ARTIFICIELLES
On désigne sous le nom de frai, le produit de la ponte des femelles. Le lieu quelconque où se fait cette ponte, se nomme frayère* Enfin on entend par fraie ^ la saison dans laquelle la femelle dépose ses œufs.
On a établi une distinction très-naturelle, entre les espèces de poissons qui donnent des œufs libres., comme les Saumons, les Truites, les Ombres, les Féras, etc., et celles dont les œufs sont collants^ c'est-à-dire qui s'attachent, après la ponte, contre les objets environnants, comme les Carpes et les Gardons. Il est clair que si, à l'époque des pontes, on pouvait ramasser tous les corps auxquels les Carpes, les Perches et les Gardons suspendent leurs œufs, et que l'on plaçât ces corps dans des appareils propres à favoriser Téclosion des œufs, on multiplierait très-facilement ces espèces. Mais ce moyen présente de grandes difficultés, et en général, la récolte ne serait pas suffisante. Le mieux est d'empêcher les
LA PISCICULTURE
poissons de disperser leurs œufs. Dans ce but on supprime en partie les corps auxquels ils ont coutume de les fixer, et on n'en laisse, subsister que là où l'on veut concentrer et recueillir cette récolte séminale. Supposons, par exemple, que ces corps récepteurs soient des herbes aquatiques : on les fera faucher, et on ne conservera que des touffes isolées. Ces touffes constitueront des frayères naturelles, chargées d'œufs, que l'on transportera ensuite dans des appareils à éclosion.
Si dans les bassins où l'on veut multiplier les espèces que Ton y conserve, il n'existe pas de corps propres à constituer, pour les poissons, des frayères naturelles, il faut les remplacer par des frayères artificielles. On place ces frayères artificielles ordinairement sur les bords de la rivière en pente douce, dans les lieux exposés au soleil, et sous une mince couche d'eau, un mois et demi ou deux mois avant l'époque présumée de la fraie.
Les frayères artificielles se composent d'un
cadre de lattes ou de perches auxquelles on attache des touffes de racines ou de plantes, ou de petites fascines [fig. 553),
Fig. 553. — Frayère artificielle.
Des touffes d'herbes ou de racines, des balais de bruyère ou de menus bois, formant par leur réunion de petits massifs, et placés sur des perches, ou bien une vieille corbeille pleine de ces mêmes broussailles, forment d'excellentes frayères artificielles
Fig. 554. — Caisse dans laquelle sont groupées des plantes aquatiques formant frayère.
{fig. 554). On en fabrique aussi d'excellentes à l'aide de vieux cercles que l'on remplit de broussailles.
Quelle que soit leur forme, on établit ces fascines soit horizontalement au bord de la rivière, comme le représente la figure 555, soit obliquement, comme le représente la figure 556.
Quand on s'aperçoit que les herbes ou les
fascines sont chargées d'œufs, on les retire et on les place dans des appareils à éclosion.
Quant aux espèces comme les Truites, les Saumons dont les œufs ne sont pas collants, mais sont toujours libres, et qui tombent sur le sable des rivières, on pourra aussi essayer de leur fournir les moyens de se reproduire naturellement. Là où les eaux limpides coulent sur un lit peu profond, on peut placer
de -distance en distance, des lits de petits cailloux où les femelles pourront frayer de préférence. Cependant les récoltes ainsi obte-
nues sont bien rarement assez faciles et assez abondantes. Les œufs, puis les jeunes, abandonnés à eux-mêmes, sont soumis k tant
Fig. 555. — Frayère artificielle en place, dans une position horizontale.
de causes de destruction, que le produit en à ces dernières espèces, c'est-à-dire à celles est encore bien appauvri. C'est donc surtout | dont les œufs ne sont pas collants, qu'on
Fig. 556 — Frayère artificielle mise en place et disposée obliquement.
appliquera avec le plus de succès les procédés de fécondation, d'incubation et d'alevinage artificiels.