistral se faisait sentir, aussi quand la Villede^Paris est montée, majestueusement balancée, sur ■ia, tête des nombreux spectateurs, elle a pris la direction de la mer et s'y portait avec une telle rapidité que, malgré les instances des autres voyageurs, au nombre de quatre, M. Godard a voulu opérer une descente, qui s'est heureusement effectuée dans la campagne de M. Peysselrnon loin de Sainte-Marguerite. 11 était alors 4 heures 5 minutes. On s'est décidé néanmoins à faire une nouvelle ascension, et Ton s'est de nouveau pourvu de lest pour remonter et aller retomber derrière les collines de la Gineste.

Ces opérations terminées, on a essayé de monter ; mais le ballon, qui avait perdu beaucoup de gaz, n'a pu s'élever, même après àvoir rejeté le lest, et il a fallu que deux; des voyageurs consentissent à ne pas prendre part à l'ascension. En conséquence, madame Deschamps et M. Laugier sont restés à terre. M. Laugier, dans cette circonstance, ayant bien voulu se retirer en faveur de M. Crémieux, qui devait s'absenter et n'aurait pu prendre part à l'ascension projetée pour dimanche.

Ainsi allégé, l'aérostat s'éleva lentement, emportant MM. Godard, Deschamps et Crémieux; il était alors 5 heures. On l'a vu suivre la même direction qu'auparavant et se perdre derrière les collines de Cassis. M. Godard se voyant en face de la mer, vers laquelle le vent poussait rapidement, fit les pré-

paratifs de descente. On jeta d'abord une longue ; corde, dont l'effet est de ralentir la marche de l'aérostat par le frottement en traînant sur la terre. On lâcha du gaz et Ton jeta l'ancre en même temps.

On se trouvait, en ce moment, à une élévation de 100 mètres ; le vent soufflait avec force au milieu des montagnes, et l'ancre, qui ne put mordre aucune part dans une contrée dépouillée d'arbres et ! tout à fait aride, courait avec bruit sur les rochers, faisant jaillir une traînée d'étincelles. Cependant l'aérostat s'abaissait vers la terre, et la nacelle, rasant les inégalités du sol, éprouvait de fortes secousses. MM. Deschamps et Crémieux s'étaient couchés dans la nacelle par le conseil de M. Godard, qui restait debout, cherchant à manœuvrer de manière à arrêter la marche de l'aérostat. Un choc lance l'aéronaute en avant de la nacelle et lé fait tomber à terre.

M. Godard se relève aussitôt, et, ne songeant qu'au danger de ses compagnons, court après le ballon, qui venait de parcourir 5 ou 6 kilomètres en quelques minutes, et leur crie de tirer la corde de la soupape, que M. Deschamps tenait d'une main, tandis qu'il se retenait de l'autre à la nacelle. En même temps, M. Crémieux, qui a montré dans cette circonstance un sang-froid admirable, s'occupait à couper les cordes de la nacelle, afin de la séparer du ballon, au moment où Ton se trouverait tout à fait près de terre.

Un nouveau choc a jeté M. Crémieux hors de la nacelle, sans que sa chute lui ait occasionné aucune blessure grave, et M. Deschamps s'est alors laissé glisser à terre. Entraîné quelque temps par une corde qui s'était embarrassée à ses pieds, il a reçu quelques blessures à la tête et une entorse.

La Ville-de -Paris a continué sa marche encore quelque temps, et s*est abattue à une demi-heure de là, près Cassis.

Cependant M. Godard, inquiet sur le sort de ses deux compagnons, a continué de courir dans la direction qu'ils avaient suivie,, et les a pu rejoindre, non loin d'une habitation isolée, où ils ont été transportés, et dans laquelle on leur a donné les soins que leur état réclamait.

Moins grièvement contusionné que ces messieurs, M. Godard est aussilôt parti pour Cassis, afin de se procurer une voiture pour les transporter à Marseille.

Arrivé au détour d'une colline, il aperçut à quelque distance une grande clarté qui éclatait tout à coup etsillonnaitla campagne ; c.'étaitta Ville-de- Paris qui brûlait, le gaz qu'elle conténait encore s'était enflammé, on ignore encore par quelle cause. Des paysans se trouvaient à Tentour de l'aérostat et ont pu annoncer à M.Godard, qui les a interrogés de loin, que son aérostat était entièrement consumé, sauf l'extrémité, et que l'explosion du gaz n'avait occasionné aucun mal aux rustiques spectateurs qui semblaient se réjouir autour de cet incendie comme autour d'un feu de joie. »

On a dit que le feu avait pu être mis au ballon, par une étincelle qui aurait jailli d'un caillou frappé par le fer de l'ancre. Comme jamais rien de semblable n'a été vu dans la descente d'un aérostat, nous persistons dans l'explication que nous avons présentée plus haut, à la charge des facétieux Provençaux.

Fig. 313- — Eugène Godard.

Tout le monde connaît lesaventures de l'aérostat construit par M. Nadar, et son désastre arrivé en 1863, dans les plaines du Hanovre. C'est par ce récit, que nous terminerons l'histoire des plus célèbres ascensions.

Et d'abord quelle a été l'origine de la construction du Géant ? Ce ballon, le plus colossal des ballons, a été fait pour tuer les ballons. Expliquons-nous.

