CHAPITRE IV
CONSTRUCTION DES BATTERIES FLOTTANTES CUIRASSÉES L'ARROGANTE ET L'EMBUSCADE- — LES CANONNIÈRES CUIRASSÉES DESTINÉES A LA NAVIGATION DES LACS ET DES RIVIÈRES.
Tandis que s'édifiait dans les ports français ce magnifique matériel naval cuirassé, destiné à tenir la haute mer, des batteries flottantes avaient été construites sur divers plans de M. Dupuy de Lôme.
Ce furent d'abord le Paixhans^ le Péi-ho, le Palestro, le Saigon, Ces batteries flottantes avaient été mises en chantier, en 1859, pour concourir à un système de défense des côtçs, système préparé, par une commission spéciale, sous la présidence du maréchal Niel. Leur plan apportait aux batteries flottantes de 1854, les améliorations de formes qui étaient indispensables pour leur donner une vitesse de 7 nœuds au lieu de 4, et les doter de la faculté de mieux gouverner. Ces batte-
ries flottantes pourvues de machines à vapeur de la force de 150 chevaux, déplaçant 1,335 tonneaux, furent, à l'origine, armées chacune de 14 bouches à feu.
En 1861 et 1862, d'autres batteries flottantes furent mises à l'eau. D'un moindre déplacement que les précédentes, ces dernières s'en distinguent par leur grande largeur comparée à leur longueur, et la plus grande hauteur que les canons occupent audessus de l'eau. Ainsi les batteries flottantes . du type Arrogante ont 1 ,280 tonneaux de déplacement, et une largeur de 14m,16 pour une longueur de 44 mètres. Celles du type Embuscade, qui ont 2 mètres de hauteur de batteries, déplacent seulement 1,240 tonneaux au tirant d'eau de 2m,85 et avec une longueur de 39m,S0, leur largeur est de IS^SO, un peu plus de la moitié de la longueur et près de six fois le tirant d'eau des premières batteries. Ces proportions, tout à fait inusitées, constituaient des innovations hardies, que l'expérience a pleinement justifiées. En effet, ces batteries tiennent parfaitement la mer et n'ont que des mouvements de roulis très-doux.
La figure 396 (page 537) représente Y Arrogante.
En 1859, à l'instigation de l'Empereur, on construisit pour les besoins de la guerre d'Italie, des batteries flottantes cuirassées démontables^ destinées au service des rivières et des lacs. Elles se composent de parties distinctes, susceptibles d'être réunies entre elles par des boulons. Une bande de caoutchouc interposée entre ces parties amenées au contact, assure Yétancheté du joint. La machine à vapeur est montée dans une de ces parties, la chaudière dans une autre. Toutes ces tranches, après avoir été placées dans des caisses, purent s'expédier en Italie par le chemin de fer. L'expérience a prouvé qu'en moins de trois jours, les caisses pouvaient être ouvertes, et le navire monté et prêt • a naviguer sur les lacs et les rivières. La paix de Villafranca rendit inuiiles ces petites batteries.
C'est dans le même système de construction, c'est-à-dire en parties démontables, qu'avaient été faites les petites canonnières qui furent expédiées en Chine, et qui contribuèrent à l'expédition française contre Pékin. Nous n'avons rien à dire de ces canonnières, parce qu'elles n'étaient pas cuirassées comme celles qui étaient destinées à l'expédition d'Italie. Les unes et les autres attendent, emballées dans des caisses, le moment d'être mises à profit.