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O-SIELQUES MOTS SUR LE MODE DE REPUODUCTION ET LE DÉVELOPPEMENT DES POISSONS.
Avant d'aborder la partie pratique de cette étude, c'est-à-dire l'exposé des procédés en usage pour la pisciculture, nous devons donner une idée du mode de fécondation et de reproduction des poissons, ainsi que de leur développement.
Toute fécondation est le résultat de l'action exercée sur un œuf, par de petits corps mobiles, dont la liqueur séminale est chargée, et qu'on a nommés spermatozoïdes. Pour un grand nombre d'animaux inférieurs, les parents n'ont point d'autre rôle, dans le travail de la procréation, que de former et de rejeter au dehors ces deux éléments générateurs. L'œuf est rejeté au dehors avant d'être fécondé ;
c'est sous l'influence des circonstances extérieures, sur lesquelles les parents n'exercent qu'une action assez indirecte, que le spermatozoïde arrive au contact de l'œuf, auquel il doit donner la vie future. Ainsi, chez les poissons, qui, pour la plupart, sont ovipares, la femelle pond des œufs, et le mâle vient féconder ces œufs, plus ou moins longtemps après leur émission, en répandant sa laitance dans l'eau courante qui les baigne. On voit que ce mode de fécondation est quelque peu soumis au hasard, car la rencontre de l'œuf avec le spermatozoïde dépend de circonstances accidentelles.
Ces espèces inférieures d'animaux, chez lesquelles la multiplication n'est pas assurée par l'union intime des individus procréateurs, se seraient éteintes, si la nature n'avait su contre-balancer les causes multiples de destruction des germes de vie, par
une prodigieuse augmentation de leur nombre. Quelques exemples vont donner une idée de la fabuleuse vertu prolifique des poissons. Une Perche de moyenne taille renferme 285320 œufs, —-un Hareng 36,960, — un Brochet 272,160, — une Bauche 546,680, — un Carrelet 1,357,400, — un Esturgeon 7,635,200. M. Valenciennes a calculé qu'il existe 9 millions d' œufs dans un Turbot de 50 centimètres de long, et qu'un Muge à grosses lèvres en pond jusqu'à 13 millions !
Il est bien évident que la totalité des œufs d'un poisson n'est jamais fécondée, et qu'il s'en perd toujours une portion considérable. Les œufs fécondés sont, eux-mêmes, soumis encore à d'innombrables causes de mort. Ils peuvent être laissés à sec, — se gâter sous l'influence des matières limoneuses que soulèvent les crues des rivières, — être rongés par les algues ou byssus, — être dévorés par de nombreux ennemis, les oiseaux aquatiques, les insectes, les crustacés, enfin par les poissons.
Mais puisque la fécondation, chez les poissons, se fait par le simple contact des œufs avec la laitance du mâle, il est évident que Ton peut établir artificiellement et sûrement ce contact, en plaçant les œufs dans de l'eau chargée de laitance. La fécondation s'en opérera aussitôt.
Comment se manifeste l'action fécondante du spermatozoïde sur l'œuf des poissons?
Un œuf de saumon, par exemple, est formé d'une enveloppe membraneuse, contenant dans son intérieur, un liquide visqueux, qui tient en suspension des granules et quelques globules huileux. Quelques instants après la fécondation, le contenu de l'œuf se trouble, puis reprend sa transparence : les granules se séparent des globules huileux, et forment une petite tache qui sera l'embryon et autour (le laquelle se groupent les globules oléagineux. La figure 549 représente un œuf de saumon, quatre jours après la fécondation* On a représenté, au-dessous, ce même
œuf, grossi quatre fois. Le germe est la partie noire entourée de globules grisâtres* Bientôt se dessine une ligne, qui représente à peu près un cercle. Cette ligne, qui
Fig. 549.
Œuf de Saumon quatre jours après ia fécondation.
est blanche lorsqu'on regarde l'œuf sur un fond sombre, ou opaque quand on le mire par transparence, est l'origine du fœtus, et représente la colonne vertébrale. Elle grandit peu à peu : l'une de ses extrémités s'allonge, pour former la queue, l'autre se dilate et présente bientôt deux points brunâtres, puis noirâtres : ce sont les yeux. Cette extrémité constitue donc la tête, dont les yeux forment à peu près les deux tiers de la masse. La figure 550 représente l'œuf du saumon à ce degré d'incubation naturelle.
Fig. 550. — Œuf de Saumon à une époque plus avancée de son développement. - ,
Assistons maintenant au développement de l'embryon et à l'individualisation complète du nouvel être, dont le spermatozoïde a provoqué la genèse.
Les formes s'accusent de jour en jour davantage. Au travers des membranes de l'oeuf, on voit le jeune poisson se retourner sur lui-
même, et agiter surtout sa queue. Au moment de Téclosion prochaine, ses mouvements sont très-vifs, et contribuent sans doute h faciliter la déchirure des membranes qui l'environnent.
On aperçoit bientôt une petite ouverture, dans laquelle le poisson engage sa tête, sa queue, ou sa vésicule ombilicale, suivant la partie de son corps qui se trouve en rapport avec l'ouverture. Mais il n'est complètement libre qu'au bout de quelques heures, lorsque, par des mouvements vifs et réitérés, il est parvenu à agrandir suffisamment Fouverture des membranes de l'œuf. Ces membranes, qui le contenaient et le protégeaient, mais qui n'ont servi à former aucun de ses organes, sont bientôt entraînées par les courants, ou tombent au fond de l'eau.
Des que les petits sont éclos, on remarque que chacun porte au-dessous du ventre, un renflement en forme de poire, ovale ou sphérique, selon les espèces, qui forme comme un magasin de matière nutritive pour le nouveau-né. C'est la vésicule ombilicale. A mesure que l'animal s'accroît, cette vési-
Fig. 551, — A, truite à la naissance. — B, même sujet à l'âge d'un mois. — C, môme sujet après la résorption de la vésicule ombilicale.
cule va en diminuant de volume, et c'est quand elle est complètement résorbée que le
jeune cherche à manger. On peut suivre, avec la légende qui accompagne la figure 35 1 , le développement successif d'une Truite.
La vésicule ombilicale se résorbe de plus en plus, et finit par disparaître en entier,
Fig. 552. — Alevin de Saumon.
comme le montre la figure KB4. La figure 552 représente un Saumon à l'âge de quatre mois et ne présentant plus aucune trace de cet organe embryonnaire.