M. Nadar (Félix Tournachon), photographe connu antérieurement par ses œuvres de littérature légère et par ses dessins , est avant tout, un homme d'imagination et d'action. Nous lui trouvons plus d'un trait de ressémblance, avec Fun des héros, Tune des victimes de l'aérostation, Pilâtre de Rozier.

Vers 1859, M. Nadar eut la pensée d'appliquer la photographie à l'aérostation. Il voulait réunir les ressources de l'aérostation et celles de la photographie; en d'autres termes faire l'application de la photographie, nonseulement à l'art militaire, mais aussi à l'art de lever les plans.

Ce fut dans des ascensions faites par | M. Louis Godard, à l'Hippodrome, que M. Na- | dar fit connaissance avec les ballons. M.Louis | Godard lui offrit de l'accompagner dans son j voyage aérien, et il saisit avec empressement I cette occasion de s'élever au-dessus du com- | mun des hommes. Depuis ce temps, l'intréi pide amateur accompagna bien souvent les J deux frères Eugène et Jules Godard, dans leurs ascensions.

Ce sont ces premiers voyages faits dans le ballon de l'Hippodrome qui inspirèrent à M. Nadar l'idée de la photographie aérostatique et militaire. 11 pensa, qu'établi dans la nacelle d'un ballon captif, on pourrait tirer, tous les quarts d'heure, une épreuve photographique négative sur verre, qu'on ferait parvenir au quartier général, au moyen d'une boîte coulant jusqu'à terre, le long d'une petite corde, laquelle pourrait, au besoin, re- ! monter des instructions. L'épreuve fixée et 1 rendue positive, mise sous les yeux du généi ral en chef, lui donnerait les indications que [ réclamerait la tactique, en constatant, au fur et à mesure, chaque mouvement des bataillons ennemis.

M. Nadar prit un brevet pour la photographie aérostatique. Cependant les premiers essais auxquels il se livra, dans un ballon captif, ne réussirent pas, soit en raison du mouvement du ballon, soit parce que la présence du gaz de l'éclairage nuisait à l'action photographique. On ne pouvait obtenir dans l'aérostat qu'une image , pâle et effacée , un positil sur verre faible et peu distinct.

Ces essais lui valurent, en 4859, une invitation de venir apporter son concours à l'armée d'Italie. Une personne, qu'il ne nomme

LES AÉROSTATS

pas, vint à Paris, dit M. Nadar (l),avee un crédit de 30,000 francs, ouvert par l'Empereur pour an nouveau système de ballon utile à l'armée, et voulut le décider à partir avec lui. L'insuccès d'une nouvelle tentative de photographie aérienne, détermina M. Nadar à refuser cette ouverture, et ia personne en question emmena en Italie les trois Godard, dont l'aîné , Eugène, fut nommé aéronaute de l'Empereur.

11 fallait mentionner ces détails pour montrer que la vocation de M. Nadar, comme aéronaute> ne date pas d'hier. Avant de se jeter, tête baissée, dans les entreprises dont le Géant n'est que le précurseur, il avait fait ample connaissance avec le royaume de l'air.

« Mais plus je faisais d'ascensions, nous dit-il, plus jajapréciais cette force, pour ainsi dire incalculable, qui s'appelle le vent, et l'absolue et ridicule impossibilité de lutter contre le moindre courant avec cette surface énorme d'une part, si légère de l'autre, qui est un ballon. »

M. Nadar cherchait en vain dans sa tête, quelques moyens de réaliser la direction des aérostats ; il était obsédé par cette idée, lorsqu'il reçut la visite d'un confrère de la Société des gens de lettres, ancien enseigne j de vaisseau, connu par ses romans maritimes, M. G. de la Landelle, qui, depuis trois ans, s'occupait, de concert avec son ami, M. Ponton d'Amécourt, de la direction des ballons, et croyait avoir trouvé la solution la plus logique.

S'inspirant du jouet nommé spiralifère ou papillon, MM. de ia Landelle et Ponton d'Amécourt avaient fait construire une série de modèles de petits hélicoptères (c'est le nom que leur a donné M. Babinet) ou mécanismes s'enlevant à 2 ou 3 mètres de hauteur, grâce à un mouvement d'horlogerie, qui fait tourner une hélice. Ces joujoux constituaient sur le spiralifère ou papillon des enfants, un certain progrès, puisqu'ils emportaient avec

{1) Mémoires du Géant, pages (i3 et suivantes. T. II,

eux leur moteur, tandis que le premier doit être lancé parune ficelle, qu'on déroule rapidement.

Fig. 314. - Nadar

Si modestes et rudimentaires qu'ils soient, ces petits instruments, disaient MM. de la Landelle et Ponton d'Amécourt, faisaient entrevoir la possibilité d'une navigation aérienne par l'hélice.

Nous ne discuterons pas pour le moment cette théorie, que nous auronsl'occasion d'examiner dans un chapitre spécial. Nous nous bornons au récit des faits.

M. de la Landelle venait donc proposer à M. Nadar de réunir leurs efforts. Après une courte hésitation, le pacte fut conclu entre les trois chercheurs.

Au mois d'août 1863, une réunion d'amis et de personnes s'intéressant au progrès, eut lieu dans les salons de M. Nadar, qui développa son plan, dans un chaleureux discours. Il exposa le même projet dans une sorte de manifeste, que publia, peu de jours après, le journal la Presse.

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